Catégorie : Jardins de la Bible

  • « Si Dieu habille ainsi l’herbe des champs, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ? »

    8703c7ac

    Au nom du Dieu saint, je prends aujourd’hui la plume pour que mes paroles, s’estampant sur la feuille blanche, servent de louange perpétuelle au Dieu béni, auteur de ma vie, de mon âme, de mon cœur. Je voudrais que l’univers entier, avec les planètes, tous les astres et les innombrables systèmes stellaires, soient une immense étendue, polie et brillante, où je pourrais écrire le nom de Dieu. Je voudrais que ma voix soit plus puissante que mille tonnerres, et plus forte que le fracas de la mer, et plus terrible que le grondement des volcans, pour seulement dire : Dieu ! Je voudrais que mon cœur soit aussi grand que le ciel, pur comme celui des anges, simple comme celui de la colombe (Mt 10,16), pour y mettre Dieu ! Mais puisque toute cette grandeur dont tu rêves ne peut pas devenir réalité, contente-toi de peu et de toi-même qui n’es rien, Frère Raphaël, car le rien même doit te suffire…

    Pourquoi se taire ? Pourquoi le cacher ? Pourquoi ne pas crier au monde entier et publier aux quatre vents les merveilles de Dieu ? Pourquoi ne pas dire aux gens et à tous ceux qui veulent l’entendre : voyez-vous ce que je suis ? Voyez-vous ce que j’ai été ? Voyez-vous ma misère se traînant dans la boue ? Car peu importe : émerveillez-vous ; malgré tout ça, je possède Dieu. Dieu est mon ami ! Dieu m’aime, moi, d’un tel amour que, si le monde entier le comprenait, toutes les créatures deviendraient folles et hurleraient de stupeur. Et encore, cela est peu. Dieu m’aime tellement que même les anges n’y comprennent rien ! (cf. 1P 1,12) La miséricorde de Dieu est grande ! M’aimer, moi, être mon ami, mon frère, mon père, mon maître. Être Dieu, et moi, être ce que je suis !

    Ah, mon Jésus, je n’ai ni papier, ni plume. Que puis-je dire ! Comment ne pas devenir fou ?

    Saint Raphaël Arnáiz Barón (1911-1938), moine trappiste espagnol
    Écrits spirituels, 04/03/1938, (trad. Cerf 2008, p. 372)

     

     

     

     

  • « Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons. »

    Mathieu5.45-1024x680

    Annonce la bonté de Dieu. Car alors que tu es indigne, il te dirige, et alors que tu lui dois tout, il ne te réclame rien. Et pour les petites choses que tu fais, il te donne en retour de grandes choses. N’appelle pas Dieu donc simplement juste. Car ce n’est pas par rapport à ce que tu fais toi qu’il révèle sa justice. Si David le nomme juste et droit (Ps 32,5), son Fils nous a révélé qu’il est bien plutôt bon et doux : « Il est bon pour les méchants et les impies » (Lc 6,35).

    Comment peux-tu en rester à la simple justice de Dieu, quand tu lis le chapitre sur le salaire des ouvriers ? « Mon ami, je ne te fais aucun tort, je veux donner à ce dernier venu autant qu’à toi. Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce moi je suis bon ? » (Mt 20,13-15). Comment peut-on dire simplement que Dieu est juste quand on lit le chapitre du fils prodigue qui a dissipé la richesse de son père dans la débauche, comment à la seule componction qu’il a montrée, son père a couru vers lui, s’est jeté à son cou et lui a donné plein pouvoir sur toute sa richesse ? (Lc 15,11s) Ce n’est pas un autre qui nous a dit cela sur Dieu, pour que nous en doutions. C’est son Fils lui-même ; lui-même a donné de Dieu ce témoignage. Où donc est la justice de Dieu ? N’est-ce pas en ce qu’« alors que nous étions pécheurs, le Christ est mort pour nous » ? (Rm 5,8) Si Dieu se montre compatissant ici bas, croyons qu’il l’est depuis toute éternité.

    Isaac le Syrien (7e siècle), moine près de Mossoul
    Discours ascétiques, 1ère série, n° 60 (trad. DDB 1981, p. 324 rev.)

     

     

     

  • « Mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères. »

    jesus_et_marie_coeur

    Frères, vous avez appris comment le Royaume des cieux, dans toute sa grandeur, est comparé à une graine de moutarde… Est-ce là tout ce que les croyants espèrent ? Est-ce là tout ce que les fidèles attendent ?… Est-ce là « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme » ? Est-ce là ce que promet l’apôtre Paul et qui est tenu en réserve dans le mystère inexprimable du salut, pour ceux qui aiment ? (1Co 2,9) Ne nous laissons pas déconcerter par les paroles du Seigneur. Si, en effet, « la faiblesse de Dieu est plus forte que l’homme, et si la folie de Dieu est plus sage que l’homme » (1Co 1,25), cette toute petite chose, qui est le bien de Dieu, est plus splendide que toute l’immensité du monde.

    Puissions-nous seulement semer dans notre cœur cette graine de moutarde, de sorte qu’elle devienne le grand arbre de la connaissance (Gn 2,9), s’élevant de toute sa hauteur pour élever notre pensée jusqu’au ciel, et déployant toutes les branches de l’intelligence…

    Le Christ est le Royaume. A la manière d’une graine de moutarde, il a été jeté dans un jardin, le corps de la Vierge. Il a grandi et est devenu l’arbre de la croix qui couvre la terre entière. Après qu’il eut été broyé par la Passion, son fruit a produit assez de saveur pour donner son bon goût et son arôme à tous les êtres vivants qui le touchent. Car, tant que la graine de moutarde demeure intacte, ses vertus restent cachées, mais elles déploient toute leur puissance quand la graine est broyée. De même le Christ a-t-il voulu que son corps soit broyé pour que sa force ne reste pas cachée… Le Christ est roi, car il est le principe de toute autorité. Le Christ est le Royaume, car en lui réside toute la gloire de son royaume.

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l’Église
    Sermon 98, 1-2 ; CCL 24A, 602 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 225 rev.)

     

     

     

  • Solennité du Corps et du Sang du Christ

    Cene-300x160

    Chers frères et sœurs,

    La veille de sa Passion, au cours de la Cène pascale, le Seigneur prit le pain entre ses mains, et, ayant prononcé la bénédiction, le rompit et le leur donna, en disant : « Prenez, ceci est mon corps ». Puis, prenant la coupe, il rendit grâces, la leur donna, et ils en burent tous. Et il dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui va être répandu pour une multitude » (Mc 14, 22-24). Toute l’histoire de Dieu avec les hommes est résumée dans ces paroles. Ce n’est pas seulement le passé qui est réuni et interprété, mais l’avenir également qui est anticipé : la venue du Royaume de Dieu dans le monde. Ce que dit Jésus, ce ne sont pas simplement des paroles. Ce qu’Il dit est un événement, l’événement central de l’histoire du monde et de notre vie personnelle.

    Ces paroles sont inépuisables. Je voudrais méditer avec vous uniquement un seul aspect. Jésus, comme signe de sa présence, a choisi le pain et le vin. À travers chacun de ces deux signes, il se donne entièrement, et non pas uniquement une partie de lui. Le Ressuscité n’est pas divisé. Il est une personne qui, à travers les signes, s’approche de nous et s’unit à nous. Mais les signes représentent, à leur façon, chacun un aspect particulier de Son mystère, et, à travers leur manifestation particulière, ils veulent nous parler, afin que nous apprenions à comprendre un peu plus le mystère de Jésus Christ. Au cours de la procession et dans l’adoration, nous regardons l’Hostie consacrée, – le type le plus simple de pain et de nourriture, composé uniquement d’un peu de farine et d’eau. Il apparaît ainsi comme la nourriture des pauvres, auxquels le Seigneur a accordé en premier lieu sa préférence. La prière à travers laquelle l’Église, au cours de la liturgie de la Messe, remet ce pain au Seigneur, le définit comme le fruit de la terre et du travail de l’homme. Celui-ci contient les peines de l’homme, le travail quotidien de ceux qui cultivent la terre, sèment et récoltent, et enfin, préparent le pain. Toutefois, le pain n’est pas seulement notre produit, quelque chose que nous fabriquons ; c’est le fruit de la terre et donc également un don. Car le fait que la terre porte des fruits n’est pas seulement l’un de nos mérites ; seul le Créateur pouvait lui conférer la fertilité. Et à présent, nous pouvons également étendre encore un peu cette prière de l’Église, en disant : le pain est fruit à la fois de la terre et du ciel. Il suppose la synergie des forces de la terre et des dons d’en haut, c’est-à-dire du soleil et de la pluie. Et l’eau aussi, dont nous avons besoin pour préparer le pain, nous ne pouvons pas la produire seuls. À une période où l’on parle de désertification et où nous entendons toujours plus de mises en garde contre le danger qu’hommes et bêtes meurent de soif dans les imagesrégions privées d’eau – en cette période, nous nous rendons à nouveau compte de la grandeur du don de l’eau également, et combien nous sommes incapables de nous la procurer seuls. Alors, en y regardant de plus près, ce petit morceau d’hostie blanche, ce pain des pauvres, nous apparaît comme une synthèse de la création. Ciel et terre, mais également activité et esprit de l’homme coopèrent. La synergie des forces qui rend possible, sur notre pauvre planète, le mystère de la vie et l’existence de l’homme, nous est présentée dans toute sa merveilleuse grandeur. Ainsi, nous commençons à comprendre pourquoi le Seigneur choisit ce morceau de pain comme son signe. […]

    Le signe du vin nous parle également de façon très semblable. Mais tandis que le pain renvoie à l’aspect quotidien, à la simplicité et au pèlerinage, le vin exprime le caractère exquis de la création : la fête de joie que Dieu veut nous offrir à la fin des temps et que, déjà à présent, il anticipe toujours à nouveau en l’évoquant à travers ce signe. Mais le vin parle également de la Passion : la vigne doit être taillée continuellement pour être ainsi purifiée ; le raisin doit mûrir sous le soleil et la pluie et doit être pressé : ce n’est qu’à travers cette passion que mûrit un vin précieux.

    En la fête du Corpus Domini, nous regardons surtout le signe du pain. Celui-ci nous rappelle également le pèlerinage d’Israël au cours des quarante années passées dans le désert. L’Hostie est notre manne à travers laquelle le Seigneur nous nourrit – c’est véritablement le pain du ciel à travers lequel Il se donne lui-même.

    Au cours de la procession, nous suivons ce signe, et ainsi, nous le suivons Lui-même. Et nous le prions : Guide-nous sur les routes de notre histoire ! Montre toujours à nouveau le droit chemin à l’Église et à ses pasteurs ! Regarde l’humanité qui souffre, qui erre dans l’incertitude parmi tant d’interrogations ; vois la faim physique et psychologique qui la tourmente ! Donne aux hommes du pain pour le corps et pour l’âme ! Donne-leur du travail ! Donne-leur la lumière ! Donne-toi à eux ! Purifie-nous et sanctifie-nous tous ! Fais-nous comprendre que ce n’est qu’à travers la participation à ta Passion, à travers le « oui » à la croix, au renoncement, aux purifications que tu nous imposes, que notre vie peut mûrir et atteindre sa pleine réalisation. Rassemble-nous de toutes les extrémités de la terre. Unis ton Église, unis l’humanité déchirée ! Donne-nous ton salut ! Amen !

    Pour lire l’homélie complète :

    >>>Solennité du Corps et du Sang du Christ
    [Allemand, Anglais, Espagnol, Français, Italien, Portugais]

    Unknown

    SÉQUENCE

    Sion, célèbre ton Sauveur,
    Chante ton chef et ton pasteur
    Par des hymnes et des chants.

    Tant que tu peux, tu dois oser,
    Car il dépasse tes louanges,
    Tu ne peux trop le louer.

    Le Pain vivant, le Pain de vie,
    Il est aujourd’hui proposé
    Comme objet de tes louanges.

    Au repas sacré de la Cène,
    Il est bien vrai qu’il fut donné
    Au groupe des douze frères.

    Louons-le à voix pleine et forte,
    Que soit joyeuse et rayonnante
    L’allégresse de nos coeurs !

    C’est en effet la journée solennelle
    Où nous fêtons de ce banquet divin
    La première institution.

    À ce banquet du nouveau Roi,
    La Pâque de la Loi nouvelle
    Met fin à la Pâque ancienne.

    L’ordre ancien le cède au nouveau,
    La réalité chasse l’ombre,
    Et la lumière, la nuit.

    Ce que fit le Christ à la Cène,
    Il ordonna qu’en sa mémoire
    Nous le fassions après lui.

    Instruits par son précepte saint,
    Nous consacrons le pain, le vin,
    En victime de salut.

    C’est un dogme pour les chrétiens
    Que le pain se change en son corps,
    Que le vin devient son sang.

    Ce qu’on ne peut comprendre et voir,
    Notre foi ose l’affirmer,
    Hors des lois de la nature.

    L’une et l’autre de ces espèces,
    Qui ne sont que de purs signes,
    Voilent un réel divin.

    Sa chair nourrit, son sang abreuve,
    Mais le Christ tout entier demeure
    Sous chacune des espèces.

    On le reçoit sans le briser,
    Le rompre ni le diviser ;
    Il est reçu tout entier.

    Qu’un seul ou mille communient,
    Il se donne à l’un comme aux autres,
    Il nourrit sans disparaître.

    Bons ou mauvais le consomment,
    Mais pour un sort bien différent,
    Pour la vie ou pour la mort.

    Mort des pécheurs, vie pour les justes ;
    Vois : ils prennent pareillement ;
    Quel résultat différent !

    Si l’on divise les espèces,
    N’hésite pas, mais souviens-toi
    Qu’il est présent dans un fragment
    Aussi bien que dans le tout.

    Le signe seul est partagé,
    Le Christ n’est en rien divisé,
    Ni sa taille ni son état
    N’ont en rien diminué.

    Le voici, le pain des anges,
    Il est le pain de l’homme en route,
    Le vrai pain des enfants de Dieu,
    Qu’on ne peut jeter aux chiens.

    D’avance il fut annoncé
    Par Isaac en sacrifice,
    Par l’agneau pascal immolé,
    Par la manne de nos pères.

    Ô bon Pasteur, notre vrai pain,
    Ô Jésus, aie pitié de nous,
    Nourris-nous et protège-nous,
    Fais-nous voir les biens éternels
    Dans la terre des vivants.

    Toi qui sais tout et qui peux tout,
    Toi qui sur terre nous nourris,
    Conduis-nous au banquet du ciel
    Et donne-nous ton héritage,
    En compagnie de tes saints. Amen.

    Source principale : vatican.va (« Rév. x gpm »).

     

     

     

  • Capture d’écran 2015-05-25 à 10.10.42

     

     

     

     

  • « Mais alors, qui peut être sauvé ? »

    baptism

    En réponse à la question que lui posait un homme riche, Jésus avait révélé comment on peut parvenir à la vie éternelle. Mais l’idée de devoir abandonner ses richesses a rendu cet homme tout triste et il est parti. Alors Jésus a déclaré : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu ». À son tour, Pierre s’approche de Jésus, lui qui s’est dépouillé de tout en renonçant à son métier et à sa barque, qui ne possède même plus un hameçon. Et il pose cette question à Jésus : « Mais alors, qui peut être sauvé ? »

    Remarque à la fois la réserve et le zèle de ce disciple. Il n’a pas dit : « Tu ordonnes l’impossible, ce commandement est trop difficile, cette loi est trop exigeante ». Il n’est pas non plus resté silencieux. Mais, sans manquer de respect et montrant combien il était attentif aux autres, il a dit : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » C’est qu’avant même d’être pasteur, il en avait l’âme ; avant d’être investi de l’autorité…, il se préoccupait déjà de la terre entière. Un homme riche aurait probablement demandé cela par intérêt, par souci de sa situation personnelle et sans penser aux autres. Mais Pierre, qui était pauvre, ne peut pas être soupçonné d’avoir posé sa question pour des motifs pareils. C’est le signe qu’il se préoccupait du salut des autres, et qu’il désirait apprendre de son Maître comment on y parvient.

    D’où la réponse encourageante du Christ : « Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ». Il veut dire : « Ne pensez pas que je vous laisse à l’abandon. Moi-même, je vous assisterai dans une affaire aussi importante, et je rendrai facile et aisé ce qui est difficile ».

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église
    Homélie sur le débiteur de dix mille talents, 3 ; PG 51, 21 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 297)

     

     

     

  • « Le murmure d’un fin silence » (1 Rois 19,13)

    la-colombe-de-la-paix

    Dieu est le Dieu des nouveautés, des surprises… L’Esprit-Saint est venu justement pour renouveler, et il fait continuellement ce travail de renouveau. Cela fait un peu peur. Mais « il y a nouveauté et nouveauté » : certaines viennent de Dieu, d’autres non. L’intelligence humaine ne peut les distinguer, elle a besoin de l’Esprit-Saint : « Nous pouvons étudier toute l’Histoire de la Sagesse, nous pouvons étudier toute la théologie, mais sans l’Esprit-Saint nous ne pouvons comprendre. C’est l’Esprit-Saint qui fait connaître la vérité ou la voix de Jésus. »
    Pour être « certain qu’il s’agit de la voix de Jésus », et que ce que l’on ressent « vient de l’Esprit-Saint », il faut « prier » : « sans prière, il n’y a pas de place pour l’Esprit-Saint ».
    (…) Si le « message de l’Église est toujours le même », en revanche, l’action du chrétien s’accomplit « avec ces surprises, ces nouveautés de l’Esprit-Saint ». Faire comme on a toujours fait « est une alternative de mort ».
    C’est pourquoi le pape exhorte à prendre le « risque », avec « la prière, avec l’humilité, d’accepter ce que l’Esprit-Saint demande de changer » : c’est « le courage apostolique de porter la vie et de ne pas faire de sa vie chrétienne un musée de souvenirs ».

    Extrait de l’homélie du pape François
    zenit.org 28/04/2015

     

     

     

     

  • L’enfantement de la nouvelle création (Rm 8,22)

    fleur

    Voici venu le règne de la vie et le pouvoir de la mort renversé. Une autre naissance est apparue ainsi qu’une autre vie, une autre manière d’être, une transformation de notre nature elle-même. Cette naissance-là n’est le fait « ni du désir de l’homme ni du désir de la chair, mais de Dieu » (Jn 1,13)…

    « Voici le jour que le Seigneur a fait » (Ps 117,24). Jour bien différent de ceux du commencement, car en ce jour Dieu fait un ciel nouveau et une terre nouvelle, comme dit le prophète (Is 65,17). Quel ciel ? Le firmament de la foi au Christ. Quelle terre ? Le cœur bon, comme dit le Seigneur, cette terre qui s’imprègne de la pluie qui descend sur elle et qui produit une moisson abondante (Lc 8,15). Dans cette création, le soleil, c’est la vie pure ; les étoiles, ce sont les vertus ; l’air, c’est une conduite limpide ; la mer, c’est la riche profondeur de la sagesse et de la connaissance ; l’herbe et le feuillage, c’est la bonne doctrine et les enseignements de Dieu dont se nourrit le troupeau des pâturages, c’est-à-dire le peuple de Dieu ; les arbres portant du fruit, c’est la pratique des commandements. En ce jour est créé l’homme véritable, celui qui est fait à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1,27).

    N’est-ce pas tout un monde qui est inauguré pour toi en « ce jour que le Seigneur a fait » ?… Le plus grand privilège de ce jour de grâce, c’est qu’il a détruit les souffrances de la mort et donné naissance au premier-né d’entre les morts (Col 1,18)…, lui qui dit : « Je vais vers mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20,17). Quelle belle et bonne nouvelle ! Celui qui pour nous est devenu comme nous, pour faire de nous ses frères, amène sa propre humanité vers le Père afin d’y entraîner avec lui tout le genre humain.

    Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
    Premier discours sur la Résurrection : PG 46, 603 (trad. Orval rev.)

     

     

     

  • Émondés pour porter du fruit

    hiver_vigne

    Le vigneron s’en ira tailler dans sa vigne les pousses folles. S’il ne le faisait pas et s’il les laissait sur le bon bois, sa vigne ne donnerait qu’un vin aigre et mauvais. Ainsi doit faire l’homme noble : il doit s’émonder lui-même de tout ce qui est désordre, déraciner à fond toutes ses manières d’être et ses inclinations, qu’il s’agisse de joie ou de souffrance, c’est-à-dire tailler les mauvais défauts, et cela ne brise ni la tête, ni le bras, ni la jambe.

    Mais retiens le couteau jusqu’à ce que tu aies vu ce que tu dois couper. Si le vigneron ne connaissait pas l’art de la taille, il couperait tout, aussi bien le bois noble qui doit bientôt donner du raisin que le mauvais bois, et il ruinerait le vignoble. Ainsi font certaines gens. Ils ne connaissent pas le métier. Ils laissent les vices, les mauvaises inclinations dans le fond de la nature, taillant et rognant la pauvre nature elle-même. La nature en elle-même est bonne et noble : que veux-tu y couper ? Au temps de la venue des fruits, c’est-à-dire de la vie divine, tu n’aurais plus qu’une nature ruinée.

    Jean Tauler (v. 1300-1361), dominicain à Strasbourg
    Sermon 7 (trad. Amis de Dieu, Cerf 1979, t.1, p. 30)

     

     

  • Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 15,1-8.

    -DrWOKBZC4uKJc0Qoh_a0jM98rIEn ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron.

    Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage.
    Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite.
    Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.
    Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.
    Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent.
    Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous.
    Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples.

    jesus-vraie-vigne

    Il te suffit de regarder la vigne avec intelligence pour te souvenir de ta nature. Tu te rappelles évidemment la comparaison faite par le Seigneur quand il dit qu’il est lui-même la vigne et son Père, le vigneron. Chacun de nous avons été greffés par la foi sur l’Église, et le Seigneur nous appelle des sarments, il nous exhorte à porter beaucoup de fruits, de peur que notre stérilité ne nous fasse condamner et livrer au feu. Il ne cesse, en toutes occasions, de comparer les âmes humaines à des vignes. Mon bien-aimé avait une vigne, dit-il, sur un coteau, en un lieu fertile (Is 5,1), et: J’ai planté une vigne, je l’ai entourée d’une haie (cf. Mt 21,33). Ce sont évidemment les âmes humaines que Jésus appelle sa vigne, elles qu’il a entourées comme d’une clôture, de la sécurité que donnent ses commandements et de la garde de ses anges, car l’ange du Seigneur campera autour de ceux qui le craignent (Ps 33,8). Ensuite il a planté autour de nous une sorte de palissade en établissant dans l’Église premièrement des Apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement des docteurs.
    En outre, par les exemples des saints hommes d’autrefois, il élève nos pensées sans les laisser tomber à terre où elles mériteraient d’être foulées aux pieds. Il veut que les embrassements de la charité, comme les vrilles d’une vigne, nous attachent à notre prochain et nous fassent reposer sur lui afin qu’en gardant constamment notre élan vers le ciel, nous nous élevions comme des vignes grimpantes jusqu’aux plus hautes cimes.
    Il nous demande encore de consentir à être sarclés. Or une âme est sarclée quand elle écarte d’elle les soucis du monde qui sont un fardeau pour nos coeurs. Ainsi celui qui écarte de soi l’amour charnel et l’attachement aux richesses, ou qui tient pour détestable et méprisable la passion pour cette misérable gloriole, a, pour ainsi dire, été sarclé, et il respire de nouveau, débarrassé du fardeau inutile des pensées terrestres.
    Mais, pour rester dans la ligne de la parabole, il ne nous faut pas produire que du bois, c’est-à-dire vivre avec ostentation, ni rechercher la louange de ceux du dehors: il nous faut porter du fruit en réservant nos oeuvres pour les montrer au vrai vigneron.

    .
    Saint Basile le Grand ( + 379)
    Homélies sur l’Hexaéméron, 5, 6
    zenit.org