Catégorie : Jardins de la Bible

  • « Combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins, et vous n’avez pas voulu. »

    « Combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins, et vous n’avez pas voulu. »

    Jérusalem était une ville de paix, et elle a été aussi une ville de tourment, car Jésus y a immensément souffert et y est mort très douloureusement. C’est dans cette ville que nous devons être ses témoins, et non pas en paroles mais en vérité, par notre vie, en l’imitant autant que nous le pouvons. Beaucoup d’hommes seraient volontiers les témoins de Dieu dans la paix, à condition que tout aille à leur gré. Ils seraient volontiers des saints, à la condition de ne rien trouver d’amer dans les exercices et le travail de la sainteté. Ils voudraient goûter, désirer et connaître les douceurs divines, sans devoir passer par aucune amertume, peine et désolation. Dès que leur arrivent de fortes tentations, des ténèbres, dès qu’ils n’ont plus le sentiment et la conscience de Dieu, dès qu’ils se sentent délaissés intérieurement et extérieurement, alors ils se détournent et ne sont pas ainsi de vrais témoins.

    Tous les hommes cherchent la paix. Partout, dans leurs œuvres et de toute manière, ils cherchent la paix. Ah ! puissions-nous nous affranchir de cette recherche, et puissions-nous chercher, nous, la paix dans le tourment. C’est là seulement que naît la vraie paix, celle qui demeure et qui dure… Cherchons la paix dans le tourment, la joie dans la tristesse, la simplicité dans la multiplicité, la consolation dans l’amertume ; c’est ainsi que nous deviendrons en vérité les témoins de Dieu.

    Jean Tauler (v. 1300-1361)

  • « Si vous ne vous convertissez pas… »

    « Si vous ne vous convertissez pas… »

    Efforçons-nous d’être trouvés associés à la résurrection du Christ et de passer de la mort à la vie tandis que nous sommes encore en ce corps. Car, pour tout homme, passer par une conversion, de quelque nature qu’elle soit, passer d’un état à un autre, signifie la fin de quelque chose — n’être plus ce qu’on était — et le commencement d’une autre — être ce qu’on n’était pas. Mais il est important de savoir pour qui on meurt et pour qui on vit, car il y a une mort qui fait vivre et une vie qui fait mourir.

    Et c’est justement dans ce monde éphémère que l’on recherche l’une et l’autre ; c’est de la qualité de nos actions ici-bas que dépendra la différence des rétributions éternelles. Mourons donc au diable et vivons pour Dieu ; mourons au péché pour ressusciter à la justice ; que disparaisse l’être ancien pour que se lève l’être nouveau. Puisque, selon la parole de la Vérité, « Personne ne peut servir deux maîtres » (Mt 6,24), prenons pour maître non celui qui fait trébucher ceux qui sont debout pour les mener à la ruine, mais celui qui relève ceux qui sont tombés pour les conduire à la gloire.

    Saint Léon le Grand (?-v. 461)

  • Produire du fruit

    Produire du fruit

    « La vigne du Seigneur Sabaot, dit le prophète, c’est la maison d’Israël » (Is 5,7). Or cette maison, c’est nous…, et puisque nous sommes Israël, nous sommes la vigne. Prenons donc bien garde que ne naisse pas de nos sarments, au lieu du raisin de la douceur, celui de la colère (Ap 14,19), pour qu’on ne nous dise pas… : « J’attendais de beaux raisins ; elle donna des raisins sauvages » (Is 5,4). Quelle terre ingrate ! Celle qui aurait dû offrir à son maître les fruits de la douceur l’a transpercé de ses épines aiguës. Ainsi ses ennemis, qui auraient dû accueillir le Sauveur avec toute la dévotion de leur foi, l’ont couronné des épines de la Passion. Pour eux cette couronne signifiait bien outrage et injure, mais aux yeux du Seigneur, c’était la couronne des vertus…

    Prenez garde, frères, que l’on ne dise pas à votre sujet : « Il attendait de beaux raisins, elle n’a donné que des épines sauvages » (Is 5,2)… Prenons garde que nos mauvaises actions n’écorchent la tête du Seigneur comme des ronces. Il y a des épines du cœur qui ont blessé même la parole de Dieu, comme le dit le Seigneur dans l’évangile quand il raconte que le grain du semeur est tombé parmi les épines, qui ont poussé et étouffé ce qui avait été semé (Mt 13,7)… Veillez donc à ce que votre vigne ne porte pas d’épines au lieu de raisins ; que votre vendange ne produise pas du vinaigre au lieu de vin. Quiconque fait la vendange sans en distribuer aux pauvres recueille du vinaigre au lieu de vin ; et celui qui engrange ses moissons sans en distribuer aux indigents ne met pas de côté le fruit de l’aumône, mais les chardons de l’avarice.

    Saint Maxime de Turin (?-v. 420)

  • Ste Thérèse de l’Enfant Jésus

    Ste Thérèse de l’Enfant Jésus

    Le Christ laisse à accomplir par son Épouse, dans la suite des temps, une partie de la prière qu’il a récitée au moment d’offrir son sacrifice. Bien que cette prière soit d’une efficacité infinie, Notre-Seigneur veut que nous y unissions la nôtre. Un jour notre divin Sauveur considérant, de son regard divin, la multitude des âmes à racheter, disait à ses apôtres qu’il allait envoyer prêcher l’Évangile : « Priez le Maître de la moisson d’y envoyer des ouvriers » (Lc 10,2). Les apôtres auraient pu répondre : « Seigneur, pourquoi nous dites-vous de prier ? Votre prière ne suffit-elle pas ? » Non, elle ne suffit pas : « Priez » vous aussi. Le Christ Jésus veut avoir besoin de nos prières comme de celles de ses apôtres. (…)

    Pensons, aux instants où nous nous recueillons, que (…) du fond du tabernacle, le Christ va nous dire : « Prêtez-moi vos lèvres et vos cœurs pour que je puisse prolonger ma prière ici-bas pendant que là-haut j’offre mes mérites au Père. La prière d’abord : les ouvriers ne viendront qu’ensuite et leur œuvre ne sera féconde que dans la mesure où mon Père, attentif à votre prière qui est la mienne, fera descendre sur terre la rosée céleste de sa grâce ». (…)

    Au souvenir du sacrifice qui a racheté le monde entier, se sentant puissante de la puissance même du Sauveur, l’Église, de son regard de mère, parcourt les séries diverses des âmes qui ont besoin du secours d’en haut et offre pour chacune d’elles de spéciales supplications. Imitons cet exemple de notre mère et présentons-nous devant Dieu avec confiance, car à ce moment, nous sommes « la bouche de toute l’Église ».

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

  • « Allez, vous aussi, à ma vigne. »

    « Allez, vous aussi, à ma vigne. »

    Le Seigneur ne cesse en aucun temps d’envoyer des ouvriers pour cultiver sa vigne (…) : par les patriarches, puis par les docteurs de la Loi et les prophètes, enfin par les apôtres, il travaillait, en quelque sorte, à cultiver sa vigne par l’entremise de ses ouvriers. Tous ceux qui, à une foi droite, ont joint les bonnes œuvres ont été les ouvriers de cette vigne. (…)

    Les ouvriers du point du jour, de la troisième, de la sixième et de la neuvième heure désignent donc l’ancien peuple hébreu, qui, s’appliquant (…) depuis le commencement du monde, à rendre un culte à Dieu avec une foi droite, n’a pas cessé, pour ainsi dire, de travailler à la culture de la vigne. Mais à la onzième heure, les païens sont appelés, et c’est à eux que s’adressent ces paroles : « Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ? » Car tout au long de ce si grand laps de temps traversé par le monde, les païens avaient négligé de travailler en vue de la vie éternelle, et ils étaient là, en quelque sorte, toute la journée, sans rien faire. Mais remarquez, mes frères, ce qu’ils répondent à la question qui leur est posée : « Parce que personne ne nous a embauchés ». En effet, aucun patriarche ni aucun prophète n’était venu à eux. Et que veut dire : « Personne ne nous a embauchés pour travailler » sinon : « Personne ne nous a prêché les chemins de la vie » ?

    Mais nous, que dirons-nous donc pour notre excuse, si nous nous abstenons des bonnes œuvres ? Songez que nous avons reçu la foi au sortir du sein de notre mère, entendu les paroles de vie dès notre berceau, et sucé aux mamelles de la sainte Église le breuvage de la doctrine céleste en même temps que le lait maternel.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

  • « Du grain est tombé dans la bonne terre…, et il a porté du fruit au centuple. »

    « Du grain est tombé dans la bonne terre…, et il a porté du fruit au centuple. »

    Si vous me demandez ce que veut dire Jésus Christ par ce semeur qui sortit de grand matin pour aller répandre sa semence dans son champ, mes frères, le semeur, c’est le bon Dieu lui-même, qui a commencé à travailler à notre salut dès le commencement du monde, et cela en nous envoyant ses prophètes avant la venue du Messie pour nous apprendre ce qu’il fallait pour être sauvés. Il ne s’est pas contenté d’envoyer ses serviteurs, il est venu lui-même, il nous a tracé le chemin que nous devions prendre, il est venu nous annoncer la parole sainte.

    Savez-vous ce que c’est qu’une personne qui n’est pas nourrie de cette parole sainte ?… Elle est semblable à un malade sans médecin, à un voyageur égaré et sans guide, à un pauvre sans ressource. Il est tout à fait impossible, mes frères, d’aimer Dieu et de lui plaire sans être nourri de cette parole divine. Qu’est-ce qui peut nous porter à nous attacher à lui, sinon parce que nous le connaissons ? Et qui nous le fait connaître avec toutes ses perfections, ses beautés et son amour pour nous, sinon la parole de Dieu, qui nous apprend tout ce qu’il a fait pour nous et les biens qu’il nous prépare dans l’autre vie ?

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

  • « Allez, vous aussi, à ma vigne. »

    « Allez, vous aussi, à ma vigne. »

    Mes bien-aimés, persévérez dans les bonnes œuvres que vous avez commencées… De malheureux hommes servent un roi terrestre au péril de leur vie et moyennant d’énormes difficultés pour un bénéfice très vite passé et disparu ; pourquoi ne serviriez-vous pas le roi du ciel pour obtenir le bonheur du Royaume ? Puisque, par la foi, le Seigneur vous a déjà appelés à sa vigne, c’est-à-dire à l’unité de la sainte Église, vivez, conduisez-vous de telle sorte que, grâce à la générosité de Dieu, vous puissiez recevoir la pièce d’argent, c’est-à-dire le bonheur du Royaume des cieux.

    Que personne ne désespère à cause de la grandeur de ses péchés, et ne dise : « Nombreux sont les péchés dans lesquels j’ai persévéré jusqu’à la vieillesse et l’extrême vieillesse ; je ne pourrai plus désormais obtenir le pardon, surtout que ce sont les péchés qui m’ont laissé, non pas moi qui les ai rejetés. » Que celui-là ne désespère absolument pas de la miséricorde divine, car les uns sont appelés à la vigne de Dieu à la première heure, d’autres à la troisième, d’autres à la sixième, d’autres à la neuvième, d’autres à la onzième, c’est-à-dire que les uns sont conduits au service de Dieu dans l’enfance, d’autres dans l’adolescence, d’autres dans la jeunesse, d’autres dans la vieillesse, d’autres dans l’extrême vieillesse.

    Que personne donc, quel que soit son âge, ne désespère s’il veut se convertir à Dieu… Travaillez fidèlement dans la vigne de l’Église, pour recevoir le salaire du bonheur éternel et régner avec le Christ dans tous les siècles des siècles.

    Auteur anonyme du 9e siècle

  • Fête de saint Laurent, diacre et martyr

    Fête de saint Laurent, diacre et martyr

    Le Christ, prémices de la nouvelle création…, après avoir terrassé la mort, est ressuscité et monté vers le Père comme une offrande magnifique et resplendissante, comme les prémices, en quelque sorte, de la race humaine rénovée, impérissable… On pourrait le considérer sous le symbole de la gerbe des prémices du blé que le Seigneur a demandé à Israël d’offrir dans le Temple (Lv 23,9). Que représente ce signe ?

    On peut comparer le genre humain aux épis d’un champ. Ils naissent de la terre, ils attendent d’avoir obtenu toute leur croissance et, au moment voulu, ils sont fauchés par la mort. C’est ainsi que le Christ disait à ses disciples : « Ne dites-vous pas : Encore quatre mois et ce sera la moisson ? Et moi je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs qui se dorent pour la moisson. Dès maintenant le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle. » (Jn 4,35-36) Or le Christ est né parmi nous, il est né de la Vierge sainte comme les épis sortent de la terre. Parfois d’ailleurs il se nomme lui-même le grain de blé : « Amen, amen, je vous le dis : si le grain tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. » Ainsi s’est-il offert pour nous à son Père, à la manière d’une gerbe et comme les prémices de la terre.

    Car l’épi de blé, comme nous-mêmes d’ailleurs, ne peut être considéré isolément. Nous le voyons dans une gerbe, formée de nombreux épis d’une seule brassée. Le Christ Jésus est unique, mais il nous apparaît et il constitue réellement une sorte de brassée, en ce sens qu’il contient en lui tous les croyants, évidemment dans une union spirituelle. Sans cela, comment saint Paul pourrait-il écrire : « Avec lui il nous a ressuscités, avec lui il nous a fait régner aux cieux » ? (Ep 2,6-7) En effet, puisqu’il s’est fait l’un de nous, nous ne faisons « qu’un seul corps avec lui » (Ep 3,6)… Lui-même adresse d’ailleurs ces paroles à son Père : « Je veux, Père, comme toi et moi nous ne faisons qu’un, qu’eux aussi ne fassent qu’un avec nous. » (Jn 17,21) Le Seigneur donc est prémices de l’humanité destinée à être engrangée dans les greniers du ciel.

    Saint Cyrille d’Alexandrie (380-444)

  • Le levain du monde entier

    Le levain du monde entier

    Nous lisons dans l’Évangile : « Si le grain de blé ne tombe en terre et n’y meurt, il reste seul ; s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12,24). Le Seigneur Jésus est le grain de blé, mais il est aussi le levain… En venant, homme et seul, dans le monde, le Seigneur Jésus a donné à tous les hommes la possibilité de devenir ce qu’il est lui-même. Tout homme qui s’unit au levain du Christ devient lui aussi du levain, utile à lui-même et profitable à tous ; il sera sauvé et il sauvera autrui.

    Avant d’être disséminé dans un monceau de farine, le levain est broyé, écrasé, émietté, il est complètement dissous — mais c’est alors qu’il rassemble en une même fermentation les grains innombrables et dispersés de la farine. Il ramène en un corps solide une substance qui, d’elle-même, était aussi inconsistante que la poussière ; il fait, enfin, une pâte utile de ce qui semblait n’être qu’un vain éparpillement.

    Ainsi le Seigneur Jésus Christ, levain du monde entier, a été brisé par beaucoup de souffrances, lacéré et détruit, et son suc, c’est à dire son précieux sang, s’est répandu pour nous, afin d’affermir, en s’y mêlant, tout le genre humain dispersé. Nous qui étions comme une farine de peuples, nous voilà rassemblés comme du levain ; nous qui gisions lamentablement par toute la terre, dispersés et broyés, nous voilà réunis au corps du Christ grâce à la puissance de sa Passion.

    Saint Maxime de Turin (?-v. 420)

  • Le bon grain et l’ivraie

    Le bon grain et l’ivraie

    On voit, dans l’Évangile, aujourd’hui, mes frères, que le maître du champ ayant semé son grain en bonne terre, l’ennemi vint pendant son sommeil et y sema l’ivraie. Cela veut dire que Dieu avait créé l’Homme bon et parfait, mais que l’ennemi est venu et a semé le péché. Voilà la chute d’Adam, terrible chute qui a donné l’entrée au péché dans le cœur de l’Homme.

    Il faut arracher l’ivraie, dites-vous ? « Non, répond le Seigneur, de peur qu’en arrachant l’ivraie vous n’arrachiez le bon grain. Attendez jusqu’à la moisson ». Le cœur de l’Homme doit rester ainsi, jusqu’à la fin, un mélange de bien et de mal, de vice et de vertu, de lumière et de ténèbres, de bon grain et d’ivraie. Dieu n’a pas voulu détruire ce mélange, et nous refaire une nature où il n’y aurait que du bon grain. Il veut que nous combattions, que nous travaillions à empêcher l’ivraie de tout envahir. Le démon vient semer les tentations sur nos pas ; mais avec la grâce nous pouvons le vaincre, nous pouvons étouffer l’ivraie.

    Trois choses sont absolument nécessaires contre la tentation : la prière pour nous éclairer, les sacrements pour nous fortifier, et la vigilance pour nous préserver. Heureuses les âmes tentées ! C’est lorsque le démon prévoit qu’une âme tend à l’union avec Dieu qu’il redouble de rage.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)