Catégorie : Prière des âmes

  • Donne-moi la grâce de Te plaire par mon talent !

    Je fus semblable au mauvais serviteur,
    Qui pour les talents confiés ne gagna rien ;
    Et même je l’ai surpassé,
    Parce que j’ai perdu le don de la grâce.

    Je n’ai pas fait doubler ton talent,
    Ni quadrupler les deux, ni décupler les cinq,
    En sorte que je règne complètement
    Sur les dix villes du sensible.

    Mais j’ai enfoui sous terre l’unique talent,
    En l’empaquetant dans le voile des vices ;
    Je n’ai pas placé l’argent à la banque
    De sorte que Tu en demandes l’intérêt. (…)

    À Toi, ô Sauveur de mon âme,
    Je veux en pleurant adresser ces paroles :
    « Puisqu’il est encore en mes mains de faire le bien,
    Donne-moi la grâce de Te plaire par lui. »

    Ainsi j’entendrai la sentence joyeuse
    Comme le serviteur fidèle :
    « Entre dans la maison céleste,
    Dans la joie de ton Seigneur ! »

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

  • Le royaume est comparable à un maître qui embaucha des ouvriers pour sa vigne…

    J’ai été invité à l’aube
    dès le début, à mon entrée dans le monde,
    Pour travailler dans la vigne du commandement,
    Contre un denier portant ton effigie.

    Quant à moi, j’ai entendu celui qui invitait,
    En entrant seulement dans la vigne ;
    Mais j’ai été négligent dans la mise en pratique de la parole,
    C’est pourquoi, je n’espère pas de récompense.

    Mais ô Seigneur libéral en tout,
    Donne-moi gratis le présent de ta grâce,
    À l’exemple des ouvriers de la Onzième heure,
    Entrant dans la vigne, dans le paradis d’Éden.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

  • Ô Toi, Trésor céleste !

    Je n’ai pas vendu ce qui est périssable,
    Lorsque j’ai trouvé le trésor dans le champ ;
    Mon ennemi l’a volé
    Et en échange il m’a donné ce dont je puis être dépouillé.

    Toi qui est le Trésor céleste,
    Je Te supplie de tout mon cœur ;
    Donne-moi la sagesse de placer mon trésor au ciel,
    Et de maintenir là-haut la pensée de mon cœur.

    Trésor qui par le voleur nocturne
    N’est pas emporté en secret,
    Mais est gardé avec vigilance en sûreté,
    Suivant ton commandement lumineux.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

  • « Je crois en l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique. »

    « L’Église est sainte : aux yeux de la foi, l’Église…est indéfectiblement sainte. En effet le Christ, Fils de Dieu qui, avec le Père et l’Esprit, est proclamé « seul saint », a aimé l’Église comme son épouse, il s’est livré pour elle afin de la sanctifier, il se l’est unie comme son corps et l’a comblée du don de l’Esprit Saint pour la gloire de Dieu. » L’Église est donc « le peuple saint de Dieu », et ses membres sont appelés « saints » (Lumen gentium, 39,12 ; 1Co 6,1)… Par le Christ et en lui l’Église devient aussi sanctifiante… C’est en elle que « nous acquérons la sainteté par la grâce de Dieu »… En ses membres, la sainteté parfaite est encore à acquérir…

    « Tandis que le Christ saint, innocent, sans tache, venu uniquement pour expier les péchés du peuple, n’a pas connu le péché, l’Église, elle, qui renferme des pécheurs dans son propre sein, est donc à la fois sainte et appelée à se purifier, et poursuit constamment son effort de pénitence et de renouvellement. » (LG 42) Tous les membres de l’Église, ses ministres y compris, doivent se reconnaître pécheurs. En tous, l’ivraie du péché se trouve encore mêlée au bon grain de l’Évangile jusqu’à la fin des temps.

    L’Église rassemble donc des pécheurs saisis par le salut du Christ mais toujours en voie de sanctification : « L’Église est sainte tout en comprenant en son sein des pécheurs, parce qu’elle n’a elle-même d’autre vie que celle de la grâce. C’est en vivant de sa vie que ses membres se sanctifient ; c’est en se soustrayant à sa vie qu’ils tombent dans les péchés et les désordres qui empêchent le rayonnement de sa sainteté. C’est pourquoi elle souffre et fait pénitence pour ces fautes, dont elle a le pouvoir de guérir ses enfants par le sang du Christ et le don de l’Esprit Saint. »

    Catéchisme de l’Église catholique

     

     

     

     

  • « Que votre règne vienne ! »

    Dans la deuxième demande [de la prière du « Notre Père »], l’âme très pure exprime le vœu de voir arriver bientôt le règne de son Père.

    Elle peut viser par là d’abord le règne inauguré chaque jour par le Christ dans l’âme des saints. C’est ce qui se produit, lorsque le diable une fois chassé de notre cœur avec les vices dont il l’infectait, et son empire évanoui, Dieu entre chez nous en souverain, en même temps que s’y répand la bonne odeur des vertus. La fornication vaincue, c’est la chasteté qui règne dans notre âme ; la fureur surmontée, la tranquillité ; la superbe foulée aux pieds, l’humilité.

    Elle peut aussi avoir en vue celui qui a été promis pour un temps marqué d’avance à tous les parfaits d’une manière générale, à tous les enfants de Dieu. C’est alors que le Christ doit leur dire : « Venez, les bénis de mon Père ; entrez en possession du royaume qui vous a été préparé dès avant la création du monde. » (Mt 25,34) L’âme tient ses regards ardemment fixés sur cet heureux terme, pleine de désir et d’attente, et elle s’écrie : « Que votre règne arrive ! » Elle sait bien, car sa conscience lui en rend témoignage, que, dès qu’il aura paru, elle entrera en partage de ce royaume.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

     

     

     

  • Dirige mon âme vers le ciel !

    Moi, doublement atteint
    Par les flèches mortifères du Mauvais,
    Je crie comme l’infirme :
    « Impose le remède à la blessure profonde de mon âme. »

    Ôte des yeux de mon esprit la poussière des vices,
    Celle de l’intérieur et celle de l’extérieur,
    Afin que je voie clairement au ciel
    La face de l’Archétype.

    Et au lieu d’entendre la parole commune
    Dans le réceptacle de mon ouïe,
    Imprime en lui la parole de la sainte Écriture,
    Du Testament où parle Dieu.

    Place une sentinelle auprès des lèvres de ma bouche,
    Pour que je ne parle pas au détriment de l’âme,
    Mais que je prenne la parole toujours selon ta volonté,
    Pour l’édification et le profit de l’auditeur.

    Accorde à mes mains actives la grâce
    D’accomplir le bien durable ;
    De ne pas s’appliquer aux plaisirs,
    Aux choses palpables, nuisibles.

    Et si ces sens venaient à glisser et à scandaliser,
    Fais que j’imite, selon le commandement,
    Celui qui a préféré se sacrifier,
    Afin de ne pas subir totalement le châtiment.

    Dirige les pas de mon âme vers le ciel,
    Et affermis-les sur le Roc inébranlable,
    Afin qu’ils ne soient pas pour tout mon être
    Une occasion de tomber dans le feu.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

     

  • La contagion de la paix

    À tous les tournants de rues il y a de petites guerres, comme à tous les tournants du monde il y a de grandes guerres.
    À tous les tournants de notre vie nous pouvons faire la guerre ou faire la paix.
    Et c’est pour faire la guerre que nous nous sentons dangereusement bâtis.
    Très vite notre voisin devient notre ennemi,
    s’il n’est pas notre frère. (…)

    C’est pourquoi il n’y a que les enfants de Dieu qui soient totalement des pacifiques.
    Pour eux la terre est une maison de leur Père du Ciel.
    Tout ce qui est sur la terre est à lui et le sol lui-même.
    Oui, vraiment, la terre est une petite maison de leur Père.
    Ils n’en dédaignent aucune pièce, ni aucun continent, ni aucune île minuscule, ni aucune nation, ni aucune courette, aucune de ces pièces que sont les places, les trottoirs, les bureaux, les magasins, les quais, les gares…
    Ils ont à y faire l’esprit de famille. (…)

    Les yeux des pacifiques sont bienveillants et leurs compagnons de route s’y réchauffent comme au coin du feu.
    Ils ne trouvent jamais de motif à combattre, car ils se savent comptables seulement de la paix, et la paix ne se défend pas par des batailles.
    Ils savent que la division d’un seul atome peut déclencher des guerres cosmiques.
    Ils savent aussi qu’il y a une chaîne entre les humains et que
    lorsqu’une cellule humaine se déchire dans une colère,
    une rancune, une amertume,
    le ferment de guerre peut rebondir jusqu’au bout de l’univers.

    Mais parce qu’ils croient à la diffusion de l’amour, ils savent que
    là où se fait un peu de paix s’établit une contagion de paix
    assez forte pour envahir toute la terre.
    Aussi vont-ils dans une double joie :
    celle d’un avènement de paix tout autour d’eux ;
    et celle d’écouter une voix ineffable qui dit « Père » au fond de leur cœur.

    Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

     

     

     

  • L’âme innocente et pleine d’enfantine confiance est une adoration agréable à Dieu

    Sois adoré notre Créateur et Seigneur.
    Univers entier, loue humblement Ton Seigneur,
    Remercie ton Créateur autant que tes forces le permettent.
    Et loue Son inconcevable miséricorde divine.

    Viens toute la terre verdoyante,
    Viens aussi toi, mer insondable,
    Que ta gratitude se change en un chant agréable
    Et chante comme est grande la miséricorde divine.

    Viens beau et rayonnant soleil,
    Viens devant Lui, limpide aurore,
    Unissez-vous en un hymne, que vos voix pures
    Chantent harmonieusement la grande miséricorde divine.

    Venez, montagnes et plaines, bois bruyants et fourrés,
    Venez, ravissantes fleurs matinales,
    Que votre parfum unique
    Glorifie et adore la miséricorde divine.

    Venez, toutes les beautés de la terre,
    Dont l’homme ne s’étonnera jamais assez,
    Venez adorer Dieu en harmonie,
    Louez l’inconcevable miséricorde divine.

    Viens, beauté impérissable de toute la terre,
    Et adore très humblement ton Créateur,
    Car tout est contenu dans Sa miséricorde,
    Tout dit d’une voix puissante combien est grande la miséricorde de Dieu.

    Mais au-dessus de toutes ces beautés,
    Une âme innocente et pleine d’enfantine confiance,
    Qui par la grâce s’unit étroitement avec Lui,
    Est une adoration plus agréable à Dieu.

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)

     

     

     

  • « Si je veux qu’il reste jusqu’à ce que je vienne, est-ce ton affaire ? Toi, suis-moi. »

    Je suis tienne, pour toi je suis née,
    Que veux-tu faire de moi ?
    Majesté souveraine,
    Éternelle Sagesse,
    Bonté si bonne pour mon âme,
    Toi, Dieu, Altesse, Être unique, Bonté,
    Vois mon extrême bassesse,
    Moi qui te chante aujourd’hui mon amour.
    Que veux-tu faire de moi ?
    Je suis tienne, puisque tu m’as créée,
    Tienne, puisque tu m’as rachetée,
    Tienne, puisque tu me supportes,
    Tienne, puisque tu m’as appelée,
    Tienne, puisque tu m’as attendue,
    Tienne puisque je ne suis pas perdue,
    Que veux-tu faire de moi ?
    Que veux-tu donc, Seigneur très bon,
    Que fasse un si vil serviteur ?
    Quelle mission as-tu donnée
    A cet esclave pécheur ?
    Me voici, mon doux amour,
    Doux amour, me voici.
    Que veux-tu faire de moi ?
    Voici mon cœur,
    Je le dépose dans ta main,
    Avec mon corps, ma vie, mon âme,
    Mes entrailles et tout mon amour.
    Doux Époux, mon Rédempteur,
    Pour être tienne, je me suis offerte,
    Que veux-tu faire de moi ?
    Donne-moi la mort, donne-moi la vie,
    La santé ou la maladie
    Donne l’honneur ou le déshonneur,
    La guerre ou la plus grande paix,
    La faiblesse ou la pleine force,
    À tout cela, je dis oui :
    Que veux-tu faire de moi ? …
    Je suis tienne, pour toi je suis née,
    Que veux-tu faire de moi ?

    Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582)

     

     

     

  • « Qu’ils contemplent ma gloire ! » (Jn 17,24)

    Toi qui es là-haut avec le Père et qui te trouves avec nous, (…)
    tu nous as montré la lumière de ta gloire immaculée,
    donne-la moi, oui, maintenant encore, qu’elle ne me quitte plus !
    donne-moi de toujours te contempler en elle, ô Verbe,
    de saisir telle qu’elle est ta beauté inaccessible
    qui, demeurant absolument insaisissable,
    frappe et foudroie mon intelligence, transporte mon esprit
    et allume en mon cœur le feu de ton amour !

    C’est cette lumière qui, se déployant en flamme du désir divin,
    me fait voir plus distinctement ta gloire, ô mon Dieu ;
    cette gloire, en t’adorant je t’en supplie, Fils de Dieu, accorde-moi,
    dès maintenant et dans l’avenir, de la posséder inamissible
    et par elle de te contempler, Dieu, éternellement ! (…)

    Oui, Pasteur compatissant, bon et doux,
    qui veux le salut de tous ceux qui croient en toi,
    aie pitié, exauce cette prière que je t’adresse :
    Ne t’irrite pas, ne détourne pas de moi ton visage,
    mais enseigne-moi à accomplir ta volonté,
    car je ne cherche pas à ce que ma volonté à moi se fasse,
    mais la tienne, afin de te servir, Miséricordieux !

    Je t’en conjure, aie pitié, toi qui es naturellement pitoyable,
    et fais ce qui est utile à mon âme misérable,
    parce que toi, toi seul es le Dieu ami de l’homme,
    incréé, sans fin, tout-puissant, véritablement,
    vie et lumière de ceux qui t’aiment
    et sont par toi, Ami de l’homme, tellement aimés !
    Range-moi parmi eux, Maître, et de ta gloire divine
    rends-moi participant, fais-moi cohéritier,
    car à toi, Père, avec le Fils coéternel
    et l’Esprit divin, appartient la gloire dans les siècles de siècles. Amen.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)