Étiquette : humilité

  • Être levain dans la pâte

    Est-il rien de plus dérisoire qu’un chrétien qui ne se soucie pas des autres ? Ne prends pas comme prétexte ta pauvreté : la veuve qui a mis deux petites pièces dans le tronc du Temple (Mc 12,42) se lèverait contre toi ; Pierre aussi, qui disait au boiteux : « Je n’ai ni or ni argent » (Ac 3,6), et Paul, si pauvre qu’il avait souvent faim. N’objecte pas ta condition sociale, car les apôtres étaient humbles aussi et de basse condition. N’invoque pas ton ignorance, car ils étaient des hommes sans lettres. Même si tu étais esclave ou fugitif, tu pourrais toujours faire ce qui dépend de toi. Tel était Onésime dont Paul fait l’éloge (Phl; Col 4,9). Serais-tu de santé fragile ? Timothée l’était aussi. Oui, qui que nous soyons, n’importe qui peut être utile à son prochain, s’il veut vraiment faire ce qu’il peut.

    Vois-tu combien les arbres de la forêt sont vigoureux, beaux, élancés ? Et cependant, dans nos jardins, nous préférons des arbres fruitiers ou des oliviers couverts de fruits. De beaux arbres stériles…, tels sont les hommes qui ne considèrent que leur propre intérêt…

    Si le levain ne fait pas lever la pâte, il n’est pas un vrai ferment. Si un parfum n’embaume pas ceux qui approchent, pouvons-nous l’appeler un parfum ? Ne dis donc pas qu’il est impossible d’avoir une bonne influence sur les autres, car si tu es vraiment chrétien, il est impossible qu’il ne se passe rien ; cela fait partie de l’essence même du chrétien… Il serait aussi contradictoire de dire qu’un chrétien ne peut pas être utile à son prochain que de dénier au soleil la possibilité d’éclairer et de réchauffer.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église
    Homélies sur les Actes des apôtres, n° 20 (trad. cf AELF)

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  • La foi des humbles serviteurs, de l’humble servante

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    Trouver également Dieu dans les plus petites choses et les communes comme dans les grandes, c’est avoir une foi non commune, mais grande et extraordinaire. Se contenter du moment présent, c’est de goûter et d’adorer la volonté divine dans tout ce qui se rencontre à souffrir et à faire, ce qui compose par leurs successions le moment présent. Ces âmes simples, par la vivacité de leur foi, adorent Dieu également dans les états les plus humiliants ; rien ne le dérobe à l’œil perçant de leur foi… Rien ne les étonne, ne les dégoûte.

    Marie verra fuir les apôtres, elle demeurera constamment au pied de la croix et elle reconnaîtra son fils quelque défiguré qu’il soit par les crachats et les plaies… La vie de la foi n’est qu’une poursuite continuelle de Dieu au travers de ce qui le déguise, le défigure, le détruit pour ainsi dire et l’anéantit. Voici encore Marie depuis l’étable jusqu’au Calvaire : elle trouve toujours un Dieu que tout le monde méconnaît, abandonne et persécute. De même, les âmes de foi outrepassent une suite continuelle de morts, de voiles, d’ombres et d’apparences qui font effort pour rendre la volonté de Dieu méconnaissable ; ces âmes la poursuivent et l’aiment jusqu’à la mort de la croix. Elles savent qu’il faut toujours laisser les ombres pour courir après ce divin soleil ; depuis son lever jusqu’à son coucher, quelques soient les nuées sombres et épaisses qui le cachent, il éclaire, réchauffe et embrase les cœurs fidèles qui le bénissent, le louent, le contemplent.

    Jean-Pierre de Caussade (1675-1751), jésuite
    Abandon à la providence divine, ch. 9, 122 (français légèrement modernisé)

     

     

     

     

  • « Laissez les enfants venir à moi ! »

    Le Christ aime l’enfance qu’il a d’abord assumée dans son âme comme dans son corps. Le Christ aime l’enfance, qui enseigne l’humilité, qui est la norme de l’innocence, le modèle de la douceur. Le Christ aime l’enfance : vers elle il oriente la conduite des adultes, vers elle il ramène les vieillards, il attire à son propre exemple ceux qu’il élève au royaume éternel.

    Mais pour comprendre comment il est possible de parvenir à une conversion si admirable, et par quelle transformation il nous faut revenir à une attitude d’enfants, laissons saint Paul nous instruire et nous dire : « Pour ce qui du bons sens, ne soyez pas des enfants, mais soyez de petits enfants pour ce qui est de la malice » (1Co 14,20). Il ne s’agit donc pas pour nous de revenir aux jeux de l’enfance, ni aux maladresses des débuts, mais de lui prendre quelque chose qui convient aux années de la maturité, c’est-à-dire apaiser rapidement les agitations intérieures, retrouver vite le calme, oublier totalement les offenses, être complètement indifférent aux honneurs, aimer se retrouver ensemble, garder l’égalité d’humeur comme étant naturelle. En effet, c’est un grand bien que de ne pas savoir nuire et ne pas avoir de goût pour le mal…; ne rendre à personne le mal pour le mal (Rm 12,17), c’est la paix intérieure des enfants qui convient aux chrétiens… C’est cette forme d’humilité que nous enseigne le Sauveur enfant quand il a été adoré par les mages.

    Saint Léon le Grand (?-v. 461), pape et docteur de l’Église
    Sermon 7 pour l’Épiphanie, 3 4 ; SC 22 bis, PL 54, 258 (trad. cf Orval et SC, p. 281)

     

     

     

  • Suivons les mages

    Levons-nous, à l’exemple des mages. Laissons tout le monde se troubler ; mais nous, courons avec joie à la demeure de l’enfant. Si les rois ou les peuples s’efforcent de nous barrer le chemin, peu importe, ne ralentissons pas notre ferveur, repoussons tous les maux qui nous menacent. S’ils n’avaient pas vu l’enfant, les mages n’auraient pas échappé au danger qu’ils couraient de la part du roi Hérode. Avant d’avoir eu le bonheur de le contempler, ils étaient assiégés par la crainte, entourés de périls, plongés dans le trouble ; après qu’ils l’ont adoré, le calme et la sécurité se sont établis dans leur cœur…

    Laissons donc là, nous aussi, une ville en désordre, un despote assoiffé de sang, toutes les richesses de ce monde, et venons à Bethléem, la « maison du pain » spirituel. Si tu es berger, viens seulement, et tu verras l’enfant dans l’étable. Si tu es roi, tes vêtements fastueux, tout l’éclat de ta dignité, ne te serviront de rien si tu ne viens pas. Si tu es homme de science comme les mages, toutes tes connaissances ne te sauveront pas si tu ne viens pas montrer ton respect. Si tu es un étranger ou même un barbare, tu seras admis à la cour de ce roi… Il suffit de venir avec frayeur et avec joie, ces deux sentiments qui habitent un cœur vraiment chrétien…

    Avant d’adorer cet enfant, décharge-toi de tout ce qui t’encombre. Si tu es riche, dépose ton or à ses pieds, c’est-à-dire, donne-le aux pauvres. Ces étrangers sont venus de si loin pour contempler ce nouveau-né ; comment pourrais-tu…refuser de faire quelques pas pour visiter un malade ou un prisonnier ?… Les mages ont offert leurs trésors à Jésus, et toi, tu n’as même pas un morceau de pain à lui donner ? (Mt 25,35s) Quand ils ont vu l’étoile, leur cœur a été rempli de joie ; tu vois le Christ dans les pauvres, manquant de tout, et tu passes outre, tu n’es pas ému ?

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église
    Homélies sur l’évangile de Matthieu, n°7, 5

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  • « Marie se leva et partit en hâte pour la montagne. »

    Il est normal que tous ceux qui veulent qu’on les croie donnent des raisons de croire. C’est pourquoi l’ange…a annoncé à Marie, la vierge, qu’une femme âgée et stérile devenait mère, montrant ainsi que Dieu peut faire tout ce qui lui plaît. Dès que Marie l’a appris, elle est partie vers les montagnes — non par manque de foi en la prophétie, ni par incertitude devant cette annonce, ni par doute…, mais dans l’allégresse de son désir, pour remplir un devoir religieux, dans l’empressement de la joie. Désormais remplie de Dieu, comment pouvait-elle ne pas s’élever en hâte vers les hauteurs ? Des raisonnements lents sont étrangers à la grâce de l’Esprit Saint.

    Jusque-là Marie vivait seule, retirée du monde extérieur : elle n’a pas été retenue par sa pudeur de partir en public, ni par les escarpements des montagnes de réaliser son dessein, ni par la longueur du chemin du service à rendre. Cette vierge se hâte vers les hauteurs, une vierge qui pense à servir et qui oublie sa peine ; la charité fait sa force…; elle quitte sa maison et elle part… Vous avez appris la délicatesse de Marie ; apprenez aussi son humilité. La cadette vient vers l’aînée…, ce qui est supérieur vient à ce qui est inférieure : Marie à Élisabeth, le Christ à Jean, comme plus tard le Seigneur viendra se faire baptiser par Jean pour consacrer le baptême. Et tout de suite se manifestent les bienfaits de l’arrivée de Marie et de la présence du Seigneur, car « dès qu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit dans son sein et elle fut remplie de l’Esprit Saint »… Les deux femmes parlent de la grâce qui leur est faite ; les deux enfants réalisent cette grâce et entraînent leurs mères dans ce mystère de la miséricorde.

    Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l’Église
    Commentaire sur l’évangile de Luc, II,19s ; SC 45 (trad. SC, p. 81s rev.)

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  • Se faire violence pour devenir la demeure du Seigneur

    Celui qui veut s’approcher du Seigneur, être digne de la vie éternelle, devenir la demeure du Christ, être rempli du Saint Esprit, afin de porter les fruits de cet Esprit…doit d’abord croire fermement dans le Seigneur et puis se livrer sans réserve à ses commandements… Il doit se faire violence pour être humble devant tout homme…, comme le dit le Seigneur : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes » (Mt 11,29). De même, il doit s’exercer de toutes ses forces à être habituellement miséricordieux, doux, compatissant et bon, comme le dit le Seigneur : « Soyez bons et doux comme votre Père céleste est compatissant » (Lc 6,36; Mt 5,48). Et encore : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements » (Jn 14,15). Et « Faites-vous violence, car ce sont les violents qui s’emparent du Royaume des cieux ». Et « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite » (Lc 13,24). En tout, il doit prendre modèle sur l’humilité, la conduite, la douceur, la manière de vivre du Seigneur…

    Qu’il persévère dans la prière, qu’il demande sans se lasser que le Seigneur vienne et demeure en lui, le restaure et lui donne la force d’observer tous ses commandements, et que le Sauveur devienne lui-même la demeure de son âme. Et alors, ce qu’il accomplit en se faisant violence, sans l’inclination de la nature, il l’accomplira de bon gré, parce qu’il s’habituera complètement au bien, se souviendra sans cesse du Seigneur et l’attendra avec un grand amour. Quand le Seigneur verra une telle résolution…, il aura pitié de lui, le délivrera de ses ennemis et du péché qui habite en lui, et le remplira du Saint Esprit. Et ainsi, désormais, il observera tous les commandements du Seigneur en toute vérité, sans violence ni fatigue — ou plutôt, ce sera le Seigneur lui-même qui accomplira en lui ses propres préceptes et il produira en toute pureté les fruits de l’Esprit (cf Ga 5,22).

    Attribué à saint Macaire d’Égypte (?-405), moine
    Homélies spirituelles, n°19 (trad. coll. Spi. Or. n°40, Bellefontaine, p. 224)

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  • « Elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre. »

    Que vous êtes divinement bon, mon Dieu ! Si vous aviez appelé d’abord les riches, les pauvres n’auraient pas osé s’approcher de vous ; ils se seraient crus obligés de rester à l’écart à cause de leur pauvreté ; ils vous auraient regardé de loin, laissant les riches vous entourer. Mais vous avez appelé à vous tout le monde, tout le monde : les pauvres, puisque vous leur montrez par là, jusqu’à la fin des siècles, qu’ils sont les premiers appelés, les favoris, les privilégiés ; les riches, car d’une part, ils ne sont pas timides, de l’autre il dépend d’eux de devenir aussi pauvres que les bergers. En une minute, s’ils veulent, s’ils ont le désir d’être semblables à vous, s’ils craignent que leurs richesses les écartent de vous, ils peuvent devenir parfaitement pauvres.

    Que vous êtes bon ! Comme vous avez pris le bon moyen pour appeler d’un seul coup autour de vous tous vos enfants, sans aucune exception ! Et quel baume vous avez mis jusqu’à la fin des siècles au cœur des pauvres, des petits, des dédaignés du monde, en leur montrant dès votre naissance qu’ils sont vos privilégiés, vos favoris, les premiers appelés — les toujours appelés autour de vous qui avez voulu être un des leurs et être dès votre berceau et toute votre vie entouré par eux.

    Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara
    Méditations sur les passages des saints évangiles relatifs à quinze vertus, Nazareth 1897-98 ; n°263 (Œuvres Spirituelles, Seuil, 1958, p. 174)

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  • L’humble service

    Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 17,7-10. 


    ésus disait aux Apôtres :  » Lequel d’entre vous, quand son serviteur vient de labourer ou de garder les bêtes, lui dira à son retour des champs : ‘Viens vite à table’?
    Ne lui dira-t-il pas plutôt : ‘Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et que je boive. Ensuite tu pourras manger et boire à ton tour. ‘
    Sera-t-il reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ?
    De même vous aussi, quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : ‘Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n’avons fait que notre devoir. ‘ »

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    Avant la venue du Seigneur Jésus, les hommes tiraient gloire d’eux-mêmes. Il est venu comme un homme pour que diminue la gloire de l’homme et que grandisse la gloire de Dieu. Car il est venu sans le péché et nous a trouvés tous pécheurs. S’il est venu pour remettre les péchés, c’est parce que Dieu est miséricordieux : à l’homme donc de le reconnaître. Car l’humilité de l’homme c’est sa reconnaissance, et la grandeur de Dieu, sa miséricorde.

    S’il est venu pardonner à l’homme ses péchés, que l’homme donc prenne conscience de sa petitesse et que Dieu exerce sa miséricorde. « Il faut que lui grandisse et que je diminue » (Jn 3,30). C’est-à-dire : il faut que lui, il donne et que moi, je reçoive. Il faut qu’il ait la gloire et que je la reconnaisse. Que l’homme comprenne où est sa place, qu’il reconnaisse Dieu et entende ce que dit l’apôtre Paul à l’homme superbe et orgueilleux qui prétend s’élever : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Mais si tu as tout reçu, pourquoi t’enorgueillir comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1Co 4,7) Que l’homme qui voulait dire sien ce qui n’est pas à lui comprenne donc qu’il l’a reçu et qu’il se fasse tout petit, car il lui est bon que Dieu soit glorifié en lui. Qu’il se diminue donc en lui-même, afin qu’en lui Dieu grandisse.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
    Sermons sur l’évangile de Jean, 14,5 ; CCL 36, 143-144 (trad. Orval rev.)

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  • « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. »

    Pour devenir saint, il nous faut l’humilité et la prière. Jésus nous a enseigné comment prier, et il nous a dit aussi d’apprendre, par son exemple, à être doux et humble de cœur. Nous n’arriverons ni à l’un ni à l’autre à moins de savoir ce qu’est le silence. L’humilité ainsi que la prière proviennent d’une oreille, d’une intelligence, et d’une langue qui ont goûté le silence auprès de Dieu, car Dieu parle dans le silence du cœur. Donnons-nous vraiment la peine d’apprendre la leçon de sainteté de la part de Jésus, dont le cœur était doux et humble. La première leçon donnée par ce cœur est d’examiner notre conscience, et le reste –- aimer, servir –- suit tout de suite. Un tel examen n’est pas de notre seul ressort, mais relève d’une collaboration entre nous et Jésus. Ce n’est pas la peine de perdre du temps à contempler inutilement nos propres misères ; il s’agit d’élever nos cœurs vers Dieu, et de laisser sa lumière nous illuminer.

    Si tu es humble, rien ne te portera atteinte, ni la louange, ni la disgrâce, car tu sauras alors ce que tu es. Si l’on te fait des reproches, tu n’en seras pas découragé ; et si quelqu’un te dit saint, tu ne te mettras pas sur un piédestal. Si tu es saint, remercie Dieu ; si tu es un pécheur, n’en reste pas là. Le Christ te dit de viser très haut : non pas d’être comme Abraham ou David ou comme aucun saint, mais d’être comme notre Père céleste (Mt 5,48). « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis » (Jn 15,16).

    Bienheureuse Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
    No Greater Love, p. 51

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  • « Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où poser sa tête. »

    De même que Jésus Christ est né pauvre, ainsi a-t-il continué à vivre dans la pauvreté durant toute sa vie ; non seulement pauvre, mais indigent, « mendiant » suivant l’expression de saint Paul (2Co 8,9)… A Nazareth, Jésus vit dans la pauvreté : « une maison pauvre, un mobilier pauvre, c’est le logement que choisit le Créateur du monde ». Il y vit pauvrement, gagnant son pain à la sueur de son front, au prix de grandes fatigues, tout comme les artisans et les fils d’artisans. Au reste, les juifs ne le croyaient-ils pas et ne l’appelaient-ils pas « ouvrier, fils d’ouvrier » ? (Mc 6,3; Mt 13,55)

    Après, il paraît en public pour prêcher l’Évangile. Pendant ces trois dernières années de sa vie, loin d’améliorer sa manière de subsister, il pratique une pauvreté plus rigoureuse encore, il ne vit que d’aumônes. A un homme qui voulait le suivre dans l’espoir de vivre plus commodément, il répond : « Sachez-le bien : les renards ont leurs tanières et les oiseaux du ciel leurs nids, mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête ». Homme, veut-il dire, si en te mettant à ma suite, tu comptes trouver un état aisé, tu te trompes, car je suis venu sur la terre enseigner la pauvreté. Dans cette intention, je me suis fait plus pauvre que les renards et les oiseaux, qui ont au moins un abri ; en ce monde, je n’ai pas la moindre parcelle de terre qui m’appartienne en propre, où je puisse me reposer, et je veux que mes disciples me ressemblent…

    « Un serviteur de Jésus Christ ne possède rien en dehors de Jésus Christ », affirme saint Jérôme. Il ne désire même pas posséder quelque chose en dehors de Jésus. En un mot, Jésus a vécu toujours pauvre, il est mort aussi pauvre : n’a-t-il pas fallu que Joseph d’Arimathie lui donne un tombeau, et que d’autres lui fassent l’aumône d’un linceul pour envelopper son corps ?

    Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), évêque et docteur de l’Église
    8ème Discours pour la neuvaine de Noël (trad. Éds Saint-Paul 1993, p. 114)

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