Catégorie : Ecritures

  • « Le salut est arrivé ! »

    « S’il lâche les eaux, elles retourneront la terre. » (Jb 12,15 Vg) Que peut, en effet, représenter la terre, sinon le pécheur, sur qui a été porté ce jugement : « Tu es terre et tu deviendras terre » (Gn 3,19) ? Voilà pourquoi la terre demeure immobile quand le pécheur dédaigne d’obéir aux commandements du Seigneur, quand il redresse sa nuque orgueilleuse et qu’il ferme les yeux de son âme à la lumière de la Vérité.

    Mais il est écrit : « Ses pieds se sont arrêtés et la terre a été ébranlée » (Ha 3,6), parce que, si la vérité se fixe en un cœur, l’immobilité de l’âme est secouée ; aussi, que la grâce du Saint Esprit par un don d’en-haut se répande en elle avec la parole du prédicateur, voilà la terre retournée, parce que l’âme endurcie dans le péché perd l’entêtement de son immobilité, transformée au point de se soumettre alors en pleurant aux commandements du Seigneur tout autant qu’hier dans sa superbe elle redressait en face du Seigneur la nuque de son cœur. Il n’est que de voir la terre d’un cœur d’homme baignée des eaux de la grâce : elle supporte maintenant sans déplaisir les outrages qu’elle s’acharnait hier à infliger ; maintenant elle distribue ses propres biens, elle mortifie sa chair par l’abstinence, elle qui hier, rassasiée de chair, se laissait aller aux charmes mortels des turpitudes ; maintenant elle chérit même ceux qui l’aimaient.

    Ainsi, quand dans une âme d’homme le don divin a été répandu et qu’elle en vient à agir à l’encontre de ce qu’elle avait l’habitude de faire, la terre est retournée : vers le bas a été rejetée celle qui hier était en saillie et s’est élevée vers le haut la face qui hier s’enfonçait dans les profondeurs.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

  • N’ayez de crainte que pour le Dieu vivant !

    « Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur » (Ph 4,4). Et pourquoi, en effet, n’êtes-vous pas remplis de joie et ne marchez-vous pas dans l’allégresse, puisque vous avez été jugés dignes d’être attirés en cet état évangélique par l’appel qui discerne et qui prédestine (cf. Rm 8,29-30), appel du Dieu qui gouverne toutes choses par sa sagesse ?

    Et maintenant que par l’élévation de votre genre de vie vous voilà comme sur un promontoire, jetez vos regards sur la vie misérable et rampante des hommes : elle est comme ballottée par la mer, projetée ici et là par le mouvement incertain des affaires. En vérité, rien ne dure, rien ne demeure dans le même état, vous le voyez bien ; mais même les rois passent, les princes tombent, les puissants maîtres de la terre meurent comme de simples mortel (cf. Ps 81,7) ; et ceux qui ont été mariés quelque temps se séparent, qu’ils abandonnent leur conjoint ou qu’ils en soient abandonnés. La beauté est bientôt flétrie, la jeunesse est éphémère, le plaisir est fugace ; la richesse se dissipe et toue possession, comme le rêve d’une ombre, s’éloigne de ceux qui pensent la retenir. On ne trouve que lamentation et deuil dans l’adversité et le revers des mortels. (…) Et presque personne ne lutte pour ce qui est stable et durable (…). Mais vous mes frères, oh ! Comment et où avez-vous été appelés, et comment êtes-vous montés sur la montagne du Seigneur (cf. Ps 23,3) ? Comment contemplez-vous les merveilles de la vie céleste ? (…)

    Plaise donc au Dieu qui vous a fait monter jusqu’à ce promontoire, de vous rendre forts et de vous affermir pour que vous fassiez toujours de qui lui plaît dans la sainteté et la justice (cf. Lc 1,75) (…). N’ayez donc de crainte que pour le Dieu vivant (cf. Lc 12,5 ; Ap 14,7), mes enfants !

    Saint Théodore le Studite (759-826)

  • Seigneur et Maître, écoute nos prières !

    Dans la prière et la supplication, nous demanderons que celui qui ordonne toutes choses conserve intact, et de par le monde entier, le nombre compté de ses élus, par son Fils bien-aimé Jésus Christ : en lui, il nous a appelés des ténèbres à la lumière, de l’ignorance à la connaissance de sa gloire, pour que nous espérions, Seigneur, en ton nom, car il est le fondement de toute la création. (…)

    Par tes œuvres, tu as manifesté l’éternelle ordonnance du monde, Seigneur, Créateur de l’univers. Tu demeures le même, à travers toutes les générations : juste dans tes jugements, admirable dans ta force et ta magnificence, plein de sagesse quand tu crées, avisé pour affermir tout être dans l’existence, toi qui manifestes ta bonté envers toutes choses visibles, ta fidélité envers ceux qui se fient en toi, toi le miséricordieux, le compatissant.

    Remets-nous nos transgressions, nos erreurs, nos chutes, nos faiblesses. Ne porte pas en compte les péchés de tes serviteurs et de tes servantes, mais purifie-nous par le bain de ta vérité, et dirige nos pas, pour que nous marchions dans la sainteté du cœur, que nous fassions ce qui est bon et agréable à tes yeux comme aux yeux de nos gouvernants.

    Oui, Maître, fais briller sur nous ton visage, pour nous accorder tout bien, dans la paix, pour nous protéger par ta main puissante, nous arracher de tout mal par la force de ton bras et nous soustraire à la haine injuste de nos ennemis. À nous comme à tous les habitants de la terre, Seigneur, donne la concorde et la paix, comme tu l’as fait jadis pour nos pères lorsqu’ils t’invoquaient pieusement, en toute confiance et droiture de cœur.

    Saint Clément de Rome

  • « Le règne de Dieu est au milieu de vous. »

    Les démons redoutent, mais Dieu et ses anges désirent l’homme qui cherche Dieu dans son cœur jour et nuit avec ferveur, et qui repousse loin de lui les agressions de l’ennemi. Le pays spirituel de cet homme pur en son âme est au-dedans de lui : le soleil qui brille en lui est la lumière de la Sainte Trinité ; l’air que respirent les pensées qui l’habitent est le Saint Esprit consolateur. Et les saints anges demeurent avec lui. Leur vie, leur joie, leur réjouissance sont le Christ, lumière de la lumière du Père. Un tel homme se réjouit à toute heure de la contemplation de son âme, et il s’émerveille de la beauté qu’il y voit, cent fois plus lumineuse que la splendeur du soleil.

     C’est Jérusalem. Et c’est « le Royaume de Dieu caché au-dedans de nous », selon la parole du Seigneur. Ce pays est la nuée de la gloire de Dieu, où seuls entreront les cœurs purs pour contempler la face de leur Maître (Mt 5,8), et leur entendement sera illuminé par les rayons de sa lumière.

    Isaac le Syrien (7e siècle)

  • Heureux celui qui place le commencement et la fin de ses œuvres en Dieu !

    Il vaudrait mieux pour toi que tu te sentes inutile et pécheur que d’être dans la tiédeur… si tu comprenais que tu es pécheur, tu t’arracherais aux mauvaise actions… Mais tu es comme un vent tiède qui n’apporte pas d’humidité aux fruits et ne leur donne pas de chaleur.

    Tu es celui qui commence et non celui qui achève, tu effleures le bien au commencement, mai tu ne te nourris pas de lui dans son achèvement, semblable à un vent qui caresse le visage, mais qui ne nourrit pas le ventre. Qu’est-ce qui vaut mieux, un vain bruit ou un ouvrage porté à son terme ?… Dès lors, agis dans le silence de l’humilité et ne t’élève pas avec orgueil, car il sera compté pour rien celui qui s’efforce d’obtenir par un orgueil de feu ce qu’il dédaigne d’accomplir dans un abandon d’amour.

    Vains et sots, ceux qui placent en eux-mêmes leur confiance… Ceux qui, dans leur orgueil, mettent leur confiance en eux-mêmes, désirent paraître plus sages que leur pères et ne veulent pas marcher selon leur pacte, mais, dans leur grande instabilité, se donnent à eux-mêmes des lois selon leur caprices… Car ce qui paraît parfois bon aux hommes par une erreur de leur esprit, lorsqu’ils ne veulent pas fixer intensément leur regard sur Dieu, si cela n’a pas été réchauffé par le souffle de l’Esprit Saint ira à la mort, car cela découlait d’une vaine gloire. (…)

    Heureux celui qui, ayant confiance en moi, place son espoir, et le commencement et la fin de ses œuvres, non pas en lui, mais en moi. Celui-là ne tombera pas. Mais qui voudra tenir sans moi ira à la ruine.

    Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)

  • Éclaire-moi de la lumière de la très sainte foi !

    Ô abîme ! Déité éternelle ! Océan sans fond ! Pouvais-tu me donner davantage que te donner toi-même ? Tu es le feu qui brûle toujours et jamais ne s’éteint. Tu es le feu qui consume l’amour-propre de l’âme. Tu es le feu qui fond toute glace. Tu illumines. À ta flamme j’ai connu la vérité.

    Tu es cette lumière au-dessus de toute lumière qui éclaire surnaturellement l’œil de l’intelligence, avec une telle abondance et une telle perfection que tu clarifies la lumière de la foi ; dans cette foi, je vois que mon âme a la vie, et dans cette lumière je te reçois, toi, ô lumière. Par la lumière de la foi, je possède la sagesse dans la sagesse du Verbe ; par la lumière de la foi je suis forte, constante et persévérante ; par la lumière de la foi j’espère et je ne me laisse pas défaillir en route. Cette lumière m’enseigne la vraie voie ; sans elle, j’irais dans les ténèbres. Aussi te supplie-je, Père éternel, de m’éclairer de la lumière de la très sainte foi. (…)

    Ô Trinité éternelle, dans la lumière que tu m’as donné avec la très sainte foi, j’ai connu la voie de la grande perfection. Tu me l’as montrée afin que je te serve dans la lumière et non dans les ténèbres, que je sois un miroir de bonne et sainte vie et que je m’arrache enfin à la misérable existence que je mène, par ma faute, dans les ténèbres. (…) Revêts-moi, ô vérité éternelle, revêts-moi de toi afin que ma vie mortelle s’écoule dans l’obéissance véritable et la lumière de la très sainte foi dont tu as enivré mon âme.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • « Le Temple dont il parlait, c’était son Corps. »

     Le Seigneur dit : « C’est ici mon repos à tout jamais » et il « choisit Sion pour le lieu de sa demeure » (Ps 131,14). Mais Sion et son temple sont détruits. Où se tiendra le trône éternel de Dieu ? Où sera son repos à tout jamais ? Où sera son temple pour qu’il y habite ? L’apôtre Paul nous répond : « Le temple de Dieu, c’est vous ; en vous habite l’Esprit de Dieu » (1Co 3,16). Voilà la maison et le temple de Dieu ; ils sont remplis de sa doctrine et de sa puissance. Ils sont le séjour de la sainteté du cœur de Dieu.

    Mais cette demeure, c’est Dieu qui l’édifie. Construite de main d’homme, elle ne durerait pas, ni même si elle était fondée sur les doctrines humaines. Nos vains labeurs et nos inquiétudes ne suffisent pas à la protéger. Le Seigneur s’y prend bien autrement ; il ne l’a pas fondée sur la terre ni sur les sables mouvants, mais elle repose sur les prophètes et les apôtres (Ep 2,20) ; elle se construit sans cesse de pierres vivantes (1P 2,5). Elle se développera jusqu’aux ultimes dimensions du corps du Christ. Sans cesse son édification se poursuit ; autour d’elle montent de nombreuses maisons qui se rassembleront dans une grande et bienheureuse cité (Ps 121,3).

    Saint Hilaire (v. 315-367)

  • « Faites-vous des amis avec l’argent trompeur. »

    Ces amis qui obtiendront notre salut sont évidemment les pauvres, car, selon la parole du Christ, c’est lui-même, l’auteur de la récompense éternelle, qui recueillera en eux les services que notre charité leur aura procurés. Dès lors, les pauvres nous feront bon accueil, non point en leur propre nom, mais au nom de celui qui, en eux, goûte le fruit rafraîchissant de notre obéissance et de notre foi. Ceux qui accomplissent ce service de l’amour seront reçus dans les demeures éternelles du Royaume des cieux, puisque le Christ dira : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis le commencement du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire » (Mt 25,34)…

    Le Seigneur ajoute, finalement : « Et si vous n’avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers, le vôtre, qui vous le donnera ? » En effet, rien de ce qui est dans ce monde ne nous appartient vraiment. Car nous qui attendons la récompense future, nous sommes invités à nous conduire ici-bas comme des hôtes et des pèlerins, de façon que nous puissions tous dire au Seigneur avec assurance : « Je suis un étranger, un passant comme tous mes pères » (Ps 38,13).

    Mais les biens éternels appartiennent en propre aux croyants. Ils se trouvent au ciel, là où, nous le savons, « sont notre cœur et notre trésor » (Mt 6,21), et où — c’est notre intime conviction — nous habitons dès maintenant par la foi. Car, selon l’enseignement de saint Paul : « Nous sommes citoyens des cieux » (Ph 3,20).

    Saint Gaudence de Brescia (?-après 406)

  • « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple. »

    Puisque notre Tête est montée aux cieux, il convient que ses membres (Col 2,19) suivent leur Chef (…), passant par le chemin qu’il a pris si péniblement. Car « il fallait que le Christ souffre ainsi pour entrer dans sa gloire » (Lc 24,26). Nous devons suivre notre Chef, si digne d’amour, lui qui a porté l’étendard devant nous. Que chaque homme prenne sa croix et le suive ; et nous arriverons là où il est. On voit bien que beaucoup suivent ce monde-ci pour des honneurs dérisoires, et pour cela renoncent au confort physique, à leur foyer, à leurs amis, s’exposant aux périls de la guerre, tout cela pour acquérir des biens extérieurs ! Il est donc juste que nous pratiquions le plein renoncement pour acquérir le pur bien qui est Dieu, et qu’ainsi nous suivions notre Chef…

    Il n’est pas rare de trouver des hommes qui désirent être les témoins du Seigneur dans la paix, c’est-à-dire pourvu que tout aille selon leurs désirs. Volontiers ils veulent devenir des saints, mais sans fatigue, sans ennui, sans difficulté, sans qu’il leur en coûte rien. Ils ambitionnent de connaître Dieu, de le goûter, de le sentir, mais il ne faut pas qu’il y ait d’amertume. Alors, dès qu’il faut travailler, dès que l’amertume, les ténèbres, les tentations viennent les trouver, dès qu’ils ne sentent plus Dieu et qu’ils se sentent délaissés intérieurement, ainsi qu’au dehors, leurs belles résolutions s’évanouissent. Ce ne sont pas de vrais témoins, des témoins comme il en faut pour le Sauveur. (…) Ah, puissions-nous nous affranchir de cette recherche-là et chercher la paix en tout temps, au sein même du malheur ! C’est là seulement que naît la vraie paix, celle qui demeure.

    Jean Tauler (v. 1300-1361)

  • « Insiste pour faire entrer les gens afin que ma maison soit remplie. »

    Les invités s’excusent, alors que le Royaume n’est fermé à personne qui ne s’exclue lui-même par sa propre parole. Dans sa bonté, le Seigneur invite tout le monde, mais c’est notre lâcheté ou notre égarement qui nous écarte. Celui qui préfère acheter une ferme n’a pas sa place au Royaume : au temps de Noé, acheteurs et vendeurs ont été engloutis par le déluge (Lc 17,26-28)… De même celui qui s’excuse parce qu’il vient de se marier, car il est écrit : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, à sa mère et à sa femme, il ne peut pas être mon disciple » (Lc 14,26)…

    Ainsi, après le dédain orgueilleux des riches, le Christ s’est tourné vers les païens ; il fait entrer bons et méchants, pour faire grandir les bons, pour améliorer les dispositions des méchants… Il invite les pauvres, les infirmes, les aveugles, ce qui nous montre que l’infirmité physique n’écarte personne du Royaume…, ou bien que l’infirmité des péchés est guérie par la miséricorde du Seigneur…

    Il envoie donc chercher aux croisées des chemins, car « la Sagesse crie aux carrefours » (Pr 1,20). Il envoie sur les places, car il a fait dire aux pécheurs de quitter les voies larges pour rejoindre le chemin étroit qui conduit à la vie (Mt 7,13). Il envoie sur les routes et le long des haies, car ceux qui se hâtent vers les biens à venir, sans être retenus par les biens présents, engagés sur la voie de la bonne volonté, sont capables d’atteindre le Royaume des cieux, ainsi que ceux qui savent distinguer le mal du bien, comme les champs sont délimités par une haie, c’est-à dire ceux qui opposent le rempart de la foi aux tentations du péché.

    Saint Ambroise (v. 340-397)