Catégorie : Enseignement

  • Être une pierre vivante

    Nous tous qui croyons dans le Christ Jésus, nous sommes appelés « pierres vivantes » selon les paroles de l’Écriture : « Mais vous, vous êtes des pierres vivantes, édifiées en maison spirituelle pour un sacerdoce saint afin d’offrir des sacrifices spirituels agréables à Dieu par Jésus Christ » (1P 2,5).

    Or, quand il s’agit de pierres matérielles, nous savons qu’on veille à placer en premier dans les fondations les pierres les plus solides et les plus résistantes pour qu’on puisse placer par-dessus avec confiance le poids de l’édifice entier. Les pierres suivantes, de qualité un peu inférieure, on les range tout près des pierres de fondation, et ainsi de suite selon la résistance des pierres (…), jusqu’au toit. Il faut comprendre que cela s’applique également aux pierres vivantes, dont certaines sont aux fondations de notre édifice spirituel. Or quelles sont ces pierres placées dans les fondations ? « Les apôtres et les prophètes » ; c’est l’enseignement de Paul : « Édifiés, dit-il, sur les apôtres et les prophètes comme fondations, la pierre angulaire étant le Christ Jésus lui-même » (Ep 2,20).

    Pour te préparer plus activement, toi qui m’écoutes, à la construction de cet édifice, pour être une des pierres voisines du fondement, tu dois savoir que c’est le Christ lui-même qui est le fondement de cet édifice que nous décrivons. Ainsi l’affirme l’apôtre Paul : « Nul ne peut poser d’autre fondement que celui qui s’y trouve, à savoir Jésus Christ » (1Co 3,11). Bienheureux donc ceux qui ont bâti des édifices religieux et saints sur un fondement aussi noble !

    Origène (v. 185-253)

     

     

     

  • La banque de l’amour

    « Mes pensées ne sont pas vos pensées », dit le Seigneur (Is 55,8). Le mérite ne consiste pas à faire ni à donner beaucoup, mais plutôt à recevoir, à aimer beaucoup. Il est dit que c’est bien plus doux de donner que de recevoir (Ac 20,35), et c’est vrai, mais alors, quand Jésus veut prendre pour lui la douceur de donner, ce ne serait pas gracieux de refuser. Laissons-le prendre et donner tout ce qu’il voudra. La perfection consiste à faire sa volonté, et l’âme qui se livre entièrement à lui est appelée par Jésus lui-même « sa mère, sa sœur » et toute sa famille (Mt 12,50). Et ailleurs : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, c’est-à-dire il fera ma volonté et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure » (Jn 14,23). Oh, comme c’est facile de plaire à Jésus, de ravir son cœur, il n’y a qu’à l’aimer sans se regarder soi-même, sans trop examiner ses défauts.

    Ta Thérèse ne se trouve pas dans les hauteurs en ce moment, mais Jésus lui apprend à tirer profit de tout, du bien et du mal qu’elle trouve en soi. Il lui apprend à jouer à la banque de l’amour, ou plutôt non, il joue pour elle sans lui dire comment il s’y prend car cela est son affaire et non pas celle de Thérèse ; ce qui la regarde c’est de s’abandonner, de se livrer sans rien réserver, pas même la jouissance de savoir combien la banque lui rapporte…

    En effet les directeurs [spirituels] font avancer dans la perfection en faisant faire un grand nombre d’actes de vertus et ils ont raison, mais mon directeur qui est Jésus ne m’apprend pas à compter mes actes ; il m’enseigne à faire tout par amour, à ne lui rien refuser, à être contente quand il me donne une occasion de lui prouver que je l’aime, mais cela se fait dans la paix, dans l’abandon, c’est Jésus qui fait tout et moi je ne fais rien.

    Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897)

     

     

     

  • « En agissant ainsi, tu as appris à ton peuple que le juste doit être ami des hommes. » (Sg 12,19)

    Le premier des commandements et le plus grand, le fondement de la Loi et des prophètes (Mt 22,40) c’est l’amour qui, il me semble, donne sa plus grande preuve dans l’amour des pauvres, dans la tendresse et la compassion pour le prochain. Rien ne fait honneur à Dieu comme la miséricorde, car rien ne lui ressemble plus. « La miséricorde et la vérité marchent devant sa face » (Ps 88,15), et il préfère la miséricorde au jugement (Os 6,6). Rien autant que la bienveillance envers les hommes n’attire la bienveillance de l’Ami des hommes (Sg 1,6) ; sa récompense est juste, il pèse et mesure la miséricorde.

    Il faut ouvrir notre cœur à tous les pauvres, et à tous les malheureux, quelles que soient leurs souffrances. C’est le sens du commandement qui nous demande de « nous réjouir avec ceux qui sont dans la joie et de pleurer avec ceux qui pleurent » (Rm 12,15). Étant, nous aussi, des hommes, ne convient-il pas d’être bienveillants à l’égard de nos semblables ?

    Saint Grégoire de Nazianze (330-390)

     

     

     

  • Développer en nous le germe de l’amour

    L’amour de Dieu ne s’enseigne pas. Personne ne nous a appris à jouir de la lumière ni à tenir à la vie par-dessus tout ; personne non plus ne nous a enseigné à aimer ceux qui nous ont mis au monde ou nous ont élevés. De la même façon, ou plutôt à plus forte raison, ce n’est pas un enseignement extérieur qui nous apprend à aimer Dieu. Dans la nature même de l’être vivant – je veux dire de l’homme – se trouve inséré comme un germe qui contient en lui le principe de cette aptitude à aimer.

    C’est à l’école des commandements de Dieu qu’il appartient de recueillir ce germe, de le cultiver diligemment, de le nourrir avec soin, et de le porter à son épanouissement moyennant la grâce divine. Autant que le Saint-Esprit nous en donnera le pouvoir, nous nous efforcerons, avec l’aide de Dieu et de vos prières, d’exciter l’étincelle de l’amour divin caché en vous. (…)

    C’est en usant loyalement et convenablement de ces forces que nous vivons saintement dans la vertu ; en les détournant de leur fin, que nous sommes au contraire emportés vers le mal. Telle est, en effet, la définition du vice : l’usage abusif, et contraire aux commandements du Seigneur, des facultés que Dieu nous a données pour le bien, et telle, par conséquent, la définition de la vertu que Dieu exige de nous : l’usage consciencieux de ces facultés selon l’ordre du Seigneur.

    Cela étant, nous dirons la même chose de la charité. En recevant de Dieu le commandement de l’amour, nous avons aussitôt, dès notre origine, possédé la faculté naturelle d’aimer.

    Saint Basile (v. 330-379)

     

     

     

  • « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. » (1 Tim 2,4)

    Dieu n’a pas créé l’homme pour qu’il se perde, mais pour qu’il vive éternellement : ce dessein demeure immuable. Dès qu’il voit éclater en nous la plus petite étincelle de bonne volonté, ou qu’il la fait jaillir lui-même de la dure pierre de notre cœur, sa bonté en prend un soin attentif. Il l’excite, il la fortifie par son inspiration. Car « il veut que tous les hommes soient sauvés et qu’ils viennent à la connaissance de la vérité. » (1 Tim 2,4)

    « C’est la volonté de votre Père qui est dans les cieux, dit le Seigneur, qu’il ne se perde pas un seul de ces petits. » (Mt 18,14) (…) Dieu est véridique ; et il ne ment pas, lorsqu’il assure avec serment : « Je suis vivant, dit le Seigneur Dieu : je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse de sa voie mauvaise et qu’il vive. » (Ez 33,11) C’est sa volonté qu’il ne se perde pas un seul de ces petits : peut-on bien penser dès lors, sans un sacrilège énorme, qu’il ne veuille pas le salut de tous généralement, mais seulement de quelques-uns ? Quiconque se perd, se perd contre sa volonté. Chaque jour, il lui crie : « Convertissez-vous de vos voies mauvaises ! Et pourquoi mourriez-vous, maison d’Israël ? » (Ez 33,11) Et de nouveau : « Que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes ; et tu ne l’as pas voulu ! » (Mt 23,37) Ou bien : « Pourquoi ce peuple Jérusalem s’est-il détourné de moi avec tant d’opiniâtreté Ils ont endurci leurs fronts ; ils n’ont pas voulu revenir. » (Jr 8,5 ; 5,3 Vg)

    La grâce du Christ est donc toujours à notre disposition. Comme « il veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim 2,4), il les appelle aussi tous, sans exception : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et ployez sous le fardeau, et je vous soulagerai. » (Mt 11,28)

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

     

     

     

  • « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. » (Lc 13,24)

    En traversant jour après jour le temps de la vie présente, sauvez vos vies (cf. Lc 21,19) par les vertus, prenez des gages sur le royaume des cieux et amassez les biens inconcevables que nous réservent les promesses.

    Étroite et resserrée est la voie de Dieu (cf. Mt 7,14) mais large et spacieux (cf. Mt 7,13) le lieux du repos qui est sur le point de s’offrir à vous : les tentations du démon se succèdent et enflamment en quelque sorte votre demeure spirituelle, mais la rosée de l’Esprit éteint ces incendies et tient toute prête pour vous l’eau jaillissant en vie éternelle (cf. Jn 4,14). (…) Allons, mes enfants, désormais supportons vaillamment ce très petit nombre de jours, ou, pour mieux dire, ces jours qui nous sont donnés pour lutter, et ceignons-nous de la couronne de justice (cf. 2 Tm 4,8). (…)

    Je vous en conjure, aux afflictions présentes, opposons un cœur léger (cf. 2 Co 4,17) : elles ne sont rien, et à l’instar, d’un songe ou d’une ombre, elles sont bien vite passées ! Que rien ne vous fasse trembler, ni fléchir, mais avec une ardeur renouvelée, mettons en œuvre les commandements du Seigneur. Ne vous laisser pas attrister par un outrage, détourner par une injure, égarer par un reproche, abattre par une irritation, torturer par une attitude dédaigneuse ! Baissons les yeux, élevons notre âme, soyons bons les uns envers les autres, indulgents, persévérants, patients. (…)

    Or, vous avez appris tout cela vous qui êtes enseignés par Dieu. Faites ce qui lui plaît (cf. Jn 8,29) ; et enfin supportez courageusement les jours présents, mes enfants !

    Saint Théodore le Studite (759-826)

     

     

     

  • La foi du grain et la force du levain

    La foi d’un tout petit grain de sénevé,
    Figure du Royaume,
    Je ne l’ai pas reçues en mon âme,
    Afin que les montagnes perverses fussent transportées.

    Ni non plus, pareil aux oiseaux du ciel,
    Je ne me suis posé sur les branches du précepte,
    Où les âmes pures se reposent,
    Héritières du saint Tabernacle des cieux. (…)

    Je suis devenu un levain sans force et vieilli,
    Et non point, suivant la parabole, celui qui fait lever :
    le levain que la femme a caché dans la pâte,
    Comme l’Église, ton mystère.

    Ce levain, en effet, a été pris de Toi d’abord ;
    Grâce à lui furent avisés les Chœurs d’en-haut ;
    Et lorsqu’à notre masse, issue d’Adam,
    Il s’est uni intimement, tout a levé.

    Privé je le suis, moi seul, dans les deux cas
    Pour ce qui est de la lumière ineffable de la Sagesse ;
    Daigne m’en rendre participant de nouveau,
    Veuille me redonner ce que j’ai perdu.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

  • « Maître, que je voie ! »

    En toi, Dieu vivant, mon cœur et ma chair ont tressailli, et mon âme s’est réjouie en toi, mon vrai salut. Quand mes yeux te verront-ils, Dieu des dieux, mon Dieu ? Dieu de mon cœur, quand me réjouiras-tu de la vue de la douceur de ton visage ? Quand combleras-tu le désir de mon âme par la manifestation de ta gloire ?

    Mon Dieu, tu es mon héritage choisi entre tous, ma force et ma gloire ! Quand entrerai-je en ta puissance pour voir ta force et ta gloire ? Quand donc au lieu de l’esprit de tristesse me revêtiras-tu du manteau de la louange, pour qu’unie aux anges, tous mes membres t’offrent un sacrifice d’acclamation ? Dieu de ma vie, quand entrerai-je dans le tabernacle de ta gloire, afin de te chanter en présence de tous les saints, et de proclamer d’âme et de cœur que tes miséricordes pour moi ont été magnifiques ? Quand est-ce que le filet de cette mort se brisera, pour que mon âme puisse te voir sans intermédiaire ? (…)

    Qui se rassasiera à la vue de ta clarté ? Comment l’œil pourra-t-il suffire à voir et l’oreille à entendre, dans l’admiration de la gloire de ton visage ?

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

    (Références bibliques : Ps 83,3 ; Ps 70,16 ; Lc 1,47 ; Is 61,10 ; Ps 26,6 ; Gn 19,19)

     

     

     

  • « Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. » Lc 13,9

    Rendons grâce à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, de nous avoir rendus dignes de recevoir de lui un peu de joie dans l’abondance de nos peines. Il a en effet apaisé notre cœur abattu, en augmentant notre humilité et en fortifiant notre foi. Prions-le donc bien fort et avec les larmes de nous accorder sa pitié et son pardon. Qu’il nous rende dignes de dire : « Il a déchiré mon sac, il m’a ceint d’allégresse » (Ps 29,12). (…)

    Ce que Dieu cherche en nous, ce sont les fruits du Saint-Esprit ; il ne faut pas que nous y soyons négligents, car c’est sur eux que nous serons interrogés. Songeons à nous stimuler mutuellement, pour que nous produisions tous nos fruits en ce qui plaît à Dieu. Sachons que Dieu s’occupe de nous ; travaillons à ce qui est nécessaire au corps et efforçons-nous de devenir un temple pur pour Dieu. Eh bien, mes frères, veillez à ce qu’aucun d’entre vous ne soit exclu de l’assurance, au jour où la gloire du Seigneur se manifestera : « encore un peu, en effet, et vraiment celui qui viendra arrive et ne tardera pas ; mon juste vit de la foi » (He 10,37-38).

    Saint Théodore de Tabennèse (?-368)

     

     

     

  • Interroge les mystères invisibles de Dieu !

    Ciel et terre et tout ce qui est en eux, les voici de partout qui me disent de t’aimer, et ils ne cessent de le dire à tous les hommes, « pour qu’ils soient sans excuse » (Rm 1,20). Mais plus profondément, toi « tu auras pitié de qui tu voudras avoir pitié, et tu accorderas miséricorde à qui tu voudras faire miséricorde » (cf. Rm 9,15), sans quoi c’est à des sourds que le ciel et la terre disent tes louanges. (…)

    J’ai dit à tous les êtres qui entourent les portes de ma chair : « Dites-moi sur mon Dieu, puisque vous vous ne l’êtes pas, dites-moi sur lui quelque chose. » Ils se sont écriés d’une voix puissante : « C’est lui-même qui nous a faits » (Ps 99,3). Mon interrogation c’était mon attention ; et leur réponse, leur beauté.

    Est-ce qu’à tous ceux qui ont l’intégrité de leurs sens n’apparaît pas cette beauté ? Pourquoi donc ne tient-elle pas à tous le même langage ? Les animaux petits et grands la voient, mais ils ne peuvent interroger ; car il n’y a pas en eux ce juge préposé aux messages des sens qu’est la raison. Les hommes, eux, peuvent interroger afin que « les mystères invisibles » de Dieu « deviennent, par les êtres créés, intelligibles à leurs regards (cf. Rm 1,20).

    Saint Augustin (354-430)