Catégorie : Année liturgique

  • Jeudi saint

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    Triduum pascal : Jeudi Saint

    Extraits de la Catéchèse du Pape Benoît XVI
    (19 mars 2008)

    Chers frères et sœurs,

    Les trois jours du Triduum pascal sont couramment appelés « saints » car ils nous font revivre l’événement central de notre Rédemption; ils nous renvoient en effet au noyau essentiel de la foi chrétienne: la passion, la mort et la résurrection de Jésus Christ. Ce sont des jours que nous pourrions considérer comme un jour unique: ils constituent le cœur et le point fondamental de toute l’année liturgique comme de la vie de l’Église. Au terme de l’itinéraire quadragésimal, nous nous apprêtons nous aussi à entrer dans le climat même dans lequel Jésus a vécu à Jérusalem. Nous voulons réveiller en nous la mémoire vivante des souffrances que le Seigneur a endurées pour nous et nous préparer à célébrer avec joie, dimanche prochain « la vraie Pâque, que le Sang du Christ a couverte de gloire, la Pâque lors de laquelle l’Église célèbre la Fête qui est à l’origine de toutes les fêtes », comme dit la préface pour le jour de Pâques dans le rite de saint Ambroise.

    Chers frères et sœurs, en ces jours uniques, orientons résolument notre vie vers une adhésion généreuse et convaincue aux desseins du Père céleste; renouvelons notre “oui” à la volonté divine comme l’a fait Jésus avec le sacrifice de la croix. Les rites suggestifs du Jeudi Saint, du Vendredi Saint, le silence riche de prière du Samedi Saint et la Veillée pascale solennelle nous offrent l’opportunité d’approfondir le sens et la valeur de notre vocation chrétienne qui naît du Mystère pascal et de la concrétiser en nous mettant fidèlement à la suite du Christ en toute circonstance, comme Il l’a fait, jusqu’au don généreux de notre vie.

    Jeudi Saint : l’Église fait mémoire de la Dernière Cène au cours de laquelle le Seigneur, la veille de sa passion et de sa mort, a institué le sacrement de l’Eucharistie et celui du sacerdoce ministériel. Lors de cette même nuit, Jésus nous a laissé le commandement nouveau, “mandatum novum”, le commandement de l’amour fraternel. Avant d’entrer dans le Saint Triduum, mais déjà en lien étroit avec lui, dans chaque communauté diocésaine aura lieu la messe chrismale, au cours de laquelle l’évêque et les prêtres du presbyterium diocésain renouvellent les promesses de l’ordination. Sont également bénies les huiles pour la célébration des sacrements: l’huile des catéchumènes, l’huile des malades et le saint chrême. C’est un moment particulièrement important pour la vie de chaque communauté diocésaine qui, rassemblée autour de son pasteur, ressoude son unité et sa fidélité au Christ, unique Grand Prêtre Eternel.

    Le soir, au cours de la messe in Cena Domini, on fait mémoire de la Dernière Cène, quand le Christ s’est donné à nous tous comme nourriture de salut, comme remède d’immortalité: c’est le mystère de l’Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne. Dans ce sacrement de salut, le Seigneur a offert et réalisé pour tous ceux qui croient en Lui, l’union la plus profonde possible entre notre vie et la sienne.

    Avec le geste humble et combien expressif du lavement des pieds, nous sommes invités à rappeler ce que le Seigneur fit à ses apôtres: en leur lavant les pieds il proclama concrètement la primauté de l’amour, l’amour qui se fait service jusqu’au don de soi, anticipant ainsi également le sacrifice suprême de sa vie qui se consumera le lendemain sur le Calvaire. Selon une belle tradition, les fidèles terminent le Jeudi Saint par une veillée de prière et d’adoration eucharistique pour vivre plus profondément l’agonie de Jésus à Gethsémani. […]

    Pour lire la Catéchèse complète :
    >>> Le Triduum pascal

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    Source principale : vatican.va (« Rév. x gpm »).

  • Mercredi saint

     » O Christ, tu t’avances vers ta Passion volontaire. Béni sois-tu, toi qui viens au nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux ! »

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    Après les joyeux « Hosanna » et la ronde des enfants du dimanche des Rameaux, nous voyons le Fils de l’homme avancer résolument vers Son jour, de jour en jour, de pas en pas, de silence de consentement en silence d’adoration… Et, en ce mercredi, nous en sommes aux ultimes préparatifs. Tout comme les disciples n’ont peut-être pas voulu voir, pas pu comprendre ce qui se tramait, nos yeux ont du mal à s’ouvrir à la réalité bouleversante d’un tel amour. Dieu se donnerait-il vraiment, jusque là, pour nous?
    Les textes liturgiques sont là pour nous faire entrer un peu plus dans ce mystère insondable, pour faire réaliser un peu mieux le désir, l’immense, l’infini désir de Dieu. Jésus dit aux disciples : « Allez à la ville chez un tel et dites : Le maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples ».
    Et d’année en année, de Mercredi Saint en Mercredi Saint, cette phrase nous est redonnée. (…) Et de jour en jour, d’année en année, nous nous laissons retrouver par le Christ, l’aîné de la multitude, nous nous laissons rejoindre par son salut, remettre en route pour avancer avec lui sur le chemin de la vie filiale.

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    Voilà donc, au cœur de la Semaine sainte de la Rédemption, à la veille du grand Triduum pascal, la grâce du Mercredi Saint dans toute sa plénitude. Nous n’avons pas fini de méditer sur la profondeur inouïe de ce don de lui-même que le Christ nous a fait en voulant nous sauver tous, tout en nous préférant chacun. Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude (Matthieu 20, 28).

    En célébrant la Passion de ton Fils, puissions-nous, avec la grâce de ton Esprit, entrer, ô Père, dans la pleine lumière de ton mystère d’amour infini !

     

    http://jerusalem.cef.fr/index.php/de-jerusalem/revue-sources-vives/liste-des-numeros-parus

  • Mardi saint

    Quand vient l’heure du Mardi Saint

    Écoutez-moi, îles lointaines ! Peuples éloignés, soyez attentifs…
    Le Seigneur a fait de ma bouche une épée tranchante,
    il m’a protégé par l’ombre de sa main…
    Il m’a dit : Tu es mon serviteur, en toi je me glorifierai.

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    Depuis des siècles déjà, l’Écriture annonçait la venue mystérieuse de ce Serviteur, à la fois souffrant et rédempteur. Malgré son sentiment de s’être fatigué pour rien, et d’avoir en pure perte usé ses forces, le Seigneur maintenait une immense promesse : Je vais faire de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux confins de la terre. Et les siècles passaient sans que le peuple de Dieu puisse voir se lever l’aube de ce salut tant attendu.
    Mais un jour Jésus est enfin apparu. Je suis la lumière du monde ; qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie (Jean 8,12) on sait qu’alors, pour tout une part, les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises. (…)
    Nous voilà donc au cœur de ce grand combat entre les ténèbres et la lumière qui veut nous révéler un prodigieux mystère : le Mystère de notre salut (Colossiens 1, 24-27) ! Nous voilà enfin arrivés à l’heure tant attendue.

    Voici donc Jésus seul sur une route où nul n’est capable de le suivre. Pour marquer cette solitude absolue du creux de laquelle jaillira la suprême communion, cette noire solitude en face de l’incompréhension et de l’hostilité, deux figures se dressent au seuil de la nuit. Celle de deux apôtres dont il a voulu faire des amis et qui vont devenir tous deux, l’un Judas, un traître et l’autre, Simon-Pierre, un renégat. Tel est, dans son réalisme abrupt, la dure réalité de ce que le Christ est venu souffrir non seulement pour nous, mais encore par nous. Trahi par l’un, renié par l’autre, abandonné de tous, Jésus s’enfonce aujourd’hui dans la nuit la plus noire et la plus longue de notre propre histoire.
    Voici venue l’heure – et elle est venue – où vous serez dispersés, chacun de son côté, et me laisserez seuls (Jean 13, 32). Mais cette heure le Christ l’a voulue. Il l’a choisie. Il l’a préparée. Et il proclame même que c’est celle de sa glorification. (…) Que nous reste-t-il à faire en ce Mardi Saint, nous qui sommes un peu, à nos heures, renégats comme Pierre ou traîtres comme Judas ? Il nous reste à contempler la route où Jésus s’enfonce tout seul vers cet endroit où nous ne pouvons pas aller, tant est profond l’abîme de sa kénose (anéantissement) où nul d’entre nous n’est à même de l’accompagner.
    Il nous reste à contempler cette route avec la certitude que ce Jésus qui s’en va, ce soir, vers la croix, c’est aussi le Christ vainqueur de la mort qui en reviendra afin de nous prendre un jour tout entiers, avec lui, dans son Royaume, sachant bien que Celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera nous aussi avec Jésus et nous placera près de lui avec vous (2 Corinthiens 5, 14).
    Ne soyons pas plus présomptueux que Simon-Pierre ou plus désespérés que Judas. La nuit va nous envelopper à nouveau tout à l’heure. Nous ferons glisser une fois encore nos pas dans le dédale des trottoirs et des rues. Nous nous retrouverons dans la solitude de nos appartements ; et le grand silence du soir viendra envelopper nos âmes. Mais nous savons que nous ne sommes plus seuls. Jésus Christ a lavé nos reniements et racheté nos trahisons. Nos pires solitudes sont habitées par la présence de son amour. Comment donc ne pas espérer, au soir de ce Mardi Saint où nous avons vu le Fils du Dieu vivant partir mourir d’amour pour nous, afin que notre mort ne soit plus qu’une pâque vers lui !

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  • Lundi Saint

    En ce Lundi Saint, la Liturgie de l’Eglise nous fait contempler le Verbe Incarné suppliant Dieu Son Père de Lui venir à son aide (Introït de la Messe : « Jugez, Seigneur, ceux qui me persécutent ; désarmez ceux qui m’attaquent; Prenez vos armes et votre bouclier, et levez-vous pour venir à mon secours, ô Seigneur, ma force et mon salut »). Six jours avant la Pâque, Jésus-Christ sait parfaitement que son heure est proche. Tandis que Marie de Béthanie répand le parfum (« pistis » = « fides ») très pur sur ses pieds, Il la loue pour ce geste plein de tact, et blâme Judas, dont le cœur est plein de haine. Prions : « Seigneur Jésus, tout au long de cette semaine, à l’exemple de Marie de Béthanie, nous voulons demeurer auprès de Vous. Nous voulons nous décentrer de nous-mêmes pour nous préoccuper seulement de Vous et de Vous seul, Vous offrir le peu que nous avons mais Vous le donner totalement et sans réserve. Nos cœurs ainsi tout ouvert à Votre présence nous permettrons d’accueillir sans réserve le don de Votre Salut. Ainsi soit-il ».

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    « Marie, prenant une livre de parfum de nard pur, d’un grand prix, le répandit sur les pieds de Jésus et les essuya avec ses cheveux. Et la maison fut remplie de l’odeur du parfum. » Voilà le fait historique, cherchons le symbole. Qui que tu sois, si tu veux être une âme fidèle, répands avec Marie un parfum précieux sur les pieds du Seigneur. Ce parfum, c’est la droiture… Répands du parfum sur les pieds de Jésus ; suis les traces du Seigneur par une vie sainte. Essuie ses pieds avec tes cheveux : si tu as du superflu, donne-le aux pauvres et tu auras ainsi essuyé les pieds du Seigneur… Peut-être que les pieds du Seigneur sur la terre sont dans le besoin. N’est-ce pas de ses membres, en effet (Ep 5,30), qu’il dira à la fin du monde : « Ce que tu as fait pour le plus petit des miens, c’est à moi que tu l’as fait » (Mt 25,40).

    « Et la maison fit remplie de l’odeur du parfum. » C’est-à-dire, le monde a été rempli de la bonne renommée de cette femme, car la bonne odeur, c’est la bonne renommée. Ceux qui associent le nom de chrétiens à une vie malhonnête font injure au Christ…; si le nom de Dieu est blasphémé par ces mauvais chrétiens, il est, au contraire, loué et honoré par les bons, « car nous sommes en tous lieux la bonne odeur du Christ » (2Co 2,14-15). Il est dit aussi dans le Cantique des Cantiques : « Ton nom est un parfum répandu » (1,3).

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
    Sermons sur l’évangile de Jean, n°50, 6-7

     

     

     

  • Dimanche des Rameaux et de la Passion

    img187Extraits de l’Homélie de Saint Jean-Paul II (13 avril 2003)

     

    1. « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! » (Mc 11, 9).
    La liturgie du Dimanche des Rameaux est comme une porte d’entrée solennelle dans la Semaine Sainte. Elle associe deux moments opposés entre eux : l’accueil de Jésus à Jérusalem et le drame de la Passion: l’« Hosanna » joyeux et le cri plusieurs fois répété : « Crucifie-le! » ; l’entrée triomphale et la défaite apparente de la mort sur la Croix. Elle anticipe ainsi l’« heure » où le Messie devra beaucoup souffrir, sera tué et ressuscitera le troisième jour (cf. Mt 16, 21), et elle nous prépare à vivre en plénitude le mystère pascal.

    2. « Crie de joie, fille de Jérusalem / Voici que ton roi vient à toi » (Zc 9, 9). En accueillant Jésus, la Cité dans laquelle vit la mémoire de David se réjouit; la Cité des prophètes, dont un grand nombre subirent le martyre pour la vérité ; la Cité de la paix, qui au cours des siècles a connu la violence, la guerre, la déportation.
    D’une certaine façon, Jérusalem peut être considérée comme la Ville-symbole de l’humanité, en particulier en ce dramatique début de troisième millénaire que nous vivons. C’est pourquoi les rites du Dimanche des Rameaux acquièrent une éloquence particulière. Les paroles du prophète Zacharie retentissent de façon réconfortante : « Exulte avec force, fille de Sion! / Crie de joie, fille de Jérusalem! / Voici que ton roi vient à toi : / Il est juste et victorieux, / humble, monté sur un âne / … l’arc de guerre sera retranché. / Il annoncera la paix aux nations »(9, 9-10). Aujourd’hui nous sommes en liesse, car Jésus, le Roi de la Paix, entre à Jérusalem.

    3. Alors, le long de la descente du mont des Oliviers, les enfants et les jeunes de Jérusalem accoururent à la rencontre du Christ, en l’acclamant et en agitant joyeusement des rameaux d’olivier et des palmes. […]

    5.« Voici ta Mère! »Jésus adresse ces paroles à chacun de vous, chers amis. A vous aussi, il demande de prendre Marie comme Mère « dans votre maison », de l’accueillir « parmi vos biens », car « c’est Elle qui, en accomplissant son ministère maternel, vous éduque et vous modèle jusqu’à ce que le Christ soit formé pleinement en vous ». Que Marie fasse en sorte que vous répondiez généreusement à l’appel du Seigneur, et que vous persévériez avec joie et fidélité dans la mission chrétienne! […]

    6.« Vraiment cet homme était Fils de Dieu! »(Mc 15, 39). Nous avons à nouveau écouté la claire profession de foi, exprimée par le centurion, « voyant qu’il avait ainsi expiré »(ibid.). C’est de ce qu’il a vu, que naît le surprenant témoignage du soldat romain, le premier à proclamer que cet homme crucifié « était Fils de Dieu ».
    Seigneur Jésus, nous aussi nous avons « vu » comment tu as souffert et comment tu es mort pour nous. Fidèle jusqu’au bout, tu nous a arrachés à la mort par ta mort. Avec ta Croix, tu nous a rachetés.
    Toi, Marie, Mère qui souffres, tu es le témoin silencieux de ces instants décisifs pour l’histoire du salut.
    Donne-nous tes yeux pour reconnaître sur le visage du Crucifié, défiguré par la douleur, l’image du Ressuscité glorieux.
    Aide-nous à l’embrasser et à avoir confiance en Lui, afin de devenir dignes de ses promesses.
    Aide-nous à lui être fidèles aujourd’hui et tout au long de notre vie.
    Amen!
    Source principale : vatican.va (« Rév. x gpm »).

     

     

  • « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. »

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    Afin de blanchir la multitude, un seul s’est laissé noircir…, car « il est bon, dit l’Ecriture, qu’un seul homme meure pour le peuple ». Il est bon qu’un seul prenne « la ressemblance de la chair de péché » (Rm 8,3), et que toute la race ne soit pas condamnée pour le péché. La splendeur de l’essence divine se voile donc en la forme d’esclave, pour sauver la vie de l’esclave. L’éclat de la vie éternelle s’assombrit dans la chair pour purifier la chair. Pour éclairer les fils des hommes, le plus beau des enfants des hommes (Ps 44,3) doit s’obscurcir dans sa Passion, accepter la honte de la croix. Exsangue dans la mort, qu’il perde toute beauté, tout honneur, pour s’acquérir, belle et glorieuse, son Epouse sans tache ni ride, l’Église (Ep 5,27).

    Mais sous cette tente noire (Ct 1,5)…, je reconnais le roi… Je le reconnais et je l’embrasse. Je vois sa gloire qui est à l’intérieur ; je devine l’éclat de sa divinité, la beauté de sa force, la splendeur de sa grâce, la pureté de son innocence. La couleur misérable de l’infirmité humaine le couvre ; son visage est comme caché, défait, à l’heure où pour nous ressembler il est éprouvé comme nous, mais n’a pas péché.

    Je reconnais aussi la forme de notre nature souillée, je reconnais cette tunique de peau, le vêtement de nos premiers parents (Gn 3,21). Mon Dieu s’en est revêtu, prenant la forme de l’esclave, devenu semblable aux hommes (Ph 2,7) et habillé comme eux. Sous cette peau de chevreau, signe du péché, dont se couvrit Jacob (Gn 27,16), je reconnais la main qui n’a pas péché, la nuque jamais courbée sous l’emprise du mal. Je sais, Seigneur, que par nature tu es doux, humble de cœur, abordable, paisible, souriant, toi qui as été « oint de l’huile de joie plus que tes compagnons » (Mt 11,29 ;Ps 44,8). D’où te vient donc cette rude ressemblance d’Esaü, cette affreuse apparence du péché ? Ah, c’est la mienne ! … Je reconnais mon bien, et sous mon visage je vois mon Dieu, mon Sauveur.

    Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église
    Sermon 28 sur le Cantique des cantiques (trad. Solms, Christs romans, Zodiaque 1963, p. 147 rev.)

     

     

     

  • « Il est écrit dans votre Loi : ‘ J’ai dit : Vous êtes des dieux ‘ »

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    « Dieu dit : faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » (Gn 1,26). Comme si le Créateur entrait en lui-même ; comme si, en créant, non seulement il appelait du néant à l’existence en disant : « Qu’il soit ! », mais, d’une façon particulière, il tirait l’homme du mystère de son propre être. Cela est compréhensible parce qu’il ne s’agit pas seulement de l’être, mais de l’image. L’image doit refléter ; elle doit reproduire, en un certain sens, la substance de son prototype… Il est évident que cette ressemblance ne doit pas être entendue comme un « portrait », mais comme le fait pour un être vivant d’avoir une vie semblable à celle de Dieu…

    En définissant l’homme comme « image de Dieu », le livre de la Genèse met en évidence ce par quoi l’homme est homme, ce par quoi il est un être distinct de toutes les autres créatures du monde visible. La science, on le sait, a fait et continue de faire, dans différents domaines, de nombreuses tentatives pour montrer les liens de l’homme avec le monde naturel, pour montrer sa dépendance de ce monde, afin de l’insérer dans l’histoire de l’évolution des différentes espèces.

    Tout en respectant ces recherches, nous ne pouvons pas nous limiter à elles. Si nous analysons l’homme au plus profond de son être, nous voyons qu’il se différencie du monde de la nature plus qu’il ne lui ressemble. C’est également dans ce sens que procèdent l’anthropologie et la philosophie lorsqu’elles cherchent à analyser et à comprendre l’intelligence, la liberté, la conscience et la spiritualité de l’homme. Le livre de la Genèse semble aller au-devant de toutes ces expériences de la science et, en disant de l’homme qu’il est « image de Dieu », il fait comprendre que la réponse au mystère de son humanité ne doit pas être cherchée dans sa ressemblance avec le monde de la nature. L’homme ressemble plus à Dieu qu’à la nature. C’est en ce sens que le psaume dit : « Vous êtes des dieux ! » (Ps 82,6), paroles que Jésus reprendra.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
    Audience générale 6/12/78 (trad. DC 1755, p.7)

     

     

     

  • « Abraham a vu mon jour et il a été dans la joie. »

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    « Abraham, votre père, a exulté à la pensée de voir mon jour ; il l’a vu, et il s’est réjoui. » Qu’est-ce à dire ? « Abraham crut en Dieu, qui le lui compta comme justice » (Gn 15,6; Rm 4,3). En premier lieu, il a cru que c’était lui le créateur du ciel et de la terre, le seul Dieu ; ensuite, qu’il rendrait sa postérité pareille aux étoiles du ciel (Gn 15,5). Paul le dit aussi : « comme des astres dans l’univers » (Ph 2,15). C’est donc à juste titre que, quittant toute sa parenté en ce monde, il a suivi la Parole de Dieu, devenant un étranger avec le Verbe, afin de devenir citoyen avec le Verbe, le Fils de Dieu (cf Ep 2,19). C’est à juste titre aussi que les apôtres, ces descendants d’Abraham, ont quitté leur barque et leur père et ont suivi le Verbe (Mt 4,22). Et c’est à juste titre que nous, qui avons la même foi qu’Abraham, prenant notre croix comme Isaac a pris le bois, nous suivons ce même Verbe (Gn 22,6; Mt 16,24).

    Car en Abraham, l’homme avait déjà appris et s’était accoutumé à suivre le Verbe de Dieu. Dans sa foi en effet, Abraham a suivi le commandement de la Parole de Dieu et n’a pas hésité à donner « son fils unique et bien-aimé » en sacrifice à Dieu (Gn 22,2), afin que Dieu aussi accepte, en faveur de toute sa postérité, de livrer son Fils bien-aimé et unique en sacrifice pour notre rédemption (Rm 8,32).

    Et comme Abraham était prophète et qu’il voyait par l’Esprit le jour de la venue du Seigneur et le dessein de sa Passion, c’est-à-dire le salut pour lui-même et pour tous ceux qui comme lui croiraient en Dieu, il a tressailli d’une grande joie. Le Seigneur Christ n’était donc pas inconnu d’Abraham, puisqu’il désirait voir son jour. Et c’est en tant qu’instruit par le Verbe qu’Abraham a connu le Père du Seigneur aussi et a cru en lui… C’est pourquoi il disait : « J’étendrai ma main vers le Dieu très-haut, qui a créé le ciel et la terre » (Gn 14,22).

    Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
    Contre les hérésies, IV, 5, 3-5 ; SC 100 (trad. SC, p. 432 rev.)

     

     

     

     

     

     

     

  • Solennité de l’Annonciation du Seigneur

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    L’Annonciation de la Sainte Vierge et l’Incarnation de Jésus-Christ, base de notre sainte religion, ne forment, pour ainsi dire, qu’un seul et inséparable mystère. Depuis plus de quatre mille ans, la terre attendait le Sauveur promis ; l’heure de la délivrance a sonné enfin : voici le Rédempteur ! Une scène d’une grandeur toute mystérieuse se passe dans les splendeurs du Ciel ; la sainte et adorable Trinité tient conseil.

    Pour réparer l’injure infinie faite à la Divinité par le péché, il faut une réparation infinie et par conséquent divine : le Fils de Dieu descendra de son trône éternel, Il prendra une chair humaine et sera tout ensemble Dieu et homme.

    Le message céleste est confié à l’Archange Gabriel. Où trouvera-t-il celle qui, d’après les plans divins, doit donner naissance au Sauveur du monde ? Sera-ce dans un grand empire ? Non, mais dans la petite province de Galilée, perdue au milieu de l’immense empire romain. Ne convient-il du moins de prendre sur un trône celle qui doit devenir la Mère de son Dieu ? Non : il y a dans la petite ville de Nazareth une humble et pauvre maison où habite une jeune vierge inconnue ; son nom est Marie ; elle est promise en mariage à un ouvrier, Joseph, homme juste.

    En ce moment, elle prie à genoux, et soupire peut-être après la venue du Messie promis. L’Ange soudain paraît devant elle : « Je te salue, pleine de grâce, dit-il, le Seigneur est avec toi, tu es bénie entre toutes les femmes ! »

    Marie se trouble, à ces étonnantes paroles. L’ange ranime aussitôt la confiance de la timide vierge : « Ne crains rien, Marie, ajoute-t-il, tu as trouvé grâce devant Dieu ; tu concevras et tu enfanteras un Fils, à qui tu donneras le nom de Jésus ; Il sera grand, et on l’appellera le Fils du Très-Haut, et son règne n’aura pas de fin. »

    Quelle promesse, quel honneur et quel bonheur ! Mais comment s’opérera cette merveille en celle qui a voué à Dieu sa virginité ? La réponse est facile à l’envoyé du Ciel :
    « L’Esprit-Saint descendra en toi, et la vertu du Très-Haut te couvrira de Son ombre. » Marie n’a plus qu’à prononcer le Fiat qui va faire tressaillir la terre d’espérance : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole. »

    À cet instant béni, le mystère s’accomplit, le Verbe se fait chair, et Marie pourra entonner bientôt le cantique de la reconnaissance : « Mon âme glorifie le Seigneur, et mon cœur exulte en Dieu mon Sauveur ! À cause des grandes choses que Dieu a opérées en moi, toutes les nations m’appelleront bienheureuse ! »

    Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l’année, Tours, Mame, 1950.