Catégorie : Enseignement

  • « Donnez en aumône ce que vous avez et tout sera pur pour vous. » (Lc 11, 41)

    Ne t’ai-je point enseigné que l’aumône se fait avec le cœur, les paroles et les œuvres ? Tu n’auras en ceci jamais d’excuse : quand tu vois la nécessité du pauvre, tu es tenu d’y compatir avec ton cœur.

    Lorsque tu vas à l’hôpital et ne peux guérir la peine de l’infirme, accorde-lui du moins l’aumône du cœur : prends-le en pitié. Et tu peux lui en donner une autre, qui lui sera peut-être plus chère : celle de la parole. Par le bienfait de deux paroles, tu allégeras sa peine. Tu ne seras jamais excusé de cette omission. En quelque état ou condition que tu vois l’infortuné, tu peux le consoler. Elle plaît tant au pauvre, l’aumône de la parole que tout aussitôt il se réconforte et s’apaise. Écoute la sainte Écriture : « La rosée ne rafraîchit-t-elle pas le vent brûlant ? » (Si 18,16). Vous souvenez-vous de la sensation que vous éprouvez au temps de la grande chaleur, quand vous trouvez une abondante rosée le matin ? De même parfois, lorsque, ne pouvant assister un miséreux par les biens de ce monde, tu le soutiens de tes paroles ; il semble tout rafraîchi et consolé, bien que tu ne l’aies point soulagé de sa nécessité matérielle. – Mais s’il est sourd, comment lui adresserai-je cette aumône ? – Tu n’es point pour cela excusé : tu peux du moins recoudre ses habits, l’aider à se vêtir, à se chauffer, et t’ingénier selon tes moyens.

    Qui sera dispensé de compatir au besogneux ? Personne. Vois dans l’Exode (cf. Ex 23,5) : il t’est commandé si tu vois un âne tomber, fût-ce celui de ton ennemi, d’aider à le relever. Si tu es tenu d’aider l’âne de ton ennemi, que sera-ce du prisonnier ? Tu n’as nulle excuse devant Dieu de ne pas l’assister ! Donne ton aumône dans la joie.

    Saint Bernardin de Sienne (1380-1444)

     

     

     

     

  • La promesse de notre résurrection

    Notre Rédempteur a assumé la mort pour que nous n’ayons pas peur de mourir. Il manifeste sa résurrection pour que nous ayons, nous, pleine confiance de pouvoir ressusciter. Voilà pourquoi il a voulu aussi que cette mort ne dure pas plus de trois jours : un retard de la résurrection en sa personne, et ce serait en la nôtre la perte de cette espérance.

    C’est ce qui est dit de lui non sans sagesse par le Prophète : « Au torrent il boira en chemin, c’est pour cela qu’il redressera la tête. » (Ps 109,7) C’est, en effet, comme au torrent de notre souffrance qu’il a daigné boire, non en s’arrêtant, mais en chemin, puisqu’il a connu la mort en passant, c’est-à-dire l’espace de trois jours, et que dans cette mort qu’il a connue il n’est pas demeuré, comme nous le ferons, nous, jusqu’à la fin du temps.

    En ressuscitant le troisième jour, il montre donc ce qui est réservé à son corps, c’est-à-dire à l’Église. Par son exemple, en effet, il a manifesté ce qu’il lui a promis en récompense : en reconnaissant qu’il est ressuscité, lui, les fidèles auraient aussi pour eux-mêmes l’espérance des récompenses de la résurrection à la fin du monde.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

     

     

     

  • « Posant son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer. »

    Dieu te regarde, qui que tu sois. Et il « t’appelle par ton nom » (Jn 10,3). Il te voit et te comprend, lui qui t’a fait. Tout ce qu’il y a en toi, il le sait : tous tes sentiments, tes pensées, tes inclinations, tes goûts, ta force et ta faiblesse. (…) Ce n’est pas seulement que tu fais partie de sa création, lui qui a souci même des moineaux (Mt 10,29) (…) ; tu es un homme racheté et sanctifié, son fils adoptif, gratifié d’une part de cette gloire et de cette bénédiction qui découlent éternellement de lui sur le Fils unique.

    Tu as été choisi pour être sien. (…) Tu es un de ceux pour qui le Christ a offert au Père sa dernière prière et y a mis le sceau de son sang précieux. Quelle pensée que celle-là, pensée presque trop grande pour notre foi ! Quand nous y réfléchissons, comment ne pas réagir comme Sara qui a ri d’émerveillement et de confusion (Gn 18,12). « Qu’est-ce que l’homme », que sommes-nous, que suis-je, pour que le Fils de Dieu « ait de moi un si grand souci ? » (Ps 8,5) Que suis-je (…) pour qu’il m’ait refait à neuf (…), et pour qu’il ait fait de mon cœur sa demeure ?

    Saint John Henry Newman (1801-1890)

     

     

     

     

  • « Heureux ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent. »

    C’est dans le silence éternel de la vie intérieure de Dieu que la décision de la rédemption a été prise. Et c’est dans l’obscurité d’une maison silencieuse de Nazareth que la force de l’Esprit Saint est descendue sur la Vierge, seule et en prière, et que l’incarnation du Sauveur s’est réalisée. Ensuite, réunie autour de la Vierge silencieuse en prière (Ac 1,14), l’Église naissante espérait la nouvelle effusion de l’Esprit, qui avait été promise pour lui donner vie, lui donner sa clarté intérieure, sa fécondité et son efficacité…

    Dans ce dialogue silencieux entre les êtres bénis de Dieu et leur Seigneur se préparent les événements de l’histoire de l’Église, visibles de loin et qui renouvellent la face de la terre (Ps 103,30). La Vierge, qui gardait dans son cœur chaque parole dite de la part du Seigneur (Lc 1,45; 2,19), préfigure les êtres attentifs en qui la prière sacerdotale de Jésus renaît sans cesse à la vie.

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)

     

     

     

  • L’âme unie à Dieu résiste aux assauts du démon

    [Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] Il est bien vrai que, le démon ne dort jamais. Son exemple fait la leçon a ces négligents qu’il abuse, et qui emploient à dormir, un temps dont ils pourraient tirer tant de profit. Mais à ces âmes parfaites, sa vigilance ne peut nuire, car il ne peut supporter l’ardeur de leur charité, ni l’odeur de cette union qu’elles ont avec moi, l’Océan de paix.

    L’âme ne peut être trompée, tant qu’elle demeure ainsi unie à moi ; le démon fuit d’elle, comme la mouche de la marmite qui bout sur le feu, par la peur qu’elle a de s’y brûler. Mais, si la marmite était tiède, la mouche n’aurait plus peur, elle entrerait dedans ; bien que souvent, elle en sorte bien vite, parce qu’elle la trouve bien plus chaude qu’elle s’imaginait. Il en va ainsi pour l’âme qui n’est pas encore parvenue à l’état parfait. Le démon la croyant tiède, pénètre en elle par des tentations aussi variées que multiples. Mais il se rencontre, que cette âme est en acte de se connaître elle-même et de concevoir de la douleur et du regret de ses fautes. Elle résiste à l’attaque. Pour qu’elle ne consente pas, elle enchaîne sa volonté dans les liens de la haine du péché et de l’amour de la vertu.

    Ô que toute âme se réjouisse, qui éprouve ces nombreux assauts ! C’est la voie qui conduit à ce doux et glorieux état !

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

     

     

     

  • Entrer dans la vraie paix du sabbat

    Lorsque l’homme, s’arrachant au brouhaha extérieur, s’est recueilli au secret de son cœur, qu’il a fermé sa porte à la foule bruyante des vanités…, quand il n’y a plus rien en lui d’agité ni de désordonné, rien qui le tiraille, rien qui le tenaille…, c’est la joyeuse célébration d’un premier sabbat. Mais on peut quitter cette chambre intime pour l’auberge de son cœur…, pour entrer dans le repos joyeux et paisible de la douceur de l’amour fraternel. C’est un deuxième sabbat, celui de la charité fraternelle…

    Une fois purifiée dans ces deux formes d’amour [de soi-même et de son prochain], l’âme aspire d’autant plus ardemment aux joies de l’étreinte divine qu’elle est plus assurée. Brûlant d’un désir extrême, elle passe au-delà du voile de la chair et, entrant dans le sanctuaire (He 10,20), où le Christ Jésus est esprit devant sa face, elle est totalement absorbée par une lumière indicible et une douceur inhabituelle. Le silence s’étant fait par rapport à tout ce qui est corporel, sensible, changeant, elle fixe d’un regard pénétrant Ce qui Est, Ce qui est toujours tel, identique à soi-même, Ce qui est Un. Libre pour voir que le Seigneur lui-même est Dieu (Ps 45,11), elle célèbre sans aucun doute le sabbat des sabbats dans les douces étreintes de la Charité elle-même.

    Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167)

     

     

     

  • « Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. »

    Les paroles de Jésus-Christ Notre Seigneur qu’on lit dans l’Évangile, nous rappellent qu’il y a une mystérieuse unité vers laquelle nous devons tendre, pendant que nous nous fatiguons au sein de la multiplicité que présente ce siècle. Or nous y tendons en marchant et avant de nous reposer, pendant que nous sommes sur la voie, et pas encore dans la patrie, à l’époque des désirs et non au jour des jouissances. Tendons-y toutefois, mais tendons-y sans lâcheté et sans interruption, de manière à pouvoir y arriver enfin. (…)

    Pour préparer un repas au Sauveur, Marthe s’occupait de soins nombreux ; Marie sa sœur aima mieux être nourrie par lui ; elle laissa donc Marthe aux occupations multipliées du service, et pour elle, elle s’assit aux pieds du Seigneur et écoutait tranquillement sa parole. Docile et fidèle, elle avait entendu ces mots : « Cessez et voyez que je suis le Seigneur. » (Ps 45,11) Ainsi l’une des deux sœurs s’agitait, et l’autre était à table ; l’une préparait beaucoup et l’autre n’envisageait qu’une chose. (…)

    Que dit le Seigneur à Marthe ? « Marie a choisi la meilleure part ». La tienne n’est pas mauvaise, mais la sienne est meilleure. Pourquoi meilleure? Parce qu’ « elle ne lui sera point ôtée » On t’ôtera un jour ce fardeau imposé par les besoins d’autrui : les délices de la vérité sont éternelles. On ne lui ôtera donc pas le choix qu’elle a fait ; on ne le lui ôte pas, mais on y ajoute ; on y ajoute dans cette vie, dans l’autre on y mettra le comble, et jamais elle n’en sera séparée.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • Par les Remèdes de Vie, guéris mon âme !

    De Jérusalem, notre Paradis,
    Comme Adam coupable,
    Je suis descendu vers le vil Jéricho ;
    Je suis tombé entre les mains du Brigand.

    Ils me dépouillèrent de la lumière ;
    Ils couvrirent mon âme des plaies du péché ;
    Ils ne sont pas partis en me laissant à demi-mort,
    Mais après la mort, ils me livrent la guerre encore.

    Et Moïse le Lévite,
    Et Aaron le Prêtre antique,
    La nation du Grand Patriarche,
    Et les Prophètes de l’Ancienne Loi,

    Virent les plaies de mes souffrances incurables,
    Et les blessures terribles ;
    Ils passèrent avec le remède des seules paroles
    Et ne purent les guérir.

    À toi qu’ils appelaient Samaritain,
    Eux la race juive impudente,
    Je montrerai les souffrances de mon âme,
    À tes yeux divins qui les voit.

    Aie pitié de moi aussi comme Tu as eu pitié d’Adam,
    Mets le remède sur la blessure profonde de mon âme ;
    Recouvre-la avec ma robe première,
    Dont les brigands me dépouillèrent.

    Verse dessus l’huile et le vin,
    Le remède de vie de l’Esprit d’en-haut,
    En donnant de nouveau l’Esprit de l’onction
    Et la coupe de la Nouvelle Alliance.

    Porte-moi sur la monture de la Croix ;
    Emmène-moi à l’auberge, à l’Église ;
    Confie-moi au Grand-Prêtre,
    Qui en sacrifice offre ton Corps.

    Donne au lieu des deux deniers
    La Parole de l’Ancien et du Nouveau Testament,
    Pour guérir par elle mon âme,
    Comme par le pain vivra le corps.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

  • « Ils ne font plus deux ; ils ne font qu’un. ».

    « Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit pas le séparer ». Cette expression « contient la grandeur essentielle du mariage et en même temps l’intensité morale de la famille ». Nous souhaitons aujourd’hui une telle grandeur et une telle dignité pour tous les époux du monde ; nous souhaitons une telle intensité sacramentelle et une telle intégrité morale pour toutes les familles. Et nous le demandons pour le bien de l’homme ! Pour le bien de chaque homme. L’homme n’a pas d’autre voie vers l’humanité sinon à travers la famille. Et la famille doit être située aux bases mêmes de tout effort afin que notre monde humain devienne toujours plus humain. Personne ne peut échapper à cette sollicitude : aucune société, aucun peuple, aucun système ; ni l’État, ni l’Église, ni même l’individu.

    L’amour, qui unit homme et femme en tant qu’époux et parents, est en même temps don et commandement… L’amour est don : « L’amour est de Dieu et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu » (1Jn 4,7). Et en même temps l’amour est un commandement, le plus grand commandement…: « Tu aimeras » (Mt 22,37-39). Obéir au commandement de l’amour veut dire réaliser toutes les obligations de la famille chrétienne. En fin de compte, toutes se réduisent à celle-ci : la fidélité et l’honnêteté conjugale, la paternité responsable et l’éducation. La « petite église » — l’Église domestique — indique la famille vivant dans l’esprit du commandement de l’amour : sa vérité intérieure, son effort quotidien, sa beauté spirituelle et sa force… Si Dieu est aimé au-dessus de tout autre chose, alors l’homme aime et est aimé avec toute la plénitude de l’amour qui lui est accessible. Si l’on détruit cette structure inséparable, dont parle le commandement du Christ, alors l’amour de l’homme se détachera de sa racine la plus profonde, perdra sa racine de plénitude et de vérité, qui lui sont essentielles. Nous implorons en faveur de toutes les familles chrétiennes, de toutes les familles du monde, pour que soit concédée cette plénitude et vérité de l’amour, tel que l’évoque le commandement du Christ.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

     

  • « Celui qui vous écoute m’écoute ; celui qui vous rejette me rejette. »

    Notre époque est tout à la fois dramatique et fascinante. Tandis que, d’un côté, les hommes semblent rechercher ardemment la prospérité matérielle et se plonger toujours davantage dans le matérialisme de la consommation, d’un autre côté, on voit surgir une quête angoissante du sens, un besoin d’intériorité, un désir d’apprendre des formes et des méthodes nouvelles de concentration et de prière. Dans les cultures imprégnées de religiosité, mais aussi dans les sociétés sécularisées, on recherche la dimension spirituelle de la vie comme antidote à la déshumanisation… L’Église a un immense patrimoine spirituel à offrir à l’humanité dans le Christ qui se proclame « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14,6)…

    L’Église doit être fidèle au Christ, dont elle est le corps et dont elle poursuit la mission. Il est nécessaire qu’elle « suive la même route que le Christ, la route de la pauvreté, de l’obéissance, du service et de l’immolation de soi jusqu’à la mort, dont il est sorti victorieux par sa résurrection » (Vatican II, AG 5). L’Église doit donc tout faire pour déployer sa mission dans le monde et atteindre tous les peuples ; elle en a aussi le droit, qui lui a été donné par Dieu pour la mise en œuvre de son plan. La liberté religieuse, parfois encore limitée ou restreinte, est la condition et la garantie de toutes les libertés qui fondent le bien commun des personnes et des peuples. Il faut souhaiter que la véritable liberté religieuse soit accordée à tous en tout lieu… Il s’agit bien d’un droit inaliénable de toute personne humaine.

    D’autre part, l’Église s’adresse à l’homme dans le respect entier de sa liberté ; la mission ne restreint pas la liberté, mais elle la favorise. L’Église propose, elle n’impose rien ; elle respecte les personnes et les cultures, et elle s’arrête devant l’autel de la conscience. À ceux qui s’opposent, sous les prétextes les plus variés, à son activité missionnaire, l’Église répète : « Ouvrez les portes au Christ ! »

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)