Catégorie : Prières et Chants

  • « Il s’approcha et pansa ses blessures. » (Lc 10, 34)

    Je me suis éloigné, Ami de l’homme, j’ai séjourné dans le désert,
    je me suis caché de toi, mon doux Maître,
    plongé dans la nuit des soucis de la vie
    où j’ai subi mainte morsure et mainte blessure,
    d’où je remonte, l’âme marquée de mainte plaie,
    et je crie dans ma douleur et la souffrance de mon cœur :
    Aie pitié de moi, fais-moi miséricorde, à moi le pécheur !

    Médecin qui seul aime les âmes, seul aime la miséricorde,
    qui guéris gratuitement les malades et les blessés,
    sois le médecin de mes meurtrissures, de mes blessures !
    Distille l’huile de ta grâce, mon Dieu,
    étends-la sur mes plaies, étanche mes ulcères,
    cicatrise et revigore mes membres
    déliquescents, et efface-en toutes les cicatrices, Sauveur,
    redonne-moi totale et parfaite santé, comme auparavant. (…)

    Je me suis relâché, Maître, pour avoir compté sur moi-même ;
    je me suis laissé entraîner par le souci des choses sensibles
    et j’ai succombé, malheureux, à la préoccupation des choses de la vie.
    Comme le fer une fois refroidi, je suis devenu noir
    et, à force de traîner par terre, j’ai contracté la rouille.

    Voilà pourquoi je crie vers toi, pour être à nouveau purifié,
    je t’en prie, Ami de l’homme, et pour être ramené
    à ma beauté première, et jouir de ta lumière
    maintenant et toujours et dans tous les siècles. Amen.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

     

  • « Vous siégerez vous aussi pour juger. » (Mt 19,28)

    « Mais cependant je parlerais au Tout-Puissant et je désire discuter avec Dieu. » (Jb 13,3) Nous parlons au Tout-Puissant quand nous nous associons à la justice du maître pour faire passer nos actes au crible d’un scrupuleux examen.

    Peut-être aussi discute avec Dieu celui qui, après avoir en ce monde obéi à ses préceptes, vient ensuite en juge, juger les peuples avec Lui, ainsi qu’il est dit aux prédicateurs qui font abandon de tous leurs biens : « Vous qui m’avez suivi, dans la régénération, lorsque le fils de l’homme siégera sur son trône de gloire, vous siégerez vous aussi sur douze trônes pour juger les tribus d’Israël. » (Mt 19,28) Le Seigneur dit encore par la bouche d’Isaïe : « Délivrez celui qui subit l’injustice, jugez en faveur de l’orphelin, plaidez pour la veuve et venez, discutons. » (Is 1,17) Il est juste en effet qu’il discute avec Dieu, dans son jugement sur les orphelins, l’homme qui, pour se consacrer à la parole de Dieu, renonce sans réserve au siècle présent.

    Parler concerne donc la prière ; discuter, le jugement. Le saint, en conséquence, parle maintenant au Tout-Puissant pour discuter ensuite avec le Tout-Puissant, parce que celui qui viendra un jour pour juger avec Dieu est celui qui en ce monde n’aura été que son familier dans la prière.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

     

     

     

     

  • Aie pitié, maître, de tes petits enfants…

    Aie pitié, maître, de tes petits enfants…

    Frein des poulains indociles,
    Aile des oiseaux qui ne s’égarent pas,
    Vrai gouvernail des navires,
    Pasteur des agneaux royaux,

    Tes simples enfants,
    Rassemble-les,
    Pour louer saintement,
    Pour chanter sincèrement,
    Le Christ, guide des enfants.

    Sois guide, ô Pasteur,
    des brebis raisonnables.
    Conduis, ô saint,
    Les enfants sans tache.

    Dieu de ceux qui chantent, ô Jésus Christ.

    Saint Clément d’Alexandrie (150-v. 215)

     

     

     

  • Jésus le toucha et lui dit :  » Je le veux ; sois purifié ! « 

    Avant que brille la lumière divine,
    je ne me connaissais pas moi-même.
    Me voyant alors dans les ténèbres et en prison,
    enfermé dans un bourbier,
    couvert de saleté, blessé, ma chair enflée (…),
    je suis tombé aux pieds de celui qui m’avait illuminé.
    Et celui qui m’avait illuminé touche de ses mains
    mes liens et mes blessures ;
    là où touche sa main et où son doigt s’approche,
    aussitôt tombent mes liens,
    les blessures disparaissent, et toute saleté.
    La souillure de ma chair disparaît (…)
    si bien qu’il la rend semblable à sa main divine.
    Merveille étrange : ma chair, mon âme et mon corps
    participent à la gloire divine.

    Dès que j’ai été purifié et débarrassé de mes liens,
    le voici qui me tend une main divine,
    il me retire du bourbier entièrement,
    il m’embrasse, il se jette à mon cou,
    il me couvre de baisers (Lc 15,20).
    Et moi qui étais totalement épuisé
    et qui avais perdu mes forces,
    il me prend sur ses épaules (Lc 15,5),
    et il m’emmène hors de mon enfer. (…)

    C’est la lumière qui m’emporte et me soutient ;
    elle m’entraîne vers une grande lumière. (…)
    Il me donne à contempler par quel étrange remodelage
    lui-même m’a repétri (Gn 2,7) et m’a arraché notre nature périssable.
    Il m’a fait don d’une vie immortelle
    et m’a revêtu d’une robe immatérielle et lumineuse
    et m’a donné des sandales, un anneau et une couronne
    impérissables et éternels (Lc 15,22; 1Co 9,25).

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

     

  • Que la volonté de Dieu s’accomplisse en nous !

    Aucun obstacle ne peut évidemment empêcher la volonté de Dieu de s’accomplir ; nous ne lui souhaitons pas davantage de succès dans l’exécution de ses desseins, mais nous demandons que sa volonté soit faite dans tous les hommes.

    Derrière l’image de chair et d’esprit, c’est nous-mêmes qui sommes désignés par ciel et terre. Mais, même au sens obvie, la nature de la demande reste la même, c’est-à-dire, que la volonté de Dieu s’accomplisse en nous sur la terre, afin qu’elle puisse s’accomplir en nous, dans le ciel. Or, la volonté de Dieu, quelle est-elle, sinon que nous suivions les voies de son enseignement ? Nous le supplions donc de nous communiquer la substance et l’énergie de sa volonté, afin que nous soyons sauvés sur la terre et dans les cieux, car sa volonté essentielle est de sauver les enfants qu’il a adoptés. Cette volonté de Dieu, le Seigneur l’a réalisée par la parole, l’action et la souffrance. Dans ce sens il a dit qu’il faisait non pas sa volonté mais celle de son Père.

    Il n’y a pas de doute qu’il faisait non pas sa volonté mais celle de son Père ; tel est aussi l’exemple qu’il nous donne aujourd’hui : prêcher, travailler, souffrir jusqu’à la mort. Pour l’accomplir, nous avons besoin de la volonté de Dieu. En disant : « Que ta volonté soit faite », nous nous félicitons de ce que la volonté de Dieu ne soit jamais un mal pour nous. De plus, nous nous encourageons nous-mêmes à la souffrance par ces paroles. Le Seigneur, pour nous montrer, au milieu des angoisses de sa Passion, que la faiblesse de notre chair se trouvait dans la sienne, dit lui aussi : « Père, éloigne ce calice. » Puis il se ravise : « Que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. » (Lc 22,42) Il était lui-même la volonté et la puissance du Père ; mais pour nous apprendre à payer la dette de la souffrance, il se remet tout entier à la volonté du Père.

    Tertullien (v. 155-v. 220)

     

     

     

  • Une prière pour tous les états

    Afin de vous tenir toujours dans la pensée de Dieu, vous devrez continuellement vous proposer cette formule de pitié : « Mon Dieu, venez à mon aide ; hâtez-vous, Seigneur, de me secourir ! » Ce n’est pas sans raison que ce court verset a été choisi particulièrement de tout le corps des Écritures. Il exprime tous les sentiments dont la nature humaine est susceptible ; il s’adapte heureusement à tous les états, et convient en toutes les sortes de tentations.

    On y trouve l’appel à Dieu contre tous les dangers, une humble et pieuse confession, la vigilance d’une âme toujours en éveil et pénétré d’une crainte continuelle, la considération de notre fragilité ; il dit aussi la confiance d’être exaucé et l’assurance du secours toujours et partout présent, car celui qui ne cesse d’invoquer son protecteur est bien certain de l’avoir près de soi. C’est la voix de l’amour et de la charité ardente ; c’est le cri de l’âme qui a l’œil ouvert sur les pièges à elle tendus, qui tremble en face de ses ennemis, et, se voyant assiégée par eux nuit et jour, confesse qu’elle ne saurait échapper, si son défenseur ne la secourt. Pour tous ceux que harcèlent les attaques des démons, ce verset est un rempart inexpugnable, une impénétrable cuirasse et le plus solide des boucliers. (…)

    Bref, à tous et en toutes circonstances il est utile, il est nécessaire. Car désirer d’être aidé toujours et pour toutes choses, c’est dire clairement que l’on a autant besoin du secours divin, lorsque tout nous favorise et nous sourit, que dans les épreuves et les tristesses : Dieu seul nous tire de l’adversité, lui seul aussi donne la durée à nos joies ; dans l’un et dans l’autre cas, la fragilité humaine ne saurait se soutenir sans son secours.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

     

     

     

  • Bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Église, mémoire

    Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire,
    de t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu,
    à toi, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant.

    Pour célébrer la Vierge Marie,
    c’est à toi que s’adressent nos louanges.
    En accueillant la Parole dans un cœur immaculé,
    elle a mérité de la concevoir dans son sein virginal.
    En donnant naissance à son Créateur,
    elle a préparé les commencements de l’Église.
    En recevant au pied de la croix
    le testament d’amour de son Fils,
    elle a reçu pour fils tous les hommes
    que la mort du Christ a fait naître à la vie divine.
    Quand les Apôtres attendaient l’Esprit qui leur était promis,
    elle a joint sa supplication à celle des disciples,
    devenant ainsi le modèle de l’Église en prière.
    Élevée dans la gloire du ciel,
    elle accompagne et protège l’Église de son amour maternel
    dans sa marche vers la patrie
    jusqu’au jour de la venue glorieuse du Seigneur.

    Le Missel romain

     

     

     

  • Quand Jésus crucifié change ma faiblesse en toute-puissance !

    Quand la douleur s’empare de toute mon âme
    Et l’horizon s’assombrit comme la nuit,
    Et le cœur déchiré par la géhenne du supplice,
    Jésus crucifié, Tu es ma force.

    Quand l’âme par la douleur obscurcie,
    Redouble ses efforts et lutte sans répit,
    Et que le cœur agonise en un amer tourment,
    Jésus crucifié, Tu es l’espérance de mon salut.

    Ainsi les jours passent,
    Et l’âme baigne en une mer d’amertume,
    Et le cœur fond en larmes,
    Jésus crucifié, Tu brilles pour moi comme l’aurore.

    Et lorsque le calice déborde déjà d’amertume,
    Et que tout contre elle s’est conjuré,
    Que l’âme descend au Jardin des Oliviers,
    Jésus crucifié, en Toi j’ai ma défense.

    Quand l’âme ressentant son innocence,
    Accepte de Dieu ces épreuves,
    Alors le cœur est capable de rendre amour pour tourment,
    Jésus crucifié change ma faiblesse en toute-puissance.

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)

     

     

     

  • Le pouvoir de la prière

    Le motif qui doit nous porter à avoir recours à la prière, c’est que tout tourne à notre avantage. Le bon Dieu veut notre bonheur, et il sait que ce n’est que par la prière que nous pouvons nous le procurer. D’ailleurs, mes frères, quel plus grand honneur pour une vile créature comme nous, que Dieu veuille bien s’abaisser jusqu’à elle, en s’entretenant avec elle aussi familièrement qu’un ami avec son ami. Voyez quelle bonté de sa part en nous permettant de lui faire part de nos chagrins, de nos peines. Et ce bon Sauveur s’empresse de nous consoler, de nous soutenir dans les épreuves, ou, pour mieux dire, il souffre pour nous. Dites-moi, mes frères, ne serait-ce pas vouloir renoncer à notre salut et à notre bonheur sur la terre que de ne pas prier ? puisque, sans la prière, nous ne pouvons être que malheureux, et qu’avec la prière nous sommes sûrs de tout obtenir ce qui nous est nécessaire pour le temps et pour l’éternité, comme nous allons le voir.

    Je dis premièrement mes frères, que tout est promis à la prière, et deuxièmement que la prière obtient tout quand elle est bien faite : c’est une vérité que Jésus-Christ nous répète presque à chaque page de la Sainte Écriture. La promesse que Jésus-Christ nous en fait est formelle : « Demandez, nous dit-il, et vous recevrez ; cherchez et vous trouverez ; frappez, l’on vous ouvrira. Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, vous l’obtiendrez, si vous le faites avec foi. » (cf. Mt 7, 7 ; 21, 24) Jésus-Christ ne se contente pas de nous dire que la prière bien faite obtient tout. Pour mieux encore nous en convaincre, il nous l’assure avec serment : « En vérité, en vérité je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous l’accordera. » (Jn 15, 16) D’après les paroles de Jésus-Christ même, il me semble, mes frères, qu’il serait impossible de douter du pouvoir de la prière.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

     

     

     

  • Votre Père sait de quoi vous avez besoin

    « Notre Père ». Nous confessons de notre propre bouche que le Dieu et Seigneur de l’univers est notre Père ; et c’est bien là faire profession d’avoir été appelés de la condition servile à celle de fils adoptifs.

    Nous ajoutons : « Qui êtes aux cieux ». Le temps de notre vie n’est plus dès lors qu’un exil ; et cette terre, une terre étrangère, qui nous sépare de notre Père. Fuyons-la ; et, de toute l’ardeur de nos désirs, hâtons-nous vers la région où nous proclamons que réside notre Père ! Une fois parvenus à cette dignité d’enfants de Dieu, nous brûlerons aussitôt de la tendresse qui est au cœur de tous les bons fils ; et, sans plus songer à nos intérêts, nous n’aurons de passion que pour la gloire de notre Père.

    Nous lui dirons : « Que votre nom soit sanctifié » témoignant par là que sa gloire est tout notre désir et toute notre joie, à l’imitation de celui qui a dit : « Celui qui parle de lui-même cherche sa propre gloire ; mais celui qui cherche la gloire de Celui qui l’a envoyé est véridique, et il n’y a point en lui d’injustice » (Jn 7,18). (…)

    Ces paroles : « Que votre nom soit sanctifié », pourraient très bien s’entendre aussi en ce sens que Dieu est sanctifié par notre perfection. Et dès lors, lui dire : « Que votre nom soit sanctifié », ce serait, en d’autres termes, lui dire : « Père, rendez-nous tels que nous méritions de connaître, de comprendre la grandeur de votre sainteté, ou du moins que cette sainteté éclate en notre vie toute spirituelle ! » C’est ce qui s’accomplit en nous, lorsque « les hommes voient nos bonnes œuvres et glorifient notre Père qui est aux cieux » (Mt 5,16).

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)