Catégorie : Enseignement

  • Appelés par un Dieu et un Roi

    Puisque c’est un Dieu et un roi qui nous appelle à son service, courons avec ardeur ; car nous n’avons en effet que peu de temps à vivre, et nous risquons d’être trouvés sans fruit au jour de notre mort et de périr de faim. Cherchons à satisfaire notre Seigneur, comme des soldats leur roi, car, après la fin de la campagne, il sera exigé de nous un compte exact de notre service.

    Si un roi terrestre nous convoquait et voulait que nous prenions du service auprès de lui, nous n’attendrions pas, nous ne chercherions pas d’excuses, mais aussitôt, laissant tout, nous irions à lui avec empressement. Soyons donc attentifs, quand le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le Dieu des dieux, nous appelle à son céleste service, à ne pas nous récuser, par paresse ou par lâcheté.

    Courons avec joie et amour au bon combat, sans nous laisser intimider par nos ennemis. Réjouissez-vous donc toujours dans le Seigneur, vous tous qui êtes ses serviteurs, reconnaissant en cela la première marque de l’amour que le Maître vous porte.

    Saint Jean Climaque (v. 575-v. 650)

     

     

     

  • « Par votre patience vous sauverez vos âmes. »

    Ne soyez pas préoccupé par la pensée que le temps de l’épreuve est encore long. Mieux vaut le purgatoire souffert par la volonté de Dieu que de se délecter dans le cloître, pâle figure de la Jérusalem céleste. On ne parvient pas au salut sans avoir traversé la mer agitée, qui menace toujours d’être un tombeau.

    Je discerne en vous une petite inquiétude, un souci qui empêchent votre patience de produire tous ses effets. « Par votre patience vous sauverez vos âmes » (Lc 21, 19), nous dit le divin Maître. C’est donc grâce à celle-ci que nous posséderons notre âme ; et plus elle sera parfaite, plus nous posséderons notre âme entièrement, parfaitement, sûrement. Donc moins elle sera mêlée de souci et de trouble, plus notre patience sera parfaite. (…)

    Remettez-vous tout entier au très doux Époux des âmes ; abandonnez votre tête sur le Cœur de ce si tendre Époux, tels un disciple bien-aimé, car le Maître céleste ne permettra pas qu’un cheuveu vous soit ôté (cf. Lc 12,7), comme il ne le permit pas à Gethsémani pour ses disciples.

    Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968)

     

     

     

  • « Louez Dieu dans son sanctuaire… Que tout ce qui respire loue le Seigneur. » (Ps 150)

    Dans l’ancienne Alliance, on avait déjà une certaine compréhension du caractère eucharistique de la prière. L’ouvrage prodigieux de la tente de l’Alliance (Ex 25), comme plus tard celui du Temple de Salomon, a été considéré comme l’image de toute la création se rassemblant autour de son Seigneur pour l’adorer et le servir… De même que, selon le récit de la création, le ciel a été déployé comme une tenture, des tentures devaient constituer les parois de la tente. De même que les eaux d’en bas ont été séparées des eaux d’en haut, le rideau du Temple séparait le Saint des Saints des espaces extérieurs… Le chandelier à sept branches est le symbole des luminaires du ciel. Des agneaux et des oiseaux représentent le foisonnement des êtres vivants qui peuplent l’eau, la terre et l’air. Et de même que la terre a été confiée à l’homme, c’est au grand prêtre qu’il revient de se tenir dans le sanctuaire…

    À la place du Temple de Salomon, le Christ a bâti un temple de pierres vivantes (1P 2,5), la communion des saints. Il se tient en son centre comme le grand prêtre éternel et sur son autel il est lui-même le sacrifice offert éternellement. Et toute la création est rendue participante de cette liturgie : les fruits de la terre y sont associés en offrandes mystérieuses, les fleurs et les luminaires, les tentures et le rideau du Temple, le prêtre consacré, ainsi que l’onction et la bénédiction de la maison de Dieu.

    Les Chérubins ne sont pas non plus absents. Leurs figures sculptées montaient la garde dans le Saint des Saints. Maintenant les moines, leurs images vivantes, veillent à ce que la louange de Dieu ne cesse jamais, sur la terre comme au ciel… Leurs chants de louange appellent dès l’aube la création tout entière à s’unir pour magnifier le Seigneur : montagnes et collines, fleuves et torrents, mers et terres fermes ainsi que tout ce qui les peuple, nuages et vents, pluie et neige, tous les peuples de la terre, tous les hommes de toutes conditions et de toutes races, et enfin les habitants des cieux, les anges et les saints (cf Dn 3,57-90)… Nous devons nous joindre, par notre liturgie, à cette louange éternelle de Dieu. « Nous », qu’est-ce à dire ? Il ne s’agit pas seulement des religieux réguliers…, mais de tout le peuple chrétien.

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)

     

     

     

  • « Elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre. »

    Que vous êtes divinement bon, mon Dieu ! Si vous aviez appelé d’abord les riches, les pauvres n’auraient pas osé s’approcher de vous ; ils se seraient crus obligés de rester à l’écart à cause de leur pauvreté ; ils vous auraient regardé de loin, laissant les riches vous entourer. Mais vous avez appelé à vous tout le monde, tout le monde : les pauvres, puisque vous leur montrez par là, jusqu’à la fin des siècles, qu’ils sont les premiers appelés, les favoris, les privilégiés ; les riches, car d’une part, ils ne sont pas timides, de l’autre il dépend d’eux de devenir aussi pauvres que les bergers. En une minute, s’ils veulent, s’ils ont le désir d’être semblables à vous, s’ils craignent que leurs richesses les écartent de vous, ils peuvent devenir parfaitement pauvres.

    Que vous êtes bon ! Comme vous avez pris le bon moyen pour appeler d’un seul coup autour de vous tous vos enfants, sans aucune exception ! Et quel baume vous avez mis jusqu’à la fin des siècles au cœur des pauvres, des petits, des dédaignés du monde, en leur montrant dès votre naissance qu’ils sont vos privilégiés, vos favoris, les premiers appelés — les toujours appelés autour de vous qui avez voulu être un des leurs et être dès votre berceau et toute votre vie entouré par eux.

    Saint Charles de Foucauld (1858-1916)

     

     

     

  • Quand l’âme se transfigurera en éternité…

    L’homme qui suit la voie de la folie et méprise la sagesse créatrice se condamne lui-même : n’ayant plus aucune limite dans le mal, il ignore la vie future. Il ne veut pas même savoir s’il existe une autre vie, et il refuse de scruter attentivement les causes de sa propre nature changeante. Cet homme peut encore comprendre son enfance, son adolescence, sa jeunesse et sa maturité, mais il est incapable de comprendre ce qu’il devient dans sa décrépitude et le sens de cette transformation de son être. La raison lui montre qu’il a un commencement, mais il est incapable de savoir, de comprendre comment il est possible que l’âme soit immortelle et qu’elle n’ait pas de fin… (…)

    Tant qu’il est dans son corps, les pensées de l’homme se multiplient, comme se multiplient sans qu’on puisse les dénombrer les échos de la louange angélique. La pensée anime déjà la jeunesse, on la formule ensuite par la voix de sa raison et on agit en la suivant. Mais son action ne tient pas sa vie d’elle-même : elle a un commencement. L’éternité seule tire d’elle-même la vie et jamais ne faiblit : avant que le temps n’existe, elle était déjà éternelle vie. Quand l’âme se transfigurera en éternité, elle changera de nom : elle n’agira plus dans l’homme par la mode de la pensée, mais aura pour séjour les louanges des anges qui sont esprit. Si elle s’appellera alors esprit, c’est qu’elle ne peinera plus avec le corps, avec la chair. L’homme portera le nom de vie, car il est déjà vie en ce monde tant qu’il vit par le souffle de l’esprit, mais il se transfigurera en immortalité par la mort charnelle, il sera pleinement dans la vie. Après le jugement dernier, c’est par son corps et son âme qu’il sera éternellement vie.

    Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)

     

     

     

  • Le mystère de la persécution purifie l’Église

    Dieu m’a révélé plus particulièrement ses secrets, et m’a fait connaître des choses admirables. (…) Dieu m’expliqua surtout le mystère de la persécution que souffre maintenant la sainte Église, et son renouvellement, son exaltation dans les temps à venir.

    Pour me faire comprendre que les circonstances où se trouve maintenant l’Église sont permises pour lui rendre sa splendeur, la Vérité suprême me citait deux paroles qui sont dans le saint Évangile : « Il est nécessaire que le scandale arrive dans le monde. » Puis Notre Seigneur ajoutait : « Mais malheur à celui par qui vient le scandale. » (Mt 18,7) Comme s’il disait : Je permets ce temps de persécution pour arracher les épines dont mon Épouse est toute entourée, mais je ne permets pas les pensées coupables des hommes.

    Sais-tu ce que je fais? Je fais comme j’ai fait quand j’étais dans le monde ; j’ai fait un fouet de corde, et j’ai chassé ceux qui vendaient et qui achetaient dans le Temple, ne voulant pas que la demeure de mon Père devienne une caverne de voleurs. Je te dis que je fais maintenant de même. Je fais un fouet des créatures, et avec ce fouet je chasse les marchands impurs, cupides, avares et enflés d’orgueil, qui vendent et achètent les dons du Saint-Esprit. Et en effet, avec le fouet de la persécution des créatures, Notre Seigneur les chassait, et les arrachait par la force de la tribulation à leur vie honteuse et déréglée. (…)

    Du mal que font les mauvais chrétiens en persécutant l’Épouse du Christ, doit naître l’honneur, la lumière, le parfum des vertus pour cette Épouse. Et cela était si doux, qu’il me semblait qu’il n’y avait aucune comparaison entre l’offense et la bonté infinie que Dieu témoignait à son Épouse. Alors je me réjouissais, je tressaillais d’allégresse, et je voyais si clairement ce temps à venir, qu’il me semblait le posséder, le goûter. (…) Il y avait là des mystères si grands, que la langue est incapable de les dire, le cœur, de les comprendre, et l’œil de les voir.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

     

     

     

     

  • « Il convoqua ses serviteurs. »

    Vérité chérie, juste Équité de Dieu, comment comparaîtrai-je devant ta face, portant mon iniquité…, le fardeau de ma trop grande négligence ? Le trésor de la foi chrétienne et de la vie spirituelle, hélas, je ne l’ai pas donné au trésor des banquiers de la charité, où tu aurais pu le retirer ensuite, selon ta volonté, accru des intérêts de toute la perfection. Le talent qui m’a été confié, mon temps, non seulement je l’ai dépensé en vain, mais je l’ai même laissé fuir, gâté et perdu totalement. Où irai-je ? De quel côté me tournerai-je ? « Où fuirai-je loin de ta face ? » (Ps 138,7)

    Vérité, tu as pour assesseurs inséparables la justice et l’équité… Malheur à moi, si je comparais devant ton tribunal sans avoir d’avocat qui réponde pour moi : ô Charité, toi, arrive à ma décharge. Toi, réponds pour moi ; toi, sollicite mon pardon ; toi, plaide ma cause afin que, grâce à toi, je vive.

    Je sais ce que je ferai : « Je prendrai la coupe du salut » (Ps 115,13). Je placerai le calice de Jésus sur le plateau vide de la Vérité. Ainsi, je remédierai à tout ce qui me manque. Ainsi je couvrirai tous mes péchés. Par ce calice je relèverai toutes mes ruines. Par ce calice je remédierai, dignement et au-delà, à tout ce qu’il y a d’imparfait en moi…

    Chère Vérité, venir à toi sans mon Jésus me serait intolérable ; mais avec mon Jésus, comparaître devant toi sera pour moi chose bien agréable et aimable. Vérité, siège maintenant sur ton tribunal… :« Je ne crains aucun mal » (Ps 22,4).

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

     

     

     

  • « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

    Le Verbe de Dieu n’a pas abandonné les hommes, ses créatures, qui couraient à leur ruine. La mort qui s’était unie à eux, il l’a effacée par l’offrande de son corps ; leurs négligences, il les a corrigées par son enseignement ; et il a restauré le genre humain par sa puissance. (…)

    Lorsque la figure de quelqu’un a été peinte sur le bois, puis effacée par des éléments extérieurs, il faut la présence de celui dont c’était le portrait si l’on veut restaurer son image sur la même matière. Et si cette matière n’est pas rejetée, c’est à cause de l’image que l’on y avait peinte et que l’on veut restaurer. De même le Fils très saint du Père, étant l’image du Père, est venu dans nos contrées pour renouveler l’homme qui avait été fait semblable à lui pour le retrouver, puisqu’il était perdu, en lui remettant ses péchés, comme dit l’Écriture : « Je suis venu retrouver et sauver ce qui était perdu » (Lc 19,10).

    Aussi lorsqu’il dit aux Juifs : « Si quelqu’un ne renaît pas » (Jn 3,5), il ne fait pas allusion à la naissance à partir d’une femme, comme le pensaient les Juifs, mais à la renaissance et à la recréation de l’homme à son image.

    Saint Athanase (295-373)

     

     

     

  • Comment attirer la miséricorde de Dieu ?

    Dieu voyant l’homme déchu, entouré de faiblesses, sujet à la tentation, à la merci de ses inclinations qui changent avec le temps, les saisons, la santé, l’entourage, l’éducation, est touché de cette misère, comme si c’était la sienne propre ; ce mouvement divin qui incline le Seigneur vers notre misère pour la soulager, c’est la miséricorde.

    Si profonde est notre misère qu’elle peut être comparée à un abîme, qui appelle l’abîme de la miséricorde divine (cf. Ps 41,8) ; mais elle ne l’appelle qu’autant que cette misère est reconnue, avouée ; et ce cri, c’est l’humilité qui le fait pousser. L’humilité est l’aveu pratique et continuel de notre misère, et cet aveu attire les regards de Dieu. Les haillons et les plaies des pauvres sont leur plaidoyer ; cherchent-ils, en effet, à les cacher ? Bien au contraire ; ils les étalent, afin de toucher les cœurs. De même, nous ne devons pas chercher à éblouir Dieu par notre perfection, mais plutôt à attirer sa miséricorde par l’aveu de notre faiblesse. Chacun de nous a une somme de misères suffisante pour attirer les regards miséricordieux de notre Dieu. Ne sommes-nous pas tous comme ce pauvre voyageur gisant sur la route de Jéricho, dépouillé de ses vêtements, couvert de plaies ? (…)

    C’est une excellente prière que de montrer à Notre-Seigneur toutes nos misères, toutes les laideurs qui défigurent encore notre âme. « Oh ! mon Dieu, voilà cette âme que vous avez créée, rachetée ; voyez combien elle a été déformée, combien elle est remplie d’inclinations qui déplaisent à vos regards ; ayez pitié ! » Cette prière-là va droit au cœur du Christ.

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

     

     

     

  • Faire fructifier les dons de l’Esprit Saint

    Voulant poursuivre également par le moyen des laïcs son témoignage et son service, le Christ Jésus, prêtre suprême et éternel, leur apporte la vie par son Esprit et les pousse inlassablement à réaliser tout bien et toute perfection. A ceux qu’il s’unit intimement dans sa vie et dans sa mission, il accorde, en outre, une part dans sa charge sacerdotale pour l’exercice du culte spirituel en vue de la glorification de Dieu et du salut des hommes. C’est pourquoi les laïcs reçoivent, en vertu de leur consécration au Christ et de l’onction de l’Esprit Saint, la vocation admirable et les moyens qui permettent à l’Esprit de produire en eux des fruits toujours plus abondants. En effet, toutes leurs activités, leurs prières et leurs entreprises apostoliques, leur vie conjugale et familiale, leurs labeurs quotidiens, leurs détentes d’esprit et de corps, s’ils sont vécus dans l’Esprit de Dieu, et même les épreuves de la vie, pourvu qu’elles soient patiemment supportées, tout cela devient « offrandes spirituelles, agréables à Dieu par Jésus Christ » (1P 2,5). Et dans la célébration eucharistique ces offrandes rejoignent l’oblation du Corps du Seigneur pour être offertes en toute piété au Père. C’est ainsi que les laïcs consacrent à Dieu le monde lui-même, rendant partout à Dieu dans la sainteté de leur vie un culte d’adoration.

    Concile Vatican II