Catégorie : Prière des âmes

  • « Les neuf autres, où sont-ils ? »

    De nos jours, on voit beaucoup de gens qui prient, mais hélas, on n’en voit pas qui reviennent sur leurs pas et rendent grâce à Dieu… « N’ont-ils pas été guéris tous les dix ? Où sont donc les neuf autres ? » Vous vous rappelez, je pense, que c’est en ces termes que le Sauveur se plaignait de l’ingratitude des neuf autres lépreux. Nous lisons qu’ils savaient bien « prier, supplier et demander », car ils ont élevé la voix pour s’écrier : « Jésus, fils de David, ayez pitié de nous ». Mais il leur a manqué une quatrième chose que réclame l’apôtre Paul : « l’action de grâce » (1Tm 2, 1), car ils ne sont pas revenus sur leurs pas et n’ont pas rendu grâce à Dieu.

    Nous voyons bien encore de nos jours un certain nombre de personnes qui demandent à Dieu avec instance ce qui leur manque, mais on n’en voit qu’un petit nombre qui semblent reconnaissants des bienfaits qu’ils ont reçus. Il n’y a pas de mal à demander avec instance, mais ce qui fait que Dieu ne nous exauce pas, c’est qu’il trouve que nous manquons de gratitude. Après tout, peut-être est-ce encore un acte de clémence de sa part de refuser aux ingrats ce qu’ils demandent, pour qu’ils ne soient pas jugés d’autant plus rigoureusement à cause de leur ingratitude… C’est donc par miséricorde que Dieu retient parfois sa miséricorde…

    Vous voyez donc que tous ceux qui se trouvent guéris de la lèpre du monde, je veux dire des désordres évidents, ne profitent pas de leur guérison. Plusieurs, en effet, sont atteints secrètement d’un ulcère pire que la lèpre, d’autant plus dangereux qu’il est plus intérieur. C’est pourquoi c’est avec raison que le Sauveur du monde demande où sont les neuf autres lépreux, car les pécheurs s’éloignent du salut. C’est ainsi qu’après son péché, Dieu a demandé au premier homme : « Où es-tu ? » (Gn 3,9)

    Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église

     

     

     

  • Petits moyens faciles pour se mettre en présence de Dieu

    Vous voyez, mes filles, la fidélité que vous devez à Dieu. L’exercice de votre vocation consiste dans le souvenir fréquent de la présence de Dieu ; et pour vous le faciliter, servez-vous des avertissements que le son de l’horloge vous donnera, et lors faites quelque acte d’adoration. Faire cet acte, c’est dire en votre cœur : « Mon Dieu, je vous adore », ou bien : « mon Dieu, vous êtes mon Dieu », « mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur », « je voudrais, ô mon Dieu, que tout le monde vous connût et honorât pour honorer les mépris que vous avez souffert sur terre ». Au commencement de votre acte, vous pouvez fermer les yeux pour vous recueillir.

    Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses

     

     

     

     

     

  • Oraison

    La véritable raison pour laquelle tu ne réussis pas toujours ta méditation, la voici –- et je ne me trompe pas ! Tu commences ta méditation dans l’agitation et l’anxiété. Cela suffit pour que tu n’obtiennes jamais ce que tu recherches, car ton esprit n’est pas concentré sur la vérité que tu médites et il n’y a pas d’amour dans ton cœur. Cette anxiété est vaine. Tu n’en retireras qu’une grande fatigue spirituelle et une certaine froideur de l’âme, surtout au niveau affectif. Je ne connais à cela nul autre remède que celui-ci : sortir de cette anxiété. C’est en effet un des obstacles majeurs à la pratique religieuse et à la vie de prière. Elle nous fait courir pour nous faire trébucher. Je ne veux vraiment pas te dispenser de la méditation simplement parce qu’il te semble que tu n’en retires aucun profit. Au fur et à mesure que tu feras le vide en toi-même, que tu te débarrasseras de cet attachement dans l’humilité, le Seigneur te fera le don de l’oraison qu’il garde dans sa main droite.

    Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968), capucin

     

     

  • « Dieu fait aussi l’intérieur… Alors tout sera pur pour vous. »

    Prière de l’âme embrasée d’amour : Seigneur Dieu, mon Bien-Aimé ! Si le souvenir de mes péchés t’empêche de m’accorder la grâce que je sollicite, accomplis ta volonté, car c’est là ce que je préfère. Et cependant, j’ose t’en supplier : donne lieu à ta bonté, à ta miséricorde, de resplendir dans le pardon que tu m’accorderas. Si ce sont mes œuvres que tu attends pour m’accorder l’objet de ma requête, donne-les-moi en les opérant toi-même en moi. Joins-y les peines que tu voudras bien accepter, et qu’elles viennent… Qui pourra, mon Dieu, s’affranchir des modes et des termes vulgaires, si tu ne l’élèves toi-même jusqu’à toi en pureté d’amour ? Comment montera jusqu’à toi l’homme engendré, nourri dans les bassesses, si tu ne l’élèves, Seigneur, de cette même main qui l’a formé ? Tu ne retireras point, mon Dieu, ce que tu m’as une fois donné en me donnant ton Fils unique, Jésus Christ, en qui tu m’as donné tout ce que je peux désirer. Aussi je veux me réjouir, car tu ne tarderas pas, si je t’espère véritablement. Et toi, qu’attends-tu, puisque dès maintenant tu peux aimer Dieu dans ton cœur ? Les cieux sont à moi et la terre est à moi. À moi les nations, à moi les justes, à moi les pécheurs. Les anges sont à moi et la Mère de Dieu est à moi. Tout est à moi. Dieu est à moi et pour moi, puisque le Christ est à moi et tout entier pour moi (cf 1Co 3,22-23). Après cela, que demandes-tu et que cherches-tu, mon âme ? Tout est à toi et entièrement pour toi. Sois fière et ne t’arrête pas aux miettes qui tombent de la table de ton Père. Sors et glorifie-toi de ta gloire. Réjouis-toi, et tu obtiendras ce que ton cœur demande (Ps 36,4).

    Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l’Église

     

     

     

  • « Mon ami, prête-moi trois pains. »

    « Si l’un d’entre vous ayant un ami s’en va le trouver au milieu de la nuit pour lui dire : “Mon ami, prête-moi trois pains, car l’un de mes amis est arrivé de voyage et je n’ai rien à lui offrir” » : Selon l’intelligence spirituelle, par cet ami, on entend le Christ. « Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle amis » (Cf. Jn 15, 15). Il faut aller vers cet ami, de nuit, c’est-à-dire dans le silence de la nuit, comme vint Nicodème au sujet duquel il est dit « qu’il vint trouver Jésus de nuit » (Cf. Jn 3,2). Et en premier lieu parce que dans le silence secret de la nuit, il faut frapper par la prière, selon Isaïe : « La nuit, mon âme te désire » (Is 26,9). Ou bien dans la nuit, c’est-à-dire dans la tribulation, selon Osée : « Dans leurs tribulations, ils se lèveront dès le matin » (Os 5,15 Septante). En effet, l’ami qui arrive de voyage, c’est notre esprit qui revient à nous aussi souvent qu’il s’est éloigné par les biens temporels. Le plaisir fait s’éloigner cet ami, mais la tribulation le ramène, comme il est dit plus loin, en Luc , au sujet du fils prodigue qui s’est éloigné à cause de la luxure et qui est revenu à cause de la misère (Cf Lc 15,11-32). Celui qui revient rentre en lui-même, mais il se trouve vide de la consolation des nourritures spirituelles. Pour cet ami affamé, il faut donc demander à l’ami véritable trois pains, c’est-à-dire l’intelligence de la Trinité, soit le nom des trois personnes, afin qu’il trouve sa nourriture dans la connaissance du Dieu unique. Ou bien ces trois pains sont la foi, l’espérance et la charité, par lesquelles est nommée une triple vertu dans l’âme. À leur sujet, au livre des Rois, [on lit] : « Quand tu arriveras au chêne de Tabor, tu y rencontreras trois hommes montant vers Dieu à Béthel, l’un portant trois chevreaux, l’autre trois miches de pain et le dernier portant une outre de vin » (1R 10,3 Septante =1S 10,3), afin qu’en cela soient comprises l’unité de la grâce et la trinité des vertus par lesquelles l’image de Dieu est formée dans l’âme.

    Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l’Église

     

     

     

     

     

  • « Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête »

    Rappelle-toi de la gloire du Père

    Rappelle-toi des divines splendeurs

    Que tu quittas t’exilant sur la terre

    Pour racheter tous les pauvres pécheurs

     

    Ô Jésus ! t’abaissant vers la Vierge Marie

    Tu voilas ta grandeur et ta gloire infinie Ah ! du sein maternel

    Qui fut ton second Ciel Rappelle-toi…

    Rappelle-toi que sur d’autres rivages

     

    Les astres d’or et la lune d’argent

    Que je contemple en l’azur sans nuages

    Ont réjoui, charmé tes yeux d’Enfant.

    De ta petite main qui caressait Marie

    Tu soutenais le monde et lui donnais la vie.

     

    Et tu pensais à moi, Jésus, mon petit Roi

    Rappelle-toi. Rappelle-toi que dans la solitude

    Tu travaillais de tes divines mains

    Vivre oublié fut ta plus douce étude

     

    Tu rejetas le savoir des humains

    Ô Toi ! qui d’un seul mot pouvais charmer le monde

    Tu te plus à cacher ta sagesse profonde.

    Tu parus ignorant, Ô Seigneur Tout-Puissant !

     

    Rappelle-toi. Rappelle-toi qu’étranger sur la terre,

    Tu fus errant, toi le Verbe Éternel,

    Tu n’avais rien ; non, pas même une pierre

    Pas un abri, comme l’oiseau du ciel.

     

    Ô Jésus ! viens en moi, viens reposer ta Tête,

    Viens, à te recevoir mon âme est toute prête

    Mon Bien-Aimé Sauveur

    Repose dans mon cœur Il est à Toi.

     

    Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l’Église

     

     

  • « ‘Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes.’ Il signifiait par là de quel genre de mort il allait mourir. » (Jn 12 ,32-33)

    Il est sur cette terre

    Un Arbre merveilleux

    Sa racine, ô mystère !

    Se trouve dans les cieux.

     

    Jamais sous son ombrage

    Rien ne saurait blesser ;

    Là, sans craindre l’orage

    On peut se reposer.

     

    De cet Arbre ineffable

    L’Amour voilà le nom,

    Et son fruit délectable

    S’appelle l’abandon.

     

    Ce fruit dès cette vie

    Me donne le bonheur ;

    Mon âme est réjouie

    Par sa divine odeur.

     

    Ce fruit, quand je le touche,

    Me paraît un trésor ;

    Le portant à ma bouche,

    Il m’est plus doux encor.

     

    Il me donne en ce monde

    Un océan de paix ;

    En cette paix profonde

    Je repose à jamais.

     

    Seul l’abandon me livre

    En tes bras, ô Jésus.

    C’est lui qui me fait vivre

    De la vie des élus.

     

    Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l’Église

     

     

     

  • « ‘N’est-il pas le fils du charpentier ?’… Il ne fit pas beaucoup de miracles en cet endroit, à cause de leur manque de foi. »

    Aussi longtemps que je jouirai du souffle de vie que tu m’as accordé, Père saint, Dieu tout-puissant, je te proclamerai Dieu éternel, mais aussi Père éternel. Jamais je ne m’établirai juge de ta toute-puissance et de tes mystères ; jamais je ne ferai passer ma connaissance limitée avant la notion vraie de ton infini ; jamais je n’affirmerai que tu as existé autrefois sans ta Sagesse, ta Puissance et ton Verbe, Dieu, l’Unique Engendré, mon Seigneur Jésus Christ. Car même si le langage humain est faible et imparfait lorsqu’il parle de toi, il ne rétrécira pas mon esprit au point de réduire ma foi au silence, faute de mots capables d’exprimer le mystère de ton être… Déjà dans les réalités de la nature, il y a bien des choses dont nous ne connaissons pas la cause, sans pourtant en ignorer les effets. Et, lorsque de par notre nature, nous ne savons que dire de ces choses, notre foi se teinte d’adoration. Si je contemple le mouvement des étoiles…, le flux et le reflux de la mer…, la puissance cachée dans la plus petite semence…, mon ignorance m’aide à te contempler, car si je ne comprends pas cette nature qui est à mon service, je discerne ta bonté, du fait même qu’elle est là pour me servir. Moi-même, je perçois que je ne me connais pas, mais je t’admire d’autant plus… Tu m’as donné la raison et la vie et mes sens d’homme qui me causent tant de joies, mais je n’arrive pas à comprendre quel a été mon commencement d’homme. C’est donc en ne connaissant pas ce qui m’entoure, que je saisis ce que tu es ; et en percevant ce que tu es, je t’adore. C’est pourquoi, lorsqu’il s’agit de tes mystères, ne pas les comprendre n’amoindrit pas ma foi en ta toute-puissance… La naissance de ton Fils éternel dépasse la notion même d’éternité, elle est antérieure aux temps éternels. Avant tout ce qui existe, il est le Fils sorti de toi, Dieu Père ; il est vrai Dieu… Jamais tu n’as existé sans lui… Tu es le Père éternel de ton Unique Engendré, avant les temps éternels.

    Saint Hilaire (v. 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l’Église

    La Trinité, 12, 52-53 (trad. DDB 1981, p.150)
    En union de prière, tous les soirs à 18h35 pour les Saintes Âmes du Purgatoire, et tous les vendredis soir, de 21h30 à 22h00, à la demande de Marie Mère des hommes, aux intentions de ce monde.
  • Se convertir et revenir au Seigneur

    Je reviendrai à la maison de mon Père comme le prodigue (Lc 15,18), et je serai accueilli. Comme il a fait, lui, ainsi ferai-je : ne m’exaucera-t-il pas ?… Car je suis mort par le péché, comme d’une maladie ; relève-moi de ma ruine, que je loue ton nom ! Je t’en prie, Maître de la terre et du ciel, viens à mon aide et montre-moi ton chemin, que j’aille vers toi. Amène-moi vers toi, Fils du Très-Bon, et mets le comble à ta miséricorde. J’irai vers toi et là je me rassasierai, dans l’allégresse. Le froment de vie, mouds-le pour moi en cette heure où je suis épuisé.

    Je suis parti à ta recherche et le Mauvais m’a épié comme un voleur (cf Lc 10,30). Il m’a lié et enchaîné dans les plaisirs du monde mauvais ; il m’a incarcéré dans ses plaisirs et m’a fermé la porte au nez ; et personne qui me libère pour que je parte à ta recherche, ô bon Seigneur !… Je désire, Seigneur, être à toi et marcher avec toi. Voici que je médite sur tes commandements, nuit et jour (Ps 1,2). Donne-moi ce que je demande et accueille mes prières, ô miséricordieux ! Ne tranche pas, Seigneur, l’espoir de ton serviteur, car il t’attend.

    Saint Jacques de Saroug (v. 449-521), moine et évêque syrien
    Poème (trad. P. Grelot ; cf Orval)

     

     

  • « Ne craignez pas… Soyez sans crainte. »

    Je te rends grâces, Seigneur,
    parce que je t’aime.
    Très-Haut, ne m’abandonne pas,
    car tu es mon espoir.
    Gracieusement j’ai reçu ta grâce,
    c’est elle qui me fait vivre.

    Mes persécuteurs viendront,
    et ils ne me verront plus.
    Un nuage d’obscurité tombera sur leurs yeux,
    et un air de ténèbres les obscurcira.
    Ils n’auront plus de lumière pour voir,
    ils ne pourront plus me saisir. ~

    Ils ont médité un plan,
    et il s’est anéanti pour eux.
    Ils ont conçu des projets méchants
    et les voilà dépouillés.

    Dans le Seigneur est mon espoir,
    je n’ai point de crainte.
    Le Seigneur est mon salut,
    je n’ai point de crainte.
    Il est comme une couronne sur ma tête,
    je ne chancellerai pas.

    Quand même tout l’univers chancellerait,
    je resterai debout.
    Si tout ce qui est visible périt,
    moi je ne mourrai pas.
    Car le Seigneur est avec moi,
    je suis avec lui.
    Alléluia  !

     

    Odes de Salomon (texte chrétien hébraïque du début du 2e siècle)
    N°5 (trad. coll. Pères dans la foi, n°97, p. 26)