Catégorie : Enseignement

  • « M’aimes-tu ? »

    88

    « Aimes-tu ? … M’aimes-tu ? … » Pour toujours, jusqu’à la fin de sa vie, Pierre devait avancer sur le chemin accompagné de cette triple question : « M’aimes-tu ? » Et il mesurait toutes ses activités à la réponse qu’il avait alors donnée. Quand il a été convoqué devant le Sanhédrin. Quand il a été mis en prison à Jérusalem, prison dont il ne devait pas sortir, et dont pourtant il est sorti. Et…à Antioche, puis plus loin encore, d’Antioche à Rome. Et lorsqu’à Rome il avait persévéré jusqu’à la fin de ses jours, il a connu la force des paroles selon lesquelles un Autre le conduisait là où il ne voulait pas. Et il savait aussi que, grâce à la force de ces paroles, l’Eglise « était assidue à l’enseignement des apôtres et à l’union fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » et que « le Seigneur ajoutait chaque jour à la communauté ceux qui seraient sauvés » (Ac 2,42.48)…

    Pierre ne peut jamais se détacher de cette question : « M’aimes-tu ? » Il la porte avec lui où qu’il aille. Il la porte à travers les siècles, à travers les générations. Au milieu de nouveaux peuples et de nouvelles nations. Au milieu de langues et de races toujours nouvelles. Il la porte lui seul, et pourtant il n’est plus seul. D’autres la portent avec lui… Il y a eu et il y a bien des hommes et des femmes qui ont su et qui savent encore aujourd’hui que toute leur vie a valeur et sens seulement et exclusivement dans la mesure où elle est une réponse à cette même question : « Aimes-tu ? M’aimes-tu ? » Ils ont donné et ils donnent leur réponse de manière totale et parfaite — une réponse héroïque — ou alors de manière commune, ordinaire. Mais en tout cas ils savent que leur vie, que la vie humaine en général, a valeur et sens dans la mesure où elle est la réponse à cette question : « Aimes-tu ? » C’est seulement grâce à cette question que la vie vaut la peine d’être vécue.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
    Homélie à Paris 30/05/80 (trad. DC 1788, p. 556 copyright © Libreria Editrice Vaticana)

     

     

     

  • « Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance : moi, je suis vainqueur du monde. »

    Bien que nous aimions tous la paix et que nous ayons au fond du cœur l’espérance que notre action en faveur de la paix ne sera pas inutile, ni vous ni moi ne pouvons éluder les pressions de ce temps. Cela signifie que nous ne pouvons pas nous libérer du doute général que, selon les lois de l’histoire, quelque chose puisse changer : une guerre succède à une autre guerre, et chaque fois, cela porte un coup mortel à la cause de la paix. Nous vivons encore trop sous l’influence de ceux qui affirment que ceux qui veulent la paix doivent s’armer pour vaincre la guerre…

    Il est remarquable de constater qu’au cours des siècles, jaillissent constamment des héros de paix, des prédicateurs du message de paix… Nous trouvons ces messagers, ces apôtres de la paix en tout temps et en tout lieu. Et de nos jours, par chance, nous n’en manquons pas. Mais aucun messager de la paix n’a trouvé un écho plus vaste que Celui que nous…appelons le Roi de la paix (Is 9,5). Permettez-moi de vous rappeler qui est ce messager. Le jour de Pâques, il semblait que les apôtres avaient perdu toute espérance depuis la mort du Christ sur la croix. Alors qu’aux yeux du monde la mission du Christ était terminée, avait échoué, était incomprise, il est apparu au milieu de ses apôtres réunis au Cénacle par crainte des ennemis, et, au lieu de déclarations belliqueuses contre leurs adversaires, ils s’entendent dire : « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne » (Jn 14,27)…

    Je voudrais répéter cette parole, la faire résonner dans le monde entier, sans me préoccuper de qui l’entendra. Je voudrais la répéter si souvent que, même si…nous l’avons refusée, nous arrivions à l’écouter jusqu’à ce que nous l’ayons tous entendue et comprise.

    Bienheureux Titus Brandsma

     

     

  • « Que tous, ils soient un. »

    Il n’y a pas de véritable œcuménisme sans conversion intérieure. En effet, c’est du renouveau de l’esprit (Ep 4,23), du renoncement à soi-même et d’une libre effusion de charité que naissent et mûrissent les désirs de l’unité… Que les tous fidèles se souviennent donc qu’ils feront progresser l’union des chrétiens, bien plus, qu’ils la réaliseront, dans la mesure où ils s’appliqueront à vivre plus purement selon l’Évangile. En effet, plus leur communion avec le Père, le Verbe et l’Esprit Saint sera étroite, plus ils pourront rendre intime et facile le développement de la fraternité mutuelle.

    Cette conversion du cœur et cette sainteté de vie, unies aux prières publiques et privées pour l’unité des chrétiens, doivent être regardées comme l’âme de tout le mouvement œcuménique et peuvent être appelées à bon droit œcuménisme spirituel.

    C’est déjà un usage pour les catholiques de se réunir souvent pour prier pour l’unité de l’Église, que le Sauveur lui-même, la veille de sa mort, a adressée de façon suppliante à son Père : « Que tous, ils soient un » (Jn 17,21). Dans certaines circonstances particulières, par exemple à l’occasion de réunions de prières prévues « pour l’unité » et lors des réunions œcuméniques il est permis, bien plus, il est souhaitable que les catholiques s’associent avec les frères séparés pour prier. Des prières communes de ce genre sont assurément un moyen très efficace pour demander la grâce de l’unité et constituent une expression authentique des liens par lesquels les catholiques demeurent unis avec les frères séparés : « Là, en effet, où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18,20).

    Concile Vatican II

     

     

     

  • La joie du bonheur de Dieu

    « Dieu est monté dans l’allégresse ! Le Seigneur est monté au son de la trompette… Chantez à notre Dieu ! Chantez, chantez à notre Roi, chantez ! » (Ps 46,6-7 LXX) (…) Les derniers versets de ce psaume s’appliquent et à la joie de la gloire de Dieu, en général, et en particulier à l’Ascension de Notre Seigneur : « Ascendit Deus in jubilo »…

    Que ce soit là sur la terre et dans le ciel le fondement solide, inébranlable de notre joie : le bonheur de ce que Dieu est Dieu, le bonheur de ce que Notre Seigneur « est ressuscité et ne mourra plus » (Rm 6,9) mais est éternellement bienheureux ! Merci, mon Dieu de nous donner cette source intarissable de joie, de les mettre dans vos saints livres, dans la sainte liturgie et de le verser par votre grâce dans nos cœurs, en nous faisant comprendre et goûter cette bienheureuse vérité ! Que vous êtes bon, vous qui nous faites par là, dès cet exil, partager dans la mesure même de notre amour la félicité des bienheureux du ciel ! (…)

    Sur la terre il y aura des ombres, mais que cette vision de paix et de bonheur infini mette dans nos âmes un fond de paix et de bonheur invariables, que rien ne puisse ôter, car son fondement est éternel. Que les tristesses viennent, elles doivent venir, Jésus les a ressenties, mais qu’elles ne soient qu’à la surface de nos âmes, que le fond reste immuablement serein, comme le fond de l’âme de Jésus, toujours uni au Père, toujours en possession de la vision béatifique. Nous n’avons pas cette vision, il s’en faut ; mais nous en avons comme l’aube, l’aurore.

    Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916)

     

     

  • « L’Esprit de vérité recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »

    Au moment de quitter ses apôtres, comme ils étaient peinés, notre Seigneur les a consolés par la promesse d’un autre guide et enseignant, en qui ils pourraient mettre leur confiance et qui serait encore plus pour eux que ce qu’il avait été lui-même. (…) Mais ce nouveau Consolateur miséricordieux, tout en apportant une plus grande grâce, ne pouvait pas cacher ou obscurcir ce qui avait précédé. (…) Et en se manifestant, comment pourrait-il faire autre chose que manifester le Fils, lui qui ne fait qu’un avec le Fils, lui l’Esprit qui procède du Fils ? Comment aurait-il pu ne pas jeter une lumière nouvelle sur la compassion et les perfections de celui dont la mort en croix ouvrait à l’Esprit Saint un accès miséricordieux au cœur de l’homme ? (…)

    Le Christ a dit explicitement à ses apôtres : « Il me glorifiera. » (…) Comment l’Esprit rend-il gloire au Fils de Dieu ? Il révèle que celui qui se donnait pour le Fils de l’homme était le Fils unique du Père (Jn 1,18). (…) Notre Sauveur avait bien déclaré qu’il était le Fils de Dieu (…), il avait dit tout ce qu’il faut nous dire, mais ses apôtres ne l’avaient pas compris. Même en confessant leur foi avec conviction sous l’action secrète de la grâce de Dieu, ils ne comprenaient pas encore tout ce qu’ils affirmaient. (…)

    Saint John Henry Newman (1801-1890)

     

     

     

  • « Il vaut mieux pour vous que je m’en aille. » (Jn 16,7)

    Quand nous voyons que la grâce de Dieu nous soutient moins, qu’elle diminue en nous, nous abandonne presque, gardons-nous de nous décourager. Cette diminution, ce délaissement, sont encore cette grâce, et celle qui nous est le plus utile pour le moment présent. C’est aux yeux de Dieu le moyen le plus efficace pour nous tirer de notre sommeil, de notre langueur, nous faire ouvrir les yeux, nous faire voir que nous avons quitté la bonne voie, que nous marchons à notre perte.

    Loin de nous décourager, remercions-le profondément de nous ouvrir ainsi les yeux, et mettons-nous à faire sérieusement notre examen de conscience, à examiner nos infidélités, à voir les moyens de ne plus les commettre, et veillons sur nous, prenons de bonnes résolutions et efforçons-nous de les exécuter. Prions Dieu, demandons-lui de nous rendre ses grâces, promettons-lui d’y être plus fidèles à l’avenir que par le passé, et pleins d’humilité, de vigilance, de bon désir, commençons une nouvelle vie.

    Si nous faisons cela, la grâce divine nous sera rendue avec plus d’abondance que par le passé, et cette soustraction momentanée de l’aide de Dieu aura été ce qu’elle devait être dans son intention, une source de plus grands biens, un moyen très efficace de nous convertir.

    Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916)

     

     

  • Offrir un sacrifice à Dieu

    « Je vous exhorte, mes frères, par la miséricorde de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint » (Rm 12,1). Par cette demande, l’apôtre Paul élève tous les hommes à participer au sacerdoce. (…) L’homme ne cherche pas au dehors ce qu’il va offrir à Dieu mais apporte avec lui et en lui ce qu’il va sacrifier à Dieu pour son propre bienfait (…) « Je vous exhorte par la miséricorde de Dieu. » Frères, ce sacrifice est à l’image du Christ qui a immolé son corps ici-bas et offert sa vie pour la vie du monde. En vérité il a fait de son corps un sacrifice vivant, lui qui vit encore après avoir été tué. Dans ce si grand sacrifice, la mort est anéantie, elle est emportée par le sacrifice. (…) C’est pourquoi les martyrs naissent au moment de leur mort et commencent leur vie quand ils la finissent ; ils vivent quand ils sont tués et brillent au ciel quand on croyait sur terre qu’ils s’étaient éteints. (…)

    Le prophète a chanté : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation mais tu m’as façonné un corps » (Ps 39,7). Sois à la fois le sacrifice offert et celui qui l’offre à Dieu. Ne perds pas ce que la puissance de Dieu t’a accordé. Revêts le manteau de la sainteté. Prends la ceinture de chasteté. Que le Christ soit le voile de ta tête ; la croix, la protection de ton front qui te donne la persévérance. Conserve dans ton cœur le sacrement de l’Écriture divine. Que ta prière brûle toujours comme un encens agréable à Dieu. Prends « le glaive de l’Esprit » (Ep 6,17) ; que ton cœur soit l’autel où tu pourras, sans crainte, offrir toute ta personne et toute ta vie. (…)

    Offre ta foi pour punir l’incroyance ; offre ton jeûne pour mettre fin à la voracité ; offre ta chasteté pour que meure la sensualité ; sois fervent pour que cesse la malfaisance ; fais œuvre de miséricorde pour mettre fin à l’avarice ; et pour supprimer la sottise, offre ta sainteté. Ainsi ta vie deviendra ton offrande si elle n‘a pas été blessée par le péché. Ton corps vit, oui, il vit, toutes les fois qu’en faisant mourir le mal en toi, tu offres à Dieu des vertus vivantes.

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450)

     

     

     

  • « Si quelqu’un m’aime … nous viendrons chez lui ; nous irons demeurer auprès de lui. »

    J’étais une fois profondément recueillie dans la divine compagnie que j’ai toujours en mon âme ; Dieu me paraissait tellement présent en moi que je songeais à cette parole de saint Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16,16). Et en effet, il me semblait que le Dieu vivant habitait réellement dans mon âme. Cette présence est différente de certaines visions que j’ai eues : elle donne une telle force à la foi que l’on ne peut aucunement douter que la Trinité est en notre âme par présence, par puissance et par essence. L’âme retire un immense profit de l’intelligence de cette vérité. Comme j’étais saisie d’effroi en voyant une si haute Majesté présente dans une créature aussi basse que mon âme, j’entendis ces paroles : « Ton âme n’est pas basse, ma fille, car elle est faite à mon image » (Gn 1,27). (…)

    Jouissant un jour de la présence des trois Personnes que je porte en mon âme, la lumière dans laquelle je les voyais en moi était si vive, qu’il n’y avait aucun doute que ce ne soit là le Dieu vivant, le vrai Dieu. (…) Je songeais combien la vie est amère, puisqu’elle nous empêche de nous tenir toujours en cette si admirable compagnie. (…) Et le Seigneur m’a dit : « Ma fille, après cette vie, tu ne pourras plus me servir de la même manière que maintenant. Alors, que tu manges ou que tu dormes, quoi que tu fasses, fais-le par amour pour moi, comme si tu ne vivais plus toi-même, mais moi en toi. C’est là ce que disait saint Paul » (Ga 2,20).

    Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582)

     

     

  • « Vous n’appartenez pas au monde, puisque mon choix vous a tirés du monde. »

    Tous les bons et fidèles chrétiens, mais surtout les glorieux martyrs, peuvent dire : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm 8,31). Contre eux le monde grondait, les peuples préparaient de vains complots, les princes se liguaient (Ps 2,1) ; on inventait de nouveaux tourments et imaginait contre eux d’incroyables supplices. On les accablait d’opprobre et d’accusations mensongères, on les enfermait dans des cachots insupportables, on labourait leur chair avec des ongles de fer, on les massacrait à coups d’épée, on les exposait aux bêtes, les livrait aux flammes, et ces martyrs du Christ s’écriaient : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? »

    Le monde entier est contre vous, et vous dites : « Qui sera contre nous ? » Mais les martyrs nous répondent : « Qu’est-ce pour nous que ce monde tout entier, quand nous mourons pour celui par qui le monde a été fait ? » Qu’ils disent donc, les martyrs, qu’ils le redisent, et que nous écoutions et disions avec eux : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » Ils peuvent déchaîner leur fureur, nous injurier, nous accuser injustement, nous couvrir de calomnies ; ils peuvent non seulement tuer mais torturer. Que feront-ils les martyrs ? Ils répéteront : « Voici que Dieu vient à mon secours, c’est le Seigneur qui soutient mon âme » (Ps 53,6)… Or, si le Seigneur est le soutien de mon âme, en quoi le monde peut-il me nuire ? … C’est lui aussi qui rétablira mon corps… « Tous vos cheveux sont comptés » (Lc 12,7)… Disons donc, disons avec foi, disons avec espérance, avec un cœur brûlant de charité : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? »

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • Aimer Dieu et son prochain

    Plus on est uni au prochain, plus on est uni à Dieu. Pour que vous compreniez le sens de cette parole, je vais vous donner une image tirée des Pères : Supposez un cercle tracé sur la terre, c’est-à-dire une ligne tirée en rond avec un compas, et un centre. On appelle précisément centre le milieu du cercle. Appliquez votre esprit à ce que je vous dis. Imaginez que ce cercle c’est le monde, le centre Dieu, et les rayons les différentes voies ou manières de vivre des hommes. Quand les saints, désirant approcher de Dieu, marchent vers le milieu du cercle, dans la mesure où ils pénètrent à l’intérieur, ils se rapprochent les uns des autres en même temps que de Dieu. Plus ils s’approchent de Dieu, plus ils se rapprochent les uns des autres ; et plus ils se rapprochent les uns des autres, plus ils s’approchent de Dieu.

    Et vous comprenez qu’il en est de même en sens inverse, quand on se détourne de Dieu pour se retirer vers l’extérieur : il est évident alors que, plus on s’éloigne de Dieu, plus on s’éloigne les uns des autres, et que plus on s’éloigne les uns des autres, plus on s’éloigne aussi de Dieu.

    Telle est la nature de la charité. Dans la mesure où nous sommes à l’extérieur et que nous n’aimons pas Dieu, dans la même mesure nous avons chacun de l’éloignement à l’égard du prochain. Mais si nous aimons Dieu, autant nous approchons de Dieu par la charité pour lui, autant nous communions à la charité du prochain ; et autant nous sommes unis au prochain, autant nous le sommes à Dieu.

    Dorothée de Gaza (v. 500-?)