Étiquette : humilité

  • « Laissez les enfants venir à moi ! »

    Le Christ aime l’enfance qu’il a d’abord assumée dans son âme comme dans son corps. Le Christ aime l’enfance, qui enseigne l’humilité, qui est la norme de l’innocence, le modèle de la douceur. Le Christ aime l’enfance : vers elle il oriente la conduite des adultes, vers elle il ramène les vieillards, il attire à son propre exemple ceux qu’il élève au royaume éternel.

    Mais pour comprendre comment il est possible de parvenir à une conversion si admirable, et par quelle transformation il nous faut revenir à une attitude d’enfants, laissons saint Paul nous instruire et nous dire : « Pour ce qui est du bons sens, ne soyez pas des enfants, mais soyez de petits enfants pour ce qui est de la malice » (1Co 14,20). Il ne s’agit donc pas pour nous de revenir aux jeux de l’enfance, ni aux maladresses des débuts, mais de lui prendre quelque chose qui convient aux années de la maturité, c’est-à-dire apaiser rapidement les agitations intérieures, retrouver vite le calme, oublier totalement les offenses, être complètement indifférent aux honneurs, aimer se retrouver ensemble, garder l’égalité d’humeur comme étant naturelle. En effet, c’est un grand bien que de ne pas savoir nuire et ne pas avoir de goût pour le mal…; ne rendre à personne le mal pour le mal (Rm 12,17), c’est la paix intérieure des enfants qui convient aux chrétiens… C’est cette forme d’humilité que nous enseigne le Sauveur enfant quand il a été adoré par les mages.

    Saint Léon le Grand (?-v. 461)

     

     

  • Tout donner parce que le Christ a tout donné

    François, petit pauvre et père des pauvres, voulait vivre en tout comme un pauvre ; il souffrait de rencontrer plus pauvre que lui, non pas par vanité mais à cause de la tendre compassion qu’il leur portait. Il ne voulait qu’une tunique de tissu rêche et très commun ; encore lui arrivait-il bien souvent de la partager avec un malheureux. Mais il était, lui, un pauvre très riche, car poussé par sa grande charité à secourir les pauvres comme il le pouvait, il s’en allait chez les riches de ce monde au temps des plus grands froids et leur demandait de lui prêter un manteau ou une pelisse. On les lui apportait avec plus d’empressement encore qu’il n’en avait mis à les demander. « J’accepte, disait-il alors, à condition que vous ne vous attendiez plus à les revoir. » Au premier pauvre rencontré, François, le cœur en fête, offrait ce qu’il venait de recevoir.

    Rien ne lui causait plus de peine que de voir insulter un pauvre ou maudire une créature quelconque. Un frère s’était un jour laissé aller à des paroles blessantes contre un pauvre qui demandait l’aumône : « Est-ce que, par hasard, lui avait-il dit, tu ne serais pas riche tout en faisant semblant d’être pauvre ? » Ces paroles ont fait très mal à François, le père des pauvres ; il a infligé au délinquant une terrible semonce, puis lui a ordonné de se dépouiller de ses vêtements en présence du pauvre et de lui baiser les pieds en lui demandant pardon. « Celui qui parle mal à un pauvre, disait-il, injurie le Christ, dont le pauvre présente au monde le noble symbole, puisque le Christ, pour nous, s’est fait pauvre en ce monde » (2Co 8,9).

    Thomas de Celano

     

     

  • Dieu donne aux humbles la grâce de la contemplation

    La contemplation surnaturelle est un don gratuit de la miséricorde divine. Dieu seul en effet peut mettre en action les dons du Saint-Esprit qui la produisent en perfectionnant la foi en son exercice. (…)

    L’humilité seule peut prétendre attirer les dons de la miséricorde divine, car Dieu résiste aux superbes et donne sa grâce aux humbles. Pour parvenir à la contemplation, une attitude humble sera plus utile que les efforts les plus violents. Cette attitude d’humilité consistera pratiquement à « nous tenir comme des pauvres nécessiteux, en présence d’un grand et riche monarque », à nous porter aux formes modestes des oraisons actives et à y attendre dans un patient et paisible labeur que Dieu nous élève aux oraisons passives : « Lorsque vous êtes invités à un repas de noces, dit Notre-Seigneur, ne vous mettez pas à la première place… mais à la dernière, afin que lorsque votre hôte viendra, il vous dise : Mon ami, montez plus haut ! Alors vous serez honoré devant tous les invités. Car celui qui s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera exalté. » (Lc 14, 8-11) La parabole évangélique s’applique à la lettre à la vie d’oraison : pour mériter d’être élevé à la contemplation il faut humblement se mettre à la dernière place parmi les spirituels. En cette dernière place il est bon de désirer les moyens plus élevés et plus rapides pour parvenir à l’union parfaite, mais en se gardant de tout effort présomptueux pour se les procurer soi-même. (…)

    Telle fut l’oraison parfaite de la Vierge Marie, tout illuminée et embrasée des feux divins, mais dont la foi paisible et ardente semblait ignorer les richesses qu’elle possédait, pour aller toujours plus loin dans l’ombre lumineuse de l’Esprit Saint qui l’enveloppait et la pénétrait.

    Bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus

     

     

  • « Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. »

    Quelle nécessité y avait-il à ce que le Fils de Dieu souffre pour nous ? Une grande nécessité, que l’on peut résumer en deux points : nécessité de remède à l’égard de nos péchés, nécessité d’exemple pour notre conduite. (…) Car la Passion du Christ nous fournit un modèle valable pour toute notre vie. (…) Si tu cherches un exemple de charité : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13). (…) Si tu cherches la patience, c’est sur la croix qu’on la trouve au maximum. (…) Le Christ a souffert de grands maux sur la croix, et avec patience, puisque « couvert d’insultes il ne menaçait pas » (1P 2,23), « comme une brebis conduite à l’abattoir, il n’ouvrait pas la bouche » (Is 53,7). (…) « Courons donc avec constance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de notre foi. Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré, sans avoir de honte, l’humiliation de la croix » (He 12,1-2).

    Si tu cherches un exemple d’humilité, regarde le crucifié. Car un Dieu a voulu être jugé sous Ponce Pilate et mourir. (…) Si tu cherches un exemple d’obéissance, tu n’as qu’à suivre celui qui s’est fait obéissant au Père « jusqu’à la mort » (Ph 2,8). « De même que la faute commise par un seul, c’est-à-dire Adam, a rendu tous les hommes pécheurs, de même tous deviendront justes par l’obéissance d’un seul » (Rm 5,19). Si tu cherches un exemple de mépris pour les biens terrestres, tu n’as qu’à suivre celui qui est le « Roi des rois et Seigneur des seigneurs », « en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance » (1Tm 6,15 ; Col 2,3) ; sur la croix il est nu, tourné en dérision, couvert de crachats, frappé, couronné d’épines, et enfin, abreuvé de fiel et de vinaigre.

    Saint Thomas d’Aquin (1225-1274)

     

     

  • « Apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur. » (Mt 11,29)

    Mon enfant, fuis tout ce qui est mal ou ressemble au mal. Ne sois pas emporté : la colère pousse au crime. Ni jaloux, ni querelleur, ni brutal : ces passions sont la cause des meurtres. Mon enfant, ne sois pas sensuel : la sensualité est le chemin de l’adultère. Que ton langage ne soit pas grivois, ni hardi ton regard : cela aussi engendre l’adultère. (…) Garde-toi des incantations, de l’astrologie, des purifications magiques ; refuse et de les voir et de les entendre : ce serait (…) sombrer dans l’idolâtrie. Mon enfant, ne sois pas menteur, car le mensonge entraîne au vol. Ne te laisse séduire ni par l’argent ni par la vanité, qui eux aussi incitent à voler. Mon enfant, ne grommelle pas : tu en viendrais au blasphème. Ne sois ni insolent ni malveillant, cela aussi porte au blasphème.

    Aie de la douceur : « les doux hériteront la terre » (Mt 5,5). Sois patient, miséricordieux, sans malice, empli de paix et de bonté. Tremble sans cesse devant les paroles que tu as entendues (Is 66,2). Tu ne t’élèveras pas toi-même, tu ne livreras pas ton cœur à l’orgueil. Tu ne t’allieras pas avec les superbes, mais tu fréquenteras les justes et les humbles. Tu recevras les événements de la vie comme des bienfaits, sachant que rien ne survient en dehors de Dieu.

    La Didachè (entre 60-120)

     

     

  • La grandeur de Jean le Baptiste

    Ce qui a fait la grandeur de Jean, ce qui l’a rendu si grand entre les grands, c’est qu’il a mis le comble à ses vertus (…) en y ajoutant la plus grande de toutes, l’humilité. Alors qu’on le considérait comme le plus élevé de tous, il a mis au-dessus de lui, spontanément et avec l’empressement de l’amour, Celui qui est le plus humble de tous, et même tellement au-dessus de lui qu’il se déclare indigne de lui enlever ses sandales (Mt 3,11).

    Que d’autres donc s’émerveillent de ce que Jean ait été prédit par les prophètes, annoncé par un ange (…), né de parents si saints et si nobles, quoique âgés et stériles (…), qu’il ait préparé la voie du Rédempteur dans le désert, qu’il ait ramené les cœurs des pères vers les fils et ceux des fils vers les pères (Lc 1,17), qu’il ait été jugé digne de baptiser le Fils, d’entendre le Père, de voir le Saint Esprit (Lc 3,22), qu’enfin, il ait combattu jusqu’à la mort pour la vérité et que, pour être précurseur du Christ jusque dans le séjour des morts, il ait été martyr du Christ avant sa Passion. Que d’autres s’émerveillent de tout cela (…)

    Quant à nous, mes frères, c’est son humilité qui nous est proposée comme objet non seulement d’admiration, mais aussi d’imitation. Elle l’a incité à ne pas vouloir passer pour grand, alors qu’il le pouvait. (…) En effet, ce fidèle « ami de l’Époux » (Jn 3,29), qui aimait son Seigneur plus que lui-même, souhaitait « diminuer » pour que « lui il grandisse » (v. 30). Il s’efforçait d’augmenter la gloire du Christ en se faisant lui-même plus petit, exprimant par toute sa conduite ce que dirait l’apôtre Paul : « Ce n’est pas nous-mêmes que nous prêchons, mais le Seigneur Jésus Christ » (2Co 4,5).

    Bienheureux Guerric d’Igny (v. 1080-1157)

     

     

  • « Venez à moi, vous tous qui peinez. »

    Venez à moi, et je vous soulagerai. (…) Vous avez goûté le chemin du monde : goûtez maintenant le mien, et s’il ne vous plaît pas, vous le fuirez. Vous avez porté les fardeaux pesants du monde, et vous avez senti combien ils sont lourds : laissez-vous persuader et prenez sur vous mon joug ; vous apprendrez par l’expérience combien il est doux et léger. Je ne ferai pas de vous ces riches qui ont besoin de beaucoup de choses, mais des riches véritables qui n’ont besoin de rien ; car le riche n’est pas celui qui possède beaucoup, mais celui à qui rien ne manque. Chez moi, si vous renoncez à tout, vous serez riches. (…) Mais si vous cherchez à rassasier votre cupidité, elle augmentera votre faim. La faim vient en mangeant : plus le riche s’enrichit, plus il est pauvre ; plus on amasse de l’argent, plus on veut amasser ; plus on acquiert, plus on veut acquérir. (…)

    Venez donc à moi, vous tous qui êtes fatigués par la richesse, et reposez-vous dans la pauvreté ; venez, les maîtres de biens et de possessions, et prenez plaisir au renoncement. Venez, les amis du monde qui n’a qu’un temps, et découvrez le goût du monde éternel. Vous avez fait l’expérience de votre monde : venez faire l’expérience du mien. Vous avez fait l’épreuve de votre richesse : venez essayer ma pauvreté. Votre richesse est une richesse ; ma pauvreté est la richesse. Ce n’est pas une grande chose que la richesse soit appelée une richesse, mais ce qui est admirable et grand, c’est que la pauvreté est la richesse, et que l’humilité est la grandeur.

    Philoxène de Mabboug (?-v. 523)

     

     

  • « D’où lui vient cette sagesse… ? N’est-il pas le fils du charpentier ? »

    Chaque fois que je repense au grand mystère de la vie cachée et humble de Jésus pendant ses trente premières années, mon esprit est toujours plus confondu et les paroles me manquent. Ah ! c’est l’évidence même : en face d’une leçon si lumineuse, non seulement les jugements du monde mais aussi les jugements et la manière de penser de beaucoup d’ecclésiastiques paraissent complètement faux et se trouvent vraiment à l’opposé.

    Pour ma part, j’avoue n’être pas encore arrivé à m’en faire une idée. Pour autant que je me connais, il me semble que je ne possède que l’apparence de l’humilité, mais son véritable esprit, cet « amour de l’effacement » de Jésus Christ à Nazareth, je ne le connais que de nom. Et dire que Jésus a passé trente années de vie cachée, et qu’il était Dieu, et qu’il était « la splendeur de la substance du Père » (He 1,3), et qu’il était venu pour sauver le monde, et qu’il a fait tout cela uniquement pour nous enseigner combien l’humilité est nécessaire et comment il faut la pratiquer ! Et moi, qui suis si grand pécheur et tellement misérable, je ne pense qu’à me complaire en moi-même, à me complaire en des succès qui me valent un peu d’honneur terrestre ; je ne peux pas concevoir même la pensée la plus sainte, sans que s’y glisse le souci de ma réputation auprès des autres… En fin de compte je ne sais m’accoutumer qu’avec un grand effort à cette idée du véritable effacement, tel que Jésus Christ l’a pratiqué et tel qu’il me l’enseigne.

    Saint Jean XXIII (1881-1963)

     

     

  • « Heureux les pauvres de cœur. »

    Si Dieu seul est bienheureux, comme dit l’apôtre Paul (1Tm 1,11 ;6,15), si les hommes participent à sa béatitude par leur ressemblance avec lui mais que l’imitation soit impossible, la béatitude est irréalisable pour la condition humaine. Mais il est possible à l’homme d’imiter Dieu en quelque manière. Comment ? La « pauvreté en esprit » me semble désigner l’humilité. L’apôtre Paul nous donne en exemple la pauvreté de Dieu, « qui pour nous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, pour nous faire partager sa richesse par sa pauvreté » (2Co 8,9). Tout ce que nous pouvons percevoir par ailleurs de la nature divine dépasse les limites de notre condition, mais l’humilité nous est possible ; nous la partageons avec tous ceux qui vivent sur terre, façonnés de la glaise à laquelle ils retournent (Gn 2,7 ;3,19). Si donc tu imites Dieu en ce qui est conforme à ta nature et ne dépasse pas tes ressources, tu revêts comme un vêtement la forme bienheureuse de Dieu.

    Qu’on ne s’imagine pas qu’il est facile d’acquérir l’humilité. Au contraire, ceci est plus difficile que l’acquisition de toute autre vertu. Pourquoi ? Parce qu’à l’heure où se reposait l’homme qui avait semé le bon grain, l’ennemi a semé la part la plus considérable de la semence, l’ivraie de l’orgueil, qui a pris racine en nous (Mt 13,25)…

    Comme presque tous les hommes sont naturellement portés à l’orgueil, le Seigneur commence les Béatitudes, en écartant ce mal initial de l’orgueil et en conseillant d’imiter le vrai Pauvre volontaire qui en vérité est bienheureux, de manière à lui ressembler, selon notre pouvoir, par une pauvreté volontaire pour avoir part à sa propre béatitude. « Ayez en vous, écrit saint Paul, les sentiments qui furent ceux du Christ Jésus. Quoique de condition divine, il ne s’est pas prévalu de son égalité avec Dieu mais il s’est anéanti lui-même et prit la condition d’esclave » (Ph 2,5-7).

    Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395

     

     

     

  • « Donner sa vie en rançon pour la multitude. »

    Un Dieu qui sert, qui balaie la maison, qui se livre à des travaux pénibles — comme une seule de ces pensées devrait suffire à nous combler d’amour ! Lorsque le Sauveur s’est mis à prêcher son Évangile, il s’est fait « le serviteur de tous », déclarant lui-même « qu’il n’était pas venu pour être servi, mais pour servir ». C’est comme s’il avait dit qu’il voulait être le serviteur de tous les hommes. Et au terme de sa vie, il ne s’est pas contenté, dit saint Bernard, « d’avoir pris la condition de serviteur pour se mettre au service des hommes ; il a voulu prendre l’aspect d’un serviteur indigne pour être frappé et subir la peine qui nous était due en raison de nos péchés ».

    Voici que le Seigneur, serviteur obéissant de tous, se soumet à la sentence de Pilate, tout injuste qu’elle est, et se livre à ses bourreaux… Ainsi, ce Dieu nous a tant aimés que, par amour pour nous, il a voulu obéir comme esclave jusqu’à mourir et à mourir d’une mort douloureuse et infâme, le supplice de la croix (Ph 2,8).

    Or, en tout cela, il obéissait non comme Dieu, mais comme homme, comme esclave dont il avait assumé la condition. Tel saint s’est livré comme esclave pour racheter un pauvre, et il s’est attiré par là l’admiration du monde par cet acte héroïque de charité. Mais qu’est-ce que cette charité comparée à celle du Rédempteur ? Etant Dieu, voulant nous racheter de l’esclavage du diable et de la mort qui nous était dû, il se fait esclave lui-même, il se laisse ligoter et clouer à la croix. « Pour que le serviteur devienne maître, dit saint Augustin, Dieu a voulu se faire serviteur. »

    Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787)