Catégorie : Prière des âmes

  • « L’Esprit Saint que mon Père enverra en mon nom vous enseignera tout. »

    Ceux qui ont l’Esprit pour maître
    n’ont pas besoin de la connaissance qui vient des hommes
    mais, éclairés par la lumière de cet Esprit,
    ils regardent le Fils, ils voient le Père
    et adorent la Trinité des Personnes,
    le Dieu unique, qui par nature est un de manière inexprimable. (…)

    Arrête, homme ; tremble, toi qui es de nature mortelle,
    et songe que tu as été tiré du néant
    et qu’en sortant du ventre de ta mère
    tu as vu le monde qui avait été fait avant toi.
    Et si tu pouvais connaître la hauteur du ciel
    ou indiquer quelle est la nature
    du soleil, de la lune et des étoiles,
    où ils demeurent fixés et comment ils se déplacent (…),
    ou même la nature de la terre d’où tu as été tiré,
    ses limites et ses mesures, sa largeur et sa grandeur (…),
    si tu avais découvert le but de chaque chose
    et si tu avais compté le sable de la mer
    et si aussi tu pouvais connaître ta propre nature (…),
    alors tu pourrais songer à ton créateur,
    comment dans la Trinité l’unité demeure sans mélange
    et dans l’Unité, la Trinité sans division.

    Recherche l’Esprit ! (…)
    Peut-être que Dieu te consolera et te donnera,
    comme il t’a donné déjà de voir le monde
    et le soleil et la lumière du jour,
    oui, il daignera t’illuminer maintenant de la même façon (…),
    t’illuminer de la lumière du Triple Soleil (…)
    Tu apprendras alors la grâce de l’Esprit :
    que, même absent, il est présent par sa puissance
    et que, présent, on ne le voit pas à cause de sa nature divine,
    et qu’il est partout et nulle part.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

     

  • Dimanche des Rameaux et de la Passion

    Voici que notre Bien-aimé, la grappe de cypre, le bouquet de myrrhe (Ct 1,12-13), après avoir célébré le festin riche et raffiné, et chanté l’hymne sort avec ses disciples vers le Mont des Oliviers. Là, il passe sans dormir toute la nuit, préoccupé d’accomplir l’œuvre de notre salut ; s’éloigne des apôtres, commence à être triste jusqu’à en mourir, plie ses genoux devant son Père et demande, s’il est possible, que cette heure passe loin de lui, mais soumet sa volonté à celle du Père (cf. Mt 26,38-39). Entré en agonie, il émane de son front une sueur de sang (cf. Lc 22,44).

    Après cela, il est trahi avec un baiser par un de ses disciples, est saisi et emmené comme un malfaiteur. Son visage est voilé, puis couvert de crachats et sa barbe arrachée. Il est frappé à la tête avec un roseau et giflé, flagellé à la colonne, couronné d’épines, condamné à mort. On charge sur ses épaules le bois de la croix, puis il s’achemine vers le Calvaire, est dépouillé de ses vêtements, crucifié nu entre deux larrons, abreuvé de fiel et de vinaigre, insulté, blasphémé par les passants.

    Que peut-on encore lui ajouter ? La Vie meurt pour les morts que nous sommes. Ô yeux de notre Bien-aimé, fermés dans la mort ! Visage dans lequel les anges aiment fixer leur regard, penché et exsangue. Lèvre, rayon de miel qui distille des paroles de vie éternelle, devenues livides ! Chef qui fait trembler les anges, qui pend incliné ! Mains dont le toucher fit disparaître la lèpre, rendit la vue, chassa le démon, multiplia les pains ! Ces mains sont percées par les clous, baignées de sang !

    Frère bien-aimés, recueillons toutes ces choses, composons un bouquet de myrrhe, posons-le sur notre poitrine, portons-le dans notre cœur, (…) pour pouvoir ressusciter avec lui le troisième jour. Que nous obtienne tout cela celui qui est béni dans les siècles. Amen !

    Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231)

     

     

     

  • « Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. »

    Ne me maudis pas comme le figuier (cf Mt 21,19),
    Bien que je sois pareil à l’arbre stérile,
    De peur que le feuillage de la foi
    Ne soit desséché avec le fruit de mes œuvres.

    Mais fixe-moi dans le bien,
    Comme le sarment sur la sainte Vigne,
    Dont prend soin ton Père céleste (Jn 15,2)
    Et que fait fructifier l’Esprit par la croissance.

    Et l’arbre que je suis, stérile en fruits suaves,
    Mais fécond en fruits amers,
    Ne l’arrache pas de ta vigne,
    Mais change-le, en creusant dans le fumier.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

    patriarche arménien

     

     

     

     

  • Heureux ceux qui reconnaissent le Père !

    L’oraison dominicale est vraiment l’abrégé de tout l’Évangile. Elle commence par un témoignage rendu à Dieu et par un acte de foi, quand nous disons : « Notre Père qui est aux cieux ». Nous prions Dieu, et nous proclamons notre foi par cette invocation. Il est écrit : « À ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1,12). D’ailleurs, le Seigneur appelle souvent Dieu, notre Père : bien mieux, il nous a ordonné de n’appeler personne sur terre du nom de Père ; de réserver ce nom au Père céleste (Mt 23,9). En priant de la sorte, nous obéissons donc à sa volonté. Heureux ceux qui reconnaissent le Père !

    Dieu adresse ce reproche à Israël, l’Esprit prend à témoin ciel et terre, en disant : « J’ai engendré des fils, mais ils ne m’ont pas reconnu » (Is 1,12). L’appeler Père, c’est le reconnaître comme Dieu. Ce titre est un témoignage de pitié et de puissance. Nous invoquons aussi le Fils dans le Père. « Le Père et moi, dit-il, nous sommes un » (Jn 10,30). N’oublions pas non plus l’Église, notre mère. Nommer le Père et le Fils, c’est proclamer la Mère, sans qui il n’est ni Fils ni Père. Ainsi, par un seul mot, nous l’adorons avec les siens, nous obéissons à son précepte, et nous désavouons ceux qui ont oublié leur Père.

    Tertullien (v. 155-v. 220)

     

     

  • « Je crois ! Viens au secours de mon peu de foi. »

    Certaines vérités concernant la grandeur de Dieu demeurent tellement imprimées dans l’âme que, quand même la foi ne serait pas là pour lui dire qui il est et l’obliger à le reconnaître pour son Dieu, elle l’adorerait comme tel. Voilà ce qu’a fait Jacob après la vision de l’échelle mystérieuse (Gn 28,12s). Il est probable que ce patriarche a compris en cet instant d’autres secrets qu’il n’a pas pu expliquer ensuite. (…) Je ne sais pas si je m’exprime bien, car bien que j’en aie entendu parler, j’ignore si mes souvenirs sont exacts. Moïse lui non plus n’a pas pu expliquer tout ce qu’il avait vu dans le buisson, mais uniquement ce que Dieu lui a permis de révéler. Mais si Dieu n’avait pas communiqué à son âme la certitude de ces choses secrètes, s’il ne lui avait pas donné de voir et de croire que cela venait de Dieu, il n’aurait rien entrepris de ses grandes et nombreuses épreuves. Il a sûrement découvert au milieu des épines de ce buisson des vérités tellement profondes qu’elles lui ont donné le courage de faire ce qu’il a fait pour le peuple d’Israël.

    Nous n’avons donc pas à chercher des raisons de comprendre les choses cachées de Dieu. Mais puisque nous croyons qu’il est tout-puissant, nous devons croire également que, dans notre grande pauvreté, nous sommes incapables de comprendre ses grandeurs. Contentons-nous de le bénir puisqu’il veut bien nous en dévoiler quelques-unes.

    Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582)

     

     

  • Par amour de votre miséricorde !

    Ô éternelle miséricorde, qui couvrez les fautes de vos créatures ! Je ne m’étonne donc plus que vous disiez de ceux qui sortent du péché mortel pour faire retour à vous : Moi, je ne me souviens plus que vous m’ayez jamais offensé ! Ô Miséricorde ineffable, non je ne m’étonne plus que vous disiez cela à ceux qui sortent du péché, quand je vous entends dire de ceux qui vous persécutent : Je veux que vous me priiez pour eux afin que je leur fasse miséricorde. (…)

    Votre miséricorde donne la vie, et elle donne la lumière qui nous fait connaître votre clémence pour toute créature, pour les justes et pour les pécheurs. Au plus haut des cieux, votre miséricorde éclate dans vos saints. Si je regarde la terre, votre miséricorde y abonde. Dans les ténèbres de l’enfer, votre miséricorde luit encore, en n’infligeant pas aux damnés un supplice aussi grand que leurs fautes. Votre miséricorde fait plus douce votre justice ! C’est par miséricorde que vous nous avez lavés dans le sang, par miséricorde que vous avez voulu converser avec vos créatures. (…)

    Ô Miséricorde ! Mon cœur devient tout feu à penser à vous ! De quelque côté que mon esprit se tourne et se retourne, je ne trouve que miséricorde ! Ô Père éternel, pardonnez à mon ignorance, si je suis assez présomptueuse pour parler devant vous ! L’amour de votre miséricorde me sera une excuse devant votre Bonté.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

     

     

  • De Ta croix vient la force !

    Mon Jésus, voici que je vois que je suis passée par toutes les étapes de la vie en Te suivant : enfance, jeunesse, vocation, travaux apostoliques, Thabor, Jardin des Oliviers, et me voici maintenant déjà avec Toi au Calvaire. Je me suis laissée crucifier de mon plein gré et je suis déjà crucifiée, bien que je marche encore un peu, mais je suis écartelée sur la croix et je sens nettement que de Ta croix me vient la force, que Toi seul est ma persévérance.

    Plus d’une fois j’ai entendu la voix de la tentation me criant « Descends de la croix ! », cependant la force de Dieu me fortifie ; l’abandon, l’obscurité et diverses souffrances frappent mon cœur, pourtant la grâce mystérieuse de Dieu me soutient et m’affermit. Je désire boire le calice jusqu’à la dernière goutte. Je crois fermement que si Ta grâce m’a soutenue au Jardin des Oliviers, elle me viendra en aide maintenant que je suis au Calvaire.

    Ô mon Jésus, Maître, j’unis mes désirs aux désirs que Tu as eus sur la croix : je désire accomplir Ta sainte volonté ; je désire la conversion des âmes ; je désire que Ta miséricorde soit glorifiée ; je désire que soit hâté le triomphe de l’Église… (…) Ô mon Jésus, maintenant j’embrasse le monde entier et j’implore pour Lui Ta miséricorde.

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)

     

     

  • « Vous ne comprenez pas encore ? Vous avez le cœur aveuglé ? »

    imageDieu, Père tout-puissant, c’est à toi que je veux consacrer l’occupation principale de ma vie. Que tout en moi, mes paroles et mes pensées, parlent de toi… Conscients de notre pauvreté, nous te demandons ce qui nous manque ; nous apporterons un zèle infatigable pour scruter les paroles de tes prophètes et de tes apôtres, nous frapperons à toutes les portes que notre intelligence trouvera fermées.

    Mais c’est à toi d’exaucer la demande, d’accorder ce qu’on cherche, d’ouvrir la porte fermée (Lc 11,9). Car nous vivons dans une sorte de torpeur, à cause de l’engourdissement de notre nature ; la faiblesse de notre esprit nous empêche de comprendre tes mystères par une ignorance inéluctable.

    Heureusement, l’étude de ta doctrine fortifie notre perception de la vérité divine, et l’obéissance de la foi nous soulève au-dessus des pensées du commun des hommes. Nous espérons donc que tu stimuleras les débuts de cette entreprise difficile, que tu affermiras les progrès de notre démarche et que tu nous appelleras à participer à l’Esprit qui a guidé tes prophètes et tes apôtres. Nous voudrions comprendre leurs paroles dans le sens où ils les ont prononcées et employer des termes exacts pour rendre fidèlement tout ce qu’ils ont exprimé… Accorde-nous donc le sens exact des mots, la lumière de l’intelligence, la beauté de l’expression ; établis notre foi dans la vérité. Accorde-nous de dire ce que nous croyons.

    Saint Hilaire (v. 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l’Église
    La Trinité, I, 37-38 (trad. cf coll. Pères dans la foi, n°19, p. 56)

     

     

     

  • « Jésus se rendit dans un endroit désert, et là il priait. » (Mc 1, 35)

    Je tiens pour impossible de distinguer toutes les formes de prières, à moins d’une pureté de cœur tout à fait singulière et de lumières extraordinaires de l’Esprit Saint. Leur nombre est aussi grand qu’il peut se rencontrer dans une âme, ou plutôt dans toutes les âmes, d’états et de disposition différentes. (…)

    La prière se modifie à tout instant, selon le degré de pureté où l’âme est parvenue, suivant aussi sa disposition actuelle, que celle-ci soit due à des influences étrangères ou spontanée ; et il est bien certain que pour personne elle ne demeure en tout temps identique à elle-même. On prie différemment suivant que l’on a le cœur léger, ou alourdi de tristesse et de désespérance ; dans l’enivrement de la vie surnaturelle, et la dépression des tentations violentes ; lorsqu’on implore le pardon de ses fautes, ou que l’on demande une grâce, une vertu, la guérison d’un vice ; dans la componction qu’inspirent la pensée de l’enfer et la crainte du jugement, et lorsqu’on brûle du désir et de l’espérance des biens futurs ; parmi l’adversité et le péril, ou dans la paix et la sécurité ; si l’on se sent inondé de lumière à la révélation des mystères du ciel, ou paralysé par la stérilité dans la vertu et la sécheresse dans les pensées. (…)

    Ces divers modes de prière seront suivis d’un état plus sublime encore et d’une plus transcendante élévation. C’est un regard sur Dieu seul, un grand feu d’amour. L’âme s’y fond et s’abîme en la sainte dilection, et s’entretient avec Dieu comme avec son propre Père, très familièrement, dans une tendresse de piété toute particulière.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

     

     

  • « Je le veux, sois purifié ! »

    Dieu, dans le peuple hébreu, en donna le symbole :
    Quiconque dans le camp était atteint de lèpre
    En était expulsé et banni au-dehors.
    Mais si, guérie sa lèpre, il avait trouvé grâce,
    Alors, avec l’hysope, avec le sang et l’eau purifié par le prêtre,
    Il retournait chez lui, rentrant en héritage (Lv 14,1s).

    Adam était tout pur dans le Jardin splendide,
    Mais il eut lèpre affreuse au souffle du Serpent.
    Le Jardin pur le rejeta, le chassa de son sein,
    Mais le Grand Prêtre alors (He 9,11) de là-haut le voyant
    Jeté dehors, daigna descendre jusqu’à lui,
    Le purifia par son hysope (cf Jn 19,29) et le fit rentrer en Paradis.

    Adam nu était beau : mais sa femme diligente
    Peina à lui tisser un habit de souillures.
    Le Jardin le voyant, et le trouvant hideux, dehors le repoussa.
    Mais pour lui par Marie fut faite une tunique neuve.
    Vêtu de cette parure et selon la promesse, le Larron resplendit :
    Et le Jardin, revoyant en son image Adam, l’embrassa (Lc 23,43).

    Saint Éphrem (v. 306-373)