Catégorie : Prière des âmes

  • « Père…, je proclame ta louange ! »

    Nous sommes invités à « chanter au Seigneur un chant nouveau » (Ps 149,1). C’est l’homme nouveau qui connaît ce chant nouveau. Le chant est joie et, si nous y regardons de plus près, il est amour. Celui qui sait aimer la vie nouvelle connaît ce chant nouveau. C’est pourquoi il faut que nous soyons avertis de ce qu’est la vie nouvelle pour pouvoir chanter ce chant nouveau. Tout ici appartient au même Royaume : homme nouveau, chant nouveau, Alliance nouvelle. L’homme nouveau chantera un chant nouveau et il appartiendra à l’Alliance nouvelle. (…)

    Tu diras : « Moi, je le chante ». Tu chantes, oui tu chantes, je t’entends. Mais prenez garde que votre vie ne porte témoignage contre votre langue. Chantez de la voix, chantez par le cœur, chantez par votre bouche, chantez par votre conduite, « chantez au Seigneur un chant nouveau ». Tu te demandes ce que tu chanteras pour celui que tu aimes (…), et tu cherches quelles louanges lui chanter ? « Sa louange est dans l’assemblée des saints » (Ps 149,1 Vulg). La louange à chanter, c’est le chantre lui-même. Tu veux chanter des louanges à Dieu ? Sois toi-même ce que tu chantes. Tu es sa louange si tu vis bien.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

  • « Que ta volonté soit faite. »

    « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Ô mon tendre Maître, quelle joie pour moi que tu n’aies pas fait dépendre l’accomplissement de ta volonté d’un vouloir aussi misérable que le mien ! (…) Que je serais malheureuse, si tu avais voulu qu’il dépende de moi que ta volonté s’accomplisse ou non. À présent, je te donne librement la mienne, bien que ce soit à un moment où ce don n’est pas purement désintéressé, car une longue expérience m’a fait connaître les avantages de cet abandon. Quel immense profit, mes amies, mais d’autre part, quelle immense perte, si nous n’accomplissons pas ce que nous offrons au Seigneur par cette demande du Notre Père. (…)

    Je veux donc vous dire, ou vous rappeler, quelle est cette volonté. Ne craignez pas que ce soit de vous donner des richesses, ni des plaisirs, ni des honneurs, ni tous les biens d’ici-bas. Il ne nous porte pas si peu d’amour ! Il fait le plus grand cas du présent que vous lui offrez, et il entend vous le récompenser bien, puisque dès cette vie il vous donne son Royaume. (…) Voyez, mes filles, ce que Dieu a donné à son Fils qu’il aimait par-dessus tout. ; par là, vous pourrez reconnaître quelle est sa volonté. Oui, tels sont les dons qu’il nous fait en ce monde. Il donne en proportion de l’amour qu’il porte pour chacun de nous , tenant compte aussi du courage qu’il voit en chacun et de l’amour qu’on a pour lui. Celui qui l’aime beaucoup, il le reconnaît capable de beaucoup souffrir pour lui, et celui qui l’aime peu, de peu souffrir. Pour moi, je suis persuadée que la mesure de notre force pour porter une grande croix ou une petite, c’est la mesure de notre amour. (…)

    Tous mes conseils dans ce livre ne tendent qu’à un but : nous donner totalement au Créateur, soumettre notre volonté à la sienne, nous détacher des créatures ; vous devez en avoir compris la grande importance, je n’en dirai pas davantage. J’indiquerai seulement pour quel motif notre bon Maître formule cette demande du Notre Père. C’est qu’il sait le grand avantage qu’il y a pour nous à faire ce plaisir à son Père éternel. Par là nous nous disposons à atteindre rapidement le but de notre voyage et à nous désaltérer aux eaux vives de la fontaine dont j’ai parlé. Mais si nous ne donnons pas entièrement notre volonté au Seigneur pour qu’il prenne soin lui-même de tout ce qui nous concerne, jamais il ne nous permettra d’y boire.

    Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582)

     

     

  • « Elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »

    Comme le dit le Christ, le Royaume de Dieu est semblable à une graine de moutarde. (…) Le Christ est le Royaume : à la manière d’une graine de moutarde, il a été jeté dans un jardin, le corps de la Vierge. Il a grandi et il est devenu l’arbre de la croix qui couvre la terre entière. (…) Le Christ est le Royaume, car en lui réside toute la gloire de son royaume. Et le Christ est homme, car l’homme tout entier est renouvelé en lui. Le Christ est la graine de moutarde, l’instrument dont Dieu se sert pour faire descendre toute sa grandeur dans toute la petitesse de l’homme. Lui-même est devenu toute chose pour renouveler tous les hommes en lui. En tant qu’homme, le Christ a reçu la graine de moutarde qui est le Royaume de Dieu (…) ; alors qu’en tant que Dieu, il la possédait depuis toujours. Il a jeté la semence dans son jardin. (…)

    Le jardin est cette terre cultivée qui s’est étendue au monde entier, labouré par la charrue de la Bonne Nouvelle, clôturé par les bornes de la sagesse ; les apôtres ont peiné pour en arracher toutes les mauvaises herbes. On prend plaisir à y contempler les jeunes pousses des croyants, les lis des vierges et les roses des martyrs ; des fleurs y donnent toujours leur parfum.

    Le Christ a donc semé la graine de moutarde dans son jardin. Elle a pris racine quand il a promis son Royaume aux patriarches, elle a germé avec les prophètes, elle a grandi avec les apôtres, et elle est devenue l’arbre immense qui étend ses rameaux innombrables sur l’Église, et lui prodigue ses dons. (…) Prends les ailes d’argent de la colombe dont parle le prophète (Ps 67,14. (…) Envole-toi pour jouir d’un repos sans fin, désormais hors de l’atteinte des filets (Ps 90,3), parmi tant de frondaisons magnifiques. Sois assez fort pour prendre ainsi ton vol, et va habiter en sécurité dans cette vaste demeure.

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450)

     

     

     

  • La Providence ne manque jamais à ceux qui espèrent

    L’éternelle Vérité a daigné répondre à la demande de mon ardent désir. Elle me disait : Ma fille, la Providence ne manquera jamais à qui voudra la recevoir, c’est-à-dire à ceux qui espèrent parfaitement en moi. Ceux-là m’appellent en vérité, non seulement par la parole, mais par l’amour et avec la lumière de la très sainte Foi.

    Ils ne me goûtent pas dans ma providence, ceux qui me crient seulement : Seigneur, Seigneur ; et s’ils ne me demandent pas d’une manière plus sainte, je ne les reconnaîtrai pas et je ne les regarderai pas dans ma miséricorde, mais dans ma justice. Ainsi, je t’assure que ma providence ne leur manquera pas s’ils espèrent en moi ; mais je veux que tu voies avec quelle patience il faut que je supporte ces créatures, que j’ai créées à mon image et ressemblance avec un si tendre amour.

    Et alors, ouvrant l’œil et l’intelligence pour obéir au commandement divin, cette âme vit comment l’éternelle et souveraine Bonté avait créé uniquement par amour, et avait racheté avec le sang de son Fils toutes les créatures raisonnables, et comment aussi c’était le même amour qui leur donnait les épreuves et les consolations.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

     

     

  • « David lui-même le nomme Seigneur. »

    Qui est semblable à toi, mon Seigneur Jésus Christ, mon doux amour, très haut et immense, et qui regarde les choses les plus humbles ? Qui est semblable à toi parmi les puissants, Seigneur, toi qui choisis les choses les plus faibles dans le monde ? Qui est tel que toi, qui as formé le ciel et la terre…, et qui veux trouver tes délices avec les enfants des hommes ? Quelle est ta grandeur, ô Roi des rois et Seigneur des seigneurs ? Toi qui commandes aux astres et qui approches ton cœur de l’homme ? Qui es-tu, toi qui tiens dans ta droite les richesses et la gloire ?… Ô amour, jusqu’où inclines-tu ta majesté ? Amour, où conduis-tu la source de la sagesse ? Assurément jusqu’à l’abîme de la misère…

    « Venez, venez, venez » : je viens, je viens, je viens à toi, Jésus très aimant, toi que j’ai aimé, que j’ai recherché, que j’ai désiré. A cause de ta douceur, de ta compassion et de ta charité, t’aimant de tout mon cœur, de toute mon âme, de toute ma force, je me rends à ton appel.

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

    (Références bibliques : Ps 112,6; Ex 15,11; 1Co 1,27; Pr 8,31; 1Tm 6,15; Jb 7,17; Pr 3,16; 18,4; Lc 10,27)

     

     

     

  • Ascension du Seigneur, solennité

    [Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] Lorsque mon Fils unique retourna vers moi, quarante jours après la résurrection, ce pont s’éleva de terre, c’est-à-dire de la société des hommes, et monta au ciel par la vertu de ma nature divine pour s’asseoir à ma droite, à moi, son Père éternel. C’est ce que l’ange, le jour de l’Ascension, dit aux disciples, qui étaient comme morts parce que leurs cœurs avaient quitté la terre pour suivre au ciel la Sagesse de mon Fils : « Ne demeurez plus là, leur dit-il, puisqu’il est assis désormais à la droite du Père » (Ac 1,11). (…)

    Tout d’abord, je vous ai fait un pont visible qui est mon Fils, quand je l’envoyai vivre parmi les hommes. Puis, quand ce pont visible s’est levé vers le ciel, il est resté parmi vous le pont et le chemin de la doctrine unie pour toujours, (…) avec ma Puissance, avec la Sagesse de mon Fils et avec la Clémence de l’Esprit Saint. Cette Puissance communique la vertu d’agir à qui suit cette voie, la Sagesse lui donne la lumière pour lui faire connaître la vérité, et l’Esprit Saint lui octroie l’amour qui consume et détruit tout amour sensuel, pour ne laisser dans l’âme que l’amour des vertus.

    Ainsi, de toute manière, par sa présence visible ou par sa doctrine, il est la Voie, la Vérité et la Vie, et cette voie est le pont qui conduit dans les hauteurs du ciel. C’est ce qu’il a voulu faire entendre quand il a dit : « Je suis venu de mon Père et je retourne à mon Père et je reviendrai vers vous » (cf. Jn 16,28 ; Jn 14,28), c’est-à-dire mon Père m’a envoyé vers vous et m’a fait votre pont pour que vous puissiez franchir le fleuve et atteindre la vie.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

     

     

  • La charité du chrétien

    Tu es chrétien par et pour la charité ;
    par rien d’autre et pour rien d’autre. (…)

    La charité est plus que le nécessaire pour exister,
    plus que le nécessaire pour vivre,
    plus que le nécessaire pour agir ;
    La charité est notre vie devenant vie éternelle.
    Quand nous laissons la charité, nous laissons notre vie.
    Un acte sans charité est une mort subite,
    un acte de la charité est une résurrection immédiate.

    Tu ne peux fabriquer la charité : tu la reçois.
    La charité imparfaite est un don incomplètement reçu ;
    la charité parfaite est un don complètement reçu.
    La charité est gratuite tout autant qu’elle est nécessaire.
    Tu ne la gagnes pas comme un concours.
    Tu la gagnes en la désirant, en la demandant, en la recevant
    et en la transmettant.

    On n’apprend pas la charité, on fait peu à peu sa connaissance,
    en faisant la connaissance du Christ.
    C’est la foi du Christ qui nous rend capables de charité ;
    c’est la vie du Christ qui nous révèle la charité ;
    c’est la vie du Christ qui nous montre comment désirer,
    demander, recevoir la charité.
    C’est l’esprit du Christ qui nous rend vivants de charité,
    agissants par la charité,
    féconds de charité.

    Tout peut servir à la charité,
    Sans elle tout est stérile et d’abord nous-mêmes.

    Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

     

     

  • « Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi. » (Jn 15,20)

    Quand nous serons abandonnés de tous les hommes, tentés par le diable, que Dieu se voilera de nous, se cachera à nous, que nous souffrirons toutes les douleurs du corps et de l’âme, alors remercions Dieu, alors « réjouissons-nous et tressaillons de joie » (Lc 6,23), car c’est alors que nous marchons la main dans la main de Jésus (…).

    Quand nous prierons jour et nuit, que nous serons dans l’obscurité, la douleur, la souffrance amère, que nous prierons pour des motifs pour lesquels il faut prier et que nous ne sommes pas exaucés, que le mal, le mal moral, le péché continue à inonder hors de nous et en nous, alors remercions Dieu, « réjouissons-nous et tressaillons de joie » car nous marchons la main dans la main de Jésus…

    Quand nous sommes méprisés de tous, le dernier des hommes, quand on nous jette la pierre au propre et au figuré, quand les inconnus nous raillent et que ceux qui nous connaissent nous jouent et nous dédaignent, quand on nous calomnie, nous méprise, alors remercions Dieu de tout notre cœur, « réjouissons-nous et tressaillons de joie » car nous marchons la main dans la main de Jésus (…).

    Quand on se moquera de nous, qu’on nous dira des injures dans les rues, qu’en passant près de nous on nous tournera en ridicule et qu’on dira des paroles railleuses ou grossières, alors remercions Dieu avec une reconnaissance et une joie profondes, « réjouissons-nous et tressaillons de joie » car nous marchons la main dans la main de Jésus.

    Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916)

     

     

  • « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit. » (Jn 15,8)

    Je supplie ta miséricorde immense, Père tout- puissant, miséricordieux, clément, bon, compatissant, qui l’emportes par ta bonté sur la malice (cf. Jl 2,13), pour moi, petit rameau desséché (cf. Ct 2,12 LXX), qui n’ai pas profité, hélas, hélas ! du temps de la taille, alors que tu me plantais en cette très sainte religion, mais qui ai passé dans une totale stérilité tout le temps de la vie ; je te supplie, au nom de cette bonté qui est innée en toi, au nom de ta très chère Mère, notre très glorieuse patronne la Vierge Marie (…) : daigne diriger aujourd’hui sur moi ton regard de miséricorde et de charité, afin, que, prenant toute ma force en toi, je reverdisse, et que, sanctifiée dans la vérité je refleurisse.

    Donne-moi d’avoir le vrai culte de la sainte religion, d’être vraiment fidèle aux devoirs de la vie spirituelle ; et que pour toi qui m’aimes, je porte les fruits de toute vertu et de toute sainteté, afin qu’au moment de la vendange, je veux dire, au jour de ma mort, je sois trouvée dans la pleine maturité et la consommation de toute la perfection religieuse, en paraissant devant toi. Amen.

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

     

     

  • « Le Père et moi, nous sommes UN. »

    Envoyé et sorti du Père, le Verbe est descendu
    et il a habité tout entier dans les entrailles de la Vierge.
    Tout entier il était dans le Père,
    et tout entier il était dans ce sein virginal,
    et tout entier dans le tout, lui que rien ne peut contenir. (…)
    Demeurant inchangé, il a pris la forme d’esclave (Ph 2,7)
    et après avoir été mis au monde, il est devenu un homme en tout. (…)
    Comment affirmer ce qui est impossible à expliquer
    à tous les anges, aux archanges et à tout être créé ?
    On le pense d’une manière véritable,
    mais on ne peut pas du tout l’exprimer,
    et notre esprit ne peut pas le comprendre vraiment parfaitement.

    Comment donc Dieu et homme, et homme-Dieu
    est-il aussi le Fils du Père, tout entier,
    d’une manière qui ne l’en sépare pas ;
    comment est-il devenu fils de la Vierge et est-il sorti dans le monde ;
    et comment est-il resté impossible à contenir pour tous ? (…)
    Tu resteras silencieux maintenant
    car même si tu voulais parler, ton esprit ne trouvera pas de parole,
    et ta langue bavarde demeure réduite au silence. (…)

    Gloire à toi, Père et Fils et Esprit Saint,
    divinité que l’on ne peut pas saisir, indivisible dans sa nature.
    Nous t’adorons dans l’Esprit Saint,
    nous qui possédons ton Esprit, car nous l’avons reçu de toi.
    Et, voyant ta gloire, nous ne recherchons pas indiscrètement,
    mais c’est en lui, ton Esprit, que nous te voyons,
    Père inengendré, et ton Verbe engendré qui sort de toi.
    Et nous adorons la Trinité indivisible et sans mélange
    dans son unique divinité et souveraineté et puissance.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)