Étiquette : prière

  • « L’homme se leva et le suivit. »

    Tard je t’ai aimée, ô Beauté si ancienne et si nouvelle ; tard je t’ai aimée. Voici que tu étais au dedans de moi, et moi, j’étais en dehors de moi-même. C’est au dehors que je te cherchais ; je me ruais disgracieusement sur les belles choses de ta création. Tu étais avec moi, et je n’étais pas avec toi ; j’étais retenu loin de toi par ces choses qui n’existeraient pas si elles n’étaient pas en toi. Tu as appelé, et ton cri a forcé ma surdité ; tu as brillé, et ton éclat a chassé ma cécité ; tu as répandu ton parfum, je l’ai respiré, et voici que j’aspire à toi. Je t’ai goûté, et j’ai faim de toi, j’ai soif de toi ; tu m’as touché, et j’ai brûlé du désir de la paix que tu donnes.

    Lorsque je serai uni à toi de tout mon être, il n’y aura plus pour moi de douleur ni de fatigue. Ma vie, toute pleine de toi, sera alors la vraie vie. Celui que tu remplis, tu l’allèges ; maintenant, puisque je ne suis pas encore plein de toi, je suis un poids pour moi-même… Seigneur, prends pitié de moi ! Mes tristesses mauvaises luttent avec mes bonnes joies ; sortirais-je victorieux de ce combat ? Prends pitié de moi, Seigneur ! Le pauvre être que je suis ! Voici mes blessures, je ne te les cache pas. Tu es le médecin, je suis malade. Tu es miséricorde, je suis misère.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • « Bien avant l’aube…, Jésus alla dans un endroit désert, et là il priait. »

    La prière unit l’âme à Dieu. Même si notre âme est toujours semblable à Dieu par sa nature, restaurée qu’elle est par la grâce, de fait elle lui est souvent dissemblable par suite du péché. La prière témoigne alors que l’âme devrait vouloir ce que Dieu veut ; elle réconforte la conscience ; elle rend apte à recevoir la grâce. Dieu nous enseigne ainsi à prier avec une confiance ferme que nous recevrons ce pour quoi nous prions ; car il nous regarde avec amour et veut nous associer à sa volonté et à son action bienfaisantes. Il nous incite donc à prier pour ce qu’il lui plaît de faire (…) ; il semble nous dire : « Qu’est-ce qui pourrait me plaire davantage que de me supplier avec ferveur, sagesse et insistance afin d’accomplir mes desseins ? » Par la prière donc, l’âme s’accorde avec Dieu.

    Mais lorsque par sa grâce et sa courtoisie, notre Seigneur se révèle à notre âme, alors nous obtenons ce que nous désirons. À ce moment-là, nous ne voyons plus ce que nous pourrions demander d’autre. Tout notre désir, toute notre force sont fixés entièrement en lui pour le contempler. C’est une haute prière, impossible à sonder, il me semble. Tout l’objet de notre prière est d’être uni, par la vision et par la contemplation, à celui que nous prions, avec une joie merveilleuse et une crainte respectueuse, dans une si grande douceur et délice que nous ne pouvons plus prier en ces moments que comme il nous conduit. Je le sais, plus Dieu se révèle à l’âme, plus elle a soif de lui, par sa grâce. Mais lorsque nous ne le voyons pas, alors nous ressentons le besoin et l’urgence de prier Jésus, à cause de notre faiblesse et de notre incapacité.

    Julienne de Norwich (1342-après 1416)

     

     

     

     

  • « Ma maison sera une maison de prière. » (Is 56,7)

    Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire,
    de t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu,
    à toi, Père très bon, Dieu éternel et tout-puissant.

    Dans ta bonté pour ton peuple,
    tu veux habiter cette maison de prière,
    afin que ta grâce toujours offerte
    fasse de nous un temple de l’Esprit (1Co 3,16)
    resplendissant de ta sainteté.
    De jour en jour, tu sanctifies l’Épouse du Christ,
    l’Église dont nos églises d’ici-bas sont l’image,
    jusqu’au jour où elle entrera dans la gloire du ciel,
    heureuse de t’avoir donné tant d’enfants.

    C’est pourquoi, avec les anges et tous les saints,
    nous chantons et proclamons : Saint ! Saint ! Saint !…

    Le Missel romain

     

     

     

  • Courons, par nos prières, à la recherche de la brebis perdue

    Notre-Seigneur est venu pour chercher ce qui est perdu… Il laisse quelques brebis qui sont au bercail pour courir après celle qui s’est égarée… Faisons comme Lui, et puisque nos prières sont une force, qu’elles sont certaines d’obtenir ce qu’elles demandent, courons, par nos prières, à la recherche des pécheurs, faisons, par elles, l’œuvre pour laquelle notre Divin Époux est venu sur la terre…

    Si nous ne sommes pas voués à la vie apostolique, combien nous devons prier pour la conversion des pécheurs, puisque la prière est presque le seul moyen puissant, étendu, que nous ayons de leur faire du bien, d’aider notre Époux dans son travail, de sauver ses Enfants, de tirer d’un péril mortel ceux qu’Il aime passionnément, et qu’Il nous a, par son Testament, ordonné d’aimer comme Lui-même les aime !… Et si nous sommes voués à l’apostolat, notre apostolat ne sera fructueux que si nous prions pour ceux que nous voulons convertir, car Notre-Seigneur ne donne qu’à celui qui demande, n’ouvre qu’à celui qui frappe… Pour que Dieu mette de bonnes paroles sur nos lèvres, de bonnes inspirations dans nos cœurs, la bonne volonté dans les âmes de ceux à qui nous nous adressons, il faut la grâce de Dieu, et, pour la recevoir, il faut la demander… Ainsi, quel que soit notre genre de vie, prions beaucoup, beaucoup pour la conversion des pécheurs puisque c’est pour eux surtout que Notre-Seigneur travaille, souffre et prie…

    Prions chaque jour de toute notre âme pour le salut et la sanctification de ces enfants égarés mais bien-aimés de Notre-Seigneur, afin qu’ils ne périssent pas, mais soient heureux ; prions chaque jour pour eux, longuement et de toute notre âme, pour que le Cœur de Notre-Seigneur soit consolé par leur conversion et réjoui par leur salut…

    Saint Charles de Foucauld (1858-1916)

     

     

     

  • Sois le compagnon d’armes de mon âme, ô mon Roi !

    Mon âme, princesse royale,
    Lorsque je suis entré dans le monde par elle,
    Contre les conquérants des ténèbres
    Entra en une guerre farouche.

    Au prime abord, elle ne pensa pas en son esprit
    qu’avec dix mille,
    − Elle-même et les sens de son corps, −
    Elle ne pourrait pas mener le combat. (…)

    Et les témoins me louaient
    Comme une personne qui connaîtrait sa capacité
    Pour entrer en lutte contre un faible adversaire
    Et non point contre un Antagoniste qui me surpassait.

    Mais lorsque mon Ange a envoyé,
    Avant que d’entrer en guerre,
    La volonté de mon libre arbitre
    Pour qu’elle fasse la paix selon la loi,

    Je n’ai point cependant prêté l’oreille au conseil
    De ton commandement donné sous forme de parabole ;
    C’est pourquoi, je suis tombé dans le combat,
    Percé de mille traits inguérissables.

    J’ai vu les autres ayant un corps pareil au mien
    Remporter la victoire dans l’arène ;
    Et j’ai cru que moi aussi comme eux
    Je vaincrais dans le combat singulier.

    Mais lorsque les tentations sont survenues,
    Elles ont révélé mes relâchements ;
    Elles m’ont séparé du groupe des vertueux
    Et m’ont laissé dans celui ces scélérats.

    Mais Toi, ô mon Roi céleste,
    Fils unique du Père tout-puissant,
    Sois le compagnon d’armes de mon âme faible
    Dans le combat spirituel.

    Frappe les mille qui sont à ma gauche,
    Eux qui manifestement luttent avec méchanceté,
    Et les dix mille qui sont à ma droite,
    Eux qui prennent aussi les apparences du bien.

    Fortifie-moi contre leur épée
    Avec l’arme de ta vérité ;
    Et garde ma tête, membre sublime,
    Grâce au casque de ton Signe.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

  • Que je sache t’attendre au milieu de la nuit !

    Celui que les armées célestes glorifient, devant qui tremblent les Chérubins et les Séraphins. vous tous célébrez-le, tout souffle et toute créature, bénissez-le et exaltez-le dans tous les siècles.

    Allume la lampe de mon âme, fais briller le flambeau de mon esprit, Sauveur, afin qu’avec mes compagnons de service je sois là à t’attendre au milieu de la nuit, les reins étroitement ceins.

    Radieux vraiment et bienheureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, a trouvés veillant et persévérant dans la crainte au milieu de la nuit : aussi, je t’en supplie, juge-moi digne moi aussi d’être des leurs.

    Ô ma lumière redoutable, ma Lumière incompréhensible, Fils Unique Engendré qui as resplendi hors du Père, accorde-moi un flambeau de ta lumière, accorde-moi ta miséricorde divine, que je ne gémisse pas moi aussi avec les vierges folles. Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit.

    Mère de Dieu, comme un enfant nouveau-né tu as mis au monde, pour nous, l’Ancien des jours, qui nous montre sur terre les chemins nouveaux et renouvelle notre nature vieillie, ô Toute Bénie, Inépousée.

    Livre d’heures du Sinaï (9e siècle)

     

     

     

  • Je n’ai rien, que je reçoive ce que je te demande !

    Avant l’arrivée de l’ami
    Qui réclamera mon âme,
    Lui qui est céleste parmi les êtres célestes,
    Et qui me conduira au ciel,

    Lui qui est ton ami, bon par nature,
    Que j’ai haï par amour du mauvais,
    Au seuil de lumière de ton aurore,
    J’arrive avec une âme ténébreuse.

    Donne-moi au lieu des trois pains
    La confession de ta Trinité des Personnes,
    Et ton Corps céleste,
    Grâce auquel nous avons connu les trois Hypostases.

    En effet, parmi les bonnes actions
    Je n’ai rien à mettre devant l’ami du bien,
    Mais seulement la foi en ta grâce
    Et l’ultime viatique de vie.

    Contre moi, suppliant importun,
    Ne prétexte pas que les portes sont fermées,
    Et que les enfants sont au lit,
    Que les âmes innocentes se reposent.

    Et ne dis pas que c’est impossible,
    Ce qui signifierait que Tu ne veux pas.
    Car, si tu le veux absolument,
    C’est une chose accomplie pour le bien.

    Mais fais que je T’ennuie suivant la parabole
    Afin que je reçoive ce que je demande,
    Non à cause de l’amour que j’ai perdu,
    Mais à cause du cri de mes ennemis.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

    *hypostase : L’Église utilise le terme personne ou hypostase pour désigner le Père, le Fils et le Saint-Esprit dans leur distinction réelle entre eux (cf. CEC § 252).

     

  • Je veux éternellement répondre à Ton amour !

    Mon Jésus, affermis les forces de mon âme, pour que l’ennemi ne gagne rien. Sans Toi, je ne suis que faiblesse, sans Ta grâce, que suis-je sinon un abîme de misère. La misère est ma propriété.

    Ô Plaie de la Miséricorde, Cœur de Jésus, cache-moi dans Ta profondeur comme une goutte de Ton propre sang et ne m’en laisse pas sortir pour l’éternité. Enferme-moi dans Tes profondeurs et enseigne-moi Toi-même comment T’aimer. Amour éternel, façonne Toi-même mon âme pour qu’elle soit capable d’un amour réciproque pour Toi. Ô Amour vivant, rends-moi capable de T’aimer toujours. Je veux éternellement répondre à Ton amour par la réciprocité. Ô Christ, un seul de Tes regards m’est plus cher que des milliers de mondes, que le ciel entier.

    Tu peux, Seigneur, rendre mon âme telle qu’elle puisse te comprendre dans toute Ta plénitude, tel que Tu es. Je sais et je crois que Tu peux tout ; puisque Tu as daigné Te donner à moi si généreusement, je sais que Tu peux être plus généreux encore ; fais-moi entrer dans Ton intimité aussi loin que peut l’être la nature humaine…

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)

     

     

     

  • « Jésus s’en alla dans la montagne pour prier Dieu. »

    Toute âme humaine est en elle-même un temple de Dieu : voilà ce qui nous ouvre une perspective vaste et toute nouvelle. La vie de prière de Jésus est la clé pour comprendre la prière de l’Église. Nous voyons que le Christ a participé au service divin, à la liturgie de son peuple ; il a mené la liturgie de l’ancienne alliance à s’accomplir en celle de la nouvelle alliance.

    Mais Jésus n’a pas seulement pris part au service divin public prescrit par la Loi. Les évangiles font des références plus nombreuses encore à sa prière solitaire dans le silence de la nuit, sur les sommets sauvages des montagnes, dans les endroits déserts. Quarante jours et quarante nuits de prière ont précédé la vie publique de Jésus (Mt 4,1-2). Il s’est retiré dans la solitude de la montagne pour prier avant de choisir ses douze apôtres et de les envoyer en mission. À l’heure du mont des Oliviers, il s’est préparé à aller jusqu’au Golgotha. Le cri qu’il a poussé vers le Père en cette heure la plus pénible de sa vie nous est dévoilé en quelques brèves paroles qui brillent comme des étoiles dans nos propres heures au mont des Oliviers. « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne » (Lc 22,42). Elles sont comme un éclair qui illumine pour nous un instant la vie la plus intime de l’âme de Jésus, le mystère insondable de son être d’homme-Dieu et de son dialogue avec le Père. Ce dialogue a certainement duré toute sa vie, sans jamais s’interrompre.

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)

     

     

     

  • « Jésus se rendit dans la montagne, à l’écart, pour prier. »

    Cher frère, j’habite un désert situé en Calabre et assez éloigné de tous côtés des habitations des hommes ; j’y suis avec mes frères religieux, dont certains pleins de science ; ils montent une garde sainte et persévérante, dans l’attente du retour de leur Maître, pour lui ouvrir dès qu’il frappera (Lc 12,36). (…)

    Ce que la solitude et le silence du désert apportent d’utilité et de divine jouissance à ceux qui les aiment, ceux-là seuls le savent qui en ont fait l’expérience. Là, en effet, les hommes forts peuvent se recueillir autant qu’ils le désirent, demeurer en eux-mêmes, cultiver assidûment les vertus et se nourrir avec bonheur des fruits du paradis. Là on s’efforce d’acquérir cet œil dont le clair regard blesse d’amour le divin Époux et dont la pureté donne de voir Dieu. Là on s’adonne à un repos bien rempli et on s’apaise dans une action tranquille. Là Dieu donne à ses athlètes, pour le labeur du combat, la récompense désirée : une paix que le monde ignore et la joie dans l’Esprit Saint. (…)

    En effet qu’est-ce qu’il y a de plus contraire à la raison, à la justice, à la nature même, que de préférer la créature au Créateur, de poursuivre les biens périssables plus que les biens éternels, ceux de la terre plus que ceux du ciel ? (…) La Vérité donne ce conseil à tous : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous donnerai le repos » (Mt 11,28). N’est-ce pas une peine par trop ingrate et stérile d’être tourmenté par la concupiscence, affligé sans cesse par les soucis, les anxiétés, les craintes e les douleurs engendrés par ces désirs ? (…) Fuis, mon frère, toutes ces inquiétudes, passe de la tempête de ce monde au repos tranquille et sûr du port.

    Saint Bruno ( ?-1101)