Catégorie : Ecritures

  • « Heureux ce serviteur, que son maître, en arrivant, trouvera à son travail. »

    « Heureux ce serviteur, que son maître, en arrivant, trouvera à son travail. »

    Seigneur très aimé, fais que je puisse te voir aujourd’hui et chaque jour dans la personne de tes malades et, en les soignant, te servir. Si tu te caches sous la figure déplaisante du coléreux, du mécontent, de l’arrogant, fais que je puisse encore te reconnaître et dire : « Jésus, toi mon patient, comme il est doux de te servir ». Seigneur, donne-moi cette foi qui voit clair, et jamais alors ma tâche ne sera monotone, toujours la joie jaillira quand je me prêterai aux caprices et répondrai aux désirs de tous les pauvres souffrants…

    Mon Dieu, puisque tu es Jésus mon patient, daigne aussi être pour moi un Jésus de patience, indulgent avec mes fautes et tenant compte de l’intention, car elle est de t’aimer et de te servir dans la personne de chacun de tes malades. Seigneur, augmente ma foi (Lc 17,5), bénis mes efforts et ma tâche, maintenant et à jamais.

    Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997)

  • « Veillez, car c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

    « Veillez, car c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

    Ces mots signifient : vous devez être éveillés et vigilants, car vous ne savez pas le temps où le Seigneur viendra des noces… Car, dès qu’un sentiment d’orgueil, de complaisance en soi-même ou de volonté propre entre en l’homme, aussitôt l’Ennemi est là et lui coupe la bourse précieuse de toutes ses bonnes œuvres. Mes enfants ! Combien en verrez-vous de ces gens qui auront fait de grandes œuvres et auront ainsi acquis grand renom, mais la présomption les aura dépouillés de tout. On les rangera après les autres hommes, pauvres, simples, que personne n’apprécie en raison de leur extérieur et de leurs œuvres. Parce qu’ils s’abaissent avec humilité, ces derniers seront placés au-dessus des autres. Veillez donc avec une âme vigilante et, de vos yeux ouverts, vous verrez la vérité pure. (…)

    « Que vos reins soient ceints d’une tenue de service et vos lampes allumées. » Il y a ici trois points à noter. Premièrement : les reins doivent être ceints comme quelqu’un qu’on attache solidement avec une corde pour pouvoir le conduire contre sa volonté, ou encore comme un cheval bridé(…); ces reins sont les plaisirs des sens qu’on doit lier et refréner. (…) Deuxièmement : vous devez porter dans vos mains des lampes allumées, c’est-à-dire des œuvres d’amour. Vos mains ne doivent jamais cesser de faire l’œuvre de la charité vraie et brûlante. (…) Troisièmement : vous devez attendre le Seigneur quand il reviendra des noces : « Le Seigneur les établira sur tous ses biens ; il se ceindra et les servira. » Ces noces, d’où le Seigneur vient, ont lieu au plus intime de l’âme, dans son fond, là où se trouve la noble image. Quel contact intime l’âme a avec Dieu dans ce fond et Dieu avec elle, et quelle œuvre merveilleuse Dieu fait là ! Quelle jouissance et quelle joie il y trouve ! Cela dépasse tout sentiment et toute intelligence, et pourtant l’homme n’en sait rien et n’en éprouve rien.

    Jean Tauler (v. 1300-1361)

  • « De qui est cette image ? » : en se faisant homme, Dieu restaure en nous l’image de la Trinité

    « De qui est cette image ? » : en se faisant homme, Dieu restaure en nous l’image de la Trinité

    Éternel Amour…, je te le demande en grâce, fais miséricorde à ton peuple, au nom de la charité éternelle qui t’a poussé à créer l’homme à ton image et à ta ressemblance (Gn 1,26)… Tu n’as fait cela, Trinité éternelle, que parce que tu voulais faire participer l’homme à tout toi-même. C’est pourquoi tu lui as donné la mémoire, afin qu’il se souvienne de tes bienfaits et qu’il participe ainsi à ta puissance, Père éternel. C’est pourquoi tu lui as donné l’intelligence pour qu’il puisse comprendre ta bonté et qu’il participe ainsi à la sagesse de ton Fils unique. C’est pourquoi tu lui as donné la volonté, afin qu’il puisse aimer ce qu’il voit et connaît de ta vérité, et qu’il participe ainsi à l’amour de ton Esprit Saint. Qui t’a poussé à donner une si grande dignité à l’homme ? L’amour inépuisable avec lequel tu as regardé en toi-même ta créature…

    [Mais] à cause du péché, elle a perdu cette dignité… Toi alors, poussé par ce même feu avec lequel tu nous avais créés…, tu nous as donné le Verbe, ton Fils unique… Il a accompli ta volonté, Père éternel, quand tu l’as revêtu de notre humanité, à l’image et ressemblance de notre nature. Ô abîme de charité ! Quel est le cœur qui peut se défendre de ne pas céder à ton amour en voyant le Très-Haut rejoindre la bassesse de notre humanité ? Nous sommes ton image et toi, tu es la nôtre, par cette union que tu as consommée dans l’homme en voilant ta divinité de l’argile d’Adam (Gn 2,7)… Qu’est-ce qui t’a poussé à faire cela ? L’amour ! Toi, Dieu, tu t’es fait homme, et l’homme est devenu Dieu. Par cet amour indicible, je t’en prie, fais miséricorde à tes créatures.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • « Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée. » (Rm 8,18)

    « Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée. » (Rm 8,18)

    Armez-vous de cette patience qui opère tant de merveilles dans les saints. (…) Réfléchissons, et nous verrons que nos souffrances de cette vie sont sans proportion avec la grandeur des souffrances du Christ, avec la gravité de nos péchés, l’horreur des tourments de l’enfer et avec la récompense céleste. Aussi nos Pères se réjouissaient pour les jours d’humiliation et les années d’épreuves que le Seigneur leur ménageait. (…) La patience est un diamant : par elle l’âme résiste à toute adversité ; un remède : elle guérit toute blessure ; un bouclier : elle protège contre toute attaque. Jamais personne ne pourra nous atteindre si nous avons commencé à livrer intérieurement combat contre nous-mêmes. (…)

    Dans la construction d’un édifice on frappe, on taille et on sculpte la pierre destinée à une place d’honneur. Ainsi en est-il de nous-mêmes : nous sommes pressurés en ce monde afin d’entrer dans le temple céleste, où l’on n’entend plus résonner aucun coup de marteau. La joie ne doit venir qu’après la tristesse rendue nécessaire pour le paiement de nos fautes passées, pour notre perfection spirituelle et l’accroissement de notre gloire éternelle. Ô labeur fécond, ô précieuse douleur, ô bienheureuses larmes que le Tout-Puissant lui-même essuiera des yeux de ses élus éprouvés ! Jésus a dit que le Royaume des cieux est particulièrement l’apanage de ceux qui souffrent persécution pour la justice (Mt 5,10).

    Bienheureux Humbert de Romans (v.1200-1277)

  • « Même vos cheveux sont tous comptés. Soyez sans crainte. »

    « Même vos cheveux sont tous comptés. Soyez sans crainte. »

    Notre très aimable Sauveur nous assure en divers lieux de ses saintes Écritures, qu’il est dans un soin et dans une vigilance continuelle au regard de nous ; qu’il nous porte et qu’il nous portera toujours lui-même dans son sein, dans son cœur et dans ses entrailles…

    Prenons bien garde à ne nous appuyer point, ni sur le pouvoir ou la faveur de nos amis, ni sur nos biens, ni sur notre esprit, ni sur notre science, ni sur nos forces, ni sur nos bons désirs et résolutions, ni sur nos prières, ni même sur la confiance que nous sentons avoir en Dieu, ni sur les moyens humains, ni sur aucune chose créée, mais sur la seule miséricorde de Dieu. Ce n’est pas qu’il ne faille employer les choses susdites, et apporter de notre côté tout ce que nous pouvons pour vaincre le vice, pour nous exercer en la vertu et pour conduire et accomplir les affaires que Dieu nous a mises en main, et nous acquitter des obligations qui sont attachées à notre condition. Mais nous devons renoncer à tout l’appui et à toute la confiance que nous pourrions avoir sur ces choses-là, et nous appuyer sur la pure bonté de notre Seigneur. De sorte que nous devons prendre autant de soin et travailler de notre côté, comme si nous n’attendions rien de la part de Dieu : et néanmoins nous ne devons non plus nous appuyer sur notre soin et travail, que si nous ne faisions rien du tout, mais attendre tout de la seule miséricorde de Dieu.

    Saint Jean Eudes (1601-1680)

  • « Un sang purificateur qui parle plus fort que celui d’Abel. » (He 12,24)

    « Un sang purificateur qui parle plus fort que celui d’Abel. » (He 12,24)

    Caïn et Abel avaient l’air d’honorer Dieu l’un et l’autre par un culte identique, mais en fait ils présentaient leurs offrandes avec des dispositions bien différentes. Celles de l’aîné n’avaient que l’apparence d’un don, celles du plus jeune, au contraire, témoignaient de sa révérence et de sa piété. De là sont nés des sentiments d’envie…, et Abel a été donc assassiné (Gn 4,3s)…

    Je trouve en saint Abel l’image du Christ. Le Sauveur, certes, est le Juste par excellence…, mais parmi tous les hommes de l’ancienne alliance, le prince de la justice, c’est Abel… D’ailleurs le Sauveur lui-même a placé Abel à la tête la lignée des justes lorsqu’il a dit aux juifs : « Amen, je vous le dis, tout le sang des justes versé sur la terre depuis le début du monde retombera sur cette génération, depuis le sang d’Abel le juste jusqu’au sang de Zacharie, que vous avez assassiné entre le sanctuaire et l’autel »…

    Chose admirable : parce qu’il a combattu le premier pour la justice, Abel a eu l’honneur de souffrir le premier pour la piété. Il est vraiment la préfiguration du Christ, qui a été mis à mort à cause de la vérité. Le sang d’Abel annonçait le sang du Christ : il criait de la terre (Gn 4,10) ; le sang du Seigneur crie lui aussi. Mais le sang d’Abel était supplication, le sang du Christ est la réconciliation du monde… C’est pourquoi l’apôtre Paul, faisant mémoire de l’un et de l’autre, confesse la supériorité du sang du Christ. Il écrit : « Nous nous sommes approchés de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, de myriades d’anges en fête, de l’assemblée des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux, du Dieu vivant, le Juge universel, des âmes des justes arrivés à la perfection et d’un sang purificateur qui parle plus fort que celui d’Abel » (He 12,22-24)… Oui, ce sang parle, il supplie pour les pécheurs, il intercède pour le monde. Le sang du Christ, c’est vraiment la purification du monde ; le sang du Christ, c’est la rédemption des hommes.

    Sévérien de Gabala (?-v. 408)

  • Le zèle amer des pharisiens

    Le zèle amer des pharisiens

    Il se rencontre des formes de mauvais zèle qui prennent les apparences du bon. C’est, par exemple, le zèle des pharisiens, stricts observateurs de la loi extérieure. Ce zèle « amer » (…) a sa source non dans l’amour de Dieu et du prochain, mais dans l’orgueil. Ceux qui en sont atteints sont remplis de l’estime déréglée de leur propre perfection ; ils ne conçoivent pas d’autre idéal que le leur ; tout ce qui ne s’y accorde pas est nécessairement blâmé ; ils veulent tout plier à leur manière de voir et de faire : de là les dissensions ; ce zèle aboutit à la haine.

    Voyez avec quelle âpreté les Pharisiens, animés de ce zèle, poursuivaient le Seigneur, lui posant des questions insidieuses, lui tendant des pièges et des embûches, cherchant non à connaître la vérité, mais à prendre le Christ en défaut. Voyez comme ils le pressent, comme ils le provoquent à condamner la femme adultère : « Moïse nous ordonne de lapider cette femme ; vous, Maître, que dites-vous ? » (Jn 8,5). Voyez comme ils lui reprochent d’opérer des guérisons le jour du sabbat (Lc 6,7) ; comme ils font grief aux disciples de froisser des épis le jour du repos (Mt 12,2) ; comme ils se scandalisent de voir le divin Maître prendre ses repas avec des pécheurs et des publicains (Mt 9,2) ; autant de manifestations de ce « zèle amer » où il entre si souvent de l’hypocrisie.

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

  • Purifier l’intérieur de notre cœur

    Purifier l’intérieur de notre cœur

    Il est juste et saint, frères, d’obéir à Dieu plutôt que de suivre les agitateurs orgueilleux… Attachons-nous à ceux qui avec piété mettent la paix en pratique, non à ceux qui feignent de vouloir la paix. Il est dit quelque part en effet : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur cœur est loin de moi » (Is 29,13 ;Mc 7,6). Et encore : « De bouche ils bénissaient, mais de cœur ils maudissaient » (Ps 61,5). Et encore : « Ils l’ont aimé de bouche, et de langue ils lui ont menti ; leur cœur n’a pas été droit avec lui et ils ne sont pas restés fidèles à son alliance » (Ps 77,36)…

    Le Christ appartient en effet à ceux qui sont humbles de cœur, non à ceux qui s’élèvent au-dessus de son troupeau. Le sceptre de la majesté de Dieu (cf He 1,8), le Seigneur Jésus Christ, n’est pas venu accompagné de la fierté et de l’orgueil — et pourtant il le pouvait — mais avec l’humilité du cœur, comme l’Esprit Saint l’avait dit de lui : « Qui a cru à notre parole ? et le bras du Seigneur à qui a-t-il été révélé ? Nous l’avons annoncé comme un petit enfant, comme une racine en terre aride. Il n’avait ni beauté, ni éclat ; nous l’avons vu… mais son aspect était méprisable » (Is 53,1-3)… Vous voyez, bien-aimés, quel est le modèle qui vous a été donné. Si le Seigneur s’est ainsi humilié, que devons-nous faire, nous à qui il donne de marcher sous le joug de sa grâce ?

    Saint Clément de Rome

  • « Jonas a été un signe pour les habitants de Ninive. »

    « Jonas a été un signe pour les habitants de Ninive. »

    Les Ninivites ont cru au message de ce juif, et ils ont fait pénitence. Pour moi, la conversion des Ninivites constitue un fait très surprenant. Comment pouvaient-ils croire ? Je ne trouve pas d’autre réponse que la suivante : en écoutant la prédication de Jonas, ils ont bien dû reconnaître qu’au moins la partie vérifiable de ce message était tout simplement vraie : la malice de cette ville était grave. Ainsi ont-ils compris que l’autre partie était vraie, elle aussi : la malice détruit une ville. Ils ont pu comprendre que la conversion était donc l’unique possibilité de sauver la cité…

    Le désintéressement personnel du messager constituait le second élément de la crédibilité de Jonas : il était venu de loin pour un service qui l’exposait à la dérision et dont il ne pouvait certainement espérer aucun avantage personnel. La tradition rabbinique ajoute encore un autre élément : Jonas restait marqué par les trois jours et les trois nuits au cœur de la terre, « au fond des enfers » (Jn 2,3). Les traces de son expérience de mort restaient visibles et authentifiaient ses paroles.

    Impossible de ne pas s’interroger ici. Si venait un nouveau Jonas, croirions-nous ? Nos villes croiraient-elles ? Aujourd’hui encore, pour les grandes cités, pour les Ninives modernes, Dieu cherche des messagers de la pénitence. Avons-nous le courage, la foi profonde, la crédibilité nécessaires pour toucher les cœurs et ouvrir les portes à la conversion ?

    Cardinal Joseph Ratzinger (Benoît XVI)

  • « Venez au repas de noce. »

    « Venez au repas de noce. »

    « Appelez ceux qui sont invités à la noce, tout est prêt. » Mais les invités s’excusent : « l’un s’en alla à son champ, l’autre à son commerce »… Cet affairement étonnant et cette agitation continuelle qui remuent le monde, on ne les voit malheureusement que trop dans le monde entier. Ce qu’on a de vêtements, de nourriture, de constructions et de beaucoup de choses est tellement prodigieux que la tête vous en tourne : la moitié suffirait amplement. Cette vie ne devrait être qu’un passage vers l’éternité… De toutes nos forces nous devons nous arracher à cette exubérance d’activité et de multiplicité, à tout ce qui n’est pas besoin absolu, et nous recueillir en nous-mêmes, nous attacher à notre vocation, considérer où, comment, et de quelle manière le Seigneur nous a appelés, l’un à la contemplation intérieure, l’autre à l’action, et un troisième… au repos intérieur, dans le calme silence des ténèbres divines, dans l’unité de l’esprit.

    Même ces derniers, Dieu les appelle parfois à l’action extérieure, parfois à l’intérieure, selon son bon plaisir, mais l’homme n’est pas attentif à son appel… Si l’homme appelé intérieurement au silence noble et calme voulait à cause de cela s’abstenir continuellement de toute œuvre de charité, ce ne serait pas bien ; et malheureusement, aujourd’hui très rares sont ceux qui veulent faire des œuvres de charité extraordinaires… L’Évangile raconte que le maître a trouvé un de ses hôtes assis au festin sans le vêtement de noce… Le vêtement qui manquait à ce convive, c’est la pure, vraie, et divine charité, cette intention véritable de chercher Dieu qui exclut tout amour de soi et tout ce qui est étranger à Dieu, qui ne veut que Dieu… À ceux qui se cherchent eux-mêmes notre Seigneur dit : « Ami, comment es-tu venu ici sans l’habit de la vraie charité ? » Ils ont recherché les dons de Dieu plutôt que Dieu lui-même.

    Jean Tauler (v. 1300-1361)