Étiquette : Ste Catherine de Sienne

  • Ô Marie, porteuse du feu divin !

    Ô Marie, porteuse du feu divin !

    Ô Marie, Marie, temple de la Trinité, ô Marie, porteuse du feu, Marie distributrice de miséricorde, Marie, qui as fait germer le fruit divin ! Marie, rédemptrice, en un sens, du genre humain ! (La souffrance de ta chair, dans le Verbe, n’a-t-elle pas sauvé le monde ?) Le Christ fut rédempteur par sa passion ; toi, par la douleur du corps et de l’âme.

    Ô Marie ! Mer tranquille, distributrice de paix, Marie, terre féconde ! Tu es l’arbre nouveau qui as porté la fleur odorante du Verbe, Fils unique de Dieu. En toi, terre féconde, fut semé le Verbe. Tu es à la fois la terre et l’arbre. Ô Marie, char de feu, tu as porté le feu caché et voilé sous la cendre de ton humanité. (…)

    Ô Marie, très doux amour, en toi est écrit le Verbe qui nous donne la doctrine de la vie ; tu es la tablette sur laquelle est gravée cette doctrine. Aussitôt imprimé en toi, ce Verbe porte la croix du saint désir qui est comme greffé sur lui. À peine conçu, il est possédé du désir de mourir pour le salut des hommes, en faveur de qui il s’incarne. Et ce fut une grande croix que de porter si longtemps un désir qu’il eût voulu aussitôt réaliser.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • Le Christ nous a donné l’Esprit Saint

    Le Christ nous a donné l’Esprit Saint

    Courage, mes Frères, ne nous laissons abattre ni par le péché commis, ni par aucune illusion, aucune tentation du démon. La route a beau être rude et fangeuse, le Christ, notre médecin, nous a donné un remède pour toutes nos infirmités, un baptême de sang et de feu, dans lequel l’âme purifie et lave tous ses péchés, consume et détruit toutes les tentations et les illusions du démon. (…)

    L’homme, tant qu’il vit dans la prison corruptible de son corps, éprouve une loi perverse, qui l’invite et le sollicite toujours au péché, la douce bonté de Dieu lui a donné un remède continuel, qui fortifie sa raison et sa liberté. Ce remède continuel est le feu du Saint-Esprit, qui ne s’éteint jamais, et répand toujours sa grâce et ses bienfaits, tellement que chaque jour nous pouvons nous appliquer ce doux baptême, qui nous est donné par grâce et non par mérite.

    Ainsi donc, quand l’âme regarde et voit en elle ce trésor et ce feu de l’Esprit Saint, elle s’enivre tellement de l’amour de son Créateur, qu’elle se renonce entièrement. (…) Elle voit et considère seulement son néant et la bonté de Dieu à son égard ; elle voit que cette Bonté infinie ne veut autre chose que son bien, et alors son amour devient parfait envers Dieu. Elle n’a pas d’autre pensée, d’autre affection, et elle ne peut retenir l’élan de son désir ; mais elle court sans fardeau et sans lien, car elle s’est délivrée de tous les obstacles qui pouvaient l’arrêter.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • Fête de sainte Catherine de Sienne, vierge, docteur de l’Eglise, copatronne de l’Europe

    Fête de sainte Catherine de Sienne, vierge, docteur de l’Eglise, copatronne de l’Europe

    En s’élevant au-dessus d’elle-même, une âme tourmentée d’un très grand désir de l’honneur de Dieu et du salut des âmes, en arrive à s’exercer pendant quelque temps dans la pratique des vertus ordinaires et s’enferme dans la cellule de la connaissance d’elle-même, pour mieux connaître la bonté de Dieu envers elle. Car l’amour suit la connaissance et, en aimant, l’âme cherche à suivre la vérité et à se revêtir de la vérité. Rien ne fait mieux goûter à la créature cette vérité, rien ne lui procure tant de lumière que l’oraison humble, continue, fondée sur la connaissance de soi-même et de Dieu. L’oraison ainsi comprise et pratiquée unit l’âme avec Dieu.

    En suivant les traces du Christ crucifié, par désir, par affection, par union d’amour, elle devient un autre lui-même. N’est-ce-pas ce que le Christ a voulu nous apprendre quand il nous dit : « À qui m’aimera et gardera ma Parole, je me manifesterai moi-même à lui : il sera une même chose avec moi et moi avec lui » (Jn 14,21). Nous trouvons en maints endroits des paroles semblables. Puisque le Christ est Vérité, elles nous font bien voir que, par l’amour, l’âme devient une même chose avec lui.

    Pour le montrer plus clairement, je me souviens d’avoir appris d’une servante de Dieu que, dans un grand ravissement de l’esprit qu’elle eut dans son oraison, Dieu, déchirant les voiles, lui avait fait contempler l’amour qu’il a pour ses serviteurs. Il lui disait entre autres choses: « Ouvre l’œil de ton intelligence et regarde en moi ; tu y verras la dignité et la beauté de ma créature raisonnable. Outre la beauté que j’ai donné à l’âme en la créant à mon image et ressemblance, contemple ceux qui sont revêtus de la robe nuptiale, c’est-à-dire de la charité, ornée de la multitude des vertus. Ceux-là, ne font qu’un avec moi par l’amour ».

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • Recevoir dans la Foi un si grand mystère d’Amour

    Recevoir dans la Foi un si grand mystère d’Amour

    [Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] Ô ma fille très chère, ouvre bien l’œil de l’intelligence pour contempler l’abîme de ma Charité. Il n’est pas une créature raisonnable dont le cœur ne dût se briser sous la pression de l’amour, en considérant après tous les biens dont je vous ai comblés, le bienfait que vous recevez dans ce Sacrement. (…)

    Qui goûte et voit et touche ce sacrement ? Les sens de l’âme. Avec quel œil le voit-elle ? Avec l’œil de l’intelligence, si cet œil est muni de la pupille de la très sainte Foi. Cet œil voit sous cette blancheur Dieu tout entier, l’homme tout entier, la nature divine unie à la nature humaine, le corps, l’âme, le sang du Christ, l’âme unie au corps, le corps et l’âme unis à ma nature divine, sans qu’elle soit séparée de Moi. (…) Et qui le touche ? La main de l’amour. Oui, c’est avec cette main que l’âme touche ce que l’œil de l’esprit a vu et connu dans le Sacrement par la foi : et elle touche avec cette main de l’amour, pour s’assurer de ce que l’intelligence a vu et connu par la Foi. Qui le goûte ? Le goût du saint désir. Le goût corporel goûte la saveur du pain, et le goût de l’âme qui est le saint désir goûte le Dieu-homme. Tu vois donc que les sens du corps sont ici déçus, mais non le sens de l’âme, à cause de la lumière et de la certitude qu’elle possède en elle-même.

    Car l’œil de l’intelligence a perçu par la pupille de la très sainte Foi ; ayant vu, il connaît, puis il touche avec foi, par la main de l’amour, ce qu’il a connu par la foi. Enfin par ce goût qui est en elle, par l’ardent désir, l’âme goûte ce qu’elle a vu et touché, l’amour ineffable de mon ardente Charité. C’est cet Amour qui a daigné l’inviter à recevoir un si grand mystère, avec la grâce qu’il produit, dans ce Sacrement.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • Deuxième dimanche de Pâques – Dimanche de la miséricorde

    Deuxième dimanche de Pâques – Dimanche de la miséricorde

    Très cher Père dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l’esclave des serviteurs de Jésus Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir baigné, noyé dans le sang de Jésus crucifié, et caché dans la plaie de son côté.

    Dans le sang vous trouverez le feu, car il l’a répandu par amour ; et dans le côté, vous trouverez l’amour du cœur, car tout ce que le Christ a fait pour nous a été fait avec l’amour du cœur. Alors votre âme s’enflammera du feu d’un saint désir, et ce désir est un effet de l’amour, qui ne vieillit jamais et rajeunit toujours au contraire, l’âme qui en est revêtue ; il la renouvelle dans la vertu, la fortifie, l’illumine et l’unit avec son Créateur ; car dans Jésus crucifié elle trouve le Père, et elle participe à sa puissance. Elle trouve la sagesse du Fils unique de Dieu, qui éclaire son intelligence ; elle goûte et voit la bonté de l’Esprit Saint, en trouvant le tendre amour que le Christ nous a montré dans le bienfait de sa Passion, lorsqu’il nous fit de son sang, un bain pour laver nos iniquités, et de son côté une demeure, un refuge où l’âme se repose et goûte les douceurs de l’Homme-Dieu.

    Je veux que nous fassions toujours ainsi, mon très cher Père. Que l’œil de notre intelligence ne se ferme jamais, et qu’il voie toujours, qu’il contemple combien Dieu nous aime, comme il nous le prouve par le moyen de son Fils ; que la volonté aime toujours, et qu’elle ne cesse jamais ; que l’amour envers le Créateur ne se ralentisse ni par le plaisir, ni par la peine, ni par aucune chose qui aura été dite ou faite ; et lors même que toutes les autres œuvres (…) cesseraient, l’amour ne devrait jamais s’éteindre. Je ne vous en dis pas davantage. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • Solennité de l’Annonciation du Seigneur

    Solennité de l’Annonciation du Seigneur

    Marie, temple de la Trinité, foyer de feu divin, Mère de miséricorde…, tu es la tige nouvelle (Is 11,1) qui a produit la fleur qui embaume le monde, le Verbe, le Fils unique de Dieu. C’est en toi, terre féconde, que ce Verbe a été semé (Mt 13,3s). Tu as caché le feu dans la cendre de notre humanité. Vase d’humilité où brûle la lumière de la sagesse véritable…, par le feu de ton amour, par la flamme de ton humilité, tu as attiré à toi et vers nous le Père éternel…

    Grâce à cette lumière, ô Marie, tu n’as jamais été comme les vierges insensées (Mt 25,1s), mais tu étais remplie de la vertu de prudence. C’est pour cela que tu as voulu savoir comment pourrait s’accomplir ce que l’ange t’annonçait. Tu savais que « Tout est possible à Dieu » ; tu n’en avais aucun doute. Pourquoi dire alors : « Je ne connais pas d’homme » ?

    Ce n’était pas la foi qui te manquait ; c’était ton humilité profonde qui te faisait dire cela. Tu ne doutais pas de la puissance de Dieu ; tu te regardais comme indigne d’un si grand prodige. Si tu as été troublée par la parole de l’ange, ce n’était pas par crainte. À la lumière même de Dieu, il me semble que c’était plutôt par admiration. Et qu’est-ce que tu admirais, ô Marie, sinon l’immensité de la bonté de Dieu ? Te regardant toi-même, tu te jugeais indigne de cette grâce et tu demeurais stupéfaite. Ta question est la preuve de ton humilité. Tu n’étais pas remplie de crainte, mais uniquement d’admiration devant l’immense bonté de Dieu, comparée à ta petitesse, à ton humble condition (Lc 1,48).

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • Éclaire-moi de la lumière de la très sainte foi !

    Ô abîme ! Déité éternelle ! Océan sans fond ! Pouvais-tu me donner davantage que te donner toi-même ? Tu es le feu qui brûle toujours et jamais ne s’éteint. Tu es le feu qui consume l’amour-propre de l’âme. Tu es le feu qui fond toute glace. Tu illumines. À ta flamme j’ai connu la vérité.

    Tu es cette lumière au-dessus de toute lumière qui éclaire surnaturellement l’œil de l’intelligence, avec une telle abondance et une telle perfection que tu clarifies la lumière de la foi ; dans cette foi, je vois que mon âme a la vie, et dans cette lumière je te reçois, toi, ô lumière. Par la lumière de la foi, je possède la sagesse dans la sagesse du Verbe ; par la lumière de la foi je suis forte, constante et persévérante ; par la lumière de la foi j’espère et je ne me laisse pas défaillir en route. Cette lumière m’enseigne la vraie voie ; sans elle, j’irais dans les ténèbres. Aussi te supplie-je, Père éternel, de m’éclairer de la lumière de la très sainte foi. (…)

    Ô Trinité éternelle, dans la lumière que tu m’as donné avec la très sainte foi, j’ai connu la voie de la grande perfection. Tu me l’as montrée afin que je te serve dans la lumière et non dans les ténèbres, que je sois un miroir de bonne et sainte vie et que je m’arrache enfin à la misérable existence que je mène, par ma faute, dans les ténèbres. (…) Revêts-moi, ô vérité éternelle, revêts-moi de toi afin que ma vie mortelle s’écoule dans l’obéissance véritable et la lumière de la très sainte foi dont tu as enivré mon âme.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »

    Moi, Catherine, l’esclave des serviteurs de Jésus Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de voir en vous une vraie connaissance de vous-même et de votre Créateur. Et cette connaissance est nécessaire à notre salut, car toute vertu vient de cette sainte connaissance.

    Où se trouve la véritable humilité ? Dans la connaissance de nous-même ; car l’âme qui reconnaît qu’elle n’est rien, et qu’elle tient de Dieu tout son être, ne peut lever la tête avec orgueil contre son créateur, ni contre son prochain ; car ce qui n’est rien par soi-même ne peut s’enorgueillir. Et où l’âme s’afflige-t-elle de sa faute ? Dans la connaissance d’elle-même, en considérant pieusement quelle est celle qui a offensé Dieu, et quel est le Dieu qu’elle a offensé. (…) Par notre faute, nous perdons la vie de la grâce et notre dignité. (…) Pourquoi? Parce que nous ne connaissons pas ce qui suit la faute et où elle nous conduit car si nous le connaissions véritablement, nous quitterions le vice et les habitudes déréglées, et nous embrasserions la vertu. Alors nous rendrions honneur à Dieu, nous conserverions la beauté, la dignité de notre âme ; nous suivrions la doctrine de la vérité, et en la suivant nous serions les fils de cette vérité. (…)

    Revenez un peu à vous-même, et ne dormez plus d’un pareil sommeil ; mais réveillez-vous en profitant de cet instant qui vous est accordé. N’attendez pas le temps, car lui n’attend pas. Connaissez-vous véritablement vous-même, et connaissez la grande bonté de Dieu à votre égard.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • « L’homme fort et bien armé »

    Ô mon très cher Fils, nous voyons que Dieu a armé l’homme d’une arme si solide, que ni le démon ni les créatures ne peuvent le blesser. C’est la volonté libre de l’homme, et c’est à cause de cette liberté que Dieu a dit : « Je vous ai créé sans vous, mais je ne vous sauverai pas sans vous. »

    Dieu veut donc que nous nous servions des armes qu’il a données, et que nous résistions aux coups que nous recevons de nos ennemis. Nous avons trois ennemis principaux : le monde, la chair, le démon. Mais ne craignons pas ; la divine Providence nous a si bien armés, que nous ne devons rien craindre. L’armure est bonne, et Celui qui nous secourt, meilleur encore : c’est Dieu, à qui rien ne peut résister, et tant que l’âme regarde ce doux et puissant auxiliaire, elle ne peut tomber dans aucune faiblesse. Il semble que c’était la pensée de l’ardent saint Paul, lorsqu’il disait : « Je puis tout par Jésus crucifié, qui est en moi et qui me fortifie » (cf. Ph 4,13).

    Quand Paul ressentait les attaques et l’aiguillon de la chair, il se fortifiait non en lui qu’il voyait faible, mais dans le Christ Jésus et dans la bonne armure que Dieu lui avait donnée, en lui donnant la liberté. Il dit : Je puis tout, et ni le démon ni les créatures ne peuvent me forcer à un péché mortel si je ne le veux pas. Tant que l’homme ne se dépouille pas de ces armes pour les remettre entre les mains du démon par le consentement de la volonté, il n’est jamais vaincu, quoique le démon, la chair et le monde viennent l’attaquer et lui jeter leurs flèches empoisonnées (…).

    Je veux donc, mon très doux Fils dans le Christ Jésus, que vous ne craigniez rien de ce que vous éprouvez.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • Aveugle et infirme, moi qui juge !

    Ô foyer d’amour ! Grâces, grâces, soient à vous, Père éternel ! À moi imparfaite et remplie de ténèbres, vous le Parfait, vous la Lumière, vous avez montré la perfection et la voie lumineuse de la doctrine de votre Fils unique.

    J’étais morte, vous m’avez rendu la vie ! J’étais malade, vous m’avez servi le remède ! Et non seulement le remède du Sang, que vous avez appliqué par votre Fils à ce malade qu’est le genre humain : mais encore vous m’avez donné contre une infirmité secrète un remède que je ne connaissais pas ; vous m’avez enseigné cette doctrine que je ne puis d’aucune manière juger la créature raisonnable et spécialement vos serviteurs ! Aveugle et infirme que j’étais ! Que de fois ne les ai-je pas jugés, sous couleur de votre honneur et du salut des âmes !

    Je vous remercie donc, ô Bonté souveraine et éternelle, de ce qu’en me découvrant votre Vérité, et les tromperies du démon, et les illusions du sens propre, vous m’avez fait connaître mon infirmité ! Je vous en supplie par votre grâce et par votre miséricorde, qu’aujourd’hui soit le terme et la fin de mes égarements ! Que je ne m’écarte plus désormais de la doctrine que votre Bonté m’a donnée, à moi et à quiconque la voudra suivre.

    Sans vous, rien ne se peut faire ! J’ai donc recours à vous, vous êtes mon refuge, Père éternel, et ce n’est pas pour moi seule que je vous implore, mais encore pour le monde entier, et particulièrement pour le corps mystique de la sainte Eglise.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)