Catégorie : Année liturgique

  • Alors, comme un petit Agneau, dans les bras de Marie, l’Enfant.

    Les murs sont couverts d’un brocart où la blancheur de la soie disparaît sous une broderie de perles en relief. Et le sol… qu’est-ce maintenant le sol ? Un cristal illuminé par une lumière blanche. Les saillies semblent des roses lumineuses jetées sur le sol en signe d’hommage; et les trous, des coupes précieuses, d’où se dégagent des arômes et des parfums.

    Et la lumière croît de plus en plus. L’œil ne peut la supporter. En elle, comme absorbée par un voile de lumière incandescente, disparaît la Vierge… et en émerge la Mère.

    Oui, quand la lumière devient supportable pour mes yeux, je vois Marie avec son Fils nouveau-né dans ses bras.

    Un petit Bébé rose et grassouillet qui s’agite et se débat avec ses mains grosses comme un bouton de rose et des petits pieds qui iraient bien dans le cœur d’une rose; qui vagit d’une voix tremblotante exactement comme celle d’un petit agneau qui vient de naître, ouvrant la bouche, rouge comme une petite fraise de bois, montrant sa petite langue qui bat contre son palais couleur de rose; qui remue sa petite tête si blonde qu’on la croirait sans cheveux, une petite tête ronde que la Maman soutient dans le creux de l’une de ses mains pendant qu’elle regarde son Bébé et l’adore, pleurant et riant tout ensemble et qu’elle s’incline pour y déposer un baiser, non pas sur la tête innocente, mais sur le milieu de la poitrine sous lequel se trouve le petit cœur, qui bat, qui bat pour nous… là où un jour sera la blessure.

    Elle la panse d’avance, cette blessure, sa Maman, avec son pur baiser d’Immaculée.

    Le bœuf éveillé par la clarté se dresse avec un grand bruit de sabots et il mugit. L’âne relève la tête et brait. C’est la lumière qui les réveille, mais j’aime penser qu’ils ont voulu saluer leur Créateur pour eux-mêmes et pour tous les animaux.

    Joseph aussi, qui comme extasié priait avec autant d’intensité qu’il s’était abstrait de tout ce qui l’entourait, se secoue et entre ses doigts dont il se couvre le visage, il voit filtrer la lumière étrange. Il découvre le visage, lève la tête, se retourne. Le bœuf debout, lui cache Marie, mais elle l’appelle:

    Joseph, viens.

    Joseph accourt et devant le spectacle s’arrête comme foudroyé de révérence, il va tomber à genoux là où il se trouve. Mais Marie insiste :

    Viens, Joseph.

    Elle appuie la main gauche sur le foin et tenant de la main droite l’Enfant qu’Elle serre sur son cœur, elle se lève et se dirige vers Joseph qui marche hésitant, pris entre le désir d’avancer et la peur d’être irrespectueux.

    Au pied de la couche les deux époux se rencontrent et se regardent en pleurant de bonheur .

    Viens, dit Marie, offrons Jésus au Père. « 

    Extrait de « L’Evangile tel qu’il m’a été raconté » de Maria Valtorta

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  • Un faisceau de lumière nimbe Marie.

    Un faisceau de lumière lunaire se glisse par une fissure du plafond et semble une lame immatérielle d’argent qui s’en va chercher Marie. Il s’allonge peu à peu à mesure que la lune s’élève dans le ciel et l’atteint finalement. Le voilà sur la tête de l’orante. Il la nimbe d’une blancheur éclatante.

    Marie lève la tête comme pour un appel du ciel et elle s’agenouille de nouveau. Oh ! comme c’est beau ici ! Elle lève sa tête qui semble resplendir de la lumière blanche de la lune, et elle est transfigurée par un sourire qui n’est pas humain.

    Que voit-elle ? Qu’entend-elle ? Qu’éprouve-t-elle ? Il n’y a qu’elle qui pourrait dire ce qu’elle vit, entendit, éprouva à l’heure fulgurante de sa Maternité.

    Je me rends seulement compte qu’autour d’elle la lumière croit, croit, croit. On dirait qu’elle descend du Ciel, qu’elle émane des pauvres choses qui l’environnent, qu’elle émane d’elle surtout.

    Son vêtement, d’azur foncé, a à présent la couleur d’un bleu d’une douceur céleste de myosotis, les mains et le visage semblent devenir azurés comme s’ils étaient sous le feu d’un immense et clair saphir.

    Cette couleur me rappelle, bien que plus légère, celle que je découvre dans la vision du saint Paradis et aussi celle de la vision de l’arrivée des Mages. Elle se diffuse surtout toujours plus sur les choses, les revêt, les purifie, leur communique sa splendeur.

    La lumière se dégage toujours plus du corps de Marie, absorbe celle de la lune, on dirait qu’elle attire en elle tout ce qui peut arriver du ciel. Désormais, c’est elle qui est la Dépositaire de la Lumière, celle qui doit donner cette Lumière au monde.

    Et cette radieuse, irrésistible, incommensurable, éternelle, divine Lumière qui va être donnée au monde, s’annonce avec une aube, une diane, un éveil de la lumière, un chœur d’atomes lumineux qui grandit, s’étale comme une marée qui monte, monte en immenses volutes d’encens, qui descend comme un torrent, qui se déploie comme un voile…

    La voûte, couverte de fissures, de toiles d’araignées, de décombres en saillie qui semblent miraculeusement équilibrées, noire, fumeuse, repoussante, semble la voûte d’une salle royale. Chaque pierre est un bloc d’argent, chaque fissure une clarté opaline, chaque toile d’araignée un baldaquin broché d’argent et de diamants.

    Un gros lézard, engourdi entre deux blocs de pierre, semble un collier d’émeraude oublié là, par une reine; une grappe de chauve-souris engourdies émettent une précieuse clarté d’onyx. Le foin qui pend de la mangeoire la plus haute n’est plus de l’herbe : ce sont des fils et des fils d’argent pur qui tremblent dans l’air avec la grâce d’une chevelure flottante. La mangeoire inférieure, en bois grossier, est devenue un bloc d’argent bruni.

    Extrait de « L’Evangile tel qu’il m’a été raconté » de Maria Valtorta

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  • « Tu ne dors pas Marie ? »

    Je vois encore l’intérieur de ce pauvre refuge pierreux où, partageant le sort des animaux, Marie et Joseph ont trouvé asile.

    Le petit feu sommeille ainsi que son gardien. Marie soulève doucement la tête de sa couche, et regarde. Elle voit Joseph, la tête inclinée sur la poitrine, comme s’il réfléchissait, et elle pense que la fatigue a triomphé de sa bonne volonté de rester éveillé.

    Tu ne dors pas, Marie ?

    Elle sourit, d’un bon sourire. Faisant moins de bruit que ne peut en faire un papillon qui se pose sur une rose, elle s’assied, puis s’agenouille.

    Elle prie avec un sourire radieux sur le visage. Elle prie, les bras étendus non pas précisément en croix, mais presque, les paumes dirigées vers le haut et en avant, et elle ne paraît pas fatiguée de cette pose pénible.

    Puis, elle se prosterne, le visage contre le foin, dans une prière encore plus profonde. Une prière prolongée.

    Joseph s’éveille. Il voit le feu presque mort et l’étable presque dans les ténèbres. Il jette une poignée de brindilles et la flamme se réveille. Il y ajoute des branches plus grosses, puis encore plus grosses car le froid doit être piquant, le froid de la nuit hivernale et tranquille qui pénètre partout dans ces ruines.

    Le pauvre Joseph tout près comme il l’est de la porte – appelons ainsi l’ouverture que son manteau essaye d’obstruer – doit être gelé. Il approche les mains près de la flamme, défait ses sandales et approche ses pieds. Il se chauffe.

    Quand le feu est bien pris, et que sa clarté est assurée, il se tourne. Il ne voit rien, pas même cette blancheur du voile de Marie qui traçait une ligne claire sur le foin obscur. Il se lève et lentement s’approche de la couchette.

    Tu ne dors pas, Marie ?  demande-t-il. Il le demande trois fois, jusqu’à ce qu’elle en prenne conscience et réponde :

    Je prie.

    Tu n’as besoin de rien ?

    Non, Joseph.

    Essaie de dormir un peu, de reposer au moins.

    J’essaierai, mais la prière ne me fatigue pas.

    Adieu, Marie.

    Adieu, Joseph.

    Marie reprend sa position. Joseph pour ne plus céder au sommeil s’agenouille près du feu et il prie. Il prie avec les mains qui lui couvrent le visage. Il ne les enlève que pour alimenter le feu et puis il revient à sa brûlante prière.

    A part les crépitements du bois et le bruit du sabot de l’âne, qui de temps en temps frappe le sol, on n’entend rien.

    Extrait de « L’Evangile tel qu’il m’a été raconté » de Maria Valtorta

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  • « Il sera appelé Fils du Très-Haut…; Il règnera pour toujours. »

    Montre-toi, doux enfant
    Mis au monde par une mère très chaste,
    Qui enfante sans connaître d’homme ;
    Montre-toi, Médiateur, dans tes deux natures.

    Quoique né dans le temps, de la bouche du Père,
    Engendré par sa parole (Lc 1,38),
    Déjà tu habitais dans le sein du Père (Jn 1,2)
    Toi, la Sagesse éternelle (1Co 1,24).

    Tu es la Sagesse qui a tout créé (Pr 8,27),
    Les cieux, la lumière et toute chose.
    Tu est le Verbe puissant qui a fait l’univers (He 1,3)
    Car le Verbe est Dieu (Jn 1,2).

    Ayant ordonné le cours des siècles
    Et fixé les lois de l’univers,
    Cet Artisan du monde, le bâtisseur,
    Est demeuré dans le sein du Père.

    Mais lorsque le temps eut déroulé
    Des années par milliers,
    Tu es descendu pour visiter
    Ce monde depuis si longtemps pécheur…

    Le Christ ne pouvait supporter la chute
    Des peuples qui se perdaient ;
    Il ne pouvait accepter que l’œuvre de son Père
    S’abîme dans le néant.

    Il a revêtu un corps mortel
    Afin que la résurrection de notre chair
    Brise les chaînes de la mort
    Et nous conduise auprès du Père…

    Ne sens-tu pas, ô Vierge noble,
    Malgré de douloureux pressentiments,
    Combien cet enfantement glorieux
    Augmente l’éclat de ta virginité ?

    Ton sein très pur contient le fruit béni
    Qui va combler de joie toute créature.
    Par toi naîtra un monde nouveau,
    Aurore d’un jour étincelant comme de l’or.

    Prudence (348-après 405), poète en Espagne
    « Emerge, dulcis pusio », extrait de l’hymne pour Noël  « Quid est quod artum circulum » (in Guéranger, L’Année liturgique, 4e vendredi Avent)

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  • « Oui »

    Marie : il faut toujours savoir être une marche pour que les autres montent à Dieu. S’ils nous piétinent, cela ne fait rien. Pourvu qu’ils réussissent à aller vers la Croix. C’est l’arbre nouveau qui porte le fruit de la connaissance du Bien et du Mal. En effet, il dit à l’homme ce qui est mal et ce qui est bien pour qu’il sache choisir et vivre. Et il sait, en même temps, devenir une liqueur pour guérir ceux qui se sont empoissonnés avec le mal qu’ils ont voulu goûter, Notre cœur sous les pieds des hommes pour qu’augmente le nombre des rachetés et que le Sang de mon Jésus n’ait pas été versé sans produire de fruit. Voilà la destinée des servantes de Dieu. Mais après, méritons-nous de recevoir dans notre sein, l’Hostie sainte, et au pied de la Croix, pétrie dans son Sang et dans nos larmes nous pouvons dire : « Voici, ô Père, l’Hostie immaculée que nous t’offrons pour le salut du monde. Garde-nous, ô Père, fondues en Elle et par ses mérites infinis, donne-nous ta bénédiction. »

    De « L’Evangile tel qu’il m’a été révélé » de Maria Valtorta


  • « La bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. »

    Devant ses compatriotes à Nazareth le Christ se réfère aux paroles du prophète Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction pour porter la bonne nouvelle aux pauvres ; il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur » (Lc 4,18-19)… Par ses faits et ses paroles, le Christ rend le Père présent parmi les hommes. Il est hautement significatif que ces hommes soient surtout les pauvres, qui n’ont pas de moyens de subsistance, ceux qui sont privés de la liberté, les aveugles qui ne voient pas la beauté de la création, ceux qui vivent dans l’affliction du cœur ou qui souffrent à cause de l’injustice sociale, et enfin les pécheurs. C’est surtout à l’égard de ces hommes-là que le Messie devient un signe particulièrement lisible du fait que Dieu est amour ; il devient un signe du Père…

    Il est révélateur que Jésus, lorsque les messagers envoyés par Jean Baptiste le rejoignirent pour lui demander : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? », se soit référé au témoignage par lequel il avait inauguré son enseignement à Nazareth et leur ait répondu : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres », et qu’il ait ensuite conclu : « et heureux celui qui ne sera pas scandalisé à mon sujet ».

    Jésus a révélé, surtout par son style de vie et ses actions, comment l’amour est présent dans le monde où nous vivons, l’amour actif, l’amour qui s’adresse à l’homme et embrasse tout ce qui forme son humanité. Cet amour se remarque surtout au contact de la souffrance, de l’injustice, de la pauvreté, au contact de toute la condition humaine historique…, le caractère limité et fragile de l’homme, aussi bien physiquement que moralement. Or la manière dont l’amour se manifeste et son domaine sont, dans le langage biblique, appelés « miséricorde ». Ainsi le Christ révèle Dieu qui est Père, qui est amour, comme saint Jean le dira dans sa première lettre (4,16) ; il révèle Dieu « riche en miséricorde » (Ep 2,4).

    Bienheureux Jean-Paul II
    Encyclique « Dives in Misericordia » § 3 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)

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  • « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c’est lui qui vient derrière moi »

    « Moi, je baptise dans l’eau ; mais au milieu de vous se trouve quelqu’un que vous ne connaissez pas. » Ce n’est pas dans l’esprit, mais dans l’eau que Jean baptise. Impuissant à pardonner les péchés, il lave par l’eau le corps des baptisés, mais ne lave pas l’esprit par le pardon. Pourquoi donc baptise-t-il, s’il ne remet pas les péchés par son baptême ? Pourquoi, sinon pour rester dans son rôle de précurseur ? De même qu’en naissant, il avait précédé le Seigneur qui allait naître, il précédait aussi, en baptisant, le Seigneur qui allait baptiser. Précurseur du Christ par sa prédication, il le devenait également en donnant un baptême qui était l’image du sacrement à venir.

    Jean a annoncé un mystère lorsqu’il a déclaré que le Christ se tenait au milieu des hommes et qu’il ne leur était pas connu, puisque le Seigneur, quand il s’est montré dans la chair, était à la fois visible en son corps et invisible en sa majesté. Et Jean ajoute : « Celui qui vient après moi a passé devant moi » (Jn 1,15)…; il explique les causes de la supériorité du Christ lorsqu’il précise : « Car il était avant moi », comme pour dire clairement : « S’il l’emporte sur moi, alors qu’il est né après moi, c’est que le temps de sa naissance ne le resserre pas dans des limites. Né d’une mère dans le temps, il est engendré par le Père hors du temps ».

    Jean manifeste quel humble respect il lui doit, en poursuivant : « Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sa sandale ». Il était de coutume chez les anciens que si quelqu’un refusait d’épouser une jeune fille qui lui était promise, il dénouait la sandale de celui à qui il revenait d’être son époux. Or le Christ ne s’est-il pas manifesté comme l’Époux de la sainte Église ?… Mais parce que les hommes ont pensé que Jean était le Christ — ce que Jean lui-même nie — il se déclare indigne de dénouer la courroie de sa sandale. C’est comme s’il disait clairement… : « Je ne m’arroge pas à tort le nom d’époux » (cf Jn 3,29).

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l’Église
    Homélies sur l’Évangile, n°7 (trad. Le Barroux rev.)

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