Catégorie : Enseignement

  • « Il ne suffit pas de me dire ‘ Seigneur, Seigneur ‘…; il faut faire la volonté de mon Père. »

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    Il semble très facile de dire qu’on livre sa volonté au pouvoir d’un autre. Mais quand on en vient à l’épreuve, on comprend qu’il n’y a rien de si difficile que de s’y conformer comme il faut… Le Seigneur sait ce que chacun peut supporter ; et quand il rencontre une âme forte, il ne s’arrête pas jusqu’à ce qu’il ait accompli en elle sa volonté.

    Je veux vous exposer ou vous rappeler ce qu’est sa volonté. Ne craignez pas qu’il veuille vous donner des richesses, des plaisirs, des honneurs, ni tous les autres biens de la terre. Il vous aime trop pour cela, et il estime trop le présent que vous lui offrez : voilà pourquoi il veut vous récompenser dignement et vous donne son Royaume, même dès cette vie.

    Voulez-vous savoir comment il se comporte envers ceux qui lui font sincèrement cette demande : « Que ta volonté soit faite » ?… Voyez ce que le Père a donné à son Fils qu’il aimait au-dessus de tout, par là vous connaîtrez quelle est sa volonté. Oui, tels sont les dons qu’il nous fait en ce monde. Il les mesure à son amour pour nous. Il en donne plus à ceux qu’il aime plus, et moins à ceux qu’il aime moins. Il se règle aussi d’après le courage qu’il découvre en chacun de nous et l’amour que nous avons pour lui. Il voit qu’on est capable de souffrir beaucoup pour lui quand on l’aime beaucoup, mais de souffrir peu quand on l’aime peu. Je suis persuadée que la mesure de notre force de supporter une grande croix ou une petite, c’est la mesure de notre l’amour. Voilà pourquoi, si cet amour est en vous, vous veillerez, en parlant à un si grand Seigneur, à ce que vos paroles ne soient pas de purs compliments… Si nous n’abandonnons pas complètement notre volonté au Seigneur, pour qu’il prenne lui-même soin de tous nos intérêts, il ne nous laissera jamais boire à sa fontaine d’eau vive.

    Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582), carmélite, docteur de l’Église
    Le Chemin de la perfection, ch. 32, 5-9 (trad. OC, Seuil 1949, p. 748s rev.)

     

     

     

  • Le pain de la vie éternelle

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    « Je suis le pain de vie, dit Jésus ; celui qui vient à moi n’aura jamais faim, celui qui croit en moi n’aura jamais soif » (Jn 6,35)… Il exprime ainsi par deux fois le rassasiement éternel où rien ne manque plus.

    La Sagesse dit pourtant : « Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif » (Si 24,21). Le Christ, qui est la Sagesse de Dieu, n’est pas mangé pour rassasier dès à présent notre désir, mais pour nous faire désirer ce rassasiement ; et plus nous goûtons sa douceur, plus notre désir en est stimulé. C’est pourquoi ceux qui le mangent auront encore faim, jusqu’à ce que vienne le rassasiement. Mais lorsque leur désir aura été comblé, ils n’auront plus faim ni soif.

    « Ceux qui me mangent auront encore faim. » Cette parole peut aussi s’entendre du monde futur, car il y a dans le rassasiement éternel comme une sorte de faim qui ne vient pas du besoin mais du bonheur. Le rassasiement n’y connaît pas de satiété ; le désir n’y connaît pas de gémissements. Le Christ, toujours admirable dans sa beauté est aussi toujours désirable, « lui que les anges désirent contempler » (1P 1,12). Ainsi, alors même qu’on le possède, on le désire ; alors même qu’on le tient, on le cherche, selon qu’il est écrit : « Sans relâche cherchez sa face » (Ps 104,4). Il est en effet toujours cherché, celui qui est aimé pour être possédé à jamais.

    Baudouin de Ford (?-v. 1190), abbé cistercien, puis évêque
    Le Sacrement de l’autel, PL 204, 690 (trad. Orval)

     

     

     

  • Le Christ viendra à toi

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    « Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous », dit le Seigneur (Lc 17,21). Tourne-toi de tout ton cœur vers le Seigneur, laisse ce monde misérable, et ton âme trouvera le repos. Apprends à mépriser les choses extérieures et à te donner aux choses intérieures, et tu verras le Royaume de Dieu venir en toi. Car « le Royaume de Dieu est paix et joie en l’Esprit Saint » (Rm 14,17), ce qui n’est pas donné aux pécheurs.

    Le Christ viendra à toi, te montrant sa consolation, si tu lui prépares au-dedans une demeure digne. « Toute sa gloire et sa beauté sont de l’intérieur » (Ps 44,14 Vulg), et c’est là qu’il se plaît. Fréquente est sa visite de l’homme intérieur et c’est un doux entretien, une consolation agréable, une paix abondante, une familiarité surprenante.

    Allons, âme fidèle, prépare ton cœur pour cet époux, afin qu’il daigne venir à toi et habiter en toi. Car il dit en effet : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure » (Jn 14,23)… L’homme intérieur se recueille facilement parce que jamais il ne se répand tout entier au dehors ; les travaux extérieurs, les occupations nécessaires en certains temps ne le troublent pas. Il se prête aux choses selon qu’elles arrivent… Celui qui possède un esprit recueilli et bien discipliné ne se préoccupe guère des faits sensationnels ni des scandales du jour… Si tu renonces à être consolé extérieurement, tu pourras contempler les choses du ciel et goûter souvent la joie intérieure.

    L’Imitation de Jésus Christ, traité spirituel du 15ème siècle
    Livre II, §1

     

     

     

  • Dieu dans le ciel de mon âme…

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    Tant de gens aujourd’hui cherchent Dieu au-dehors d’eux-mêmes.
    (…)
    Élisabeth de la Trinité parle avec enthousiasme de la présence des Trois dans le « Ciel de son âme ». « Faire l’unité en tout son être par le silence intérieur, c’est ramasser toutes ses puissances pour les occuper au seul exercice de l’amour, c’est avoir cet œil simple qui permet à la lumière de Dieu de nous irradier. Une âme qui discute avec son moi, qui s’occupe de ses sensibilités, qui poursuit une pensée inutile, un désir quelconque, cette âme disperse ses forces, elle n’est pas tout ordonnée à Dieu. » (…)
    Pour Élisabeth, la personne la plus libre est celle qui est la plus oublieuse d’elle-même. La prière l’aide à vivre cette liberté en communiant à la prière du Christ. « Il me semble que j’ai trouvé mon Ciel sur la terre puisque le Ciel, c’est Dieu, et Dieu, c’est mon âme. Le jour où j’ai compris cela, tout s’est illuminé en moi et je voudrais dire ce secret tout bas à ceux que j’aime afin qu’eux aussi, à travers tout, adhèrent toujours à Dieu, et que se réalise cette prière du Christ : “Père, qu’ils soient consommés en l’Un!” ».
    Ce Dieu d’amour, elle le trouve partout, « à la lessive comme à l’oraison! ». « Il est en moi, je suis en Lui, je n’ai qu’à l’aimer, qu’à me laisser aimer, et cela en tout temps, à travers toutes choses ». Ainsi est-elle toujours en prière puisqu’elle aime comme Dieu l’aime. « Quand je dis: la prière, ce n’est pas tant s’imposer quantité de prières vocales à réciter chaque jour, mais c’est cette élévation de l’âme vers Dieu à travers toutes choses qui nous établit avec la Sainte Trinité en une sorte de communion continuelle, tout simplement en faisant tout sous son regard ».
    Aujourd’hui, dans la nébuleuse aux contours flous de spiritualités à la carte, qu’on appelle « Nouvel Âge » ou autre, l’être humain est perçu comme une étincelle du divin. Ce dieu n’est pas une personne, c’est un Esprit universel, cosmique, qui s’identifie au moi. Élisabeth témoigne d’un Dieu personnel qui réside en elle et en chaque personne comme étant l’Amour.(…)
    Élisabeth revient toujours à cette simplicité de la prière de présence qui n’est que repos en Dieu qui aime. Il s’agit de se tenir près de lui, de laisser aller son cœur, d’être une louange de gloire. « C’est si simple, cette intimité avec Dieu; cela repose plutôt que de fatiguer — comme une enfant se repose sous le regard de sa mère ».
    (…)
     .
    Jacques Gauthier, théologien catholique canadien
    in Le blogue de Jacques Gauthier
    « Elisabeth de la Trinité » (extraits)
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 21,1-4.

    C-4omme Jésus enseignait dans le Temple, levant les yeux, il vit les gens riches qui mettaient leurs offrandes dans le tronc du trésor.
    Il vit aussi une veuve misérable y déposer deux piécettes.
    Alors il déclara : « En vérité, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis plus que tout le monde.
    Car tous ceux-là ont pris sur leur superflu pour faire leur offrande, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre. » 

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    Dieu n’a pas attaché le salut à la science, à l’intelligence, à la richesse, à une longue expérience, à des dons rares et que tous n’ont pas reçus, non. Il l’a attaché à ce qui est entre dans les mains de tous, d’absolument tous, des jeunes et des vieux, des humains de tout âge et de toute classe, de toute intelligence et de toute fortune. Il l’a attaché à ce que tous, tous absolument, peuvent lui donner, ce que chaque humain quel qu’il soit peut lui donner, moyennant un peu de bonne volonté : un peu de bonne volonté, c’est tout ce qu’il faut pour gagner ce ciel que Jésus attache à l’humilité, au fait de se faire petit, de prendre la dernière place, d’obéir, qu’il attache ailleurs encore à la pauvreté d’esprit, à la pureté de cœur, à l’amour de la justice, à l’esprit de paix, etc. (Mt 5,3s) Espérons, puisque par la miséricorde de Dieu le salut est si près de nous, entre nos mains, et qu’il nous suffit d’un peu de bonne volonté pour l’obtenir.

    Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara
    Méditations sur les passages des saints évangiles relatifs à quinze vertus, n°69, Nazareth 1897-98 (in Œuvres spirituelles, Seuil 1958, p. 183)

     

     

  • « L’homme se mit à voir, et il suivait Jésus en rendant gloire à Dieu. »

     

    Je possède un si grand trésor. Je voudrais crier de joie et le proclamer à toute la création : louez le Seigneur, aimez le Seigneur qui est si grand, qui est Dieu… Le monde ne voit pas ; le monde est aveugle et Dieu a besoin d’amour. Dieu a besoin de beaucoup d’amour. Je ne peux pas lui donner tout ce qu’il demande, je suis petit, je deviens fou, je voudrais que le monde l’aime, mais le monde est son ennemi. Seigneur, quel supplice si grand ! Je le vois et je ne peux pas y apporter le remède. Je suis trop petit, insignifiant. L’amour que j’ai pour toi m’écrase, je voudrais que mes frères, tous mes amis, tout le monde, t’aime beaucoup…

    Quelle pitié me font les hommes qui, voyant le cortège de Jésus et de ses disciples, demeurent insensibles. Quelle joie devaient ressentir les apôtres et les amis de Jésus chaque fois qu’une âme ouvrait les yeux, se détachait de tout et les rejoignait à la suite du Nazaréen, lui qui ne demandait rien d’autre qu’un peu d’amour. Allons-nous le suivre, ma chère sœur? Il voit notre intention et nous regarde, sourit et nous aide. Il n’y a rien à craindre ; nous irons pour être les derniers dans le cortège qui parcourt les terres de Judée, en silence, mais nourris d’un amour énorme, immense. Il n’a pas besoin de paroles. Nous n’avons pas à nous mettre à sa portée pour qu’il nous voie. Nous n’avons pas besoin de grandes œuvres, ni de rien qui attire l’attention : nous serons les derniers amis de Jésus, mais ceux qui l’aiment le plus.

    Saint Raphaël Arnáiz Barón (1911-1938), moine trappiste espagnol
    Écrits spirituels, lettre à sa tante, 16/11/1935 (trad. Cerf 2008, p. 156)

     

     

     

  • Mt 25, 14-30 Parabole des talents ou parabole des 3 serviteurs

    Jésus parlait à ses disciples de sa venue ; il disait cette parabole : « Un homme, qui partait en voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens.

    A l’un il donna une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul, à chacun selon ses capacités. Puis il partit.

    Aussitôt, celui qui avait reçu cinq talents s’occupa de les faire valoir et en gagna cinq autres.

    De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres.

    Mais celui qui n’en avait reçu qu’un creusa la terre et enfouit l’argent de son maître.

    Longtemps après, leur maître revient et il leur demande des comptes.

    Celui qui avait reçu les cinq talents s’avança en apportant cinq autres talents et dit : ‘Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres. –

    Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître. ‘

    Celui qui avait reçu deux talents s’avança ensuite et dit : ‘Seigneur, tu m’as confié deux talents ; voilà, j’en ai gagné deux autres. –

    Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître. ‘

    Celui qui avait reçu un seul talent s’avança ensuite et dit : ‘Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain.

    J’ai eu peur, et je suis allé enfouir ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient. ‘

    Son maître lui répliqua : ‘Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu.

    Alors, il fallait placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts.

    Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix.

    Car celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a.

    Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dehors dans les ténèbres ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents !

    Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

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    Le passage de l’Evangile raconte la célèbre parabole des talents, rapportée par saint Matthieu (25, 14-30). Le « talent » était une ancienne monnaie romaine, de grande valeur, et c’est justement à cause de la popularité de cette parabole que celle-ci est devenue synonyme de talents personnels, que chacun est appelé à faire fructifier. En réalité, le texte parle d’un « homme, qui partait en voyage » et qui « appela ses serviteurs et leur confia ses biens » (Mt 25, 14). L’homme de la parabole représente le Christ lui-même, les serviteurs sont les disciples et les talents sont les dons que Jésus leur confie. Par conséquent, ces talents ne représentent pas seulement les qualités naturelles mais aussi les richesses que le Seigneur Jésus nous a laissées en héritage, afin que nous les fassions fructifier : sa Parole, déposée dans le saint Evangile ; le Baptême, qui nous renouvelle dans l’Esprit Saint; la prière – le « Notre Père » – que nous élevons à Dieu en tant que fils unis dans le Fils; son pardon, qu’il a commandé de porter à tous; le sacrement de son Corps immolé et de son Sang versé. En un mot : le Royaume de Dieu, qu’Il est Lui-même, présent et vivant au milieu de nous.

    C’est le trésor que Jésus a confié à ses amis, au terme de sa brève existence terrestre. La parabole de ce jour insiste sur l’attitude intérieure avec laquelle il faut accueillir et valoriser ce don. L’attitude qu’il ne faut pas avoir est celle de la peur : le serviteur qui a peur de son patron et craint son retour cache la pièce de monnaie sous terre et celle-ci ne produit aucun fruit. Cela arrive par exemple à celui qui a reçu le Baptême, la Communion, la Confirmation, mais ensevelit ensuite ces dons sous une couche de préjugés, sous une fausse image de Dieu qui paralyse la foi et les œuvres. Ceci fait qu’il trahit les attentes du Seigneur. Mais la parabole souligne davantage les bons fruits portés par les disciples qui, heureux du don reçu, ne l’ont pas tenu caché jalousement et par peur, mais l’ont fait fructifier en le partageant. Oui, ce que le Christ nous a donné se multiplie en le donnant! C’est un trésor fait pour être dépensé, investi, partagé avec tous, comme nous l’enseigne ce grand administrateur des talents de Jésus qu’est l’apôtre Paul.

    L’enseignement évangélique que nous offre aujourd’hui la liturgie a également eu une influence au niveau historique et social en encourageant parmi les populations chrétiennes une mentalité active et entreprenante. Mais le message central porte sur l’esprit de responsabilité avec lequel il faut accueillir le Royaume de Dieu : une responsabilité envers Dieu et envers l’humanité. Il incarne parfaitement l’attitude du cœur de la Vierge Marie qui, en recevant le don le plus précieux de tous, Jésus lui-même, l’a offert au monde avec un immense amour. Nous Lui demandons de nous aider à être des « serviteurs bons et fidèles », afin de pouvoir prendre un jour part « à la joie de notre Seigneur ».

    Benoit XVI

  • « Il faut toujours prier sans se décourager. »

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    Toute la fin du moine et la perfection du cœur consistent en une persévérance ininterrompue dans la prière. Autant qu’il est donné à la fragilité humaine, il s’agit d’un effort vers une tranquillité d’âme absolue, et vers une pureté de cœur parfaite. Telle est la raison qui nous fait affronter le labeur corporel et rechercher par tous les moyens la vraie contrition du cœur, avec une constance que rien ne lasse.

    Pour avoir la ferveur et la pureté qu’elle doit, la prière réclame une fidélité entière sur les points suivants. Tout d’abord, une libération complète de toute inquiétude vis-à-vis de ce monde. Il n’y a nulle affaire, nul intérêt dont le souci ne doive être absolument exclu. Renoncer pareillement à la médisance, aux bavardages, à toute parole vaine et à toute bouffonnerie. Avant tout, supprimer à fond le trouble de la colère et de la tristesse. Faire mourir en soi le foyer de tout désir charnel et de l’attachement à l’argent… Après cette purification qui assure la pureté et la simplicité, il faut jeter le fondement inébranlable d’une humilité profonde, capable de soutenir la tour spirituelle qui doit rejoindre le ciel. Enfin, pour que repose là-dessus l’édifice spirituel des vertus, il faut interdire à son âme toute dispersion en divagations et en pensées futiles. Alors, commence à s’élever peu à peu un cœur purifié et libre, jusqu’à la contemplation de Dieu et l’intuition des réalités spirituelles.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435), fondateur de monastère à Marseille
    Conférences, n°9 ; SC 34 (trad. SC  p. 40s rev.)

     

     

     

  • « Le Royaume de Dieu est au milieu de vous et au dedans de vous. »

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    L’action de grâce, la gratitude de celui qui reçoit incite celui qui donne à donner toujours davantage. Mais celui qui ne rend pas grâce pour les plus petites choses ne peut être que menteur et injuste dans les grandes. Celui qui est malade et qui connaît sa maladie peut demander la guérison ; celui qui reconnaît sa souffrance est proche de sa guérison, et il la trouvera facilement…

    Souviens-toi de la chute de ceux qui se croyaient forts, et sois humble en tes vertus… Chasse-toi toi-même, et ton ennemi sera chassé loin de toi. Apaise-toi toi-même, et le ciel et la terre te combleront de paix. Efforce-toi d’entrer dans le trésor de ton cœur, et tu verras le trésor du ciel. Car l’un et l’autre sont le même. Entrant dans l’un, tu contemples les deux. L’échelle de ce Royaume est en toi, cachée dans ton âme. Plonge en toi-même pour y découvrir ton péché : c’est là que tu trouveras les degrés par lesquels tu pourras t’élever… : « Le Royaume des cieux est en vous. »

    Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul
    Discours, 1ère série, n°30 (trad. Touraille, DDB 1981, p. 188 rev.)

     

     

     

  • « Dites-vous : ‘ Nous sommes des serviteurs quelconques ’ »

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    Les yeux du Seigneur regardent les humbles, pour qu’ils se réjouissent. Mais la face du Seigneur se détourne des orgueilleux, pour les humilier. L’humble reçoit toujours de Dieu la compassion… Fais-toi petit en tout devant tous les hommes, et tu seras élevé plus haut que les princes de ce monde. Devance tous les êtres, embrasse-les, abaisse-toi devant eux, et tu seras honoré plus que ceux qui offrent de l’or. Descends plus bas que toi-même, et tu verras la gloire de Dieu en toi. Car là où germe l’humilité, là se répand la gloire de Dieu… Si tu as l’humilité dans ton cœur, Dieu t’y révélera sa gloire…

    N’aime pas l’honneur, et tu ne seras pas déshonoré. L’honneur fuit devant celui qui court après lui. Mais l’honneur poursuit celui qui le fuit, et il proclame à tous les hommes son humilité. Si tu te méprises toi-même, afin de ne pas être honoré, c’est Dieu qui te manifestera. Si tu te blâmes toi-même par amour de la vérité, Dieu permettra que tu sois loué devant toutes ses créatures. Elles ouvriront devant toi la porte de la gloire de ton Créateur, et elles te loueront. Car tu es en vérité à son image et à sa ressemblance (Gn 1,26).

    Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul
    Discours, 1ère série, n°5 (trad. Touraille, DDB 1981, p. 87 rev.)