Catégorie : Année liturgique

  • Que veut dire porter sa croix ?

     

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    La vie est faite de ce poids de douleur qui, parfois, se fait particulièrement sentir. L’être humain peut avoir de lourds fardeaux à supporter, et l’expression « porter sa croix » vient souvent recouvrir ces pesanteurs qui alourdissent la vie. Cela n’a rien d’une sentence divine, même si certains vont alors jusqu’à rappeler la parole de Jésus, comme pour justifier ces épreuves : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. »

    Mais imaginer que Jésus contraint ses disciples à souffrir – lui qui a passé son temps à faire du bien – conduit à une fausse interprétation. Poussée à l’extrême, cette manière de lire entraîne au dolorisme, cette croyance selon laquelle la souffrance aurait une quelconque utilité aux yeux de Dieu. Or, ce n’est pas ce que promet le Christ. Il ne dit pas : « Souffrez, alors vous serez mes disciples. » Avoir la foi, c’est renoncer à maîtriser seul son existence pour entrer dans la vie qui va au-delà de soi. Être disciple, c’est même s’engager dans l’amour des autres, au risque – comme Jésus – d’y laisser sa vie.

    La souffrance n’est pas un but

    Non seulement Dieu n’exonère pas ses fidèles des réalités humaines, mais ceux-ci, parce qu’ils veulent vivre à la manière de Jésus, portent un peu de la souffrance des autres, et sont blessés par un monde encore dur et violent. Mais il ne s’agit pas pour eux de souffrir pour souffrir. La souffrance peut être une conséquence d’une vie de disciple mais n’est pas un but en soi. Ainsi « porter sa croix » n’est certainement pas une injonction à mourir sur la croix comme Jésus, ou à endurer des souffrances, mais un encouragement à rester fidèle à la parole de Dieu, même s’il faut renoncer à soi par certains côtés, même si la foi peut mener à être incompris, maltraité.

    Le disciple, c’est celui qui fait passer sa foi au Christ avant son amour-propre. Dans le même verset de l’Évangile de Matthieu (16, 21-27), Jésus invite les disciples à le suivre, c’est-à-dire, à passer derrière lui, et non pas à tracer leur route selon leurs propres désirs mais selon l’appel de Dieu. Et ce n’est pas toujours un chemin tranquille : mettre ses pas dans ceux de Jésus, voilà qui est parfois « crucifiant ». Mais en même temps, faire une « croix » sur ses petites perspectives personnelles pour inscrire son existence dans la foi est une promesse de vie, de surcroît de vie ! C’est ce que promet Jésus : « Qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. »

    Christophe Henning – 23 septembre 2012
    Pèlerin

     

     

     

  • Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 6,24-34.

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    E-5n ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent.
    C’est pourquoi je vous dis : Ne vous souciez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ?
    Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils n’amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Vous-mêmes, ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ?
    Qui d’entre vous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ?
    Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas.
    Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’entre eux.
    Si Dieu donne un tel vêtement à l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ?
    Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : “Qu’allons-nous manger ?” ou bien : “Qu’allons-nous boire ?” ou encore : “Avec quoi nous habiller ?”
    Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin.
    Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît.
    Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. »
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    « Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes les choses dont vous avez besoin vous seront données par-dessus »… Il est donc dit que l’on cherche le royaume de Dieu. « Que l’on cherche », ce n’est qu’un mot, mais il me semble qu’il dit bien des choses. Il veut dire… de travailler incessamment pour le royaume de Dieu, et non pas demeurer en un état lâche et arrêté, de faire attention à son intérieur pour le bien régler, mais non à l’extérieur pour s’y amuser… Cherchez Dieu en vous, car saint Augustin avoue que, pendant qu’il l’a cherché hors de lui, il ne l’a pas trouvé. Cherchez-le en votre âme, comme en sa demeure agréable ; c’est le fond où ses serviteurs qui tâchent de mettre toutes les vertus en pratique les établissent. Il faut la vie intérieure, il faut tendre là ; si on y manque, on manque à tout… Cherchons à nous rendre intérieurs… Cherchons la gloire de Dieu, cherchons le règne de Jésus Christ…
     
    « Mais, [vous me direz], il y a tant de choses à faire, tant d’offices à la maison, tant d’emplois à la ville, aux champs ; travail partout ; faut-il donc laisser tout là pour ne penser qu’à Dieu ? » Non, mais il faut sanctifier ces occupations en y cherchant Dieu, et les faire pour l’y trouver plutôt que pour les voir faites. Notre Seigneur veut que devant tout nous cherchions sa gloire, son royaume, sa justice, et, pour cela, que nous fassions notre capital de la vie intérieure, de la foi, de la confiance, de l’amour, des exercices de religion…, des travaux et des peines, en la vue de Dieu, notre souverain Seigneur… Si une fois nous sommes ainsi établis en la recherche de la gloire de Dieu, nous sommes assurés que le reste suivra.
     
    Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses
    Entretien du 21/02/1659 (Seuil 1960, p. 547)
  • Trésors

    Affermis

    Comment loue-t-on Dieu avec sa vie?
    À cela St Augustin répond: quand votre cœur a grand désir de Dieu:
    Vous louez Dieu quand vous faites votre journée de travail.
    Vous le louez quand vous mangez et buvez.
    Vous le louez quand vous vous reposez sur votre lit.
    Vous le louez dans le sommeil.
    Ainsi, y a-t-il un moment où vous ne le louez pas?
    Dans son commentaire sur le psaume 144, il nous rappelle également que « louer les oeuvres de Dieu, c’est nous louer nous-­mêmes, et nous louer sans orgueil. Ne vous louez pas vous-mêmes mais Dieu en vous. Rendez grâce, non parce que vous êtes telle ou telle sorte de personne, mais parce que Dieu vous a créé; non parce que vous êtes capables de faire ceci ou cela, mais parce qu’il œuvre en vous et par vous. »

    Saint Augustin voudrait que nous traversions la vie en chantant. Dans un de ses sermons, il nous y encourage:
    Là nous chanterons les louanges de Dieu.
    Ici encore nous les chantons;
    maintenant donc, mes frères, chantons,
    non pour égayer notre repos,
    mais pour alléger notre travail.
    Chante, mais comme chanteraient les voyageurs;
    avance donc en même temps;
    charme tes fatigues en chantant,
    garde-toi d’aimer la paresse;
    chante et marche.
    Marche! qu’est-ce à dire?
    Fais des progrès, mais des progrès dans le bien,
    tu marcheras donc en faisant des progrès;
    mais que ce soit dans le bien,
    que ce soit dans la bonne foi,
    que ce soit dans les bonnes moeurs;
    chante et avance,
    Ne t’égare pas, ne te retourne pas, ne reste pas en chemin.
    Ne restez pas sur le bord de la route, nous dit-il, ne faites pas marche arrière et ne stagnez pas
    Par conséquent, progressez dans la conscience, dans la quête, dans le rire, dans l’amour, dans l’espoir, dans la poésie de la vie.
    Chantez et avancez! N’ayez pas d’hésitation et ne regardez pas en arrière. Avancez !
    Aimez et vous trouverez Dieu.

    Ben O’Rourke – « Trouver son trésor intérieur » Ed du Carmel
    Ste Famille de Bordeaux, vie contemplative, en ligne

    escapamargue.blogspot.fr

  • « Que ta volonté soit faite sur la terre comme dans les cieux. »

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    Non pas que Dieu fasse ce qu’Il veut, mais que nous nous puissions faire ce qu’Il veut. Qui peut empêcher Dieu de faire ce qu’Il veut ? Mais nous autres, nous sommes contrecarrés par le démon qui nous empêche d’obéir en toute chose, intérieurement et extérieurement, à la volonté de Dieu. Aussi demandons-nous que sa volonté s’accomplisse en nous ; pour qu’elle s’accomplisse, nous avons besoin de son secours. Personne n’est fort par ses propres ressources, mais sa force est dans la bonté et dans la miséricorde de Dieu…

    La volonté de Dieu est celle que le Christ a faite et enseignée : l’humilité dans la conduite, la solidité dans la foi, la modestie dans les paroles, la justice dans les actes, la miséricorde dans les œuvres, la discipline dans les mœurs. La volonté de Dieu, c’est de ne faire de tort à personne, de supporter celui qu’on nous fait, de garder la paix avec nos frères, d’aimer Dieu de tout notre cœur, l’aimer parce qu’il est Père et le craindre parce qu’il est Dieu. Ne rien préférer au Christ, puisqu’il nous a préférés à tout, adhérer inviolablement à sa charité, nous tenir sous la croix avec courage et confiance. Quand il s’agit de combattre pour son nom ou son honneur, montrer de la constance en nos paroles ; faire preuve de confiance dans les difficultés afin de soutenir la lutte, de patience dans la mort afin d’obtenir la couronne. Voilà ce que signifie vouloir être cohéritier du Christ, accomplir le précepte de Dieu, faire la volonté de Dieu.

    Saint Cyprien (v. 200-258), évêque de Carthage et martyr
    La Prière du Seigneur, 14-15 (trad. Hamman, La Prière en Afrique, DDB 1982, p.50)

     

     

  • « Ferme la porte et prie ton Père qui est présent dans le secret ! »

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    Sois assidu à la prière et à la méditation. Tu m’as dit que tu avais déjà commencé. C’est là une bien grande consolation pour un père qui t’aime comme lui-même ! Continue donc à progresser dans cet exercice de l’amour envers Dieu. Fais chaque jour un pas de plus : de nuit, à la faible lueur de la lampe, parmi les faiblesses et dans la sécheresse de l’esprit ; ou de jour, dans la joie et l’illumination qui éblouit l’âme…

    Si tu le peux, parle au Seigneur dans l’oraison, loue-le. Si tu n’y parviens pas parce que tu n’es pas encore bien avancé dans la vie spirituelle, ne t’inquiète pas : enferme-toi dans ta chambre et mets-toi en présence de Dieu. Il te verra et appréciera ta présence et ton silence. Ensuite, il te prendra par la main, te parlera, fera les cent pas dans les allées de ce jardin qu’est l’oraison, et tu y trouveras ta consolation. Rester en présence de Dieu simplement pour manifester notre volonté de nous reconnaître ses serviteurs, voilà un excellent exercice spirituel qui nous fait avancer dans le chemin de la perfection.

    Lorsque tu es uni à Dieu par la prière, examine qui tu es, en vérité ; parle-lui si tu le peux, et si cela t’est impossible, arrête-toi, reste devant lui. Ne te donne pas d’autre peine.

    Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968), capucin
    GF, 173 ; Ep 3, 982-983 (trad. Une Pensée, Mediaspaul 1991, p. 24)

     

     

     

  • Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5,43-48.

    En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.
    Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent,
    afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
    En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
    Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
    Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

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    « À ce signe nous reconnaissons que nous sommes en Dieu : si en lui nous sommes parfaits. » Jean veut dire ici : parfaits dans l’amour (1Jn 4,17). Quelle est la perfection de l’amour ? D’aimer nos ennemis et de les aimer à ce point qu’ils deviennent nos frères. Notre amour, en effet, ne doit pas être selon la chair. Aime donc tes ennemis en souhaitant qu’ils deviennent tes frères ; aime tes ennemis de sorte qu’ils soient appelés à entrer en communion avec toi.

    Ainsi aima en effet celui qui, pendu sur la croix, disait : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). Il voulait les arracher à la mort éternelle par une prière toute pleine de miséricorde et une puissance très forte. Nombre d’entre eux ont cru d’ailleurs, et ils ont été pardonnés d’avoir versé le sang du Christ. Ils l’avaient versé en s’acharnant contre lui ; ils l’ont bu ensuite lorsqu’ils ont cru. « À ce signe nous savons que nous sommes en lui : si en lui nous sommes parfaits. » C’est à cette perfection de l’amour des ennemis que le Seigneur nous invite lorsqu’il dit : « Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
    Commentaire sur la 1ère lettre de saint Jean, n°1,9 ; SC 75 (trad. SC ,p. 134 ; Bouchet, Lectionnaire, p. 291)

     

     

     

  • « Moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant. »

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    C’est au nom du Dieu juste et bon et de son Fils Jésus que nous vous exhortons, jeunes gens et jeunes filles du monde entier, à élargir vos cœurs aux dimensions du monde, à entendre l’appel de vos frères et à mettre hardiment à leur service vos jeunes énergies. Luttez contre tout égoïsme. Refusez de laisser libre cours aux instincts de violence et de haine qui engendrent les guerres et leur cortège de misères. Soyez généreux, purs, respectueux, sincères. Et construisez dans l’enthousiasme un monde meilleur que celui de vos aînés !

    L’Église vous regarde avec confiance et avec amour. Riche d’un long passé toujours vivant en elle, et marchant vers la perfection humaine dans le temps et vers les destinées ultimes de l’histoire et de la vie, elle est la vraie jeunesse du monde. Elle possède ce qui fait la force et le charme des jeunes : la faculté de se réjouir de ce qui commence, de se donner sans retour, de se renouveler et de repartir pour de nouvelles conquêtes. Regardez-la et vous retrouverez en elle le visage du Christ, le vrai héros, humble et sage, le prophète de la vérité et de l’amour, le compagnon et l’ami des jeunes. C’est bien au nom du Christ que nous vous saluons, que nous vous exhortons et vous bénissons.

    Concile Vatican II
    Message aux jeunes

     

     

     

  • « Si ton œil est vraiment clair, ton corps tout entier sera dans la lumière. » (Mt 6,22)

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    L’homme s’élève au-dessus de la terre sur deux ailes : la simplicité et la pureté.
    La simplicité doit être dans l’intention, et la pureté dans l’affection.
    La simplicité cherche Dieu ; la pureté le trouve et le goûte.
    Nulle bonne œuvre ne te sera difficile, si tu es libre au dedans de toute affection déréglée.
    Si tu ne veux que ce que Dieu veut, et ce qui est utile au prochain, tu jouiras de la liberté intérieure.
    Si ton cœur était droit, alors toute créature te serait un miroir de vie et un livre rempli de saintes instructions.
    Il n’est point de créature si petite et si vile qui ne présente quelque image de la bonté de Dieu.
    Si tu avais en toi assez d’innocence et de pureté, tu verrais tout sans obstacle. Un cœur pur pénètre le ciel et l’enfer.
    Chacun juge des choses du dehors selon ce qu’il est au dedans de lui-même.
    S’il est quelque joie dans le monde, le cœur pur la possède.

    L’Imitation de Jésus Christ, traité spirituel du 15e siècle
    Livre II, ch. 4 (trad. Lammenais)

     

     

     

  • « Que votre lumière brille devant les hommes. »

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    Le Seigneur avait appelé ses disciples « sel de la terre » parce qu’ils ont relevé par la saveur de la sagesse céleste les cœurs des hommes affadis par le démon. Et maintenant il les appelle « lumière du monde » parce que, éclairés par lui, qui est la lumière éternelle et véritable, ils sont devenus à leur tour une lumière dans les ténèbres (Jn 1,5). Parce qu’il est lui-même le « Soleil de justice » (Ml 3,20), il peut aussi appeler ses disciples « lumière du monde » ; c’est par eux, comme par des rayons étincelants, qu’il déverse la lumière de sa connaissance sur la terre entière. En effet, ils ont chassé les ténèbres de l’erreur loin du cœur des hommes, en montrant la lumière de la vérité.

    Éclairés par eux, nous aussi, de ténèbres que nous étions, nous sommes devenus lumière, comme dit saint Paul : « Autrefois, vous n’étiez que ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière. Vivez comme des fils de la lumière » (Ep 5,8). Et encore : « Vous n’appartenez pas à la nuit, ni aux ténèbres ; vous êtes des fils de la lumière, des fils du jour » (1Th 5,5). Saint Jean a eu raison d’affirmer dans sa lettre : « Dieu est lumière » ; celui qui demeure en Dieu est dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière (1Jn 1,5-7). Puisque nous avons la joie d’être libérés des ténèbres de l’erreur nous devons vivre dans la lumière, marcher dans la lumière comme des vrais enfants de la lumière.

    Saint Chromace d’Aquilée (?-407), évêque
    Homélies sur l’évangile de Matthieu, n°5 (trad. bréviaire 11/06)

     

     

     

  • « Heureux les pauvres de cœur. »

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    Tous les hommes sans exception désirent le bonheur, la béatitude. Mais ils ont sur elle des idées différentes : pour l’un, elle est dans la volupté des sens et la douceur de la vie ; pour un autre, dans la vertu ; pour un autre, dans la connaissance de la vérité. C’est pourquoi celui qui enseigne tous les hommes…commence par redresser ceux qui s’égarent, dirige ceux qui sont sur la route, et accueille ceux qui frappent à la porte… Celui donc qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6) redresse, dirige, accueille, et il commence par cette parole : « Heureux les pauvres en esprit ».

    La fausse sagesse de ce monde, qui est vraiment folie (1Co 3,19), se prononce sans comprendre ce qu’elle affirme ; elle déclare bienheureuse « la race étrangère, dont la main droite est remplie d’injustice, dont la bouche profère le mensonge » parce que « leurs greniers sont pleins et débordants, leurs brebis fécondes et leurs vaches grasses » (Ps 143,7-13). Mais toutes leurs richesses sont incertaines, leur paix n’est pas la paix (Jr 6,14), leur joie est stupide. Au contraire, la Sagesse de Dieu, le Fils par nature, la main droite du Père, la bouche qui dit la vérité, proclame bienheureux les pauvres, destinés à être rois, rois du Royaume éternel. Il semble dire : « Vous cherchez la béatitude, mais elle n’est pas où vous cherchez ; vous courez, mais hors du chemin. Voici le chemin qui conduit au bonheur : la pauvreté volontaire à cause de moi, tel est le chemin. Le Royaume des cieux en moi, voilà la béatitude. Vous courez beaucoup mais mal ; plus vous allez vite, plus vous vous éloignez du terme… »

    Ne craignons pas, frères. Nous sommes pauvres ; écoutons le Pauvre recommander aux pauvres la pauvreté. Nous pouvons croire en son expérience. Pauvre il est né, pauvre il a vécu, pauvre il est mort. Il n’a pas voulu s’enrichir ; oui, il a accepté de mourir. Croyons donc la Vérité qui nous indique le chemin vers la vie. Il est ardu, mais il est court ; la béatitude, elle, est éternelle. Le chemin est étroit, mais il mène à la vie (Mt 7,14).

    Isaac de l’Étoile (?-v. 1171), moine cistercien
    Sermon 1, pour la Toussaint (trad. cf SC 130, p.93s)