Catégorie : Enseignement

  • Fixons-nous sur le roc !

    Fixons-nous solidement au rempart ; appuyons-nous de toutes nos forces sur le roc inébranlable qu’est le Christ, selon cette parole de l’Écriture : « Il a posé mes pieds sur le roc, il a affermi mes pas » (Ps 39,3). Ainsi établis et réconfortés, mettons-nous à contempler : nous verrons ce qu’il nous dit et ce que nous répondrons à qui nous fait reproche. (…)

    Ensuite, lorsque nous aurons progressé quelque peu dans l’ascèse spirituelle en suivant comme guide l’Esprit Saint qui scrute les profondeurs mêmes de Dieu, représentons-nous combien le Seigneur est doux, combien il est bon en lui-même. Demandons avec le prophète de voir la volonté du Seigneur, demandons-lui de nous faire visiter non plus notre cœur mais son temple (cf. Ps 26,4). Et avec lui nous dirons encore : « Mon âme en moi s’est troublée, c’est pourquoi je me souviendrai de toi » (Ps 41,7).

    Ces deux choses résument le contenu de toute la vie spirituelle : au spectacle de nous-mêmes nous sommes troublés et contrits pour notre salut, tandis que dans la contemplation de Dieu nous respirons et la joie du Saint-Esprit nous procure la consolation. D’une part, crainte et humilité ; d’autre part, espérance et charité.

    Saint Bernard (1091-1153)

     

     

  • « Qu’ainsi ton Église se rassemble des extrémités de la terre dans ton royaume. »

    Au sujet de l’eucharistie, rendez grâce en ces termes. D’abord sur la coupe : « Nous te rendons grâce, notre Père, pour la sainte vigne de David, ton serviteur. Tu nous l’as révélée par Jésus, ton serviteur. Gloire à toi dans les siècles. Amen ! » Puis, sur le pain rompu : « Nous te rendons grâce, notre Père, pour la vie et la connaissance, que tu nous as accordées par Jésus ton serviteur. Gloire à toi dans les siècles ! Comme ce pain rompu, d’abord dispersé sur les collines, a été recueilli pour ne faire qu’un, qu’ainsi ton Église se rassemble des extrémités de la terre dans ton royaume. À toi gloire et puissance dans les siècles. Amen ! » (…)

    Après vous être rassasiés, rendez grâce ainsi : « Nous te rendons grâce, Père saint, pour ton saint nom que tu as fait habiter en nos cœurs, pour la connaissance, la foi et l’immortalité que tu nous as accordées par Jésus ton serviteur. Gloire à toi dans les siècles. Amen ! C’est toi, Maître tout-puissant, qui as créé l’univers, à la gloire de ton nom. Tu as donné les bienfaits de la nourriture et de la boisson à tous les hommes, pour qu’ils te rendent grâce. Mais à nous, tu nous as fait le don d’une nourriture et d’un breuvage spirituels, et de la vie éternelle, par Jésus ton serviteur. Surtout nous te rendons grâce parce que tu es puissant : Gloire à toi dans les siècles ! »

    La Didachè (entre 60-120)

     

     

     

  • Glorifier le Père dans le Fils

    Les cieux, l’air, la terre, les mers, sont revêtus de splendeur, et le cosmos tout entier doit son nom à sa magnifique harmonie. Nous apprécions cette beauté des choses d’instinct, naturellement, mais la parole qui l’exprime est toujours inférieure à ce que notre intelligence a saisi. À plus forte raison le Seigneur de la beauté est-il au-dessus de toute beauté ; et si notre intelligence ne peut concevoir sa splendeur éternelle, elle garde pourtant l’idée de splendeur. Nous devons donc confesser un Dieu d’une beauté inconcevable pour notre esprit, mais que nous ne pouvons atteindre en dehors de lui.

    Telle est la vérité du mystère de Dieu, de la nature impénétrable du Père. Dieu est invisible, ineffable, infini. La parole la plus éloquente ne peut que se taire ; l’intelligence qui veut pénétrer ce mystère se sent tout engourdie, elle éprouve son étroitesse. C’est dans le nom de Père, cependant, comme nous l’avons dit, que nous avons sa vraie nature : car il est Père ; mais non pas comme les hommes le sont, car lui est incréé, éternel, et il demeure lui-même, toujours, et pour toujours. Seul le Fils est connu, car « personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler » (Mt 11,27 ; Lc 10,22). Ils se connaissent mutuellement et la science qu’ils ont l’un de l’autre est parfaite. Et parce que personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, c’est avec le Fils, seul témoin fidèle, qu’il nous faut apprendre à connaître le Père.

    Mais il m’est plus facile de penser cela du Père que de le dire et je sens bien comme toute parole est impuissante à exprimer ce qu’il est. (…) La parfaite connaissance de Dieu à notre échelle humaine consiste donc à savoir que Dieu existe, qu’il ne peut être ignoré, mais qu’il reste malgré tout inexprimable et indicible. Croyons en lui, essayons de le comprendre, efforçons-nous de l’adorer ; une telle louange, voilà de notre part le témoignage que nous pouvons lui rendre.

    Saint Hilaire (v. 315-367)

     

     

     

  • « Beaucoup viendront de l’Orient et de l’Occident et prendront place au festin du Royaume. »

    Le Royaume des cieux est grand de la largeur d’une charité sans limites ; s’il renferme des individus « de toute langue, de tout peuple, de toute tribu et de toute nation » (Ap 5,9), nul ne s’y trouve à l’étroit, parce qu’au contraire il se dilate et la gloire de chacun s’accroît d’autant. Ce qui fait dire à saint Augustin : « Quand beaucoup prennent part à la même joie, la joie de chacun est plus abondante, parce que tous s’enflamment les uns les autres ». Cette ampleur du Royaume est exprimée par ces mots de l’Écriture : « Demande-moi et je te donnerai les nations en héritage » (Ps 2,8) ; « Beaucoup viendront de l’Orient et de l’Occident, et s’assoiront avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des cieux ». Ni la multitude de ceux qui le désirent, ni la multitude de ceux qui existent, ni la multitude de ceux qui le possèdent, ni la multitude de ceux qui arrivent ne rendra plus étroit l’espace en ce Royaume et ne fera de tort à quiconque.

    Mais pourquoi dois-je avoir confiance ou espérer que je posséderai le Royaume de Dieu ? Certainement à cause de la largesse de Dieu qui m’invite : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu » (Mt 6,33). À cause de la vérité qui me réconforte : « Sois sans crainte, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume » (Lc 12,32). À cause de la bonté et de la charité qui m’ont racheté : « Tu es digne, Seigneur, de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu été immolé et tu as racheté pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation. Tu as fait d’eux pour notre Dieu une royaume de prêtres régnant sur la terre » (Ap 5,9-10).

    Saint Bonaventure (1221-1274)

     

     

     

  • Premier dimanche de l’Avent

    Mes frères, ne différons plus de retourner à Dieu. (…) Puisque Dieu vous offre aujourd’hui sa grâce, pourquoi n’en profitez-vous pas ? Dire que rien ne presse, que vous avez le temps, n’est-ce pas, mes frères, raisonner comme des insensés ?

    Voyez, de quoi êtes-vous capables quand vous êtes malades ? Hélas ! de rien du tout ; vous ne pouvez pas seulement faire comme il faut un acte de contrition, parce que vous êtes tellement absorbés par vos souffrances, que vous ne pensez nullement à votre salut. Eh, bien, mes frères, ne sommes-nous pas trop malheureux d’attendre la mort pour nous convertir ? Faites du moins pour votre pauvre âme ce que vous faites pour votre corps qui n’est cependant qu’un monceau de pourriture et qui, dans quelques moments, sera la pâture des plus vils animaux. Lorsque vous êtes dangereusement blessés, attendez-vous six mois ou un an pour y appliquer les remèdes que vous croyez être nécessaires pour vous guérir ? Lorsque vous êtes attaqués par une bête féroce, attendez-vous d’être à moitié dévorés pour crier au secours ? N’implorez-vous pas, de suite, le secours de vos voisins ? Pourquoi, mes frères, n’agissez-vous pas de même lorsque vous voyez votre pauvre âme souillée et défigurée par le péché, réduite sous la tyrannie des démons ? Pourquoi n’employez-vous pas aussitôt l’assistance du ciel et n’avez-vous pas recours à la pénitence ?

    Oui, mes frères, quelques grands pécheurs que vous soyez, puisque vous désirez quitter un jour le péché, pourquoi ne le quitteriez-vous pas aujourd’hui, puisque Dieu vous donne le temps et les grâces pour cela ?

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

     

     

  • Persévérer par la prière

    Pour vous montrer, mes frères, le pouvoir de la prière et les grâces qu’elle vous attire du ciel, je vous dirai que ce n’est que par la prière que tous les justes ont eu le bonheur de persévérer.

    La prière est à notre âme ce que la pluie est à la terre. Fumez une terre, tant que vous voudrez ; si la pluie manque, tout ce que vous ferez ne servira de rien. De même, faites des bonnes œuvres tant que voudrez ; si vous ne priez pas souvent et comme il faut, jamais vous ne serez sauvés ; parce que la prière ouvre les yeux de notre âme, lui fait sentir la grandeur de sa misère, la nécessité d’avoir recours à Dieu, elle lui fait redouter sa faiblesse. Le chrétien compte pour tout sur Dieu seul, et rien sur lui-même. Oui, mes frères, c’est par la prière que tous les justes ont persévéré. (…)

    Mes frères, ne voyons-nous pas nous-mêmes que dès que nous négligeons nos prières, nous perdons de suite, le goût des choses du ciel : nous ne pensons plus qu’à la terre ; et si nous reprenons la prière, nous sentons renaître en nous la pensée et le désir des choses du ciel. Oui, mes frères, si nous avons le bonheur d’être dans la grâce de Dieu, ou nous aurons recours à la prière, ou nous sommes sûrs de ne pas persévérer longtemps dans le chemin du ciel.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

     

     

     

     

  • Appelés par un Dieu et un Roi

    Puisque c’est un Dieu et un roi qui nous appelle à son service, courons avec ardeur ; car nous n’avons en effet que peu de temps à vivre, et nous risquons d’être trouvés sans fruit au jour de notre mort et de périr de faim. Cherchons à satisfaire notre Seigneur, comme des soldats leur roi, car, après la fin de la campagne, il sera exigé de nous un compte exact de notre service.

    Si un roi terrestre nous convoquait et voulait que nous prenions du service auprès de lui, nous n’attendrions pas, nous ne chercherions pas d’excuses, mais aussitôt, laissant tout, nous irions à lui avec empressement. Soyons donc attentifs, quand le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le Dieu des dieux, nous appelle à son céleste service, à ne pas nous récuser, par paresse ou par lâcheté.

    Courons avec joie et amour au bon combat, sans nous laisser intimider par nos ennemis. Réjouissez-vous donc toujours dans le Seigneur, vous tous qui êtes ses serviteurs, reconnaissant en cela la première marque de l’amour que le Maître vous porte.

    Saint Jean Climaque (v. 575-v. 650)

     

     

     

  • « Par votre patience vous sauverez vos âmes. »

    Ne soyez pas préoccupé par la pensée que le temps de l’épreuve est encore long. Mieux vaut le purgatoire souffert par la volonté de Dieu que de se délecter dans le cloître, pâle figure de la Jérusalem céleste. On ne parvient pas au salut sans avoir traversé la mer agitée, qui menace toujours d’être un tombeau.

    Je discerne en vous une petite inquiétude, un souci qui empêchent votre patience de produire tous ses effets. « Par votre patience vous sauverez vos âmes » (Lc 21, 19), nous dit le divin Maître. C’est donc grâce à celle-ci que nous posséderons notre âme ; et plus elle sera parfaite, plus nous posséderons notre âme entièrement, parfaitement, sûrement. Donc moins elle sera mêlée de souci et de trouble, plus notre patience sera parfaite. (…)

    Remettez-vous tout entier au très doux Époux des âmes ; abandonnez votre tête sur le Cœur de ce si tendre Époux, tels un disciple bien-aimé, car le Maître céleste ne permettra pas qu’un cheuveu vous soit ôté (cf. Lc 12,7), comme il ne le permit pas à Gethsémani pour ses disciples.

    Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968)

     

     

     

  • « Louez Dieu dans son sanctuaire… Que tout ce qui respire loue le Seigneur. » (Ps 150)

    Dans l’ancienne Alliance, on avait déjà une certaine compréhension du caractère eucharistique de la prière. L’ouvrage prodigieux de la tente de l’Alliance (Ex 25), comme plus tard celui du Temple de Salomon, a été considéré comme l’image de toute la création se rassemblant autour de son Seigneur pour l’adorer et le servir… De même que, selon le récit de la création, le ciel a été déployé comme une tenture, des tentures devaient constituer les parois de la tente. De même que les eaux d’en bas ont été séparées des eaux d’en haut, le rideau du Temple séparait le Saint des Saints des espaces extérieurs… Le chandelier à sept branches est le symbole des luminaires du ciel. Des agneaux et des oiseaux représentent le foisonnement des êtres vivants qui peuplent l’eau, la terre et l’air. Et de même que la terre a été confiée à l’homme, c’est au grand prêtre qu’il revient de se tenir dans le sanctuaire…

    À la place du Temple de Salomon, le Christ a bâti un temple de pierres vivantes (1P 2,5), la communion des saints. Il se tient en son centre comme le grand prêtre éternel et sur son autel il est lui-même le sacrifice offert éternellement. Et toute la création est rendue participante de cette liturgie : les fruits de la terre y sont associés en offrandes mystérieuses, les fleurs et les luminaires, les tentures et le rideau du Temple, le prêtre consacré, ainsi que l’onction et la bénédiction de la maison de Dieu.

    Les Chérubins ne sont pas non plus absents. Leurs figures sculptées montaient la garde dans le Saint des Saints. Maintenant les moines, leurs images vivantes, veillent à ce que la louange de Dieu ne cesse jamais, sur la terre comme au ciel… Leurs chants de louange appellent dès l’aube la création tout entière à s’unir pour magnifier le Seigneur : montagnes et collines, fleuves et torrents, mers et terres fermes ainsi que tout ce qui les peuple, nuages et vents, pluie et neige, tous les peuples de la terre, tous les hommes de toutes conditions et de toutes races, et enfin les habitants des cieux, les anges et les saints (cf Dn 3,57-90)… Nous devons nous joindre, par notre liturgie, à cette louange éternelle de Dieu. « Nous », qu’est-ce à dire ? Il ne s’agit pas seulement des religieux réguliers…, mais de tout le peuple chrétien.

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)

     

     

     

  • « Elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre. »

    Que vous êtes divinement bon, mon Dieu ! Si vous aviez appelé d’abord les riches, les pauvres n’auraient pas osé s’approcher de vous ; ils se seraient crus obligés de rester à l’écart à cause de leur pauvreté ; ils vous auraient regardé de loin, laissant les riches vous entourer. Mais vous avez appelé à vous tout le monde, tout le monde : les pauvres, puisque vous leur montrez par là, jusqu’à la fin des siècles, qu’ils sont les premiers appelés, les favoris, les privilégiés ; les riches, car d’une part, ils ne sont pas timides, de l’autre il dépend d’eux de devenir aussi pauvres que les bergers. En une minute, s’ils veulent, s’ils ont le désir d’être semblables à vous, s’ils craignent que leurs richesses les écartent de vous, ils peuvent devenir parfaitement pauvres.

    Que vous êtes bon ! Comme vous avez pris le bon moyen pour appeler d’un seul coup autour de vous tous vos enfants, sans aucune exception ! Et quel baume vous avez mis jusqu’à la fin des siècles au cœur des pauvres, des petits, des dédaignés du monde, en leur montrant dès votre naissance qu’ils sont vos privilégiés, vos favoris, les premiers appelés — les toujours appelés autour de vous qui avez voulu être un des leurs et être dès votre berceau et toute votre vie entouré par eux.

    Saint Charles de Foucauld (1858-1916)