Étiquette : Bienheureux Columba Marmion

  • Le zèle amer des pharisiens

    Le zèle amer des pharisiens

    Il se rencontre des formes de mauvais zèle qui prennent les apparences du bon. C’est, par exemple, le zèle des pharisiens, stricts observateurs de la loi extérieure. Ce zèle « amer » (…) a sa source non dans l’amour de Dieu et du prochain, mais dans l’orgueil. Ceux qui en sont atteints sont remplis de l’estime déréglée de leur propre perfection ; ils ne conçoivent pas d’autre idéal que le leur ; tout ce qui ne s’y accorde pas est nécessairement blâmé ; ils veulent tout plier à leur manière de voir et de faire : de là les dissensions ; ce zèle aboutit à la haine.

    Voyez avec quelle âpreté les Pharisiens, animés de ce zèle, poursuivaient le Seigneur, lui posant des questions insidieuses, lui tendant des pièges et des embûches, cherchant non à connaître la vérité, mais à prendre le Christ en défaut. Voyez comme ils le pressent, comme ils le provoquent à condamner la femme adultère : « Moïse nous ordonne de lapider cette femme ; vous, Maître, que dites-vous ? » (Jn 8,5). Voyez comme ils lui reprochent d’opérer des guérisons le jour du sabbat (Lc 6,7) ; comme ils font grief aux disciples de froisser des épis le jour du repos (Mt 12,2) ; comme ils se scandalisent de voir le divin Maître prendre ses repas avec des pécheurs et des publicains (Mt 9,2) ; autant de manifestations de ce « zèle amer » où il entre si souvent de l’hypocrisie.

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

  • Ste Thérèse de l’Enfant Jésus

    Ste Thérèse de l’Enfant Jésus

    Le Christ laisse à accomplir par son Épouse, dans la suite des temps, une partie de la prière qu’il a récitée au moment d’offrir son sacrifice. Bien que cette prière soit d’une efficacité infinie, Notre-Seigneur veut que nous y unissions la nôtre. Un jour notre divin Sauveur considérant, de son regard divin, la multitude des âmes à racheter, disait à ses apôtres qu’il allait envoyer prêcher l’Évangile : « Priez le Maître de la moisson d’y envoyer des ouvriers » (Lc 10,2). Les apôtres auraient pu répondre : « Seigneur, pourquoi nous dites-vous de prier ? Votre prière ne suffit-elle pas ? » Non, elle ne suffit pas : « Priez » vous aussi. Le Christ Jésus veut avoir besoin de nos prières comme de celles de ses apôtres. (…)

    Pensons, aux instants où nous nous recueillons, que (…) du fond du tabernacle, le Christ va nous dire : « Prêtez-moi vos lèvres et vos cœurs pour que je puisse prolonger ma prière ici-bas pendant que là-haut j’offre mes mérites au Père. La prière d’abord : les ouvriers ne viendront qu’ensuite et leur œuvre ne sera féconde que dans la mesure où mon Père, attentif à votre prière qui est la mienne, fera descendre sur terre la rosée céleste de sa grâce ». (…)

    Au souvenir du sacrifice qui a racheté le monde entier, se sentant puissante de la puissance même du Sauveur, l’Église, de son regard de mère, parcourt les séries diverses des âmes qui ont besoin du secours d’en haut et offre pour chacune d’elles de spéciales supplications. Imitons cet exemple de notre mère et présentons-nous devant Dieu avec confiance, car à ce moment, nous sommes « la bouche de toute l’Église ».

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

  • Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie, patronne principale de la France

    Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie, patronne principale de la France

    Sur quoi repose cette heureuse certitude d’être fils de la Reine du ciel ? Avant tout, sur le dogme de notre incorporation au Christ en qualité de membres.

    Une femme n’est-elle pas mère dès qu’elle est source de vie pour autrui ? Dès qu’elle communique la vie dont elle jouit elle-même ? Dans l’ordre surnaturel, d’où vient en nous cette vie divine destinée, non pas à finir avec la mort comme notre vie corporelle, mais à s’épanouir en gloire dans l’éternité ? Ève nous a donné la vie selon la nature et le péché ; mais la vie de la grâce est descendue vers nous par Marie. Marie est la nouvelle Ève associée par sa prédestination au nouvel Adam. Combien efficace ne fut pas sa coopération à l’œuvre rédemptrice ! Lors de l’Annonciation, comme nous l’avons dit, c’est à son consentement que Dieu, en quelque manière, voulut subordonner la venue de son Fils. La Vierge devint dès lors la créature privilégiée qui communique à tous le don de Dieu, la vie surnaturelle ; elle acceptait sa maternité selon l’ampleur des intentions divines. Or, les desseins de Dieu comportaient qu’elle fût mère non seulement du Christ, mais encore de tous ses membres. (…)

    En acceptant d’être fils de Marie, nous entrons pleinement dans les desseins miséricordieux du Seigneur. Le Père ne nous a-t-il pas « prédestinés à devenir conforme à l’image de son Fils » (Rm 8,29) ? (…) Quelle consolation ! Par notre vénération et notre amour envers Marie, nous parachevons peu à peu notre ressemblance au Sauveur.

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

  • La joie de la foi

    La joie de la foi

    Il faut que l’ardeur de notre foi anime nos moindres actions. Si nous nous y appliquons, notre vie sera pleine de lumière et de joie. Les plus minimes détails de nos journées nous apparaîtront comme des perles précieuses, que nous voudront acquérir pour en composer notre trésor du ciel. Et à mesure que nous avancerons dans la foi, qu’elle deviendra plus ferme, plus ardente, plus active, la joie abondera de plus en plus dans notre âme. Les clartés s’ajoutent aux clartés ; l’espérance, voyant ses horizons s’élargir, s’affermit de jour en jour ; l’amour, se sentant plus ardent, rend toutes choses aisées ; et nous courons dans la voie des commandements du Seigneur. (…)

    Au ciel, la source de notre joie sera la possession assurée, parfaite et inamissible du bien souverain et immuable, dans la pleine lumière de la gloire ; ici-bas, la source de notre joie est la possession commencée de Dieu, l’union anticipée à Dieu : cette possession, cette union est d’autant plus intime que nous sommes plus baignés de la lumière de la foi. La joie que la foi nous procure est nécessaire ici-bas. C’est Dieu lui-même qui a façonné notre cœur, et il l’a façonné de telle sorte qu’il ait besoin d’allégresse.

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

  • Jésus, chemin vers la Trinité

    Jésus, chemin vers la Trinité

    « Je suis la voie » (Jn 14,6). Entre toute créature et Dieu, il y a l’infini. Les anges, sans l’élévation surnaturelle, sont à une distance incommensurable de la divinité. Dieu seul, de par sa nature, se voit tel qu’il est ; lui seul a le droit de plonger le regard dans la profondeur de ses perfections. Les hommes ne connaissent Dieu que par ses œuvres : « La nuée et l’ombre l’environnent » (Ps 96,2). Eh bien ! nous sommes appelés à voir Dieu comme il se voit, à l’aimer comme il s’aime et à vivre de la vie divine. Telle est notre destinée surnaturelle.

    Or entre cette élévation et les capacités de notre nature, il y a un abîme infranchissable. Par le Christ, à la fois Dieu et homme, et par la grâce d’adoption, il nous est donné de triompher de cet éloignement. Le Christ est comme le pont jeté sur cette profondeur insondable : par son humanité sainte, il est la voie, grâce à laquelle nous parvenons jusqu’à la Trinité. Jésus ne l’a-t-il pas dit lui-même : « Personne ne vient au Père que par moi » (Jn 14,6). Cette voie ne trompe pas ; celui qui la suit arrivera infailliblement au terme ; « il aura la lumière de vie » (Jn 8,12). Car, comme Verbe, Jésus est un avec le Père, son humanité nous fait donc nécessairement atteindre la divinité.

    Lorsqu’il nous insère dans son corps mystique, en toute vérité, il nous prend à lui, afin que nous puissions demeurer là où il est lui-même », c’est-à-dire, être unis au Verbe et à l’Esprit dans le sein du Père : « Je reviendrai vous prendre auprès de moi, afin que là où je serai, vous soyez aussi » (Jn 14,3). Appuyez-vous donc en tout sur les mérites de notre cher Sauveur.

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

  • Poser le Christ comme une lampe divine en nos cœurs

    Poser le Christ comme une lampe divine en nos cœurs

    « Je suis la vérité » (Jn 14,6). De par notre condition naturelle, nous marchons, ici-bas, dans les ténèbres (cf. Lc 1,79). Pour nous élever vers Dieu, il nous faut être surnaturellement éclairés. Seul, le Christ manifeste la vérité religieuse, « Il est la lumière du monde » (Jn 8, 12). Son enseignement, sans dissiper toute obscurité, permet de le reconnaître comme l’envoyé du Père et d’adhérer à lui comme à la Vérité suprême et infaillible. « Dieu est ma lumière » (Ps 26,1).

    L’Évangile apporte au monde la révélation de toutes les grandes vérités religieuses : celle de la Trinité, de l’incarnation, de la rédemption, des sanctions de l’au-delà. Il dévoile aussi aux hommes le mystère de la paternité divine. Quand Jésus nous parle de Dieu, il le représente toujours comme notre Père : « Je remonte à mon Père, et votre Père » (Jn 20,17) ! C’est une des caractéristiques du Nouveau Testament de nous avoir appris à nommer Dieu notre Père, à nous comporter envers lui comme ses enfants (cf. Mt 6,9 ; Rm 8,16). Avec la paternité divine, Jésus nous révèle encore notre adoption, notre destinée céleste et bienheureuse, toutes les attitudes de charité et de vertu propres au chrétien. Recueillons ces doctrines de ses lèvres bénies, réalisons qu’elles émanent de la Vérité même ; attachons-nous à elles par une foi inébranlable. En outre, le Christ apporte encore la vérité par une grâce d’illumination, toute personnelle, de notre âme. Cette illumination propre à chacun est essentielle au progrès de la vie du Christ en nous. (…)

    Il nous faut donc considérer les chemins d’ici-bas à la lumière de la foi au Christ. Posons-le comme une lampe divine au milieu de notre cœur. Jetons aux pieds de Jésus nos idées, nos jugements, nos désirs, afin de regarder le monde, les personnes et les évènements comme par ses yeux. Alors, nous apprécierons à leur juste valeur les choses du temps et celles de l’éternité.

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

  • « Que ceux qui ne voient pas puissent voir. » (Jn 9,39)

    « Que ceux qui ne voient pas puissent voir. » (Jn 9,39)

    « Celui qui se déclare sans péché se ment à lui-même, et la vérité n’est pas en lui » (1 Jn 1,8). Pour les grandes âmes, les âmes saintes, cette assertion est lumineuse. C’est que, se rapprochant davantage de Dieu, soleil de justice et sainteté immaculée, elles aperçoivent mieux les taches qui les déparent; l’éclat, la vivacité de la lumière divine où elles se meuvent, fait apparaître, par contraste, leurs moindre défaillances dans un plus saisissant relief ; leur regard intérieur, épuré par la foi et l’amour, pénètre plus profondément les perfections divines ; elles ont une vue plus claire de leur néant; elles mesurent mieux l’abîme qui les sépare de l’infini. (…)

    Il y a, dans leur attitude habituelle de repentir et de détestation du péché, une preuve constante de surnaturelle délicatesse, qui ne peut manquer de plaire à Dieu et d’incliner vers l’âme l’infinie miséricorde du Seigneur. D’ailleurs, l’état d’âme que nous étudions n’est nullement, comme on pourrait le croire à première vue, incompatible avec la confiance et la joie spirituelle, avec les effusions de l’amour et de la complaisance en Dieu. Bien au contraire ! (…) Loin que l’amour et la joie trouvent un obstacle dans l’attitude habituelle de repentir qui constitue la componction, ils s’y appuient comme sur une base des plus solides, et leurs élans en partent comme d’un tremplin.

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

  • Fête du Baptême de Notre Seigneur

    Le Père céleste s’est chargé de nous fixer, (…) notre idéal de sainteté. Il nous a prédestinés à devenir semblables, non à une créature quelconque, ni à un ange, mais à son Fils, (…). Saint Paul nous révèle cette pensée du Père quand il dit : « Il les a prédestinés à être semblables à l’image de son Fils » (Rm 8,29). Dieu nous assigne un modèle divin de perfection. Il désire retrouver en nous les traits de son Fils incarné, et, par là même, voir notre âme resplendir du reflet de sa sainteté à lui. (…)

    Si Dieu, océan de perfection, est incompréhensible pour toute intelligence créée, lui-même saisit d’un coup, en son infinité, la plénitude des ses grandeurs ; il exprime sa connaissance dans une pensée, dans une parole unique, son Verbe. À ce Verbe, il communique toute sa vie divine, toute sa lumière, tout ce qu’il est. Cette génération au sein du Père, étant la vie même de Dieu, n’a jamais commencé et ne finira jamais. En ce moment où je vous parle, le Père, dans une exultation infinie, dit à son Fils : « Vous êtes mon Fils ; aujourd’hui ‒ c’est-à-dire dans un présent éternel, ‒ je vous engendre » (Ps 2,7). Ce Fils, le Père nous l’a donné pour modèle et source de toute sainteté. « En lui résident tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu » (Col 2,3). Une éternité de contemplation ne suffira pas à épuiser la connaissance de ce mystère et à remercier Dieu de ce bienfait. (…)

    Si, comme l’écrit saint Thomas d’Aquin, « la filiation naturelle et éternelle du Verbe dans le sein du Père est l’exemplaire sublime de notre filiation adoptive » (Sermo, XXXI, 3), la sainteté propre à l’humanité du vrai Fils unique de Dieu devra, elle aussi, servir de modèle à la sainteté des fils d’adoption.

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

  • « Qu’ils soient témoins de ma gloire ! »

    Dieu ne se contente pas d’être l’objet d’une connaissance et d’un amour naturels de la part des hommes ; mais il nous appelle à partager sa vie même et sa propre béatitude. Par un mouvement d’amour infini à notre égard, Dieu veut être pour nos âmes non seulement le maître souverain de toutes choses, mais un ami, un père. Il veut que nous le connaissions comme il se connaît lui-même, source de toute vérité et de toute beauté, ici-bas dans l’obscurité de la foi, là-haut dans la lumière de la gloire ; – il veut que nous le possédions lui-même, Bien infini et source de toute béatitude, ici-bas et là-haut par l’amour.

    À cet effet, vous le savez, il élève notre nature au-dessus d’elle-même, en l’ornant de la grâce sanctifiante, des vertus infuses et des dons de l’Esprit. Dieu veut être lui-même, par la communication de sa vie infinie et éternelle, notre parfaite béatitude. Il ne veut pas que nous trouvions notre bonheur en-dehors de lui-même, plénitude de tous biens ; il ne laisse à aucune créature le pouvoir de rassasier notre cœur : « c’est moi, moi-même, qui serai ta récompense infiniment grande » (Gn 15,1 Vg). Et Notre-Seigneur a confirmé cette promesse au moment où il allait en solder le prix par son sacrifice sanglant : « Là où je suis, je veux, ô Père, que les miens soient aussi, afin qu’ils soient témoins de ma gloire, qu’ils partagent notre joie et que votre amour les remplisse » (Jn 17,24.26). Tel est le but unique et suprême auquel nous devons tendre.

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

  • « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent. » (Jn 17,3)

    Il est dit que dans le ciel « nous serons semblables à Dieu parce que nous le verrons tel qu’il est » (1 Jn 3,2). Aussitôt que l’âme bienheureuse voit Dieu, elle s’identifie avec lui dans l’intelligence par la vérité, et dans la volonté par l’amour. Dans la mesure du possible, l’âme sera, – non pas égale évidemment ‒ mais semblable à Dieu : la vision béatifique opère cette transformation, de rendre unie dans l’unité.

    Or, qu’est-ce qui, durant cette vie, prélude pour nous à la vision des élus ? L’oraison dans la foi. L’âme en contemplant Dieu par la foi dans l’oraison, voit ses perfections et toute vérité ; elle se livre à cette vérité ; et voyant ainsi en Dieu le Bien souverain, le Bien unique, sa volonté s’unit à cette volonté divine, source pour l’âme de toute béatitude : et plus cette adhésion est puissante, plus l’âme est unie à Dieu. C’est pourquoi l’oraison dans la foi est si précieuse pour l’âme. Nous devons désirer arriver à un haut degré dans cette oraison, c’est-à-dire atteindre à cette union pleine d’amour et très simple à Dieu, qui résulte d’une effusion de la très pure lumière divine. (…)

    Dans les conditions ordinaires de sa Providence, Dieu ne se donne à l’âme avec cette plénitude qu’au soir de la vie, quand l’âme a prouvé, par une constante fidélité aux inspirations de la grâce, qu’elle est tout entière à Dieu et qu’en toutes choses elle ne cherche véritablement que lui seul. Nous devons tendre à cet état bienheureux, auquel certainement beaucoup d’âmes religieuses sont appelées. (…) Bienheureux état, dans lequel l’âme, tout à Dieu, prélude à cette éternelle union où elle trouvera la béatitude sans fin !

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)