Catégorie : Enseignement

  • « Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche. »

    L’homme contemporain croit davantage les témoins que les maîtres, l’expérience que la doctrine, la vie et les faits que les théories. Première forme de la mission, le témoignage de la vie chrétienne est aussi irremplaçable. Le Christ, dont nous continuons la mission, est le « témoin » par excellence (Ap 1,5; 3,14) et le modèle du témoignage chrétien… La première forme de témoignage est la vie même du missionnaire, de la famille chrétienne et de la communauté ecclésiale, qui rend visible un nouveau mode de comportement. Le missionnaire qui, malgré toutes ses limites et ses imperfections humaines, vit avec simplicité à l’exemple du Christ est un signe de Dieu et des réalités transcendantes. Mais tous dans l’Église, en s’efforçant d’imiter le divin Maître, peuvent et doivent donner ce témoignage ; dans bien des cas, c’est la seule façon possible d’être missionnaire.

    Le témoignage évangélique auquel le monde est le plus sensible est celui de l’attention aux personnes et de la charité envers les pauvres, les petits et ceux qui souffrent. La gratuité de cette attitude et de ces actions, qui contrastent profondément avec l’égoïsme présent en l’homme, suscite des interrogations précises qui orientent vers Dieu et vers l’Évangile. De même, l’engagement pour la paix, la justice, les droits de l’homme, la promotion humaine est un témoignage évangélique dans la mesure où il est une marque d’attention aux personnes et où il tend vers le développement intégral de l’homme.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

     

  • « Proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie. »

    Jésus Christ, chargé de mépris et d’outrages par ses ennemis, s’applique encore plus à leur faire du bien. (…) Il parcourait les villes, les villages, les synagogues, nous enseignant à répondre aux calomnies non par d’autres calomnies, mais par de plus grands bienfaits. Si, en faisant du bien à ton prochain, tu as en vue le bon plaisir de Dieu et non celui des hommes, quoi que fassent les hommes, ne cesse pas tes bienfaits ; ta récompense n’en sera que plus grande. (…) Voilà pourquoi le Christ n’attendait pas la venue des malades ; il allait lui-même à eux, leur portant à la fois les deux biens essentiels : la Bonne Nouvelle du Royaume et la guérison de tous leurs maux.

    Et cela même ne lui suffit pas : il manifeste d’une autre manière encore sa sollicitude. « À la vue des foules, il en eut pitié, car ces gens étaient fatigués et prostrés comme des brebis qui n’ont pas de berger. Alors, il dit à ses disciples : ‘La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson’ ». Note encore une fois son éloignement pour la vaine gloire. Ne voulant pas entraîner tout le monde à sa suite, il envoie ses disciples. C’est qu’il veut les former non pas seulement pour les luttes qu’ils vont soutenir en Judée, mais aussi pour les combats qu’ils livreront par toute la terre. (…)

    Jésus donne à ses disciples le pouvoir de guérir les corps, en attendant de leur confier le pouvoir autrement important de guérir les âmes. Remarque comment il montre à la fois la facilité et la nécessité de cette œuvre. Que dit-il en effet ? « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. » Ce n’est pas aux semailles que je vous envoie, mais à la moisson. (…) En parlant ainsi, notre Seigneur leur donnait confiance et leur montrait que le travail le plus important avait déjà été accompli.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

     

     

     

  • « Il entra et saisit la main de la jeune fille. »

    Dès lors que le Christ est entré en nous par sa propre chair, nous ressusciterons entièrement ; il est inconcevable, ou plutôt impossible, que la vie ne fasse pas vivre ceux chez qui elle s’introduit. Comme on recouvre un tison ardent d’un tas de paille pour garder intacte le germe du feu, de même notre Seigneur Jésus Christ cache la vie en nous par sa propre chair et y met comme une semence d’immortalité qui écarte toute la corruption que nous portons en nous.

    Ce n’est donc pas seulement par sa parole qu’il réalise la résurrection des morts. Pour montrer que son corps donne la vie, comme nous l’avons dit, il touche les cadavres et par son corps il donne la vie à ces corps déjà en voie de désintégration. Si le seul contact de sa chair sacrée rend la vie à ces morts, quel profit ne trouverons-nous pas en son eucharistie vivifiante quand nous la recevrons ! … Il ne suffirait pas que notre âme seulement soit régénérée par l’Esprit pour une vie nouvelle. Notre corps épais et terrestre aussi devait être sanctifié par sa participation à un corps aussi consistant et de même origine que le nôtre et devait être appelé ainsi à l’incorruptibilité.

    Saint Cyrille d’Alexandrie (380-444)

     

     

     

  • « S’il retient les eaux, tout sera desséché, s’il les lâche, elles retourneront la terre. » (Jb 12,15)

    « S’il retient les eaux, tout sera desséché, s’il les lâche, elles retourneront la terre. » (Jb 12,15 Vg) Entendons par eau la science de la prédication, ainsi qu’il est écrit : « Une eau profonde, telle est la parole qui sort de la bouche de l’homme (sage), un torrent débordant, telle est la source de la sagesse » ; l’eau est-elle retenue, tout se dessèche : oui, ôtez la science des prédicateurs et les cœurs qui pouvaient verdoyer dans l’espérance de l’éternité, se flétrissent aussitôt, en sorte qu’ils demeurent dans la sécheresse du désespoir, en chérissant l’éphémère, en ignorant l’espérance de ce qui subsistera.

    Et si nous désignons par eau la grâce du Saint Esprit, comme le dit dans l’Évangile la parole de la Vérité : « Celui qui croit en moi, selon le mot de l’Écriture, de son sein couleront des fleuves d’eau vive », ‒ et l’Évangéliste ajoute aussitôt : « Il a ainsi parlé de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui » (Jn 7,38-39), ‒ cette interprétation s’accorde clairement avec ces paroles de Job : « S’il retient les eaux, tout se desséchera », car, si la grâce du Saint Esprit est ravie à l’esprit de celui qui écoute la Parole, aussitôt se flétrit son intelligence qu’on voyait déjà verdoyante d’espérance quand il écoutait. Et ne pas parler d’eau, mais d’eaux, au pluriel, c’est revenir à la grâce des sept dons spirituels car autant de dons qui emplissent chacun de nous, autant d’eaux qui se répandent dans nos cœurs.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

     

     

     

  • « L’Epoux est avec eux. »

    Le péché d’Adam s’était communiqué à tout le genre humain, à tous ses enfants… Donc, il est nécessaire que la justice du Christ soit communiquée à tout le genre humain ; de même qu’Adam, par le péché, a fait perdre la vie à sa descendance, de même le Christ, par sa justice, donnera la vie à ses enfants (cf Rm 5,19s)…

    À la fin des temps, le Christ a reçu de Marie une âme et notre chair. Cette chair, il est venu la sauver, il ne l’a pas abandonnée au séjour des morts (Ps 15,10), il l’a unie à son esprit et il l’a faite sienne. Ce sont là les noces du Seigneur, son union à une seule chair, afin que, selon « ce grand mystère », ils soient « deux en une seule chair : le Christ et l’Église » (Ep 5,31). Le peuple chrétien est né de ces noces, sur lesquelles est descendu l’Esprit du Seigneur. Ces semailles venues du ciel se sont aussitôt répandues dans la substance de nos âmes et s’y sont mélangées. Nous nous développons alors dans les entrailles de notre Mère et, en grandissant dans son sein, nous recevons la vie dans le Christ. C’est ce qui a fait dire à l’apôtre Paul : « Le premier Adam avait reçu la vie ; le dernier Adam est un être spirituel qui donne la vie » (1Co 15,45).

    C’est ainsi que le Christ engendre des enfants dans l’Église par ses prêtres, comme le dit le même apôtre : « Dans le Christ, je vous ai engendrés » (1Co 4,15). Et c’est ainsi par l’Esprit de Dieu, le Christ fait naître l’homme nouveau formé dans le sein de sa Mère et mis au monde dans la fontaine baptismale, par les mains du prêtre, avec la foi pour témoin… Il faut donc croire que nous pouvons naître… et que c’est le Christ qui nous donne la vie. L’apôtre Jean le dit : « Tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1,12).

    Saint Pacien de Barcelone (?-v. 390)

     

     

  • Aimer les membres malades du Christ

    « Apprenez ce que veut dire : Je veux la miséricorde et non le sacrifice… Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. » (Mt 9, 13) Être miséricordieux, incliner son cœur vers toutes les misères, celles du corps, et plus encore celles de l’âme, car les maladies de l’âme sont infiniment plus graves que tous les maux du corps, menaçant la vie et le bonheur d’un membre du Christ non pour quelques années, mais pour l’éternité… Ne pas s’attacher à soigner les brebis grasses, propres et dociles, abandonnant les galeuses à leur malheureux sort, mais aimer tous les hommes pour Dieu leur Père et leur Sauveur et donner ses soins surtout aux malades, aux pécheurs, puisqu’ils en ont bien plus besoin.

    Jésus nous donne son corps entier à aimer ; tous ses membres méritent de notre part un égal amour, comme étant tous siens : les uns sont sains, les autres malades : si tous doivent être aimés également, les membres malades réclament tous nos soins, mille fois plus que les autres : avant de oindre les autres de parfums, soignons ceux qui sont blessés, meurtris, malades, c’est-à-dire tous ceux qui ont des besoins dans leur corps ou dans leur âme, surtout ces derniers, et surtout, surtout les pécheurs… Nous pouvons faire du bien à tous les hommes sans exception, par nos prières, nos pénitences, notre propre sanctification.

    Saint Charles de Foucauld (1858-1916)

     

     

     

  • « Pourquoi tenir de tels raisonnements ? »

    Les scribes disaient : « Il blasphème ! Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul ? » Quelle est la réponse du Sauveur ? A-t-il désapprouvé un tel langage ? S’il n’était pas l’égal de Dieu, il aurait dû dire : « Pourquoi m’attribuez-vous une telle prétention ? »… Mais il n’a rien dit de semblable ; au contraire, il a confirmé cette déclaration de ses ennemis. Rendre témoignage à soi-même est suspect ; la vérité est mieux appuyée par d’autres, et non seulement par ses amis, mais encore plus par ses ennemis… Notre Maître avait montré sa puissance par ses amis quand il a dit au lépreux : « Je le veux, sois guéri » (Mc 1,41), et au centurion : « Je n’ai jamais trouvé tant de foi en Israël » (Mt 8,10). Maintenant il fait témoigner ses ennemis…

    Mais ici il y a encore un autre témoignage de la divinité de Jésus Christ, du fait qu’il est égal au Père. Non seulement Dieu seul peut remettre les péchés, mais Dieu seul peut pénétrer les pensées secrètes des cœurs. Il est écrit ici : « Saisissant dans son esprit les raisonnements qu’ils faisaient, Jésus leur dit : ‘Pourquoi de telles pensées dans vos cœurs ?’ » Le prophète écrit : « Toi seul connaît les cœurs » (2Ch 6,30) ; « Dieu sonde les cœurs et les reins » (Ps 7,10)… ; « L’homme voit l’apparence, mais Dieu voit le cœur » (1S 16,7). En même temps, le Christ donne une nouvelle preuve de sa douceur : « Pourquoi pensez-vous le mal dans votre cœur ? »…

    « Qu’est-ce qui vous paraît plus facile : guérir un corps malade ou pardonner les fautes d’une âme ? L’âme est plus élevée ; ses maladies sont plus difficiles à guérir. Mais parce que cette guérison est invisible, je ferai sous vos yeux une guérison visible, quoique moins importante »… Jésus fait donc lever le paralytique et le renvoie chez lui… Il semble lui dire : « Par ce qui t’est arrivé, j’aurais voulu guérir ces gens qui paraissent en bonne santé mais qui en réalité ont l’âme malade. Puisqu’ils ne le veulent pas, va-t’en chez toi ; là du moins, ta guérison portera des fruits ».

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

     

     

     

  • « Pourquoi avoir peur ? »

    « Mes enfants, quoi qu’il vous arrive, souvenez-vous que je suis toujours avec vous. Souvenez-vous que, visible ou invisible, paraissant agir ou paraissant dormir et vous oublier, je veille toujours, je suis partout, et je suis tout-puissant. N’ayez jamais nulle crainte, nulle inquiétude : je suis là, je veille, je vous aime (…), je suis tout-puissant. Que vous faut-il de plus ? (…) Souvenez-vous de ces tempêtes que j’ai apaisées d’un mot, leur faisant succéder un grand calme. Souvenez-vous de la façon dont j’ai soutenu Pierre marchant sur les eaux (Mt 14,28s). Je suis toujours aussi près de chaque homme que je l’étais alors de vous. (…) Ayez confiance, foi, courage ; soyez sans inquiétude pour votre corps et votre âme (Mt 6,25), puisque je suis là, tout-puissant et vous aimant.

    Mais (…) que votre confiance ne naisse pas de l’insouciance, de l’ignorance des dangers, ni de la confiance en vous ou en d’autres créatures. (…) Les dangers que vous courez sont imminents : les démons, ennemis forts et rusés, votre nature, le monde, vous font constamment une guerre acharnée. (…) En cette vie, la tempête est presque continuelle, et votre barque est toujours près de sombrer. Mais moi je suis là, et avec moi elle est insubmersible. Défiez-vous de tout, et surtout de vous, mais ayez en moi une confiance totale qui bannisse toute inquiétude. »

    Saint Charles de Foucauld (1858-1916)

     

     

     

  • « Laisse les morts enterrer leurs morts. »

    « Celui qui aime véritablement le Seigneur, qui recherche véritablement la possession du Royaume à venir, qui éprouve véritablement le regret de ses péchés, qui est véritablement parvenu à se souvenir du châtiment et du jugement éternel, qui est véritablement animé de la crainte de sa propre fin, celui-là n’aura plus ni amour, ni souci, ni préoccupation pour l’argent, pour les richesses, pour ses parents, pour la gloire du monde, pour ses amis, pour ses frères, ou pour quoi que ce soit sur la terre. Mais, ayant rejeté et haï toute attache et tout souci concernant tout cela, et plus encore sa propre chair, il suivra le Christ, nu, sans soucis, avec empressement, regardant sans cesse vers le ciel, en attendant de là tout secours, selon les paroles du saint roi : « Je ne me suis pas lassé de te suivre, et je n’ai pas désiré le jour ni le repos de l’homme, Seigneur ! » (cf. Jr 17,16 LXX).

    C’est une grande honte si, après avoir abandonné tout ce que je viens de dire, à l’appel non d’un homme mais du Seigneur, nous nous préoccupons de quelque autre chose qui ne saurait nous être d’aucune utilité à l’heure du besoin, c’est-à-dire au moment de la mort. Car c’est là ce que le Seigneur appelait « regarder en arrière et n’être pas digne du Royaume des Cieux » (Lc 9,62). Le Seigneur connaissait bien notre fragilité dans les commencements, et savait avec quelle facilité le séjour parmi les gens du monde ou leur conversation nous porteraient de nouveau vers le monde ; c’est pourquoi, à celui qui leur demandait : « Permets-moi d’aller d’abord ensevelir mon Père », il répondit : « Laisse les morts ensevelir les morts » (Mt 8,22). (…)

    Nous qui avons résolu de poursuivre notre course avec ardeur et promptitude, soyons très attentifs à la condamnation que le Seigneur a portée contre tous ceux qui vivent dans le monde, et, vivants, sont morts, quand il dit : « Laisse ceux qui sont dans le monde et sont morts, ensevelir ceux qui sont morts corporellement » (cf. Mt 8,22).

    Saint Jean Climaque (v. 575-v. 650)

     

     

     

  • « Aussitôt la jeune fille se leva. »

    Le Christ entre dans la maison où se trouve la jeune fille, la prend par la main et lui dit : « Petite fille, je te le dis, lève-toi ! »… Chers jeunes, le monde a besoin de votre réponse personnelle aux paroles de vie du Maître : « Je te le dis, lève-toi ! » Nous voyons comment Jésus vient à la rencontre de l’humanité dans les situations les plus difficiles et les plus pénibles. Le miracle accompli dans la maison de Jaïre nous montre son pouvoir sur le mal. Il est le Seigneur de la vie, le vainqueur de la mort…

    Mais nous ne pouvons pas oublier que, selon ce que nous enseigne la foi, la cause première du mal, de la maladie, de la mort même, c’est le péché en ses différentes formes. Dans le cœur de chacun et de chacune de nous se cache cette maladie qui nous touche tous : le péché personnel, qui s’enracine de plus en plus dans les consciences à mesure que se perd le sens de Dieu. Oui, chers jeunes, veillez à ne pas laisser s’affaiblir en vous le sens de Dieu. On ne peut pas vaincre le mal par le bien si l’on n’a pas ce sens de Dieu, de son action, de sa présence, qui nous invite à parier toujours sur la grâce, sur la vie, contre le péché, contre la mort. Le sort de l’humanité est en jeu…

    Il s’ensuit que nous devons voir les implications sociales du péché pour construire un monde digne de l’homme. Il y a des maux sociaux qui créent une véritable « communion du péché » parce que, en même temps que l’âme, ils abaissent l’Église et d’une certaine manière le monde entier… Chers jeunes, combattez le bon combat de la foi (1Tm 6,12) pour la dignité de l’homme, pour la dignité de l’amour, pour une vie noble, une vie d’enfants de Dieu. Vaincre le péché à l’aide du pardon de Dieu est une guérison, c’est une résurrection. N’ayez pas peur des exigences de l’amour du Christ. Craignez, au contraire, la pusillanimité, la légèreté, la recherche de vos intérêts propres, l’égoïsme, tout ce qui veut faire taire la voix du Christ qui, s’adressant à chacun de nous, répète : « Je te le dis, lève-toi ».

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)