Étiquette : St curé d’Ars

  • Le bon grain et l’ivraie

    Le bon grain et l’ivraie

    On voit, dans l’Évangile, aujourd’hui, mes frères, que le maître du champ ayant semé son grain en bonne terre, l’ennemi vint pendant son sommeil et y sema l’ivraie. Cela veut dire que Dieu avait créé l’Homme bon et parfait, mais que l’ennemi est venu et a semé le péché. Voilà la chute d’Adam, terrible chute qui a donné l’entrée au péché dans le cœur de l’Homme.

    Il faut arracher l’ivraie, dites-vous ? « Non, répond le Seigneur, de peur qu’en arrachant l’ivraie vous n’arrachiez le bon grain. Attendez jusqu’à la moisson ». Le cœur de l’Homme doit rester ainsi, jusqu’à la fin, un mélange de bien et de mal, de vice et de vertu, de lumière et de ténèbres, de bon grain et d’ivraie. Dieu n’a pas voulu détruire ce mélange, et nous refaire une nature où il n’y aurait que du bon grain. Il veut que nous combattions, que nous travaillions à empêcher l’ivraie de tout envahir. Le démon vient semer les tentations sur nos pas ; mais avec la grâce nous pouvons le vaincre, nous pouvons étouffer l’ivraie.

    Trois choses sont absolument nécessaires contre la tentation : la prière pour nous éclairer, les sacrements pour nous fortifier, et la vigilance pour nous préserver. Heureuses les âmes tentées ! C’est lorsque le démon prévoit qu’une âme tend à l’union avec Dieu qu’il redouble de rage.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

  • Du bon usage des tentations

    Du bon usage des tentations

    Comme le bon soldat n’a pas peur du combat, de même le bon chrétien n’a pas peur de la tentation […] La plus grande tentation est de n’en point avoir ! On peut presque dire qu’on est heureux d’avoir des tentations : c’est le moment de la récolte spirituelle où nous amassons pour le ciel […]. Si nous étions bien pénétrés de la sainte Présence de Dieu, il nous serait très facile de résister à l’ennemi. Avec cette pensée : Dieu te voit ! nous ne pécherions jamais.

    Il y avait une sainte qui se plaignait à notre Seigneur après la tentation et Lui disait : « Où étiez-vous donc, mon Jésus tout aimable, pendant cette horrible tempête ? ». Notre Seigneur lui répondit : « J’étais au milieu de ton cœur… ».

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

  • La sainteté ne consiste pas à faire de grandes choses !

    La sainteté ne consiste pas à faire de grandes choses !

    Les mondains, pour se dispenser de travailler à acquérir la sainteté, ce qui, sans doute, les gênerait trop dans leur manière de vivre, veulent vous faire croire que, pour être des saints, il faut faire des actions éclatantes, s’appliquer à des pratiques de dévotion extraordinaires, embrasser de grandes austérités, faire beaucoup de jeûnes, quitter le monde pour s’enfoncer dans les déserts, afin d’y passer les jours et les nuits en prières. Sans doute cela est très bon, c’est bien la route que beaucoup de saints ont suivie ; mais ce n’est pas ce que Dieu demande de tous.

    Non, ce n’est pas ce qu’exige de nous notre sainte religion ; au contraire, elle nous dit : « Levez les yeux au ciel, et voyez si tous ceux qui en remplissent les premières places ont fait des choses merveilleuses. Où sont les miracles de la sainte Vierge, de saint Jean-Baptiste, de saint Joseph ? » Écoutez : Jésus Christ lui-même dit que plusieurs au jour du jugement s’écrieront : « Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en votre nom ; n’avons-nous pas chassé les démons et fait des miracles ? » (Mt 7,22) « Retirez-vous de moi, ouvriers d’iniquité, leur répondra le juste Juge ; quoi ! vous avez commandé à la mer, et vous n’avez pas su commander à vos passions ? Vous avez délivré les possédés du démon, et vous n’avez pas observé mes commandements ?… Allez, misérables, au feu éternel ; vous avez fait de grandes choses, et vous n’avez rien fait pour vous sauver et mériter mon amour. »

    Vous voyez donc que la sainteté ne consiste pas à faire de grandes choses, mais à garder fidèlement les commandements de Dieu, et à remplir ses devoirs dans l’état où le bon Dieu nous a placés.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

  • Solennité du Saint-Sacrement du corps et du sang du Christ

    Solennité du Saint-Sacrement du corps et du sang du Christ

    Qui de nous, mes frères, aurait jamais pu comprendre que Jésus-Christ eût porté son amour envers ses créatures jusqu’à leur donner son Corps adorable et Son Sang précieux pour servir de nourriture à nos âmes, si ce n’était lui-même qui nous le dise ? Eh quoi ! Mes frères, une âme se nourrir de son Sauveur !… et cela autant de fois qu’elle le désire !… Ô abîme de bonté et d’amour d’un Dieu pour ses créatures !…

    Saint Paul nous dit, mes frères, que le Sauveur, en se revêtant de notre chair, a caché sa divinité et a porté l’humiliation jusqu’à l’anéantissement. Mais, en instituant le sacrement adorable de l’Eucharistie, il a voilé jusqu’à son humanité, il n’a laissé paraître que les entrailles de sa miséricorde. Oh ! mes frères, voyez de quoi est capable l’amour d’un Dieu pour ses créatures !… Non, mes frères, de tous les sacrements, il n’y en a point qui puisse être comparé à celui de l’Eucharistie. (…)

    Saint Jean nous dit que Jésus-Christ « ayant aimé les hommes jusqu’à la fin » (Jn 13,1), trouva le moyen de monter au ciel sans quitter la terre : il prit du pain entre ses mains saintes et vénérables, le bénit et le changea en son Corps ; il prit du vin et le changea en son Sang précieux, et donna à tous les prêtres, dans la personne de ses apôtres, le pouvoir de faire le même miracle, toutes les fois qu’il prononceraient les mêmes paroles ; afin que, par ce miracle d’amour, il pût rester avec nous, nous servir de nourriture, nous consoler et nous tenir en compagnie. (…)

    Oh ! mes frères, quel bonheur pour un chrétien d’aspirer à un si grand honneur que de se nourrir du pain des anges !… Ah ! mes frères, si nous comprenions la grandeur du bonheur que nous avons de recevoir Jésus-Christ, ne travaillerions-nous pas continuellement à le mériter ?

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

  • « Ne jugez point et vous ne serez point jugés. »

    « Ne jugez point et vous ne serez point jugés. »

    Mes frères, comment oser juger et condamner quelqu’un, quand même nous lui aurions vu commettre un péché ? Celui qui était hier un pécheur peut être aujourd’hui un saint pénitent. Quand nous voyons bien du mal dans notre prochain, disons au moins : « Hélas, si le bon Dieu ne m’avait pas accordé plus de grâces qu’à lui, j’aurais peut-être été encore plus loin. »

    Oui, mes frères, le jugement téméraire entraîne nécessairement avec lui la ruine et la perte de la charité chrétienne. (…) Notre-Seigneur nous dit : « Ne jugez point et vous ne serez point jugés. Mon Père vous traitera de la même manière que vous aurez traité les autres ; vous serez mesurés de la même mesure dont vous vous serez servis pour mesurer les autres. » (cf. Mt 7,1-2) D’ailleurs, mes frères, qui est celui d’entre nous qui serait content qu’on jugeât mal ce qu’il fait ou dit ? Personne. Notre-Seigneur ne dit-il pas : « Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas que l’on vous fît. » (cf. Mt 7,12)

    Hélas ! Mes frères, que de péchés nous commettons de cette manière ! Hélas ! qu’il y en a qui ne les connaissent pas, et qui, par conséquent, ne s’en sont jamais accusés ! Mon Dieu, que de personnes damnés, faute de se faire instruire ou de bien réfléchir sur leur manière de vivre !

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

  • Pourquoi prier sans cesse ?

    Quels sont donc les avantages que nous recevons par la prière, que nous devons si souvent prier ? Mes frères, les voici. La prière fait que nos croix sont moins pesantes, elle adoucit nos peines et nous sommes moins attachés à la vie, elle attire sur nous le regard de la miséricorde de Dieu, elle fortifie notre âme contre le péché, elle nous fait désirer la pénitence et nous la fait pratiquer avec plaisir, elle nous fait sentir et comprendre combien le péché outrage le bon Dieu. Disons mieux, mes frères, par la prière nous plaisons à Dieu, nous enrichissons nos âmes, et nous nous assurons la vie éternelle. Dites-moi, mes frères, en faut-il davantage pour nous porter à faire que notre vie ne soit qu’une prière continuelle par notre union avec Dieu ?

    Quand on aime quelqu’un, a-t-on besoin de le voir pour penser à lui ? Non, sans doute. De même, mes frères, si nous aimons le bon Dieu, la prière nous sera aussi familière que la respiration. Cependant, mes frères, je vous dirai que pour prier de manière qu’elle puisse nous attirer tous ces biens, il ne suffit pas d’y employer un instant à la hâte , c’est-à-dire, avec la précipitation. Le bon Dieu veut que nous y passions un temps convenable, que nous ayons au moins le temps de lui demander les grâces qui nous sont nécessaires, de le remercier de ses bienfaits, et de gémir sur nos fautes passées en lui en demandant pardon.

    Mais, me direz-vous, comment pouvons-nous donc prier sans cesse ? Mes frères, rien de plus facile : c’est de nous occuper du bon Dieu, de temps en temps, pendant notre travail ; tantôt faisant un acte d’amour, pour lui témoigner que nous l’aimons, parce qu’il est bon et digne d’être aimé ; tantôt, un acte d’humilité, nous reconnaissant indignes des grâces dont il ne cesse de nous combler ; tantôt un acte de confiance, de ce que, quoique bien misérables, nous savons qu’il nous aime et qu’il veut nous rendre heureux. Voyez, mes frères, combien il est facile de prier sans cesse en faisant cela.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

  • Cessez d’être un mauvais arbre, portez du fruit pour la vie éternelle !

    Nous voyons que notre divin Sauveur nous compare (…) à un figuier que le père de famille a planté dans sa vigne ; il le taille, il le cultive avec soi dans l’espérance qu’il rapportera du fruit ; mais, voyant qu’il n’en porte point, quoiqu’il n’en porte pas de mauvais, il l’arrache et le jette au feu (…). Dites-moi, n’est-ce pas bien nous montrer que Jésus-Christ ne donnera son paradis qu’à ceux qui l’ont mérité par leurs bonnes œuvres ? Voyez Jésus-Christ, qui est notre modèle : a-t-il été un instant de sa vie sans travailler à faire de bonnes œuvres, à convertir les âmes à son Père, et à souffrir ? Et nous, tout misérables que nous sommes, nous voudrions qu’il ne nous en coûtât rien ? (…)

    Si vous n’avez rien fait, ou si ce que vous avez fait est perdu pour quelque vue humaine, commencez de suite, afin qu’à la mort, vous puissiez vous trouver encore quelque chose à présenter à Jésus-Christ pour qu’il vous donne la vie éternelle. – Mais, me direz-vous, peut-être, je n’ai fait que du mal pendant toute ma vie ; je ne suis qu’un mauvais arbre qui ne peut plus porter de bon fruit. – Mes frères, cela se peut encore, et je vais vous l’apprendre.

    Changez cet arbre de terre, arrosez-le avec d’autre eau, fumez-le avec d’autres engrais, et vous verrez que vous porterez du bon fruit, quoique vous en ayez porté de bien mauvais jusqu’à présent. (…) Faites de vous-mêmes comme la terre, qui, avant le déluge, tirait de son sein l’eau pour s’arroser elle-même (Gn 2,6), sans avoir recours aux nuées du ciel, pour lui donner la fécondité. De même, mes frères, tirez de votre propre cœur cette eau salutaire qui en changera les dispositions. Vous l’aviez arrosé avec l’eau bourbeuse de vos passions ; eh bien ! à présent, arrosez-le avec les larmes du repentir, de la douleur et de l’amour, et vous verrez que vous cesserez d’être un mauvais arbre, pour en devenir un qui portera du fruit pour la vie éternelle.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

  • Le don de la persévérance dans la prière

    La prière est absolument nécessaire pour avoir le bonheur de persévérer dans la grâce de Dieu après l’avoir reçue dans le sacrement de Pénitence. Avec la prière vous pouvez tout, vous êtes, pour ainsi dire, maîtres des volontés de Dieu, si j’ose parler ainsi ; et, sans la prière, vous n’êtes capables de rien, et cela seul suffit pour vous montrer la nécessité de la prière. Tous les saints ont commencé leur conversion par la prière et ont persévéré par la prière ; et tous les damnés se sont perdus par leur négligence de la prière. Je dis donc que la prière nous est absolument nécessaire pour persévérer. (…)

    Mais la prière dont je vous parle, qui est si puissante auprès de Dieu, qui nous attire tant de grâces, qui semble même lier la volonté de Dieu, qui semble, pour ainsi dire, le forcer à nous accorder ce que nous lui demandons, c’est une prière faite dans un espèce de désespoir et d’espérance. Je dis désespoir, considérant notre indignité et le mépris que nous avons fait de Dieu et de ses grâces, nous reconnaissant indignes de paraître devant lui et d’oser lui demander notre grâce, nous qui l’avons tant de fois déjà reçue, et l’avons toujours payé d’ingratitude, ce qui doit nous porter, à chaque instant de notre vie, à croire que la terre va s’ouvrir sous nos pieds. (…) Je dis l’espérance, en représentant la grandeur de la miséricorde de Dieu, le désir qu’il a de nous rendre heureux, ce qu’il a fait pour nous mériter le ciel. Animés par une pensée si consolante, nous nous adresserons à lui avec une grande confiance. (…)

    Voilà, mes frères, la prière dont je veux parler, qui nous est absolument nécessaire pour avoir notre pardon et le don précieux de la persévérance.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

  • Dieu a voulu confier notre âme à un prince de sa cour céleste

    Notre âme est si noble, ornée de tant de belles qualités, que le bon Dieu n’a voulu la confier qu’à un prince de sa cour céleste.

    Notre âme est si précieuse aux yeux de Dieu même, que, dans toute sa sagesse, il n’a point trouvé de nourriture qui fût digne d’elle que son Corps adorable, dont il veut qu’elle fasse son pain de chaque jour ; et pour sa boisson, il n’y avait que son Sang précieux qui fût digne de lui en servir.

    Oui, mes frères, si nous avons une âme que Dieu estime tant, que quand elle aurait été seule dans le monde, il n’aurait pas cru en trop faire que de mourir pour elle ; et que, quand le bon Dieu, en la créant, n’aurait point créé de ciel, quoique seule dans le monde, le bon Dieu en aurait créé un pour elle seule.

    Ô mon corps, que vous êtes heureux de loger une âme ornée de tant de belles qualités ! Un Dieu, tout infini qu’il est, en fait l’objet de ses complaisances ! Oui, mes frères, notre âme est destinée à aller passer son éternité dans le sein de Dieu même.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

  • Obtenir le pardon par la prière

    Mes frères, d’où pourrait venir notre défiance ? Serait-ce de notre indignité ? Mais, le bon Dieu sait bien que nous sommes pécheurs et coupables, et que nous comptons en tout sur sa bonté qui est infinie, et que c’est en son nom que nous prions. Et notre indignité n’est-elle pas couverte, et comme cachée par ses mérites ? Est-ce parce que nos péchés sont trop affreux ou trop nombreux ? Mais, ne lui est-il pas aussi facile de nous pardonner mille péchés qu’un seul ? N’est-ce pas principalement pour les pécheurs qu’il a donné sa vie ? Écoutez ce que nous dit le saint Roi-Prophète : « A-t-on jamais vu quelqu’un qui ait prié le Seigneur, et dont la prière n’ait pas été exaucée ? » (Eccli. 2, 12 Vg) « Oui, nous dit-il, tous ceux qui invoquent le Seigneur, et qui ont recours à lui, ont éprouvé les effets de sa miséricorde. » (…)

    Voyez le publicain qui, se reconnaissant coupable, va dans le temple prier le Seigneur de le pardonner. Jésus-Christ nous dit lui-même que ses péchés lui sont pardonnés. Voyez la pécheresse qui, prosternée aux pieds de Jésus-Christ, le prie avec larmes. Jésus-Christ ne lui dit-il pas : « Vos péchés vous sont pardonnés ? » (Lc 7, 48) Le bon larron prie sur la croix, quoique tout couvert des crimes les plus énormes : non seulement Jésus-Christ le pardonne ; mais, bien plus, lui promet qu’au même jour, il sera dans le ciel avec lui. Oui, mes frères, s’il vous fallait citer tous ceux qui ont obtenu leur pardon par la prière, il faudrait vous citer tous les saints qui ont été pécheurs ; puisque ce n’est que par la prière qu’ils ont eu le bonheur de se réconcilier avec le bon Dieu, qui se laissa toucher par leurs prières.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)