Étiquette : St Nersès Snorhali

  • « Nos lampes s’éteignent. »

    Je ne suis pas devenu sage (…),
    Comme l’étaient les cinq vierges sages ;
    Le bien facile avec le difficile,
    Je ne l’ai point acquis.
    Mais je suis devenu le dernier des insensés
    En ne conservant pas de l’huile pour ma lampe :
    C’est-à-dire la miséricorde avec la virginité,
    Ou bien encore l’onction de la Fontaine sacrée [du baptême] (…).

    C’est pourquoi les portes de la salle des noces
    Sont fermées à moi aussi dans ma négligence.
    Mais ici-bas, tandis que je suis dans un corps,
    Ô Toi, mon Époux, écoute mon âme épouse (…);
    Dès maintenant je crie d’une voix pitoyable :
    « Ouvre-moi ta porte céleste,
    Introduis-moi dans ta chambre nuptiale là-haut,
    Rends-moi digne du saint baiser,
    De l’étreinte pure et immaculée.
    Que je n’entende pas la voix
    Qui répond ne pas me connaître.
    Mais grâce à ta lumière veuille allumer
    Le flambeau éteint de mon esprit, à moi l’aveugle ! »

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

  • « Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. »

    Ne me maudis pas comme le figuier (cf Mt 21,19),
    Bien que je sois pareil à l’arbre stérile,
    De peur que le feuillage de la foi
    Ne soit desséché avec le fruit de mes œuvres.

    Mais fixe-moi dans le bien,
    Comme le sarment sur la sainte Vigne,
    Dont prend soin ton Père céleste (Jn 15,2)
    Et que fait fructifier l’Esprit par la croissance.

    Et l’arbre que je suis, stérile en fruits suaves,
    Mais fécond en fruits amers,
    Ne l’arrache pas de ta vigne,
    Mais change-le, en creusant dans le fumier.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

    patriarche arménien

     

     

     

     

  • « C’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel. »

    Pour les Hébreux, tu as coupé en deux la mer bien visible (Ex 14) ;
    Et pour moi, des ténèbres épaisses.
    En ce temps-là tu as englouti le Pharaon ;
    Et maintenant, le Prince de ce monde, auteur de la mort (Jn 12,31; 8,44).

    Pour eux, tu as été une nuée protectrice pendant le jour
    Et de nuit, une colonne de feu (Ex 13,21).
    Pour moi ma lumière, c’est la connaissance de ton Fils, le Verbe,
    Et ma protection, c’est le Saint-Esprit.

    En ce temps-là, tu as donné la manne périssable,
    Et ceux qui l’ont mangée sont morts ;
    Maintenant, c’est ton corps céleste
    Qui donne la vie à ceux qui le mangent.

    Eux, ils ont bu l’eau jaillie du rocher (Ex 17),
    Et moi j’ai bu le sang de ton côté, toi mon Rocher (Jn 16,34; Ps 18,3).
    Eux, ils ont vu suspendu le serpent d’airain (Nb 21,9),
    Et moi, je t’ai vu sur la croix, toi qui es la vie.

    Pour eux, tu as donné la Loi de Moïse,
    Écrite sur les tables de pierre ;
    Et pour moi, la sagesse de ton Esprit,
    Ton Évangile divin.

    C’est pourquoi il sera exigé de moi,
    Pour ce qui est du bien, beaucoup plus qu’il sera exigé d’eux (…).
    Mais toi qui es devenu leur Expiateur,
    Ô mon Seigneur, plein de pitié, Fils unique du Père, (…).

    Ne m’empêche pas comme la plupart d’entre eux
    D’entrer en ta Terre Promise,
    Mais avec les deux qui y sont entrés (Dt 1,36; 31,3),
    Introduis-moi en ta patrie céleste.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

  • Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent !

    Comme le riche qui aimait la vie des plaisirs,
    J’ai aimé les plaisirs éphémères,
    Avec ce corps animal qui est le mien,
    Dans les plaisirs de cet insensé. (…)

    Et de tant de si grands bienfaits
    Que tu m’as donnés gratuitement,
    Je ne t’ai pas rendu la dîme
    Prise sur tes propres dons.

    Mais tout ce qui était sous mon toit
    Amassé de la terre, des airs et de la mer,
    Tes bienfaits innombrables,
    Je croyais que c’était ma propriété.

    De tout cela je n’ai rien donné au pauvre
    Et pour ses besoins je n’ai rien mis de côté :
    Ni nourriture pour la personne affamée,
    Ni couverture pour le corps nu,
    Ni hospice pour l’indigent,
    Ni demeure pour l’hôte étranger,
    Ni visite au malade,
    Ni non plus de soin pour les prisonniers (cf Mt 25,31s).

    Je ne me suis pas attristé pour le chagrin
    De l’homme triste à cause de ce qui l’accable ;
    Et je n’ai pas partagé non plus la joie de l’homme joyeux,
    Mais j’ai brûlé de jalousie contre lui.

    Tous ceux-là sont d’autres Lazare (…)
    Ils gisent dehors à ma porte (…)
    Quant à moi, sourd à leur appel,
    Je ne leur ai pas donné les miettes de ma table. (…)

    Les chiens de ta Loi au-dehors
    Les consolaient au moins avec leur langue ;
    Et moi qui entendais ton commandement
    Avec ma langue j’ai blessé celui qui te ressemble (Mt 25,45). (…)

    Mais donne-moi dès ici-bas le repentir,
    Pour que je fasse pénitence pour mes péchés (…)
    Afin que ces larmes éteignent
    La fournaise ardente avec ses flammes brûlantes. (…)

    Et au lieu de la conduite d’un homme sans miséricorde,
    Établis au plus profond de moi la pitié miséricordieuse,
    Pour que, en faisant miséricorde au pauvre,
    Je puisse obtenir ta miséricorde.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

  • « Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis. »

    Je me suis égaré dans le désert,

    J’ai erré dans la région inhabitée,

    Selon la parabole de la brebis,

    Une parmi le groupe des cent.

     

    Le méchant Ennemi l’a déchirée :

    Il l’a couverte de plaies incurables ;

    C’est pourquoi il n’y a pas d’autre remède à la plaie,

    Sinon Toi, pour la guérir.

     

    Je te supplie tout en larmes,

    J’élève mes cris vers mon Sauveur :

    Toi, bon Pasteur venu du ciel,

    Mets-toi à la recherche du petit troupeau.

     

    Cherche, Seigneur, la pièce d’argent tombée

    Qui est ton image perdue (Cf. Gn 1,26),

    Que j’ai enfouie dans le vice du péché

    Et dans la boue fétide.

     

    Lave-moi, Seigneur, de ma souillure ;

    Rends mon âme pure, telle la blancheur de neige (Cf. Is 1,18).

    Veuille compléter le nombre des dix pièces,

    Comme tu l’as fait pour les quarante saints [de Sébaste].

     

    Porte-moi sur tes épaules, Toi qui as porté la croix,

    Veuille relever mon âme tombée ;

    Réjouis l’armée céleste des anges

    Pour le retour d’un seul pécheur.

     

    Saint Nersès Snorhali

  • Le lundi de Pâques

    .
    .
    Toi qui as été pleuré à l’aube
    Par les femmes porteuses d’aromates,
    Accorde à mon cœur aussi de verser
    Des larmes brûlantes à cause de ton ardent amour.
     
    Et grâce à la bonne nouvelle de l’ange
    Qui clamait du haut du rocher (Mt 28,2),
    Fais-moi entendre le son
    De la trompette finale annonçant la résurrection.
     
    Du tombeau neuf et vierge
    Tu es ressuscité avec ton corps né de la Vierge ;
    Tu es devenu pour nous les prémices
    Et le premier-né d’entre les morts.
     
    Et moi que l’Ennemi a lié
    Avec le mal du péché corporel,
    Daigne me délivrer de nouveau,
    Comme tu l’as fait pour les âmes du séjour des morts (1P 3,19).
     
    Tu t’es manifesté dans le jardin
    À Marie Madeleine,
    Mais tu n’as pas permis de s’approcher
    À celle qui était encore de la race d’Ève.
     
    Manifeste-toi à moi aussi le huitième jour
    À la grande et dernière aube ;
    Et à ce moment-là veuille permettre
    À mon âme indigne de s’approcher de toi.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

  • « Vous verrez les cieux ouverts, avec les anges de Dieu qui montent et descendent. »

    Jacob, le fils cadet d’Isaac et de Rebecca, tu l’as appelé ton bien-aimé, Seigneur ; tu as changé son nom en celui d’Israël (Gn 32,29). Tu lui as révélé l’avenir, en lui montrant l’échelle dressée de la terre au ciel : à son sommet se tenait Dieu, les yeux fixés sur le monde, et sur l’échelle montaient et descendaient les anges… C’était le symbole du grand mystère, comme l’ont dit les hommes que l’Esprit éclairait…

    Et moi, pour le bien, je suis aussi le cadet. Pour le mal, assurément je suis un homme mûr, comme l’aîné Ésaü… : j’ai vendu mon trésor pour assouvir ma convoitise (Gn 25,33) et j’ai effacé mon nom du Livre de Vie où sont inscrits dans les cieux les premiers des bénis (Ps 68,29).

    Je te supplie, ô toi, Lumière d’en haut, Prince des chœurs de feu. Que pour moi aussi soient ouvertes les portes du ciel, comme elles l’ont été autrefois pour Israël. Mon âme déchue, de grâce, fais-la monter par l’échelle de lumière, signe mystérieux donné aux hommes de leur retour de la terre vers le ciel. Par la ruse du Malin, j’ai perdu l’onction parfumée de ton Esprit ; daigne de nouveau oindre ma tête par ta droite protectrice. Je ne te résiste pas, ô puissant, dans un corps à corps comme Jacob (Gn 32,25), car je ne suis que faiblesse.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

     

  • « Venez au repas de noce ! »

    À tes noces divines

    Que le Père a préparées pour toi, ô Fils unique,

    La voix de tes serviteurs m’a appelé moi aussi,

    Pour que je me réjouisse en des joies ineffables,

    Déjà ici-bas dans le mystère de ton autel

    Et un jour là-haut dans la ville céleste (Ap 21,2s)

    En une allégresse éternelle, Inexprimable et immuable.

     

    Mais parce que je ne porte pas l’habit splendide,

    Digne de la salle des noces,

    Car j’ai sali celui de la fontaine sacrée du baptême

    Par les péchés noirs de l’âme,

    Ô Seigneur insondable…,

    Revêts-moi maintenant de nouveau de toi (cf Ga 3,27),

    Et rends sa splendeur d’autrefois

    À ma robe première maintenant salie.

     

    Pour que je n’entende pas ta voix, Seigneur,

    Prononcer le nom d’« ami » avec l’expression digne de pitié,

    Et que je ne sois point comme lui jeté

    Dans l’abîme pour toujours.

     

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173), patriarche arménien