Catégorie : Enseignement

  • Le chant de l’Amour

    Le premier mode de chant céleste, c’est l’amour envers Dieu et envers le prochain, et pour nous l’apprendre Dieu le Père nous a envoyé son Fils. Qui ne connaît, en effet, ce mode ne peut entrer dans le chœur céleste, car il n’en a ni la connaissance ni l’ornement, et il devra donc demeurer éternellement au dehors. (…)

    Aimer Dieu et aimer le prochain en vue de Dieu, à cause de Dieu et en Dieu, voilà, en effet, ce qui peut être chanté de plus sublime et de plus joyeux au ciel et sur la terre. L’art et la science de ce chant sont donnés par le Saint-Esprit. Le Christ, notre chantre et maître de chœur, a chanté dès le commencement et nous entonnera éternellement le cantique de fidélité et d’amour sans fin. Puis, nous tous, de tout notre pouvoir, nous chanterons à sa suite, tant ici-bas qu’au milieu du chœur de la gloire de Dieu.

    Ainsi l’amour vrai et sans feinte est le chant commun qu’il faut connaître tous pour faire partie du chœur des anges et des saints dans le royaume de Dieu ; car l’amour est la racine et la cause de toutes les vertus à l’intérieur, il est l’ornement et la vraie parure de toutes les bonnes œuvres à l’extérieur. Il vit de lui-même et est sa propre récompense. Dans son action, il ne peut se tromper, car là nous avons été devancés par le Christ, qui nous a enseigné l’amour et qui a vécu dans l’amour, lui avec tous les siens. Nous devons donc l’imiter, si nous voulons être bienheureux avec lui et posséder le salut.

    Tel est le premier mode du chant céleste que la Sagesse de Dieu enseigne à tous ses disciples obéissants, par l’intermédiaire de l’Esprit Saint.

    Bienheureux Jan van Ruusbroec (1293-1381)

     

     

     

  • Le vêtement de l’âme

    Lorsque les énergies de l’âme arrachent de l’esprit de l’homme les envies charnelles, le désir de Dieu soupire en lui. L’âme entrelace alors ces soupirs – la prière intérieure– comme l’abeille construit dans sa ruche un rayon de miel, ainsi se construit le palais intérieur de Dieu en l’âme. (…) Les énergies de l’âme sont d’une force immense, parce que l’homme sait et sent Dieu par leur intermédiaire, quelle que soit sa dépendance des désirs de la chair.

    Le Créateur de la terre a fait de l’âme un véritable atelier, elle est pour l’homme l’instrument de toutes ses œuvres. Dieu l’a créée en conformité avec lui-même. Cette âme, œuvre de Dieu en personne, lui qui agit jusqu’au dernier jour du monde, est pour chaque homme comme une présence sacrée, divine, invisible. Après le dernier jour du monde, lorsque l’homme se sera totalement transformé en esprit, il aura une vision parfaite de la sainte divinité, de tous les esprits et de toutes les âmes.

    L’âme est une énergie fructifiante, elle communique à l’homme entier son mouvement et sa vie. Comme l’homme porte un vêtement de tissus, de même l’âme se revêt de toutes les œuvres qu’elle réalise. Elle s’en sert de couverture, les bonnes comme les mauvaises. Les œuvres bonnes, lorsqu’elle aura quitté ce corps, resplendiront en elle comme un vêtement entièrement décoré avec l’éclat de l’or le plus pur, mais les mauvaises sentiront mauvais comme un habit souillé d’immondices !

    Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)

     

     

     

  • Les biens temporels ou l’éternelle richesse ?

    [Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] Hélas ! ma très chère fille, vois donc quelle honte pour ces hommes si misérablement avides des biens de ce monde, et qui ne suivent même pas les indications de la lumière naturelle, pour l’acquisition du bien suprême et éternel ! Ils ne font même pas ce que faisaient ces philosophes, par amour de la science. Dès qu’ils avaient compris que les richesses étaient un obstacle pour eux, ceux-ci s’en dépouillaient, et ceux-là de leurs richesses veulent se faire un dieu, ni plus ni moins ! N’est-il pas évident qu’ils ont plus de douleur de la perte de ces biens temporels, que de me perdre, moi, le bien suprême, l’éternelle richesse. À y regarder de près, tu découvriras que c’est dans ce désir désordonné, dans cette volonté déréglée de devenir riche, qu’est la source de tous les maux. (…)

    Dans le saint Évangile, ma Vérité vous a dit qu’il était plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans la vie éternelle ! Ces riches, ce sont ceux qui, par un attachement déréglé pour les biens de ce monde, possèdent ou convoitent les richesses. Nombreux sont ceux comme je t’ai dit, qui, pauvres en réalité, par leur attachement désordonné n’en possèdent pas moins le monde entier avec la volonté, s’ils pouvaient, de s’en rendre maîtres. Impossible à ceux-là de passer par la porte qui est étroite et basse ; à moins qu’ils ne jettent leur charge, en retirant leur cœur de l’amour du monde, et qu’ils ne courbent la tête par humilité. Or, c’est par cette porte qu’il faut passer : il n’y en a pas d’autre qui donne accès dans la vie. Il y a bien une grande porte ; mais c’est sur l’éternelle damnation qu’elle s’ouvre ! Et c’est par elle, que ces aveugles vont passer, sans voir la ruine où ils s’engagent.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

     

     

     

  • Les ruptures du chrétien et de l’Église

    Les ruptures nécessaires à l’Église et à un chrétien, les ruptures nécessaires avec le monde pour sauver le monde et les ruptures nécessaires pour que l’Église soit en marche, doivent être placées là où il faut, mais elles sont fondamentales. Je crois qu’il est important que nous prenions conscience des ruptures qui sont les ruptures chrétiennes et sans lesquelles une vie chrétienne n’est pas chrétienne élémentairement, des ruptures qui sont demandées à tout chrétien simplement parce qu’il est un baptisé. On ne peut pas devenir la chair et le sang de l’Église par le baptême, être la chair et le sang de son corps, du corps du Christ, sans qu’il y ait entre le monde et nous des oppositions qui sont des ruptures ; et c’est par ces ruptures que nous devenons aptes à participer à la rédemption du Christ.

    « En même temps, dit Paul VI, que l’Église prend plus pleinement conscience de certaines exigences intérieures, elle est sollicitée plus fortement par les besoins du monde auquel elle est destinée. » De même, c’est parce que nous sommes baptisés, parce que nous avons reçu le Saint-Esprit, parce que normalement il doit travailler en nous, qu’il doit nous entraîner dans la marche qu’il imprime à l’Église. Or, tout ce qui bouge rompt avec quelque chose. On pourrait dire que la liberté élémentaire, essentielle des enfants de Dieu, a pour rançon des ruptures. Mais une rupture n’est chrétienne que si elle se motive par l’union au Christ et la participation à l’œuvre du Christ. On ne rompt pas pour rompre. Le corps tout entier, toute l’Église du Christ a besoin de ces ruptures fondamentales. (…) Ce sont des ruptures qui doivent nous rendre libres d’appartenir uniquement et définitivement à Jésus-Christ ; des ruptures qui doivent nous donner la liberté d’essayer par sa grâce de vivre une vie toute de charité selon l’Évangile. Ce sont des ruptures qui doivent nous donner la liberté d’être disponibles à sa volonté au plus intime de l’Église.

    Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

     

     

     

  • L’Eucharistie, infinité charité de Dieu qui se donne

    « Voyez, dit saint Jean, quel amour le Père nous porte : nous ne sommes pas seulement appelés fils de Dieu, nous le sommes en réalité » (1 Jn 3,1). Dieu est notre Père, il nous aime d’une dilection incompréhensible. Tout l’amour qui existe dans le monde vient de lui et n’est qu’une ombre de sa charité sans bornes. (…) Or, l’amour tend à se donner ; ainsi, il s’unit davantage à l’objet de son affection. Dieu est l’amour même (1 Jn 4, 8) ; il a un désir toujours actuel et intense de se communiquer à nous. (…) Ce Fils, qui partage l’amour du Père, a voulu accepter la condition de serviteur et se livrer sur la croix (cf. Jn 15, 13). Et maintenant encore, il se cache sous les apparences du pain et du vin, en vue de pénétrer en nous et de nous unir à lui de la façon la plus étroite. La sainte Eucharistique est le dernier effort de la dilection qui aspire à se donner ; c’est le prodige de la toute puissance mise au service de l’infinité charité.

    Toutes les œuvres de Dieu sont parfaites (cf. Dt 32,4). C’est pourquoi le Père céleste a préparé à ses enfants un festin digne de lui. Il ne leur sert pas une nourriture matérielle, ni une manne descendue du ciel ; il leur donne le corps et le sang, avec l’âme et la divinité de son Fils unique Jésus-Christ. Pendant cette vie, nous ne saisirons jamais toute la grandeur de ce don ; même au ciel, nous ne le comprendrons pas tout à fait, car l’Eucharistie, c’est Dieu qui se communique, et Lui seul se connaît pleinement. (…) Par la communion, nous possédons la Trinité sainte dans nos cœurs, car le Père et le Saint Esprit sont nécessairement là où est le Fils : ils sont trois en une même et unique essence.

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

     

     

     

  • Jésus se donne aux âmes simples

    Jésus se plaît à se donner aux âmes simples ; efforçons-nous d’acquérir cette belle vertu, accordons-lui un grand prix.

    Jésus a dit : « Si vous ne retournez à l’état des enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. » (Mt 18, 3) Mais avant de nous l’enseigner avec des mots, lui-même l’avait pratiqué dans les faits. Il se fit enfant et nous donna l’exemple de cette simplicité qu’il enseigna ensuite avec des paroles.

    Explorons notre cœur, en tenant au loin toute prudence terrestre. Efforçons-nous d’avoir un esprit toujours pur dans ses pensées, toujours droit dans ses idées, toujours saint dans ses intentions. Gardons toujours une volonté qui ne recherche rien d’autre que Dieu et sa gloire.

    Si nous nous efforçons d’aller de l’avant dans cette belle vertu, Celui qui nous l’a enseignée nous enrichira toujours de nouvelles lumières et de plus grandes faveurs célestes.

    Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968)

     

     

     

  • « Maris, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Eglise, il s’est livré pour elle. » (Ep 5,25)

    L’homme et la femme qui, par l’alliance conjugale « ne sont plus deux mais une seule chair », s’aident et se soutiennent mutuellement par l’union intime de leurs personnes et de leurs activités ; ils prennent ainsi conscience de leur unité et l’approfondissent sans cesse davantage. Cette union intime, don réciproque de deux personnes, non moins que le bien des enfants, exigent l’entière fidélité des époux et requièrent leur unité indissoluble.

    Le Christ Seigneur a comblé de bénédictions cet amour aux aspects multiples, issu de la source divine de la charité, et constitué à l’image de son union avec l’Église (Ep 5,32). De même en effet que Dieu a pris autrefois l’initiative d’une alliance d’amour et de fidélité avec son peuple, ainsi, maintenant, le Sauveur des hommes, Époux de l’Église, vient à la rencontre des époux chrétiens par le sacrement de mariage. Il continue de demeurer avec eux pour que les époux, par leur don mutuel, puissent s’aimer dans une fidélité perpétuelle, comme lui-même a aimé l’Église et s’est livré pour elle (Ep 5,25).

    L’amour conjugal authentique est assumé dans l’amour divin et il est dirigé et enrichi par la puissance rédemptrice du Christ et l’action salvifique de l’Église, afin de conduire efficacement à Dieu les époux, de les aider et de les affermir dans leur mission sublime de père et de mère. C’est pourquoi les époux chrétiens, pour accomplir dignement les devoirs de leur état, sont fortifiés et comme consacrés par un sacrement spécial ; en accomplissant leur mission conjugale et familiale avec la force de ce sacrement, pénétrés de l’Esprit du Christ qui imprègne toute leur vie de foi, d’espérance et de charité, ils parviennent de plus en plus à leur perfection personnelle et à leur sanctification mutuelle ; c’est ainsi qu’ensemble ils contribuent à la glorification de Dieu.

    Concile Vatican II

     

     

     

  • Nous sommes appelés : frères !

    Nous formons un seul corps par notre communauté de croyance, notre unité de discipline et notre communion d’espérance. Nous marchons ensemble comme une seule armée pour assiéger Dieu et lui forcer la main par nos prières. Cette violence est agréable à Dieu. Nous prions aussi pour les empereurs et pour leurs ministres, pour l’état présent du siècle et pour la paix. Nous nous assemblons pour nous remémorons les saintes Écritures dans lesquelles, selon les circonstances, nous trouvons lumières ou avertissements. Ces paroles sacrées nourrissent notre foi, relèvent notre espérance, affermissent notre confiance, resserrent notre discipline. C’est là que se font les exhortations, les corrections et les divins jugements. (…)

    S’il y a une sorte de caisse commune, elle n’est pas constituée par une somme d’honoraires, comme si la religions était l’objet de commerce. Chacun paie tous les mois son modeste tribut, le jour où il veut, dans la mesure où il le peut et s’il le veut. Personne n’y est obligé ; on apporte spontanément sa part. (…) Cette pratique de la charité est celle qui nous marque le plus auprès de certains : « Voyez, disent-ils, comme ils s’aiment ! » Eux, en effet, se détestent mutuellement. « Voyez disent-ils, comme ils sont prêts à mourir les uns pour les autres ! » (…)

    Par le droit de la nature, notre mère commune, nous sommes aussi vos frères, mais à combien plus forte raison sont appelés frères et considérés comme tels ceux qui reconnaissent Dieu comme leur seul Père, qui se sont abreuvés au même Esprit de sainteté, et qui, sortis du même sein de l’ignorance, se sont émerveillés devant la même lumière de vérité.

    Tertullien (v. 155-v. 220)

     

     

     

  • « Au commencement, le Créateur les fit homme et femme. »

    Selon son dessein dès l’origine, Dieu a créé l’homme et la femme à son image. L’Écriture dit : « À l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa » (Gn 1,27). Il est donc important de comprendre, dans le livre de la Genèse, cette grande vérité : l’image de lui-même que Dieu a placée dans l’homme passe aussi à travers la complémentarité des sexes. L’homme et la femme, qui s’unissent dans le mariage, reflètent l’image de Dieu et sont en quelque sorte la révélation de son amour. Non seulement de l’amour que Dieu nourrit pour l’être humain, mais aussi de la mystérieuse communion qui caractérise la vie intime des trois Personnes divines.

    En outre, on peut considérer comme image de Dieu l’engendrement lui-même, qui fait de la famille un sanctuaire de la vie. L’apôtre Paul dit que « toute parenté tire son nom de Dieu » (Ep 3,14-15). C’est lui qui est la source ultime de la vie. On peut donc affirmer que la généalogie de toute personne plonge ses racines dans l’éternel. En engendrant un enfant, les parents agissent comme collaborateurs de Dieu. Mission vraiment sublime ! Par conséquent, il n’est pas étonnant que Jésus ait voulu élever le mariage à la dignité de sacrement, et que saint Paul en parle comme d’un « grand mystère », le mettant en relation avec l’union du Christ et son Église (Ep 5,32).

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

     

  • Le Fils de Dieu est libre de tout

    Lorsque le Christ réconcilia le monde avec Dieu, il n’avait certes pas besoin de réconciliation pour lui-même. Pour lequel de ses péchés aurait-il dû apaiser Dieu, lui qui n’en avait commis aucun ? Aussi, lorsque les Juifs lui réclament le didrachme exigé par la Loi, Jésus dit à Pierre : « Simon, de qui les rois de la terre perçoivent-ils le tribut ou les impôts ? De leurs fils ou des étrangers ? » Pierre répondit : « Des étrangers. » Jésus reprit : « les fils en sont donc exempts. Mais pour ne pas faire de scandale, jette l’hameçon et du premier poisson que tu prendras tu ouvriras la bouche ; tu y trouveras un stratère : prends-le et donne-le leur pour moi et pour toi. » (Mt 17, 25-27)

    Le Christ nous montre par là qu’il ne devait rien expier pour des péchés personnels, parce qu’il n’était pas esclave du péché mais que, Fils de Dieu, il était libre de toute faute. Le fils était libre et l’esclave en état de péché. Puisqu’il est libre de tout, Jésus ne paie donc rien pour le rachat de son âme, lui dont le sang pouvait payer largement la rédemption des péchés du monde entier. Il a le droit de libérer les autres, lui qui n’a aucune dette pour lui-même.

    Mais je vais plus loin. Le Christ n’est pas le seul à ne devoir rien payer pour la rédemption ou l’expiation de péchés personnels. Si tu envisages tout homme croyant, tu peux dire qu’aucun ne doit payer pour sa propre expiation, parce que le Christ a expié pour la rédemption de tous. Quel est l’homme qui trouverait son propre sang capable de le racheter, alors que le Christ a versé le sien pour le rachat de tous ?

    Saint Ambroise (v. 340-397)