Catégorie : Année liturgique

  • « Même vos cheveux sont tous comptés, soyez sans crainte. »

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    Dieu m’envoie la croix… Bénie soit-elle car, comme dit Job, « si nous accueillons joyeusement tous les bienfaits de la main de Dieu, pourquoi ne pas accueillir pareillement les épreuves ? » (2,10) Tout nous vient de lui, santé et maladie, biens temporels, malheurs et infortunes ; tout, absolument tout, est parfaitement ordonné. Si quelquefois la créature se rebelle contre le dessein de Dieu, elle commet un péché, car tout est nécessaire, tout est bien fait, et les rires sont aussi nécessaires que les larmes. Nous pouvons tirer profit de tout pour notre perfection, à condition de voir, dans un esprit de foi, l’œuvre de Dieu en tout, et de demeurer comme des petits enfants dans les mains du Père. Car nous, tout seuls, où irions-nous ?…

    Je ne cherche pas à m’arracher aux sentiments [que m’inspirent mes épreuves], c’est évident ; mais ce que Dieu veut c’est les perfectionner en moi. Pour cela, il me mène par ici et par là, comme un jouet, me faisant abandonner un peu partout des morceaux de mon cœur. Dieu est grand, et il accomplit tout parfaitement ! Comme il m’aime, et comme je le lui rends mal ! Sa providence est infinie, et nous devons nous y confier sans réserve.

    Saint Raphaël Arnaiz Baron (1911-1938), moine trappiste espagnol
    Écrits spirituels, 11/08/1934 (trad. Cerf 2008, p. 123)

     

     

     

  • « Ils se mirent à lui en vouloir terriblement et ils le harcelaient. »

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    « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3,16). Ce Fils unique « a été offert », non parce que ses ennemis ont prévalu, mais « parce que lui-même l’a voulu » (Is 53,10-11). « Il a aimé les siens ; il les a aimés jusqu’à la fin » (Jn 13,1). La fin, c’est la mort acceptée pour ceux qu’il aime ; voilà la fin de toute perfection, la fin de l’amour parfait, car « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13).

    Cet amour du Christ a été plus puissant dans la mort du Christ que la haine de ses ennemis ; la haine a pu faire seulement ce que l’amour lui permettait. Judas, ou les ennemis du Christ, l’ont livré à la mort, par une haine méchante. Le Père a livré son Fils, et le Fils s’est livré lui-même par amour (Rm 8,32; Ga 2,20). L’amour n’est cependant pas coupable de trahison ; il est innocent, même quand le Christ en meurt. Car seul l’amour peut faire impunément ce qui lui plaît. Seul l’amour peut contraindre Dieu et comme lui commander. C’est lui qui l’a fait descendre du ciel et l’a mis en croix, lui qui a répandu le sang du Christ pour la rémission des péchés, en un acte aussi innocent que salutaire. Toute notre action de grâce pour le salut du monde est donc due à l’amour. Et il nous presse, par une logique contraignante, d’aimer le Christ autant que d’autres ont pu le haïr.

    Baudouin de Ford (?-v. 1190), abbé cistercien, puis évêque
    Le Sacrement de l’autel, II, 1 ; SC 93 (trad. SC, p.171 rev.)

     

     

     

  • Ste Thérèse d’Avila, docteur de l’Église (1515-1582)

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    hérèse (nom complet : Teresa Sánchez de Cepeda Avila Y Ahumada) naît à Avila (85 km à nord-ouest de Madrid, le 28 mars 1515, de parents nobles et chrétiens.

    Dès l’âge le plus tendre, un fait révéla ce qu’elle devait être un jour. Parmi ses frères, il y en avait un qu’elle aimait plus que les autres ; ils se réunissaient pour lire ensemble la vie des saints : « Quoi ! lui dit-elle, les martyrs verront Dieu toujours, toujours ! Allons, mon frère, chez les cruels Maures, et soyons martyrs nous aussi, pour aller au ciel. » Et, joignant les actes aux paroles, elle emmenait son petit frère Rodrigue ; ils avaient fait une demi-lieue, quand on les ramena au foyer paternel.

    Elle avait dès lors une grande dévotion à la Sainte Vierge. Chaque jour elle récitait le rosaire. Ayant perdu sa mère, à l’âge de douze ans, elle alla se jeter en pleurant aux pieds d’une statue de Marie et la supplia de l’accepter pour sa fille, promettant de la regarder toujours comme sa Mère.

    Cependant sa ferveur eut un moment d’arrêt. De vaines lectures, la société d’une jeune parente mondaine, refroidirent son âme sans toutefois que le péché mortel la ternît jamais. Mais ce relâchement fut court, et, une vive lumière divine inondant son âme, elle résolut de quitter le monde. Elle en éprouva un grand déchirement de cœur ; mais Dieu, pour l’encourager, lui montra un jour la place qu’elle eût occupée en enfer, si elle s’était attachée au monde.

    Elle devint la réformatrice de l’Ordre du Carmel et fut accompagnée de saint Jean de la Croix.

    Un séraphin vint un jour la percer du dard enflammé de l’amour divin : Jésus la prit pour épouse. Ses révélations, ses écrits, ses miracles, ses œuvres, ses vertus, tout est sublime à la même hauteur.

    Elle a notamment rédigé à la demande de ses supérieures : Le Château intérieurLe Chemin de la perfectionLes ExclamationsLes Fondations.

    En 1582, après avoir fondé le carmel de Burgos et tandis qu’elle est en train d’effectuer son voyage de retour à Avila, elle meurt la nuit du 15 octobre à Alba de Tormes, en répétant humblement ces deux phrases : « À la fin, je meurs en fille de l’Église » et « L’heure est à présent venue, mon Époux, que nous nous voyons ». Une existence passée en Espagne, mais consacrée à l’Église tout entière.

    Thérèse d’Avila a été béatifiée par le pape Paul V (Camillo Borghese, 1605-1621) en 1614 et canonisée le 12 mars 1622 par Grégoire XV (Alessandro Ludovisi, 1621-1623) ; elle est proclamée « Docteur de l’Église » par le vénérable Paul VI (Giovanni Battista Montini, 1963-1978) en 1970.

     

     

     

     

  • Un cœur vraiment tout à Dieu

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    Comprenons-le bien, notre cœur appartiendra tout entier à Dieu à partir du jour où nous lui remettrons toute notre volonté, où nous ne voudrons plus que ce qu’il veut. Ce Dieu, du reste, ne veut que notre bien et notre bonheur. « Le Christ est mort, dit l’apôtre Paul, afin d’être le Seigneur et des morts et des vivants. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous appartenons au Seigneur » (Rm 14,8-9). Jésus a voulu mourir pour nous ; que pouvait-il faire de plus pour conquérir notre amour et devenir l’unique Maître de notre cœur ? À nous donc de montrer désormais au ciel et à la terre, par notre vie et par notre mort, que nous ne nous appartenons plus, mais que nous sommes tout entiers possédés par notre Dieu et par lui seul.

    Combien Dieu désire voir un cœur vraiment tout à lui ! De quel ardent amour ne l’aime-t-il pas ? Quelles marques de sa tendresse ne lui prodigue-t-il pas, dès ici-bas ! Quels biens, quel bonheur, quelle gloire ne lui prépare-t-il pas dans le ciel !…

    Âmes fidèles ! Marchons à la rencontre de Jésus : s’il a le bonheur de nous posséder, nous avons, nous, celui de le posséder, lui : l’échange est beaucoup plus avantageux pour nous que pour lui. « Thérèse, dit un jour le Seigneur à cette sainte [d’Avila], jusqu’ici tu ne fus pas entièrement à moi ; maintenant que tu es tout à moi, sache que je suis tout à toi »… Dieu brûle d’un désir extrême de s’unir à nous ; mais il faut que nous aussi nous prenions soin de nous unir à Dieu.

    Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), évêque et docteur de l’Église
    6ème Discours pour la neuvaine de Noël (trad. Éds Saint-Paul 1993, p. 92 rev.)

     

     

     

  • « Jonas a été un signe pour les habitants de Ninive : il en sera de même avec le Fils de l’homme pour cette génération. »

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    Les fils de Ninive jeûnèrent d’un jeûne pur, lorsque Jonas leur prêcha la conversion. Ainsi est-il écrit en effet : Lorsqu’ils entendirent la prédication de Jonas, ils décrétèrent un jeûne permanent et une supplication ininterrompue, en étant assis sur des sacs et de la cendre. Ils ôtèrent leurs vêtements délicats et revêtirent des sacs à la place. Ils refusèrent aux nourrissons les seins de leurs mères, au petit et au gros bétail le pâturage (Jon 3)…

    Et voici ce qu’il est écrit : « Dieu vit leurs œuvres, qu’ils se détournaient de leurs mauvais chemins. Alors il détourna d’eux la colère et il ne les anéantit pas. » Il ne dit pas : « Il vit une abstinence de pain et d’eau, avec sac et cendre », mais « qu’ils revenaient de leurs mauvais chemins et de la méchanceté de leurs œuvres »… Ce fut là un jeûne pur, et il fut accepté, le jeûne que jeûnèrent les Ninivites, quand ils se détournèrent de leurs mauvais chemins et de la rapacité de leurs mains…

    Car mon ami, quand on jeûne, c’est toujours l’abstinence de méchanceté qui est la meilleure. Elle est meilleure que l’abstinence de pain et d’eau, meilleure que…« courber le cou comme un crochet et se couvrir de sacs et de cendres » comme le dit Isaïe (58,5). En effet, quand l’homme s’abstient de pain, d’eau ou de quelque nourriture que ce soit, qu’il se couvre d’un sac et de cendres et qu’il s’afflige, il est aimé, beau et agréé. Mais ce qui agrée le plus c’est qu’il s’humilie lui-même, qu’il « délie les chaînes » de l’impiété et qu’il « coupe les liens » de la tromperie. Alors « sa lumière brille comme le soleil et sa justice marche devant lui. Il est comme un verger surabondant, comme une source dont l’eau ne cesse pas » (Is 58,6s).

    Aphraate (?-v. 345), moine et évêque près de Mossoul
    Les Exposés, n°3 Du jeûne ; SC 349 (trad. SC, p.277)

     

     

     

  • Revêtir le vêtement de noce

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    Quel est le vêtement de noce dont parle l’Évangile ? Très certainement cette robe est une chose que seuls possèdent les bons, ceux qui doivent participer au festin… Seraient-ce les sacrements ? le baptême ? Sans le baptême, personne ne parvient jusqu’à Dieu, mais certains reçoivent le baptême et n’arrivent pas jusqu’à Dieu… Peut-être est-ce l’autel ou ce que l’on reçoit à l’autel ? Mais en recevant le Corps du Seigneur certains mangent et boivent leur propre condamnation (1Co 11,29). Qu’est-ce donc ? le jeûne ? Les méchants jeûnent aussi. La fréquentation de l’église ? Les méchants vont à l’église comme les autres…

    Qu’est-ce donc que ce vêtement de noce ? L’apôtre Paul nous dit : « Les préceptes n’ont d’autre fin que l’amour, la charité qui naît d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère » (1Tm 1,5). Le voilà le vêtement de noce. Il ne s’agit pas de n’importe quel amour, car souvent on voit des hommes malhonnêtes en aimer d’autres…, mais on ne voit pas chez eux cette charité « qui naît d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère » ; or, c’est cette charité-là qui est le vêtement de noce.

    « J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, dit l’apôtre Paul, s’il me manque l’amour, je ne suis que de l’airain qui résonne, une cymbale retentissante… J’aurais beau être prophète, avoir la science de tous les mystères et toute la connaissance, et avoir la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien » (1Co 13,1-2)… J’aurais beau avoir tout cela, dit-il, sans le Christ « Je ne suis rien »… Combien de biens sont inutiles, si un seul bien vient à manquer ! Si je n’ai pas l’amour, j’aurais beau distribuer tous mes biens, confesser le nom du Christ jusqu’à verser mon sang (v. 3), cela ne servirait à rien, puisque je peux agir ainsi par amour de la gloire… « S’il me manque l’amour, cela ne sert à rien ». Voilà le vêtement de noce. Examinez-vous : si vous l’avez, approchez avec confiance du banquet du Seigneur.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
    Sermon 90 ; PL 38, 559s

     

     

     

     

  • « Heureuse celle qui a cru. » (Lc 1,45)

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    .

    Vierge et Mère Marie,
    toi qui, mue par l’Esprit,
    as accueilli le Verbe de la vie
    dans la profondeur de ta foi humble,
    totalement abandonnée à l’Éternel,
    aide-nous à dire notre « oui »
    dans l’urgence, plus que jamais pressante,
    de faire retentir la Bonne Nouvelle de Jésus.

    Toi, remplie de la présence du Christ,
    tu as porté la joie à Jean Baptiste,
    le faisant exulter dans le sein de sa mère (Lc 1,41).
    Toi, tressaillant de joie,
    tu as chanté les merveilles du Seigneur (Lc 1,46s).
    Toi, qui es restée ferme près de la croix
    avec une foi inébranlable (Jn 19,25)
    et as reçu la joyeuse consolation de la résurrection,
    tu as réuni les disciples dans l’attente de l’Esprit
    afin que naisse l’Église évangélisatrice (Ac 1,14).

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    .
    Obtiens-nous maintenant une nouvelle ardeur de ressuscités
    pour porter à tous l’Évangile de la vie
    qui triomphe de la mort.
    Donne-nous la sainte audace de chercher de nouvelles voies
    pour que parvienne à tous
    le don de la beauté qui ne se ternit pas.

    Toi, Vierge de l’écoute et de la contemplation (Lc 2,19),
    mère du bel amour (Si 24,24 Vulg),
    épouse des noces éternelles (Ap 19,7),
    intercède pour l’Église, dont tu es l’icône très pure,
    afin qu’elle ne s’enferme jamais et jamais ne s’arrête
    dans sa passion pour instaurer le Royaume.

    Étoile de la nouvelle évangélisation,
    aide-nous à rayonner par le témoignage de la communion,
    du service, de la foi ardente et généreuse,
    de la justice et de l’amour pour les pauvres,
    pour que la joie de l’Évangile
    parvienne jusqu’aux confins de la terre
    et qu’aucune périphérie ne soit privée de sa lumière.

    Mère de l’Évangile vivant,
    source de joie pour les petits,
    prie pour nous.
    Amen. Alléluia !

    .

    Pape François
    Exhortation apostolique « Evangelii Gaudium / La Joie de l’Évangile » § 288 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)

     

     

     

     

     

     

  • « Combien plus le Père céleste ne donnera-t-il l’Esprit saint à ceux qui le lui demandent ? »

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    Viens, lumière véritable. Viens, vie éternelle. Viens, mystère caché. Viens, trésor sans nom. Viens, réalité inexprimable. Viens, personne inconcevable. Viens, bonheur sans fin. Viens, lumière sans couchant. Viens, attente infaillible de tous ceux qui doivent être sauvés. Viens, réveil de ceux qui se sont endormis. Viens, résurrection des morts. Viens, Puissant, qui toujours fais et refais et transformes tout par ton seul vouloir… Viens, toi qui demeures toujours immobile et pourtant à chaque instant te mets tout entier en mouvement pour venir à nous, couchés parmi les morts, toi qui es au-dessus de tous les cieux… Viens, joie éternelle. Viens, couronne impérissable (1Co 9,25). Viens, pourpre du grand roi notre Dieu… Viens, toi qu’a désiré et que désire mon âme misérable. Toi le Seul, viens au seul, puisque, tu le vois, je suis seul… Viens, toi devenu toi-même en moi désir, qui m’as fait te désirer, toi l’absolument inaccessible. Viens, mon souffle et ma vie. Viens, consolation de ma pauvre âme. Viens, ma joie, ma gloire, mon allégresse sans fin.

    Je te rends grâce d’être devenu un seul esprit avec moi (Rm 8,16), sans confusion, sans changement, sans transformation, toi le Dieu au-dessus de tout, et d’être pour moi devenu tout en tous (1Co 15,28)… Je te rends grâce d’être pour moi devenu lumière sans couchant, soleil sans déclin, car tu n’as pas d’endroit où te cacher, toi qui emplis l’univers de ta gloire. Non, jamais à personne tu ne t’es caché, mais c’est nous qui toujours nous cachons de toi, en refusant d’aller à toi…

    Viens donc, Maître, aujourd’hui dresse en moi ta tente (Jn 1,14) ; fais ta maison et demeure en moi ton serviteur continuellement, inséparablement, jusqu’au bout, toi qui es très bon. Et que moi aussi, à ma sortie de ce monde, je me retrouve en toi, ô très bon, et règne avec toi, Dieu qui es au-dessus de tout.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec
    Invocation du Saint Esprit, introduction aux Hymnes ; SC 156 (trad. SC p. 163 rev.)

     

     

     

     

  • « Apprends-nous à prier ! »

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    [Dans la prière] les paroles sont nécessaires, à nous, afin de nous rappeler et de nous faire voir ce que nous devons demander ; ne croyons pas que ce soit afin de renseigner le Seigneur ou de le fléchir. Ainsi, lorsque nous disons : « Que ton nom soit sanctifié », c’est nous-mêmes que nous exhortons à désirer que son nom, qui est toujours saint, soit tenu pour saint chez les hommes aussi, c’est-à-dire qu’il ne soit pas méprisé, ce qui profite aux hommes et non pas à Dieu. Et lorsque nous disons : « Que ton règne vienne », alors qu’il viendra certainement, que nous le voulions ou non, nous augmentons notre désir de ce règne, afin qu’il vienne pour nous, et que nous obtenions d’y régner. Quand nous disons : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », c’est pour nous que nous demandons une telle obéissance, afin que sa volonté soit faite en nous comme elle est faite au ciel par ses anges…

    Quand nous disons : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés », nous rappelons à nous-mêmes à la fois ce que nous demandons et ce que nous devons faire pour être exaucés… Lorsque nous disons : « Délivre-nous du Mal », nous rappelons à nous-mêmes que nous ne sommes pas encore dans cet état de bien où il n’y a plus de mal à craindre. Et ces dernières paroles de la prière du Seigneur ont une telle ampleur que, quelle que soit l’épreuve où se trouve un chrétien, quelle que soit la raison de ses gémissements et ses larmes, c’est par là qu’il doit commencer, continuer et finir sa prière.

    Nous avions besoin de ces paroles pour confier les réalités elles-mêmes à notre mémoire. Quelles que soient les paroles que nous prononçons…, nous ne disons rien d’autre que ce qui se trouve déjà dans cette prière du Seigneur, si nous prions de façon juste et appropriée.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
    Lettre 130, à Proba sur la prière, 11-12 (trad. cf bréviaire 29e mardi)

     

     

     

  • « Il le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. »

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    « Et qui est mon prochain ? » Pour répondre, le Verbe, la Parole de Dieu, expose sous la forme d’un récit toute l’histoire de la miséricorde : il raconte la descente de l’homme, l’embuscade des brigands, l’arrachement du vêtement impérissable, les blessures du péché, l’emprise de la mort sur la moitié de la nature (l’âme, elle, demeurant immortelle), le passage en vain de la Loi, puisque ni le prêtre ni le lévite n’ont soigné les plaies de l’homme qui avait été la victime des brigands. « En effet, le sang des taureaux ou des boucs ne peut pas enlever les péchés » (He 10,4) ; seul pouvait le faire celui qui a revêtu toute la nature humaine par les prémices de la pâte où avaient part toutes les races : Juifs, Samaritains, Grecs, et l’humanité toute entière. C’est lui qui avec son corps, c’est-à-dire sa monture, s’est trouvé dans le lieu de la misère de l’homme ; il a soigné ses blessures, il l’a fait reposer sur sa propre monture et lui a donné comme abri sa propre miséricorde, où tous ceux qui peinent et ploient sous le fardeau trouvent le repos (Mt 11,28)…

    « Celui qui demeure en moi, moi je demeure en lui » (Jn 6,56)… Celui qui trouve son abri en cette miséricorde du Christ reçoit de lui deux pièces d’argent, dont l’une est d’aimer Dieu de toute son âme, l’autre d’aimer son prochain comme soi-même, selon la réponse du docteur de la Loi (Mc 12,30s). Mais puisque « ce ne sont pas ceux qui écoutent la Loi qui sont justes devant Dieu, mais ceux qui la mettent en pratique » (Rm 2,13), il faut non seulement recevoir ces deux pièces d’argent…, mais apporter aussi sa contribution personnelle par ses œuvres pour l’accomplissement de ces deux commandements. C’est pourquoi le Seigneur dit à l’hôtelier que tout ce qu’il aura fourni pour le soin du blessé, il le lui rendra, lors de son second avènement, à la mesure de son zèle.

    Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
    Sermons sur le Cantique des cantiques, n°14 (trad. coll. Migne, n° 49-50, p. 287 rev.)