Catégorie : Année liturgique

  • « On mangeait, on buvait, on achetait, on vendait. »

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    .Le Seigneur a fait à ses disciples de grandes recommandations pour que leur esprit secoue comme une poussière tout ce qui est terrestre dans la nature et s’élève au désir des réalités surnaturelles. C’est qu’il faut, quand on se tourne vers la vie d’en haut, être plus forts que le sommeil et garder toujours l’esprit vigilant… Je parle de cet assoupissement de ceux qui sont enfoncés dans le mensonge de la vie par ces rêves illusoires que sont les honneurs, les richesses, le pouvoir, le faste, la fascination des plaisirs, l’ambition, la soif de jouissance, la vanité et tout ce que l’imagination entraîne les hommes superficiels à poursuivre follement. Toutes ces choses s’écoulent avec la nature éphémère du temps ; elles sont du domaine du paraître…; à peine ont-elles paru exister, elles disparaissent comme les vagues sur la mer…

    C’est pour que notre esprit soit dégagé de ces illusions que le Verbe, la Parole de Dieu, nous invite à secouer des yeux de l’âme ce sommeil profond, afin que nous ne glissions pas loin des réalités véritables en nous attachant à ce qui n’a pas de consistance. C’est pourquoi il nous propose la vigilance, en nous disant : « Restez en tenue de service et gardez vos lampes allumées » (Lc 12,35). Car la lumière, en brillant devant les yeux, chasse le sommeil, et les reins serrés par la ceinture empêchent le corps d’y succomber… Celui qui est ceint par la tempérance vit dans la lumière d’une conscience pure ; la confiance filiale illumine sa vie comme une lampe… Si nous vivons comme cela, nous entrerons dans une vie semblable à celle des anges.

    Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
    Sermons sur le Cantique des Cantiques, n°11, 1 (trad. Canevet, Cerf 1992, p.141 rev.)

     

     

     

  • « Le Royaume de Dieu est au milieu de vous et au dedans de vous. »

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    L’action de grâce, la gratitude de celui qui reçoit incite celui qui donne à donner toujours davantage. Mais celui qui ne rend pas grâce pour les plus petites choses ne peut être que menteur et injuste dans les grandes. Celui qui est malade et qui connaît sa maladie peut demander la guérison ; celui qui reconnaît sa souffrance est proche de sa guérison, et il la trouvera facilement…

    Souviens-toi de la chute de ceux qui se croyaient forts, et sois humble en tes vertus… Chasse-toi toi-même, et ton ennemi sera chassé loin de toi. Apaise-toi toi-même, et le ciel et la terre te combleront de paix. Efforce-toi d’entrer dans le trésor de ton cœur, et tu verras le trésor du ciel. Car l’un et l’autre sont le même. Entrant dans l’un, tu contemples les deux. L’échelle de ce Royaume est en toi, cachée dans ton âme. Plonge en toi-même pour y découvrir ton péché : c’est là que tu trouveras les degrés par lesquels tu pourras t’élever… : « Le Royaume des cieux est en vous. »

    Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul
    Discours, 1ère série, n°30 (trad. Touraille, DDB 1981, p. 188 rev.)

     

     

     

  • Je te remercie, mon Dieu

    bandeau_verticalJe te remercie, mon Dieu, pour toutes les grâces,
    Dont tu me combles sans cesse,
    Et qui m’éclairent, comme la lumière du soleil,
    Par elles tu me montres le chemin sûr.

    Merci, mon Dieu, de m’avoir créée,
    De m’avoir appelée du néant à l’existence,
    D’y avoir marqué ta divine empreinte,
    Et de ne l’avoir fait que par amour.

    Merci, mon Dieu, pour le saint baptême,
    Qui m’a incorporée à la famille divine ;
    C’est un don inconcevable et grand,
    Qui transforme nos âmes.

    Merci, Seigneur, pour la sainte confession
    Pour cette source de grande miséricorde,
    Qui est intarissable,
    Pour cette source inconcevable de grâces,
    Qui rend la blancheur aux âmes souillées par le péché.

    Je te remercie, Jésus, pour la sainte Communion,
    Par laquelle toi-même tu te donnes à nous ;
    Je sens comme ton cœur bat en ma poitrine,
    Comme toi-même tu épanouis la vie divine en moi.

    Je te remercie, Saint Esprit, pour le sacrement de la confirmation,
    Qui m’a armée chevalier à ton service,
    Et donne force à l’âme à chaque instant,
    Et me protège du mal…

    Je te remercie, Seigneur, pour le sacrement de l’extrême-onction
    Qui me fortifiera pour la lutte dans mes derniers moments,
    Et m’aidera à parvenir au salut,
    Et donnera force à mon âme,
    Afin que nous nous réjouissions éternellement.

    Merci, mon Dieu, pour toutes les inspirations,
    Dont ta bonté me comble,
    Pour ces illuminations intérieures de l’âme,
    Qu’on ne peut pas exprimer, mais que le cœur ressent.

    Merci, Sainte Trinité, pour cette foule de grâces,
    Dont tu me combles à chaque instant, ma vie durant.
    Ma gratitude croîtra à mon entrée dans l’aube éternelle,
    Lorsque j’entonnerai pour la première fois un chant à ta gloire.

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938), religieuse
    Petit Journal, § 1286 (trad. Parole et dialogue 2002, p. 433)

     

     

     

  • « Dites-vous : ‘ Nous sommes des serviteurs quelconques ’ »

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    Les yeux du Seigneur regardent les humbles, pour qu’ils se réjouissent. Mais la face du Seigneur se détourne des orgueilleux, pour les humilier. L’humble reçoit toujours de Dieu la compassion… Fais-toi petit en tout devant tous les hommes, et tu seras élevé plus haut que les princes de ce monde. Devance tous les êtres, embrasse-les, abaisse-toi devant eux, et tu seras honoré plus que ceux qui offrent de l’or. Descends plus bas que toi-même, et tu verras la gloire de Dieu en toi. Car là où germe l’humilité, là se répand la gloire de Dieu… Si tu as l’humilité dans ton cœur, Dieu t’y révélera sa gloire…

    N’aime pas l’honneur, et tu ne seras pas déshonoré. L’honneur fuit devant celui qui court après lui. Mais l’honneur poursuit celui qui le fuit, et il proclame à tous les hommes son humilité. Si tu te méprises toi-même, afin de ne pas être honoré, c’est Dieu qui te manifestera. Si tu te blâmes toi-même par amour de la vérité, Dieu permettra que tu sois loué devant toutes ses créatures. Elles ouvriront devant toi la porte de la gloire de ton Créateur, et elles te loueront. Car tu es en vérité à son image et à sa ressemblance (Gn 1,26).

    Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul
    Discours, 1ère série, n°5 (trad. Touraille, DDB 1981, p. 87 rev.)

     

     

     

  • Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 2,13-22.

    Comme la Pâque des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem.
    Il trouva installés dans le Temple les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.
    Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs,
    et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »
    Ses disciples se rappelèrent cette parole de l’Écriture : L’amour de ta maison fera mon tourment.
    Les Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? »
    Jésus leur répondit : « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. »
    Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »
    Mais le Temple dont il parlait, c’était son corps.
    Aussi, quand il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent aux prophéties de l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.

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    Salomon, parce qu’il était prophète, a fait un temple de pierre et de bois…pour le Dieu vivant qui a fait le ciel et la terre, et dont la demeure est aux cieux… Pourquoi Dieu a-t-il demandé qu’un temple soit bâti ? Était-il privé de demeure ? Écoutez le discours d’Étienne, au moment de sa Passion : « Salomon, dit-il, lui construisit une maison, mais le Très-Haut n’habite pas les temples faits de main d’homme » (Ac 7,48). Pourquoi dès lors a-t-il bâti ou fait bâtir un temple ? Pour préfigurer le corps du Christ. Le premier temple n’était qu’une ombre (Col 2,17) : quand la lumière vient, l’ombre s’enfuit. Cherches-tu maintenant le temple construit par Salomon ? C’est une ruine que tu trouves. Pourquoi ce temple n’est-il que ruine ? Parce que la réalité qu’il annonçait s’est accomplie. Le vrai temple, le corps du Seigneur, est tombé aussi, mais il s’est relevé, et si bien relevé qu’il ne pourra jamais plus tomber…

    Et nos corps à nous ? Ils sont membres du Christ. Écoutez saint Paul : « Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ ? » (1Co 6,15) Lorsqu’il dit : « Vos corps sont les membres du Christ », qu’est-ce à dire, sinon que nos corps, joints à notre tête qui est le Christ (Col 1,18), font ensemble un temple unique, le temple de Dieu ? Avec le corps du Christ, nos corps sont ce temple… Laissez-vous construire dans l’unité, pour ne pas tomber en ruine en restant séparés.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
    Sermon Morin n°3, 4 ; PLS 2, 664 (trad. Solesmes, Lectionnaire, t. 3, p. 916 rev.)

  • « Faites-vous des amis avec l’argent trompeur. »

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    « Abraham était assis à l’entrée de sa tente, nous dit l’Écriture, il y était assis au plus chaud du jour » (Gn 18,1). Les autres se reposaient ; lui guettait la venue d’hôtes éventuels. Il méritait bien que Dieu vienne à lui au chêne de Mambré, celui qui cherchait avec tant d’empressement à exercer l’hospitalité…

    Oui, l’hospitalité est bonne, elle a sa récompense particulière : elle s’attire d’abord la gratitude des hommes ; elle reçoit aussi — ce qui est plus important — un salaire de la part de Dieu. Nous sommes tous, en cette terre d’exil, des hôtes de passage. Pour un temps, nous avons à loger sous un toit ; bientôt, il faudra en déloger. Prenons garde ! Si nous avons été durs ou négligents dans l’accueil des étrangers, une fois écoulé le cours de cette vie, les saints pourraient bien, à leur tour, refuser de nous accueillir. « Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, dit le Seigneur dans l’Évangile, afin qu’ils vous reçoivent dans les demeures éternelles »…

    D’ailleurs, sais-tu si ce n’est pas Dieu que tu reçois, alors que tu penses n’avoir affaire qu’à des hommes ? Abraham accueille des voyageurs ; en réalité il reçoit chez lui Dieu et ses anges. Toi aussi, qui accueilles un étranger, c’est Dieu que tu reçois. Le Seigneur Jésus l’atteste dans l’Évangile : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. Ce que vous avez fait à l’un de ces tout-petits, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,35.40).

    Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l’Église
    Sur Abraham, I, 5, 32-35 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, vol. 1, Mediaspaul 1988, p. 63)

     

     

     

  • « Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut pas être mon disciple. »

    ste_th10Ma sœur chérie, comment pouvez-vous me demander s’il vous est possible d’aimer le Bon Dieu comme je l’aime ?… Mes désirs du martyre ne sont rien, ce ne sont pas eux qui me donnent la confiance illimitée que je sens en mon cœur. Ce sont, à vrai dire, les richesses spirituelles qui rendent injuste, lorsqu’on s’y repose avec complaisance et que l’on croit qu’ils [sic] sont quelque chose de grand… Je sens bien que…ce qui plaît au Bon Dieu dans ma petite âme c’est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c’est l’espérance aveugle que j’ai en sa miséricorde. Voilà mon seul trésor…

    Ô ma sœur chérie…, comprenez que pour aimer Jésus…plus on est faible, sans désirs, ni vertus, plus on est propre aux opérations de cet Amour consumant et transformant. Le seul désir d’être victime suffit, mais il faut consentir à rester pauvre et sans force, et voilà le difficile car « Le véritable pauvre d’esprit, où le trouver ? Il faut le chercher bien loin », a dit le psalmiste. Il ne dit pas qu’il faut le chercher parmi les grandes âmes, mais « bien loin », c’est-à-dire dans la bassesse, dans le néant.

    Restons donc bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse, aimons à ne rien sentir, alors nous serons pauvres d’esprit et Jésus viendra nous chercher ; si loin que nous soyons il nous transformera en flammes d’amour. Oh, que je voudrais pouvoir vous faire comprendre ce que je sens ! C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour. La crainte ne conduit-elle pas à la Justice ? (À la justice sévère telle qu’on la représente aux pécheurs mais pas de cette justice que Jésus aura pour ceux qui l’aiment.) Puisque nous voyons la voie, courons ensemble. Oui, je le sens, Jésus veut nous faire les mêmes grâces, il veut nous donner gratuitement son Ciel.

    Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l’Église
    Lettre 197 du 17/09/1896 (OC, Cerf DDB 1996, p. 552)

     

     

     

  • « Dépêche-toi d’aller sur les places et dans les rues de la ville, et amène ici les pauvres. »

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    Le pauvre n’a pas faim seulement de pain, il a aussi terriblement faim de dignité humaine. Nous avons besoin d’amour et d’exister pour quelqu’un d’autre. C’est là que nous commettons une erreur lorsque nous repoussons les gens sur le bas-côté. Non seulement nous avons refusé aux pauvres un morceau de pain mais, en les considérant comme rien, en les abandonnant à la rue, nous leur refusons cette dignité qui est la leur, de plein droit, en tant qu’enfants de Dieu. Le monde, aujourd’hui, est affamé non seulement de pain, mais d’amour ; il a faim d’être désiré, d’être aimé. Les gens ont faim de sentir la présence du Christ. Dans beaucoup de pays, on dispose de tout en abondance, sauf de cette présence, de cette bienveillance.

    En chaque pays il y a des pauvres. Il est des continents où la pauvreté est plus spirituelle que matérielle, une pauvreté faite de solitude, de découragement, d’une absence de sens. Mais j’ai vu aussi, en Europe ou en Amérique, des gens dans le plus grand dénuement dormir sur des cartons, des chiffons, dans les rues. Paris, Londres ou Rome connaissent cette forme de pauvreté. Il est si simple de parler ou de se préoccuper des pauvres qui sont au loin. Il est plus difficile, et peut-être un plus grand défi, de prêter attention et de se soucier du pauvre qui vit à deux pas de chez nous.

    Le riz, le pain, que je donne à l’affamé ramassé dans la rue apaiseront sa faim. Mais celui qui vit dans l’exclusion, le manque d’amour et une grande peur, combien il sera difficile de combler cette faim-là. Vous qui habitez en Occident, bien plus que la pauvreté matérielle, vous connaissez la pauvreté spirituelle, et c’est pour cela que vos pauvres sont parmi les plus pauvres. Parmi les riches, il y a souvent des personnes spirituellement très pauvres. Je trouve qu’il est facile de nourrir un affamé ou de fournir un lit à un sans-abri, mais consoler, effacer l’amertume, la colère et l’isolement qui viennent de l’indigence spirituelle, cela demande beaucoup plus de temps.

    Bienheureuse Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
    No Greater Love, p. 93

     

     

     

  • Apprendre

    .
    Le vase qu’il façonnait de sa main avec l’argile fut manqué. Alors il recommença, et il fit un autre vase qu’il jugea satisfaisant Jérémie 18. 1-6
     .
    12149982-vector-illustration-de-vasesIl est des situations relationnelles, professionnelles, spirituelles, qu’à vue humaine, nous pouvons juger sans issue : nous avons fait des propositions, nous avons tenté de changer quelques paramètres, et l’obstacle est toujours là. Il semble que quoi que nous fassions, il ne sortira rien de nos tentatives. De telles situations génèrent un découragement bien compréhensible. Mais l’histoire de la poterie rapportée par Jérémie souligne que ce qui est impossible aux hommes reste toujours possible à Dieu. Les disciples de Jésus ont été confrontés à de telles situations, que seul Dieu a pu retourner : Élisabeth, stérile et âgée, connaît la joie de l’enfantement (*) ; les riches, a priori recalés pour leur entrée dans le Royaume de Dieu, trouvent l’ouverture (**).
    L’impossibilité à vue humaine est souvent une épreuve, au double sens du mot : une peine douloureuse, mais aussi une sorte de test de la confiance que l’on met en Dieu. Quand une situation difficile est pleinement confiée à Dieu, il n’est pas sûr que celui-ci la résolve de la manière que nous pensons ou souhaitons, par exemple en réparant le vase brisé, mais il la résout, éventuellement en faisant un autre vase. Qu’il nous faut alors apprendre à recevoir et à reconnaître !
     .
    *  Évangile selon saint Luc, chapitre 1, versets 36-37
    **  Évangile selon saint Luc, chapitre 18, versets 25-27
     .
    La méditation
    frère Hervé Ponsot
    couvent de Lille
  • Commémoration de tous les fidèles défunts

    Espérance

    Pourquoi est-ce que je te pleurerais, mon frère qui m’aimais tant et qui m’a été enlevé…? Car je n’ai pas perdu mes relations avec toi ; elles ont complètement changé pour moi : jusqu’ici elles étaient inséparables du corps, maintenant elles sont indissociables des sentiments. Tu restes avec moi et tu y resteras toujours… L’apôtre Paul me rappelle et met une sorte de frein à mon chagrin par ces mots… : « Nous ne voulons pas, frères, vous laisser dans l’ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort, pour que vous ne soyez pas tristes comme les autres qui n’ont pas d’espérance » (1Th 4,13)…

    Mais tous les pleurs ne sont pas signe de manque de foi ou de faiblesse. La douleur naturelle est une chose, la tristesse de l’incroyance en est une autre… La douleur n’est pas seule à avoir des larmes : la joie a ses larmes, l’affection elle aussi fait venir les pleurs et la parole arrose le sol de larmes, et la prière, selon les mots du prophète, baigne de larmes notre lit (Ps 6,7). Quand on a enseveli les patriarches, leur peuple aussi a beaucoup pleuré sur lui-même. Les larmes sont donc des signes d’affection et non des incitations à la douleur. J’ai pleuré, je l’avoue, mais le Seigneur aussi a pleuré (Jn 11,35) ; lui a pleuré quelqu’un qui n’était pas de sa famille, moi un frère. Lui, en un seul homme, a pleuré tous les hommes ; moi je te pleurerai, mon frère, en tous les hommes.

    C’est avec notre sensibilité que le Christ a pleuré, non avec la sienne, car la divinité n’a pas de larmes… Il a pleuré en cet homme qui était « triste à en mourir » (Mt 26,38) ; il a pleuré en celui qui a été crucifié, qui est mort, qui a été enseveli ; il a pleuré en cet homme…né de la Vierge.

    Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l’Église
    Sur la mort de son frère, § 6 (trad. coll. Migne n°84, p. 225 rev.)