Catégorie : Prière des âmes

  • « Il s’approcha et pansa ses blessures. » (Lc 10, 34)

    Je me suis éloigné, Ami de l’homme, j’ai séjourné dans le désert,
    je me suis caché de toi, mon doux Maître,
    plongé dans la nuit des soucis de la vie
    où j’ai subi mainte morsure et mainte blessure,
    d’où je remonte, l’âme marquée de mainte plaie,
    et je crie dans ma douleur et la souffrance de mon cœur :
    Aie pitié de moi, fais-moi miséricorde, à moi le pécheur !

    Médecin qui seul aime les âmes, seul aime la miséricorde,
    qui guéris gratuitement les malades et les blessés,
    sois le médecin de mes meurtrissures, de mes blessures !
    Distille l’huile de ta grâce, mon Dieu,
    étends-la sur mes plaies, étanche mes ulcères,
    cicatrise et revigore mes membres
    déliquescents, et efface-en toutes les cicatrices, Sauveur,
    redonne-moi totale et parfaite santé, comme auparavant. (…)

    Je me suis relâché, Maître, pour avoir compté sur moi-même ;
    je me suis laissé entraîner par le souci des choses sensibles
    et j’ai succombé, malheureux, à la préoccupation des choses de la vie.
    Comme le fer une fois refroidi, je suis devenu noir
    et, à force de traîner par terre, j’ai contracté la rouille.

    Voilà pourquoi je crie vers toi, pour être à nouveau purifié,
    je t’en prie, Ami de l’homme, et pour être ramené
    à ma beauté première, et jouir de ta lumière
    maintenant et toujours et dans tous les siècles. Amen.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

     

  • « Allez ! Voici que je vous envoie. » (Lc 10, 3)

    « Allez… » nous dites-vous à tous les tournants de l’Évangile.
    Pour être dans votre sens, il faut aller,
    même quand notre paresse nous supplie de demeurer.

    Vous nous avez choisis pour être dans un équilibre étrange.
    Un équilibre qui ne peut s’établir et tenir
    que dans un mouvement
    que dans un élan.
    Un peu comme un vélo qui ne tient pas debout sans rouler,
    un vélo qui reste penché contre un mur
    tant qu’on ne l’a pas enfourché,
    pour le faire filer bon train sur la route.

    La condition qui nous est donnée c’est une insécurité universelle,
    vertigineuse.
    Dès que nous nous prenons à la regarder,
    notre vie penche, se dérobe.

    Nous ne pouvons tenir debout que pour marcher, que pour foncer,
    dans un élan de charité. (…)

    Vous vous refusez à nous fournir une carte routière.
    Notre cheminement se fait la nuit.
    Chaque acte à faire à tour de rôle s’illumine
    comme des relais de signaux.
    Souvent la seule chose garantie c’est cette fatigue régulière
    du même travail chaque jour à faire,
    du même ménage à recommencer,
    des mêmes défauts à corriger,
    des mêmes bêtises à ne pas faire.

    Mais en dehors de cette garantie,
    tout le reste est laissé à votre fantaisie
    qui s’en donne à l’aise avec nous.

    Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

     

     

     

  • Fête des Sts Anges Gardiens

    C’est aujourd’hui votre fête, ô mon bon ange… De tout mon cœur je vous dis aux pieds de Jésus : bonne fête ! (…) Merci de tous vos bienfaits ! Pardon de toutes mes ingratitudes et de me tenir avec si peu de respect en votre présence, pardon de vous contrister si souvent ! Gardez-moi, secourez-moi de plus en plus ! (…) Je vous honore et vous aime, cela est ma volonté, autant que Dieu le permet et le veut…

    On demande aux saints des grâces pour leur fête au lieu de leur faire des offrandes, inspirez-moi ce qu’il vous fera le plus de plaisir que je vous demande, mon bon ange, et je vous le demanderai : « Un grand respect de ma présence et de la présence de Dieu… penser, parler, agir comme étant sans cesse sous les yeux de Jésus Notre Seigneur et sous les miens et respecter notre présence comme celle d’êtres très aimés et très vénérés. (…) Voilà ce que je te demande pour l’honneur de Jésus, le mien, et pour ton bien, mon enfant ». Mon bon ange, mon cher ange, il me semble que vous me répondez cela… Je vous le promets… Je vous demande cette grâce et je vous promets de m’efforcer d’y être fidèle (…).

    Si de moi-même, et j’espère que cela ne vient pas de moi mais de Jésus, j’osais vous offrir, par sa force, par son assistance et à l’aide de sa grâce, quelque chose pour votre fête, je vous offrirais le désir de vous aimer de plus en plus, de croître sans cesse en amour, confiance, dévotion pour vous et d’avoir de plus en plus présent à la pensée le sentiment de votre bénie présence. Soyez bénis, mon cher ange gardien, bonne fête ! Soyez bénis ô anges gardiens de tous les hommes.

    Saint Charles de Foucauld (1858-1916)

     

     

     

     

     

     

     

  • « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. »

    Malheur à ceux qui gardent leur richesse en dépôt !
    Malheur à ceux qui veulent recevoir leur gloire des hommes !
    Malheur à ceux qui se faufilent parmi les riches
    au lieu de désirer la gloire de Dieu, la richesse de Dieu,
    de désirer être unis avec lui et rien d’autre,
    car vain est le monde et tout ce qui est dans le monde,
    tout ne sera que vanités des vanités. (…)
    Malheur, mon âme, à ceux qui désirent la gloire des hommes,
    car alors ils seront privés de la gloire de Dieu !
    Malheur, mon âme, à ceux qui gardent leur richesse entassée,
    car là-bas ils soupireront après une goutte d’eau !
    Malheur, mon âme, à ceux qui mettent dans l’homme leur espérance,
    car l’homme mourra, et avec lui leurs espoirs,
    et alors ils se trouveront dénués de tout espoir !
    Malheur, mon âme, à ceux qui trouvent ici-bas leur repos,
    car là-bas ils trouveront éternellement l’affliction !

    Dis-moi, mon âme, pourquoi es-tu triste, que recherches-tu des biens de cette vie !
    réponds-moi et je t’enseignerai de chacun l’utilité,
    laisse-toi instruire, apprends ce qu’il y a de bon en chacun.
    Veux-tu être glorifiée, dis-moi, veux-tu être louée ?
    Écoute donc ce qu’est l’honneur et ce qu’est le déshonneur.
    L’honneur, c’est d’honorer tous les êtres, mais Dieu plus qu’eux tous,
    de gagner pour toute richesse ses commandements
    et pour eux de souffrir les injures, pour eux les insultes,
    pour eux de supporter les outrages de toute sorte.
    Lorsqu’en effet, mon âme, tu t’es efforcée en quelque occasion
    d’honorer Dieu, de le glorifier, et pour cela tu as été outragée, méprisée,
    c’est alors que tu as obtenu l’honneur et la gloire qui demeurent,
    car la gloire de Dieu ne manquera pas de venir sur toi ;
    c’est alors que tous les anges te loueront,
    car tu auras honoré Dieu, Dieu qu’ils chantent eux-mêmes.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

     

  • « Il passa la nuit à prier Dieu. »

    La prière du Christ à Gethsémani est la rencontre de la volonté humaine de Jésus Christ avec la volonté éternelle de Dieu… Le Fils s’est fait homme pour qu’ait lieu cette rencontre de sa volonté humaine avec celle du Père. Il s’est fait homme pour que cette rencontre soit pleine de la vérité sur la volonté humaine et sur le cœur humain, ce cœur qui veut faire disparaître le mal, la souffrance, le jugement, la flagellation, la couronne d’épines, la croix et la mort. Il s’est fait homme pour que sur ce fond de la vérité sur la volonté humaine et sur un cœur humain apparaisse toute la grandeur de l’amour qui s’exprime dans le don de soi et le sacrifice : « Oui, Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique » (Jn 3,16). A l’heure où le Christ prie, l’amour éternel doit se confirmer par l’offrande du cœur humain. Et il se confirme : le Fils ne refuse pas à son cœur de devenir l’autel, le lieu de l’élévation, avant de devenir l’emplacement de la croix…

    La prière est donc la rencontre de la volonté humaine avec la volonté de Dieu. Son fruit privilégié est l’obéissance du Fils envers le Père : « Que ta volonté soit faite ». Cependant, l’obéissance ne signifie pas d’abord le renoncement à sa propre volonté, mais une réelle ouverture du regard spirituel, de l’ouïe spirituelle, vers cet Amour qui est Dieu même. C’est cet Amour que Dieu est (1Jn 4,16), lui qui a tellement aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique. Voici donc l’homme, voici Jésus Christ, le Fils de Dieu ; après sa prière à Gethsémani il se relève, raffermi par cette obéissance par laquelle il a de nouveau rejoint cet amour, ce don du Père au monde et à tous les hommes.

    Cardinal Karol Wojtyla (Saint Jean Paul II)

     

     

     

     

  • « Nos lampes s’éteignent. »

    Je ne suis pas devenu sage (…),
    Comme l’étaient les cinq vierges sages ;
    Le bien facile avec le difficile,
    Je ne l’ai point acquis.
    Mais je suis devenu le dernier des insensés
    En ne conservant pas de l’huile pour ma lampe :
    C’est-à-dire la miséricorde avec la virginité,
    Ou bien encore l’onction de la Fontaine sacrée [du baptême] (…).

    C’est pourquoi les portes de la salle des noces
    Sont fermées à moi aussi dans ma négligence.
    Mais ici-bas, tandis que je suis dans un corps,
    Ô Toi, mon Époux, écoute mon âme épouse (…);
    Dès maintenant je crie d’une voix pitoyable :
    « Ouvre-moi ta porte céleste,
    Introduis-moi dans ta chambre nuptiale là-haut,
    Rends-moi digne du saint baiser,
    De l’étreinte pure et immaculée.
    Que je n’entende pas la voix
    Qui répond ne pas me connaître.
    Mais grâce à ta lumière veuille allumer
    Le flambeau éteint de mon esprit, à moi l’aveugle ! »

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

  • Au milieu de la mer de cette vie, tends-moi la main Seigneur !

    Le prophète entendit ta venue, Seigneur, et fut saisi de crainte, à la pensée que tu allais être enfanté d’une vierge et apparaître aux hommes, et il disait : « J’ai entendu ce que tu as fait entendre et j’ai été saisi de crainte, gloire à ta puissance ! »

    J’ai péché, j’ai failli envers toi, j’ai poussé à bout ta majesté, Ô seul Compatissant, et me suis enfoncé dans l’abîme du désespoir ; mais montre-toi à présent au milieu de la nuit, à moi aussi, comme jadis aux disciples cheminant sur la mer, ô Verbe, et donne-moi la divine sérénité.

    Mon âme à tout moment entre tes mains. Mon Dieu et mon secours, qui seul sonde les reins et les cœurs, tu connais toutes mes réflexions, tu connais les vagues, la tempête, le tumulte de mes pensées ; mais je t’ai vu marchant, maintenant encore, sur la mer agitée de mon cœur.

    Voici que j’ai désiré tes préceptes, dans ta justice fais-moi vivre. Pardonne, ô mon Créateur, sois indulgent, toi qui m’as façonné, aie pitié de moi, laisse-toi fléchir, sois miséricordieux, sois compatissant, et puisque je suis au milieu de la mer de cette vie, tends-moi ta main réellement divine et, comme Pierre, relève-moi. Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit.

    Jadis le Prophète t’a vu à l’avance, Jeune Fille, comme un candélabre à sept flammes, portant le feu de la connaissance de Dieu, en le faisant briller sur ceux qui sont en péril dans les ténèbres de l’ignorance, ô Toute Immaculée, et c’est pourquoi je crie vers toi : « Éclaire-moi, je t’en prie. »

    Livre d’heures du Sinaï (9e siècle)

     

     

     

  • Je T’adore, mon Créateur et mon Seigneur !

    Je T’adore, Créateur et Seigneur, caché dans le Très Saint Sacrement. Je T’adore pour toutes les œuvres de Tes mains dans lesquelles apparaissent tant de sagesse, de bonté et de miséricorde ; ô Seigneur, Tu as semé tant de beauté par toute la terre, et elle me parle de Ta splendeur, bien qu’elle ne soit que Ton faible reflet, inconcevable Beauté. Quoique Tu Te sois caché et dissimulé et que Tu aies dissimulé ta Beauté, mon œil illuminé par la foi T’atteint et mon âme reconnaît Son Créateur, son Bien suprême, et mon cœur entier sombre dans la prière de louange.

    Mon Créateur et mon Seigneur, Ta bonté m’a encouragée à Te parler – Ta miséricorde fait disparaître l’abîme qui existe entre nous, qui sépare le Créateur de Sa créature. Parler avec Toi, ô Seigneur, est le délice de mon cœur ; je trouve en Toi tout ce que mon cœur peut désirer. Là Ta lumière éclaire mon esprit et le rend capable de Te connaître toujours plus profondément. Là, sur mon cœur se déversent des torrents de grâces, là mon âme puise la vie éternelle.

    Ô mon Créateur et mon Seigneur, au-dessus de tous ces dons Toi, Tu Te donnes Toi-même à moi, et Tu T’unis étroitement avec Ta misérable créature. Ici nos cœurs se comprennent au-delà des mots ; ici personne n’est capable d’interrompre notre conversation. Ce dont je parle avec Toi, Ô Jésus, c’est notre secret, que les créatures ne connaîtront pas, et les anges n’ont pas l’audace de demander. Ce sont de secrets pardons que seuls Jésus et moi savons – c’est le secret de Sa miséricorde qui enveloppe chaque âme en particulier.

    Pour cette inconcevable bonté, je T’adore, mon Créateur et mon Seigneur, de tout mon cœur et de toute mon âme. Et quoique mon adoration soit si pauvre et si petite, je suis cependant en paix, car je sais que Toi Tu sais qu’elle est sincère malgré son incapacité…

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)

     

     

     

  • Garde les âmes du naufrage, ô Jésus !

    Dans le terrible désert de la vie
    Ô mon doux Jésus,
    Garde les âmes du naufrage,
    Car Tu es source de miséricorde.

    Que la clarté de Tes rayons,
    Ô doux Chef de nos âmes,
    Que Ta miséricorde change le monde,
    Et qu’ayant connu Ta grâce, il serve Jésus.

    Je dois traverser une longue route rocailleuse,
    Mais je n’ai peur de rien,
    Car pour moi jaillit la source pure de la miséricorde,
    Et avec elle coule la force pour l’humble.

    Je suis tourmentée et fatiguée,
    Mais ma conscience me rend témoignage,
    Que je fais tout pour la plus grande gloire du Seigneur,
    Le Seigneur est mon repos et mon héritage.

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)

     

     

     

  • Sacré-Cœur de Jésus, solennité

    Je te salue, Cœur très miséricordieux de Jésus,
    Source vivante de toutes les grâces,
    Unique abri et notre refuge,
    En toi je trouve l’éclat de l’espérance.

    Je te salue, Cœur très compatissant de mon Dieu,
    Insondable, vivante source d’amour,
    D’où jaillit la vie pour l’homme pécheur,
    Ainsi que la source de toute douceur.

    Je te salue, plaie ouverte du très saint Cœur (Jn 19,34),
    D’où sont sortis les rayons de miséricorde,
    Et d’où il nous est donné de puiser la vie,
    Uniquement avec le vase de la confiance.

    Je te salue, bonté de Dieu, inconcevable,
    Jamais mesurée, ni approfondie,
    Pleine d’amour et de miséricorde, mais toujours sainte,
    Et cependant tu es comme une bonne mère qui se penche sur nous.

    Je te salue, trône de la miséricorde, Agneau de Dieu,
    Toi qui offris ta vie en sacrifice pour moi,
    Toi devant qui chaque jour mon âme s’abaisse,
    Vivant en une foi profonde.

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)