Étiquette : Jésus Christ

  • « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » (Mt 14,16)

    Dans le pain de l’eucharistie, nous recevons la multiplication inépuisable des pains de l’amour de Jésus Christ, assez riche pour rassasier la faim de tous les siècles, et qui cherche ainsi à nous mettre, nous aussi, au service de cette multiplication des pains. Les quelques pains de seigle de notre vie pourront sembler inutiles, mais le Seigneur en a besoin et les demande.

    Les sacrements de l’Église sont, comme l’Église elle-même, le fruit du grain de blé mourant (Jn 12,24). Pour les recevoir, nous devons entrer dans le mouvement d’où ils proviennent eux-mêmes. Ce mouvement consiste à se perdre soi-même, sans quoi l’on ne peut pas se trouver : « Celui qui veut garder sa vie la perdra ; mais celui qui perd sa vie à cause de moi et de l’Évangile, celui-là la gardera » (Mc 8,35). Cette parole du Seigneur est la formule fondamentale d’une vie chrétienne…; la forme caractéristique de la vie chrétienne lui vient de la croix. L’ouverture chrétienne au monde, tant prônée aujourd’hui, ne peut trouver son vrai modèle que dans le côté ouvert du Seigneur (Jn 19,34), expression de cet amour radical, seul capable de sauver.

    Du sang et de l’eau ont jailli du côté transpercé de Jésus crucifié. Ce qui, à première vue, est signe de sa mort, signe de son échec le plus complet, constitue en même temps un commencement nouveau : le Crucifié ressuscite et ne meurt plus. Des profondeurs de la mort surgit la promesse de la vie éternelle. Au-dessus de la croix de Jésus Christ, resplendit déjà la clarté victorieuse du matin de Pâques. C’est pourquoi, vivre avec lui sous le signe de la croix est synonyme de vivre sous la promesse de la joie pascale.

    Cardinal Joseph Ratzinger [Benoît XVI, pape de 2005 à 2013]
    Meditationen zur Karwoche, 1969 (trad. Un seul Seigneur, Mame 1971, p. 118)

     

     

  • « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique »

    Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 3,16-21. 

    Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle.
    Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
    Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
    Et le Jugement, le voici : quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises.
    En effet, tout homme qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne lui soient reprochées ;
    mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient reconnues comme des œuvres de Dieu. »

    L’homme qui prend feu et flamme à cause de la vérité n’a pas encore appris la vérité telle qu’elle est. Lorsqu’il l’aura vraiment apprise, il cessera de s’enflammer à cause d’elle. Le don de Dieu et la connaissance accordée par ce don ne sont jamais motifs à se troubler ou à élever la voix, car le lieu où habite l’Esprit avec l’amour et l’humilité est un lieu où ne règne que la paix…
    Si le zèle avait été utile pour le redressement des hommes, pourquoi Dieu aurait-il revêtu un corps et employé la douceur et des façons humbles pour convertir le monde à son Père ? Et pourquoi se serait-il étendu sur la croix pour les pécheurs, et aurait-il livré son corps très saint à la souffrance en faveur du monde ? Moi, j’affirme que Dieu ne l’a fait que pour une seule raison : faire connaître au monde son amour, pour que notre capacité d’aimer, encore augmentée par une telle constatation, soit faite captive de son amour à lui. De la sorte, la puissance incomparable du Royaume des cieux, qui consiste dans l’amour, a trouvé une occasion de s’exprimer dans la mort de son Fils…afin que le monde ressente l’amour de Dieu pour sa création. Si ce geste admirable n’avait eu d’autre raison que la rémission de nos péchés, il aurait suffi d’un autre moyen pour la réaliser. Qui l’aurait refusé s’il l’avait accompli par une mort simple, sans plus ? Mais il n’a pas voulu d’une mort toute simple, afin que tu comprennes quel en est le mystère…

    Pourquoi fallait-il des insultes et des crachats ?… Oh, sagesse qui donne la vie ! Maintenant tu as  compris et ressenti quelle a été la raison de la venue de notre Seigneur et de tout ce qui s’en est suivi, avant même que de sa bouche sainte il ne nous l’ait lui-même clairement expliqué. Il est écrit, en effet, que « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ».

    Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul
    Chapitres sur la connaissance, IV, 77-78 (trad. Louf, Bellefontaine 2003, p. 273 rev.)

     

     

  • « Simon Pierre…amena jusqu’à terre le filet plein de gros poissons. »

    « Le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : ‘ C’est le Seigneur ! ‘ » Celui qui est aimé voit le premier ; l’amour porte sur toutes choses un regard plus aigu ; celui qui aime sent toujours avec plus de vivacité… Quelle difficulté rend l’esprit de Pierre si lent et l’empêche de reconnaître Jésus le premier, comme il l’avait déjà fait ? Où est ce témoignage singulier qui lui faisait s’écrier : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant » ? (Mt 16,16) Où est-il ? Pierre était entré chez Caïphe, le grand prêtre, où il avait entendu sans peine le chuchotement d’une servante, mais il tarde à reconnaître son Seigneur.

    « Quand il entendit que c’était le Seigneur, il mit sa tunique, car il n’avait rien sur lui. » Que c’est étrange, mes frères !… Pierre entre sans vêtement dans la barque, et se jette tout habillé dans la mer !… Le coupable se voile toujours pour se dissimuler. Ainsi, comme Adam, aujourd’hui Pierre désire cacher sa nudité après sa faute ; tous deux, avant de pécher, n’étaient vêtus que d’une nudité sainte. « Il mit sa tunique et se jeta à la mer. » Il espérait que la mer laverait ce vêtement sordide qu’était la trahison. Il s’est jeté à la mer car il voulait revenir le premier, lui à qui les plus grandes responsabilités avait été confiées (Mt 16,18s). Il s’est ceint de sa tunique, car il devait se ceindre du combat du martyre, selon les paroles du Seigneur : « Un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudras pas » (Jn 21,18)…

    Les autres viennent avec la barque, en traînant leur filet plein de poissons. Avec beaucoup de peine ils ramènent avec eux l’Église jetée dans les vents du monde. C’est elle que ces hommes emportent dans le filet de l’Évangile vers la lumière du ciel et qu’ils arrachent aux abîmes pour la conduire auprès du Seigneur.

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l’Église
    Sermon 78 ; PL 52, 420 (coll. Icthus, t. 10, p. 269 rev.)

     

     

     

  • « Pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? »

    « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Saints anges, vous connaissez pourtant bien celui qu’elle pleure et qu’elle cherche. Pourquoi donc raviver ses larmes en le rappelant à sa mémoire ? Mais Marie peut donner libre cours à toute sa peine et à ses pleurs, car la joie d’une consolation inespérée approche. « Elle se retourne et voit Jésus debout, mais ne le reconnaît pas. » Scène remplie de charme et de bonté, où celui qui est désiré et cherché se montre et pourtant se cache. Il se cache pour être cherché avec plus d’ardeur, trouvé avec plus de joie, retenu avec plus de soin, jusqu’à ce qu’il soit introduit, pour y rester, dans la demeure de l’amour (cf Ct 3,4). Voilà comment la Sagesse « mène son jeu sur la surface de la terre, elle qui se plaît chez les enfants des hommes » (Pr 8,31).

    « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Tu as celui que tu cherches, et tu l’ignores ? Tu as la vraie joie éternelle, et tu pleures ? Tu l’as en toi, celui que tu cherches dehors. Vraiment tu te tiens dehors tout en larmes près d’une tombe. Ma tombe, c’est ton cœur ; je n’y suis pas mort, mais j’y repose, vivant pour l’éternité. Ton âme est mon jardin. Tu avais raison de penser que je suis jardinier. Nouvel Adam, je cultive mon paradis et je le garde. Tes larmes, ton amour et ton désir sont mon ouvrage. Tu me possèdes en toi sans le savoir : voilà pourquoi tu me cherches au dehors. Je vais donc t’apparaître là aussi pour te faire rentrer en toi-même afin que tu trouves à l’intérieur celui que tu cherches dehors.

    Homélie monastique anonyme du 13e siècle
    Méditation sur la Passion et la Résurrection du Christ, 38 ; PL 184, 766 (trad. Orval)
  • « Ceci est mon corps, qui est pour vous. » (1Co 11,24)

    Ô Jésus, lorsque vous étiez voyageur sur la terre (He 11,13) vous avez dit : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos de vos âmes » (Mt 11,29).  Ô puissant monarque des cieux, oui, mon âme trouve le repos en vous voyant, revêtu de la forme et de la nature d’esclave (Ph 2,7), vous abaisser jusqu’à laver les pieds à vos apôtres. Je me souviens alors de ces paroles que vous avez prononcées pour m’apprendre à pratiquer l’humilité : « Je vous ai donné l’exemple afin que vous fassiez vous-mêmes ce que j’ai fait ; le disciple n’est pas plus grand que le Maître. Si vous comprenez ceci vous serez heureux en le pratiquant ». Je les comprends, Seigneur, ces paroles sorties de votre cœur doux et humble ; je veux les pratiquer avec le secours de votre grâce…

    Personne, ô mon Bien-Aimé, n’avait de droit envers vous et cependant vous avez obéi non seulement à la Sainte Vierge et à Saint Joseph, mais encore à vos bourreaux. Maintenant c’est dans l’hostie que je vous vois mettre le comble à vos anéantissements. Quelle n’est pas votre humilité, ô divin Roi de Gloire, de vous soumettre à tous vos prêtres sans faire aucune distinction entre ceux qui vous aiment et ceux qui sont, hélas ! tièdes ou froids dans votre service. À leur appel vous descendez du ciel… Ô mon Bien-Aimé, sous le voile de la blanche hostie que vous m’apparaissez doux et humble de cœur ! Pour m’enseigner l’humilité vous ne pouvez vous abaisser davantage…

    Mais, Seigneur, ma faiblesse vous est connue ; chaque matin je prends la résolution de pratiquer l’humilité et le soir je reconnais que j’ai commis encore bien des fautes d’orgueil. À cette vue je suis tentée de me décourager, mais, je le sais, le découragement est aussi de l’orgueil. Je veux donc, ô mon Dieu, fonder sur vous seul mon espérance ; puisque vous pouvez tout, daignez faire naître en mon âme la vertu que je désire. Pour obtenir cette grâce de votre infinie miséricorde je vous répéterai bien souvent : « Ô Jésus, doux et humble de cœur, rendez mon cœur semblable au vôtre ! »

    Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l’Église
    Prière pour obtenir l’humilité (OC, Cerf DDB 1992, p.975)

     

     

     

     

  • Semaine sainte

    Cette semaine s’ouvre demain par le Dimanche des Rameaux, considéré comme l’une des 12 grandes fêtes de l’année liturgique. C’est un dimanche festif, car il célèbre l’entrée du Christ à Jérusalem, où il est accueilli triomphalement par le peuple tenant des rameaux. Les fidèles apportent ce jour des rameaux et le prêtre les bénit. Cependant, la venue du Christ à Jérusalem marque le début de la Passion du Christ, vers laquelle Il s’avance volontairement. Ce dimanche ouvre donc la Semaine Sainte.
    « Nous tenons à la main ces rameaux pour acclamer le triomphe du Christ. Pour que nous portions en Lui des fruits qui Te rendent gloire, donne-nous de vivre comme Lui en faisant le bien. » (prière de la bénédiction des rameaux)

  • Suivre Jésus…

    Jésus reprend: “Mais savez-vous ce que cela veut dire et ce que cela impose de venir derrière Moi? Je vais répondre à ces seules paroles, parce que la curiosité ne mérite pas qu’on lui réponde et parce que celui qui a faim de mes paroles me donne, en conséquence, son amour et désire s’unir à Moi. Car, parmi ceux qui ont parlé, il y a deux groupes: les curieux, dont je ne m’occupe pas, les volontaires que j’instruis, sans feinte, de la sévérité de cette vocation. Venir à Moi comme disciple, cela veut dire renoncer à tous les amours pour un seul amour: le mien. Amour égoïste pour soi-même, amour coupable pour les richesses, pour la sensualité ou la puissance, amour honnête pour l’épouse, amour saint pour la mère, le père, amour affectueux des fils et des frères ou pour les fils et les frères, tout doit céder à mon amour, si on veut être mien. En vérité je vous dis que plus libres que les oiseaux qui planent dans les cieux doivent être mes disciples, plus libres que les vents qui parcourent les espaces sans que personne les retienne, personne ni rien. Libres, sans lourdes chaînes, sans lacets d’amour matériel, sans même les fils d’araignée fins des plus légères barrières. L’esprit est comme un papillon délicat enfermé dans un lourd cocon de chair, et son vol peut s’alourdir ou s’arrêter tout à fait, par l’action d’une iridescente et impalpable toile d’araignée, l’araignée de la sensualité, du manque de générosité dans le sacrifice. Moi, je veux tout, sans réserve. L’esprit a besoin de cette liberté de donner, de cette générosité de donner, pour pouvoir être certain de ne pas rester pris dans la toile d’araignée des affections, des coutumes, des réflexions, des peurs, tendues comme les fils de cette araignée monstrueuse qu’est Satan, voleur des âmes. Si quelqu’un veut venir à Moi et ne hait pas saintement son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs, et jusqu’à sa vie, il ne peut être mon disciple. J’ai dit: « hait saintement ». Vous, dans votre cœur, vous dites: « La haine, Lui l’enseigne, n’est jamais sainte. Lui, donc se contredit ». Non. Je ne me contredis pas. Je dis de haïr la pesanteur de l’amour, la passion charnelle de l’amour pour le père et la mère, l’épouse et les enfants, les frères et les sœurs, et la vie elle-même mais, d’autre part, j’ordonne d’aimer avec la liberté légère, qui est le propre des esprits, les parents et la vie. Aimez-les en Dieu et pour Dieu, ne faisant jamais passer Dieu après eux, vous occupant et vous préoccupant de les amener là où le disciple est arrivé, c’est-à-dire à Dieu Vérité. Ainsi vous aimerez saintement les parents et Dieu, en conciliant les deux amours et en faisant des liens du sang non pas un poids mais une aile, non pas une faute, mais la justice. Même votre vie, vous devez être prêts à la haïr pour me suivre. Hait sa vie celui qui, sans peur de la perdre ou de la rendre humainement triste, la consacre à mon service. Mais ce n’est qu’un semblant de haine. Un sentiment qui est appelé de manière incorrecte: « haine », par la pensée de l’homme qui ne sait pas s’élever, de l’homme uniquement terrestre, de peu supérieur à la brute. En réalité cette haine apparente qui est le refus des satisfactions sensuelles à l’existence, pour donner une vie toujours plus grande à l’esprit, c’est de l’amour. C’est de l’amour, le plus élevé qui existe, le plus béni. Ce refus des basses satisfactions, cette interdiction de la sensualité des affections, ce risque des reproches et des commentaires injustes, des punitions, des répudiations, des malédictions et, peut-être des persécutions, est une suite de peines. Mais il faut les embrasser et se les imposer comme une croix, un gibet sur lequel on expie toutes les fautes passées pour aller justifiés vers Dieu, et par lequel on obtient de Dieu toute grâce vraie, puissante, sainte, pour ceux que nous aimons. Celui qui ne porte pas sa croix et ne me suit pas, celui qui rie sait pas le faire, ne peut pas être mon disciple.

    Extrait de la Traduction de “L’évangile tel qu’il m’a été révélé” de Maria Valtorta ©Centro Editoriale Valtortiano, Italie http://www.mariavaltorta.com/

     

     

  • Accueillir le Christ

    La veuve de Sarepta accueille le prophète Élie en toute générosité et épuise toute sa pauvreté en son honneur, quoiqu’elle soit une étrangère de Sidon. Elle n’avait jamais entendu ce que disent les prophètes sur le mérite de l’aumône, et moins encore la parole du Christ : « Vous m’avez vu ayant faim, et vous m’avez donné à manger » (Mt 25,35).

    Quelle sera notre excuse, si après de telles exhortations, après la promesse de si grandes récompenses, après la promesse du Royaume des cieux et de son bonheur, nous ne parvenons pas au même degré de bonté que cette veuve ? Une femme de Sidon, une veuve, chargée du soin d’une famille, menacée par la famine et voyant venir la mort, ouvre sa porte pour accueillir un homme inconnu et lui donne le peu de farine qui lui reste… Mais nous, qui avons été instruits par les prophètes, qui avons entendu les enseignements du Christ, qui avons la possibilité de réfléchir sur les choses à venir, qui ne sommes pas menacés par la famine, qui possédons bien plus que cette femme, serons-nous excusables, si nous n’osons pas toucher à nos biens pour en donner ? Négligerons-nous notre propre salut ?…

    Manifestons donc envers les pauvres une grande compassion, afin d’être rendus dignes de posséder pour l’éternité les biens à venir, par la grâce et l’amour pour les hommes de notre Seigneur Jésus Christ.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église
    Sermon sur Élie et la veuve, et de l’aumône ; PG 51, 348

     

     

  • « Silence ! Sors de cet homme ! »

    « Jésus menaça le démon en disant :       ‘ Tais-toi, et sors de cet homme. ‘ » La Vérité n’a nul besoin du témoignage du Menteur. « Je ne suis pas venu me faire confirmer par ton témoignage mais t’expulser de celui que j’ai créé…; je n’ai pas besoin de la reconnaissance de celui que je voue au déchirement. Tais-toi ! Que ton silence soit ma louange. Je ne veux pas être loué par ta voix, mais tes tourments ; ton châtiment c’est ma louange… Tais-toi, et sors de l’homme ! » C’est comme si il disait : « Sors de chez moi ; que fais-tu dans ma demeure ? Moi, je désire entrer : alors, tais-toi, et sors de l’homme, cet être doué de raison. Sors de l’homme ! Quitte cette demeure qui a été préparée pour moi ! Le Seigneur veut sa maison, sors de cet homme »…

    Voyez à quel point l’âme de l’homme est précieuse. Cela va à l’encontre de ceux qui pensent que nous, les hommes, et les animaux avons une âme identique et que nous sommes animés d’un même esprit. À un autre moment, le démon est expulsé d’un seul homme et il est envoyé dans deux mille porcs (Mt 8,32) : ce qui est précieux est sauvé, ce qui est vil est perdu. « Sors de l’homme, va-t’en chez les porcs…, va où tu veux, va-t’en aux abîmes. Laisse l’homme, ma propriété privée… Je ne te laisserai pas posséder l’homme, car ce serait un outrage pour moi si tu t’installais en lui à ma place. J’ai assumé un corps humain, j’habite dans l’homme : cette chair que tu possèdes fait partie de ma chair, sors de cet homme ! »

    Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l’Église
    Homélies sur l’évangile de Marc, n°2 ; PLS 2, 125s ; SC 494 (trad. SC p. 111 rev.)

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  • Le Baptême du Seigneur (fête)

    FÊTE DU BAPTÊME DU SEIGNEUR

    Benoît XVI – Angelus – Place Saint-Pierre

     

    Chers frères et sœurs,

    Avec la fête du Baptême de Jésus, que nous célébrons aujourd’hui, s’achève le temps liturgique de Noël. L’Enfant que les Mages étaient venus adorer de l’Orient, à Bethléem, en offrant leurs dons symboliques, nous le retrouvons maintenant adulte, au moment où il se fait baptiser dans le fleuve du Jourdain par le grand prophète Jean (cf. Mt 3, 13).

    L’Évangile fait remarquer que lorsque Jésus sortit de l’eau après avoir reçu le baptême, les cieux s’ouvrirent et l’Esprit Saint descendit sur lui comme une colombe (cf. Mt 3, 16). On entendit alors une voix venue du ciel qui disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé; en lui j’ai mis tout mon amour » (Mt 3, 17). Ce fut sa première manifestation publique après environ trente ans de vie cachée à Nazareth. Outre Jean Baptiste, ses disciples furent également des témoins oculaires de cet événement singulier. Certains d’entre eux commencèrent à le suivre à partir de ce moment (cf. Jn 1, 35-40). Ce fut dans le même temps une christophanie et une théophanie : tout d’abord Jésus se manifesta en tant que Christ, terme grec traduisant le mot hébreu Messia, qui signifie « oint » : Il ne fut pas oint avec de l’huile à la manière des rois et des grands prêtres d’Israël, mais avec l’Esprit Saint. Dans le même temps, aux côtés du Fils de Dieu apparurent les signes de l’Esprit Saint et du Père céleste.

    Quelle est la signification de cet acte que Jésus a voulu accomplir, en vainquant la résistance du Baptiste, pour obéir à la volonté du Père (cf. Mt 3, 14-15) ? Son sens profond n’apparaîtra qu’à la fin de l’existence terrestre du Christ, c’est-à-dire dans sa mort et sa résurrection. En se faisant baptiser par Jean en même temps que les pécheurs, Jésus a commencé à prendre sur lui le poids de la faute de l’humanité tout entière, comme Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (cf. Jn 1, 29). Une œuvre qu’Il a accomplie pleinement sur la croix, lorsqu’il a reçu également son baptême (cf. Lc 12, 50). En effet, en mourant il s’immerge dans l’amour du Père et répand l’Esprit Saint, afin que ceux qui croient en Lui puissent renaître de cette source intarissable de vie nouvelle et éternelle. Toute la mission du Christ se résume ainsi : nous baptiser dans l’Esprit Saint, pour nous libérer de l’esclavage de la mort et nous ouvrir le ciel, c’est-à-dire l’accès à la vie véritable et pleine, qui sera « une immersion toujours nouvelle dans l’immensité de l’être, tandis que nous sommes simplement comblés de joie » (Spe salvi, n. 12).

    […] Prions pour tous les chrétiens afin qu’ils comprennent toujours mieux le don du Baptême et s’engagent à le vivre avec cohérence, en témoignant de l’amour du Père, du Fils et du Saint Esprit.

    Je vous souhaite à tous un bon dimanche

     

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