Étiquette : St Nersès Snorhali

  • La foi du grain et la force du levain

    La foi d’un tout petit grain de sénevé,
    Figure du Royaume,
    Je ne l’ai pas reçues en mon âme,
    Afin que les montagnes perverses fussent transportées.

    Ni non plus, pareil aux oiseaux du ciel,
    Je ne me suis posé sur les branches du précepte,
    Où les âmes pures se reposent,
    Héritières du saint Tabernacle des cieux. (…)

    Je suis devenu un levain sans force et vieilli,
    Et non point, suivant la parabole, celui qui fait lever :
    le levain que la femme a caché dans la pâte,
    Comme l’Église, ton mystère.

    Ce levain, en effet, a été pris de Toi d’abord ;
    Grâce à lui furent avisés les Chœurs d’en-haut ;
    Et lorsqu’à notre masse, issue d’Adam,
    Il s’est uni intimement, tout a levé.

    Privé je le suis, moi seul, dans les deux cas
    Pour ce qui est de la lumière ineffable de la Sagesse ;
    Daigne m’en rendre participant de nouveau,
    Veuille me redonner ce que j’ai perdu.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

  • Je n’ai rien, que je reçoive ce que je te demande !

    Avant l’arrivée de l’ami
    Qui réclamera mon âme,
    Lui qui est céleste parmi les êtres célestes,
    Et qui me conduira au ciel,

    Lui qui est ton ami, bon par nature,
    Que j’ai haï par amour du mauvais,
    Au seuil de lumière de ton aurore,
    J’arrive avec une âme ténébreuse.

    Donne-moi au lieu des trois pains
    La confession de ta Trinité des Personnes,
    Et ton Corps céleste,
    Grâce auquel nous avons connu les trois Hypostases.

    En effet, parmi les bonnes actions
    Je n’ai rien à mettre devant l’ami du bien,
    Mais seulement la foi en ta grâce
    Et l’ultime viatique de vie.

    Contre moi, suppliant importun,
    Ne prétexte pas que les portes sont fermées,
    Et que les enfants sont au lit,
    Que les âmes innocentes se reposent.

    Et ne dis pas que c’est impossible,
    Ce qui signifierait que Tu ne veux pas.
    Car, si tu le veux absolument,
    C’est une chose accomplie pour le bien.

    Mais fais que je T’ennuie suivant la parabole
    Afin que je reçoive ce que je demande,
    Non à cause de l’amour que j’ai perdu,
    Mais à cause du cri de mes ennemis.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

    *hypostase : L’Église utilise le terme personne ou hypostase pour désigner le Père, le Fils et le Saint-Esprit dans leur distinction réelle entre eux (cf. CEC § 252).

     

  • Par les Remèdes de Vie, guéris mon âme !

    De Jérusalem, notre Paradis,
    Comme Adam coupable,
    Je suis descendu vers le vil Jéricho ;
    Je suis tombé entre les mains du Brigand.

    Ils me dépouillèrent de la lumière ;
    Ils couvrirent mon âme des plaies du péché ;
    Ils ne sont pas partis en me laissant à demi-mort,
    Mais après la mort, ils me livrent la guerre encore.

    Et Moïse le Lévite,
    Et Aaron le Prêtre antique,
    La nation du Grand Patriarche,
    Et les Prophètes de l’Ancienne Loi,

    Virent les plaies de mes souffrances incurables,
    Et les blessures terribles ;
    Ils passèrent avec le remède des seules paroles
    Et ne purent les guérir.

    À toi qu’ils appelaient Samaritain,
    Eux la race juive impudente,
    Je montrerai les souffrances de mon âme,
    À tes yeux divins qui les voit.

    Aie pitié de moi aussi comme Tu as eu pitié d’Adam,
    Mets le remède sur la blessure profonde de mon âme ;
    Recouvre-la avec ma robe première,
    Dont les brigands me dépouillèrent.

    Verse dessus l’huile et le vin,
    Le remède de vie de l’Esprit d’en-haut,
    En donnant de nouveau l’Esprit de l’onction
    Et la coupe de la Nouvelle Alliance.

    Porte-moi sur la monture de la Croix ;
    Emmène-moi à l’auberge, à l’Église ;
    Confie-moi au Grand-Prêtre,
    Qui en sacrifice offre ton Corps.

    Donne au lieu des deux deniers
    La Parole de l’Ancien et du Nouveau Testament,
    Pour guérir par elle mon âme,
    Comme par le pain vivra le corps.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

  • Donne-moi la grâce de Te plaire par mon talent !

    Je fus semblable au mauvais serviteur,
    Qui pour les talents confiés ne gagna rien ;
    Et même je l’ai surpassé,
    Parce que j’ai perdu le don de la grâce.

    Je n’ai pas fait doubler ton talent,
    Ni quadrupler les deux, ni décupler les cinq,
    En sorte que je règne complètement
    Sur les dix villes du sensible.

    Mais j’ai enfoui sous terre l’unique talent,
    En l’empaquetant dans le voile des vices ;
    Je n’ai pas placé l’argent à la banque
    De sorte que Tu en demandes l’intérêt. (…)

    À Toi, ô Sauveur de mon âme,
    Je veux en pleurant adresser ces paroles :
    « Puisqu’il est encore en mes mains de faire le bien,
    Donne-moi la grâce de Te plaire par lui. »

    Ainsi j’entendrai la sentence joyeuse
    Comme le serviteur fidèle :
    « Entre dans la maison céleste,
    Dans la joie de ton Seigneur ! »

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

  • Le royaume est comparable à un maître qui embaucha des ouvriers pour sa vigne…

    J’ai été invité à l’aube
    dès le début, à mon entrée dans le monde,
    Pour travailler dans la vigne du commandement,
    Contre un denier portant ton effigie.

    Quant à moi, j’ai entendu celui qui invitait,
    En entrant seulement dans la vigne ;
    Mais j’ai été négligent dans la mise en pratique de la parole,
    C’est pourquoi, je n’espère pas de récompense.

    Mais ô Seigneur libéral en tout,
    Donne-moi gratis le présent de ta grâce,
    À l’exemple des ouvriers de la Onzième heure,
    Entrant dans la vigne, dans le paradis d’Éden.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

  • Rends-moi digne des miettes de la sainte Table !

    Tu as écouté la voix de la Cananéenne,
    Et Tu lui as accordé ce qu’elle demandait ;
    Je crie moi aussi comme elle,
    Accorde-moi, à moi aussi, ce que j’implore.

    Si tu m’appelles le dernier des chiens,
    Aussitôt j’écoute ta voix,
    Pour courir vite à ton appel, ô Berger,
    Et repousser l’Étranger.

    Bien que vis-à-vis des enfants immaculés
    Je ne sois pas digne d’être leur participant,
    Cependant des miettes de la sainte Table,
    Du Pain de Vie, rends-moi digne.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

  • Ô Toi, Trésor céleste !

    Je n’ai pas vendu ce qui est périssable,
    Lorsque j’ai trouvé le trésor dans le champ ;
    Mon ennemi l’a volé
    Et en échange il m’a donné ce dont je puis être dépouillé.

    Toi qui est le Trésor céleste,
    Je Te supplie de tout mon cœur ;
    Donne-moi la sagesse de placer mon trésor au ciel,
    Et de maintenir là-haut la pensée de mon cœur.

    Trésor qui par le voleur nocturne
    N’est pas emporté en secret,
    Mais est gardé avec vigilance en sûreté,
    Suivant ton commandement lumineux.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

  • Dirige mon âme vers le ciel !

    Moi, doublement atteint
    Par les flèches mortifères du Mauvais,
    Je crie comme l’infirme :
    « Impose le remède à la blessure profonde de mon âme. »

    Ôte des yeux de mon esprit la poussière des vices,
    Celle de l’intérieur et celle de l’extérieur,
    Afin que je voie clairement au ciel
    La face de l’Archétype.

    Et au lieu d’entendre la parole commune
    Dans le réceptacle de mon ouïe,
    Imprime en lui la parole de la sainte Écriture,
    Du Testament où parle Dieu.

    Place une sentinelle auprès des lèvres de ma bouche,
    Pour que je ne parle pas au détriment de l’âme,
    Mais que je prenne la parole toujours selon ta volonté,
    Pour l’édification et le profit de l’auditeur.

    Accorde à mes mains actives la grâce
    D’accomplir le bien durable ;
    De ne pas s’appliquer aux plaisirs,
    Aux choses palpables, nuisibles.

    Et si ces sens venaient à glisser et à scandaliser,
    Fais que j’imite, selon le commandement,
    Celui qui a préféré se sacrifier,
    Afin de ne pas subir totalement le châtiment.

    Dirige les pas de mon âme vers le ciel,
    Et affermis-les sur le Roc inébranlable,
    Afin qu’ils ne soient pas pour tout mon être
    Une occasion de tomber dans le feu.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

     

  • Pardonner jusqu’à soixante-dix fois sept fois !

    Lorsque le Roc t’a interrogé
    Combien de fois il devait pardonner à son frère,
    Tu n’as pas dit : « Sept fois »,
    Mais « Quatre cent quatre-vingt-dix fois* » !

    En ce nombre sont contenues les années de notre vie ici-bas,
    Des sept périodes de notre vie éphémère :
    Durant tout le temps que nous sommes en ce corps
    Il faut pardonner au repentant.

    Et, bien que je fusse le dernier
    À ne pas pardonner au débiteur,
    À cause de la nature maladive de mon âme,
    Et à être imparfait dans le bien,

    Cependant qu’en moi s’accomplisse par Toi
    La parole de ton commandement, à moi imposé ;
    Veuille pardonner mes fautes, dettes envers Toi,
    Qui sont plus nombreuses que le sable de la mer.

    Que la loi des Septante fois,
    Ne soit pas seulement à ma mesure, à moi pauvre,
    Mais que davantage encore se renforce ta loi,
    Selon ta miséricorde qui ne se compte pas.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

    * Par “490 fois” l’auteur signifie “70 fois 7 fois”

     

     

     

  • Présentation du Seigneur au Temple, fête

    Suivant la sainte alliance des Patriarches,
    Tu as reçu la circoncision le huitième jour,
    Pour que, le cœur incirconcis de l’homme,
    Tu le fasses circoncire grâce à ton Esprit.

    Toi qui es le Législateur, selon la Loi
    Tu es entré au Temple pour y être offert ;
    Et Toi qui es l’Ancien des jours, le vieillard
    Te caressait l’enfant, dans ses saints bras.

    Moi qui par le péché étais né dans le vice,
    Tu m’as enfanté de nouveau en la Fontaine sacrée ;
    Je me suis dépouillé [de ma nouvelle naissance] par la tromperie du Mauvais,
    Je me suis replongé dans la fange des vices.

    Purifie-moi derechef par ta Naissance,
    En m’offrant au Père qui est au ciel,
    Grâce aux supplications de la Mère de Dieu
    Et du vieillard Siméon.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)