
Ô amour ineffable ! Ô doux amour ! Ô feu éternel ! Tu es ce feu qui toujours brûle. Ô souveraine et éternelle Trinité, tu es la droiture sans défaut, la simplicité sans ombre ; tu es la sincérité sans déguisement possible. Dirige le regard de ta miséricorde sur tes créatures. Je comprends que la miséricorde t’appartient en propre, et de quelque côté que je me tourne, je ne trouve que ta miséricorde. Voilà pourquoi j’accours à toi, je crie devant ta miséricorde : ô Dieu, fais miséricorde au monde.
Tu veux, ô Père éternel, que nous te servions selon ta volonté et tu fixes toi-même les voies de tes serviteurs. C’est nous enseigner que nous ne pouvons d’aucune manière juger l’état intime d’une créature d’après ses œuvres extérieures, mais que nous devons nous en rapporter à ta volonté, surtout pour tes serviteurs unis à cette volonté et transformés en elle. Aussi est-il heureux le chrétien qui regarde dans ta lumière les voies et les œuvres infiniment variées de tes serviteurs : quelques sentiers que ceux-ci prennent, ils courent tous per le chemin de feu de ton amour, sinon ils ne suivraient pas réellement ta vérité. (…)
Ô Déité éternelle ! comme il est vrai que la miséricorde t’appartient en propre ! (…) Par miséricorde, aujourd’hui même, n’as-tu pas voulu me faire connaître à moi méprisable, que nous ne pouvons juger en rien des intentions de la créature raisonnable ? Car variées à l’infini sont les voies que tu leur traces à ton gré, comme tu me l’as montré par mon propre exemple. Grâce te soient rendues, ô mon Dieu !
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)






Quand Catherine voit le jour en 1347, la situation en Italie et en Europe est devenue très difficile. Déjà s’annonçait la peste noire, qui devait semer la dévastation ; la société était troublée par la Guerre de Cent Ans et des invasions de mercenaires ; les papes avaient dû quitter Rome pour Avignon ; le schisme d’Occident allait se prolonger jusqu’en 1417. Fille d’un teinturier, Catherine prend très rapidement conscience des besoins du monde qui l’entoure. Attirée par la forme de vie apostolique des dominicains, elle demande à être agrégée au tiers ordre (on appelait ces pieuses femmes les « Mantellate »). Celles-ci n’étaient pas des religieuses à proprement parler et ne vivaient pas la vie commune, mais elles portaient la robe blanche et le manteau noir des frères prêcheurs. (…)
