Catégorie : Enseignement
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Faire silence
Qui d’entre nous ne s’est pas entendu dire un jour « il faut que je fasse du rangement » ? Plus on avance dans la vie, plus on se rend compte qu’il est vital d’appliquer ce réflexe à notre vie intérieure… Depuis une quinzaine d’années, les monastères, les communautés ou les foyers de charité accueillent de plus en plus de gens. Pour certains, c’est un rendez-vous avec Dieu qui s’impose. D’autres sont attirés sans rien connaître de Dieu. D’autres encore ont rompu avec la foi de leur enfance mais une sensibilité religieuse leur est restée. Mais faire retraite reste une exigence, cela suppose d’accepter de se laisser déposséder de ses attaches, pour être plus soi-même en vérité.
On décide de faire une retraite lorsque l’on a besoin de souffler, de réfléchir sur sa vie, parce que l’on se sent tiraillé, effiloché, émietté. Faire le point permet de relire sa vie, de se recentrer sur l’essentiel, de refaire l’unité en soi pour avancer à nouveau.
Pour certains, ce sera le moyen de discerner, de faire mûrir une décision difficile à prendre ou une orientation de vie difficile à accepter. Pour d’autres c’est un moyen de faire plus de place au Seigneur dans sa vie, de lui consacrer un temps de prière, un temps privilégié aussi pour prier pour tous ceux que l’on aime. Tous ressentent le besoin de s’éloigner de chez eux pour méditer, réfléchir en silence! D’autres viennent y chercher « le vrai silence ». Ceux qui ont vu le film « le Grand silence » se souviennent de l’émotion ressentie « à l’écoute » du silence dans lequel vivent les moines de la Grande Chartreuse. Un silence qui vous happe, vous trouble, mais fait goûter un autre rapport au temps, à la vie et vous laisse tellement différent !Le silence peut être un choc. S’il est vécu de façon authentique, il permet de descendre en soi, d’atteindre un niveau de conscience que l’on ne peut atteindre dans le tourbillon de la vie. Ce silence n’est pas vide. C’est le lieu de rencontre avec Dieu.
Evelyne Montigny , journaliste
juillet 2009croire.com
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Vivons selon Dieu
Nous qui par chaque parole de la divine Écriture sommes invités à l’imitation du Seigneur qui nous a créés dans sa bienfaisance, voilà que nous détournons tout à notre propre utilité, nous mesurons tout à notre agrément. Nous nous attribuons des biens pour notre propre vie et nous mettons le reste en réserve pour nos héritiers. Quant aux gens qui sont dans la misère, il n’en est nullement question. Et des pauvres on n’a pas le moindre souci. 0 cœurs sans miséricorde !
Un homme voit-il son prochain manquer de pain et du moyen de se procurer la nourriture indispensable, loin de s’empresser de lui offrir son aide pour le tirer de la misère, il l’observe comme on observerait une plante verdoyante en train de se dessécher pitoyablement, faute d’eau. Et cependant cet homme déborde de richesses et serait capable d’apporter à beaucoup l’aide de ses biens. De même que le débit d’une seule source peut arroser de nombreux champs sur une vaste étendue, ainsi l’opulence d’une seule maison est capable de sauver de la misère un grand nombre de pauvres, à moins que la parcimonie et l’avarice de l’homme ne vienne y faire obstacle, comme un rocher tombé dans le ruisseau en détourne le cours.
Ne vivons pas uniquement selon la chair, vivons selon Dieu.
Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
Sermon 1 sur l’amour des pauvres : PG 46, 463-466 (trad. Orval) -
La vie communautaire : « Vous êtes tous frères »
Quoi qu’ils fassent, les frères doivent se montrer charitables et joyeux les uns avec les autres. Celui qui travaille parlera ainsi de celui qui prie : « Le trésor que mon frère possède, je l’ai, moi aussi, puisqu’il nous est commun. » De son côté, celui qui prie dira de celui qui lit : « Le bénéfice qu’il tire de sa lecture m’enrichit, moi aussi. » Et celui qui travaille dira encore : « C’est dans l’intérêt de la communauté que j’accomplis ce service. »
Les multiples membres du corps ne forment qu’un seul corps et ils se soutiennent mutuellement en remplissant chacun sa tâche. L’œil voit pour tout le corps ; la main travaille pour les autres membres ; le pied, en marchant, les porte tous ; un membre souffre dès qu’un autre souffre. Voilà comment les frères doivent se comporter les uns avec les autres (cf. Rm 12, 4-5). Celui qui prie ne jugera pas celui qui travaille parce qu’il ne prie pas. Celui qui travaille ne jugera pas celui qui prie… Celui qui sert ne jugera pas les autres. Au contraire, chacun, quoi qu’il fasse, agira pour la gloire de Dieu (cf. 1Co 10,31 ; 2Co 4,15)…
Ainsi une grande concorde et une sereine harmonie formeront « le lien de la paix » (Ép 4,3), qui les unira entre eux et les fera vivre avec transparence et simplicité sous le regard bienveillant de Dieu. L’essentiel, évidemment, c’est de persévérer dans la prière. D’ailleurs une seule chose est requise : chacun doit posséder en son cœur ce trésor qu’est la présence vivante et spirituelle du Seigneur. Qu’il travaille, prie ou lise, chacun doit pouvoir se dire en possession de ce bien impérissable qu’est le Saint Esprit.
Homélie attribuée à saint Macaire d’Égypte (?-390), moine
Troisième Homélie, 1-3 ; PG 34, 467-470 (trad. Orval) -
Convertissez-vous !
« Ils auront beau regarder de tous leurs yeux, ils ne verront pas ; ils auront beau écouter de toutes leurs oreilles, ils ne comprendront pas » (Marc 4,12). Comment peut-on regarder sans voir ou écouter sans comprendre ? Notre monde est fait de communication. Lorsqu’il s’agit de transmettre des reportages sur des événements, comme le font les informations télévisées ou radiodiffusées, en général on n’a pas de mal à comprendre, même si certaines interprétations sont discutables. Lorsqu’il s’agit d’un cours scientifique ou d’une réflexion philosophique, l’étudiant a parfois du mal à suivre et doit se mettre à investiguer. Lorsqu’il s’agit en revanche de l’Évangile du Royaume, on a beau écouter « convertissez-vous » (Marc 1,15), la vie suit son cours vers la ruine du péché ; on a beau assister à des miracles de la grâce de Dieu (conversion, guérison), la foi n’en est pas augmentée. Pourquoi ? Le message est-il trop compliqué ou abstrait ?
L’appel prophétique direct est souvent entendu comme un message qui concerne « les autres », « la société », bref tout le monde, sauf la propre vie ; l’esprit du monde cache un scepticisme déguisé en « pensée critique ». En échange, la Parabole enrobe le message en des problématiques de la vie courante, communément acceptées : la tentation sceptique est acculée et ne peut faire autre qu’accepter.
Le message du Seigneur contient une leçon : la qualité de notre existence (ce que nous en faisons), telle une terre, se mesure par le fruit qu’elle fait porter à la semence. La foi et l’adhésion à Dieu, le choix de nos préoccupations, qui sont un langage d’amour, la profondeur de notre espérance parlent de l’accueil que chacun réserve à l’appel du Seigneur dans sa conscience ; elles sont les attitudes que décrivent les trois types de terrain où la semence se perd. Le quatrième terrain est fertile ; sa bonne disposition n’est pas un privilège réservé à un cercle d’initiés : il dépend de notre option de vie.
La Parole divine va bien au-delà d’une dimension purement conceptuelle (intellectuelle) ; il s’agit de la vie de grâce semée en notre âme, qui se développe par une vie vertueuse, docile à l’action de l’Esprit Saint. Elle a porté de nombreux fruits dans l’histoire de l’Église : les Saints ! Jésus est reproduit à raison de trente, soixante ou cent pour un… Et chaque Saint aura attiré les hommes et les femmes à une rencontre avec le Christ, à l’amitié, jusqu’à l’imitation de Jésus Christ : trente, soixante, cent pour un… En raison de la potentialité extraordinaire de la Parole de Dieu, les fruits sont innombrables. La Parole n’a pas besoin de nous pour porter du fruit. C’est nous qui avons besoin d’elle : alors, pourquoi encore hésiter ?Père Jaroslav de Lobkowicz, LC
Méditation quotidienne 28/01/2015
catholique.orghttp://escapamargue.blogspot.fr
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« Va d’abord te réconcilier avec ton frère. »
Voici ce que je proclame, ce que j’atteste, ce que je dis à voix retentissante : Qu’aucun de ceux qui ont un ennemi n’approche de la table sainte et ne reçoive le Corps du Seigneur ! Qu’aucun de ceux qui s’approche n’ait un ennemi ! Tu as un ennemi ? N’approche pas ! Si tu veux le faire, alors, va d’abord te réconcilier, puis reçois le sacrement.
Ce n’est pas moi qui parle ainsi, c’est le Seigneur qui le dit, lui qui a été crucifié pour nous ; pour te réconcilier à son Père, il n’a pas refusé d’être immolé ni de répandre son sang ; et toi, pour te réconcilier avec ton frère, tu ne veux même pas dire un mot, et prendre l’initiative d’aller le trouver ? Écoute ce que dit le Seigneur à propos de ceux qui te ressemblent : « Si tu présentes ton offrande à l’autel, et que là, tu te rappelles que ton frère a quelque chose contre toi … » Il ne dit pas : « Attends qu’il vienne te trouver, ou qu’il reçoive la visite d’un de tes amis comme réconciliateur », ou encore : « Envoie-lui quelqu’un d’autre », mais bien : « Toi, en personne, cours vers lui ! » « Va-t-en, dit-il, va d’abord te réconcilier avec ton frère. »
Incroyable ! Alors que Dieu ne se tient pas pour déshonoré de voir laissé de côté le don qu’on allait lui offrir, toi, tu t’estimerais déshonoré de faire le premier pas pour te réconcilier avec ton frère ? Où trouver une excuse à pareille conduite ? Lorsque tu vois l’un de tes membres coupé, n’essaies-tu pas, par tous les moyens, de le réunir au reste de ton corps ? Agis ainsi pour tes frères : lorsque tu les verras séparés de ton amitié, vite, ramène-les, n’attends pas qu’ils se présentent les premiers, mais toi, le premier, hâte-toi de réussir.
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église
Homélies au peuple d’Antioche, XX, 5 et 6 (trad. Tardif) -
La prière des enfants de Dieu
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 6,7-15.
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés.
Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé.
Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal.
Car, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi.
Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne pardonnera pas vos fautes.La prière, pour être féconde, doit venir du cœur et pouvoir toucher le cœur de Dieu. Vois comment Jésus a enseigné à ses disciples à prier. Chaque fois que nous prononçons le « Notre Père », Dieu, je le crois, porte le regard sur ses mains, là où il nous a gravés : « Je t’ai gravé sur la paume de ma main » (Is 49,16). Il contemple ses mains et il nous voit là, blottis en elles. Quelle merveille que la tendresse de Dieu !
Prions, disons le « Notre Père ». Vivons-le et alors nous serons des saints. Tout y est : Dieu, moi-même, le prochain. Si je pardonne, alors je peux être saint, je peux prier. Tout provient d’un cœur humble ; ayant un tel cœur, nous saurons comment aimer Dieu, nous aimer nous-mêmes et aimer notre prochain (Mt 22,37s). Il n’y a là rien de compliqué et pourtant nous compliquons tant nos vies, les aggravant de tant de surcharges. Une seule chose compte : être humble et prier. Plus vous prierez, mieux vous prierez.
Un enfant ne rencontre aucune difficulté à exprimer son intelligence candide en des termes simples qui disent beaucoup. Jésus n’a-t-il pas fait comprendre à Nicodème qu’il faut devenir comme un petit enfant ? (Jn 3,3) Si nous prions selon l’Évangile, nous permettrons au Christ de grandir en nous. Prie donc avec amour, à la manière des enfants, avec l’ardent désir de beaucoup aimer, et de rendre aimé celui qui ne l’est pas.
Bienheureuse Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
No Greater Love (trad. Pas de plus grand amour, Lattès 1997, p. 28) -
« C’est à moi que vous l’avez fait »
T’imagines-tu que la charité ne soit pas obligatoire mais libre ? Qu’elle ne soit pas une loi, mais un simple conseil ? Je le voudrais bien moi aussi et le penserais volontiers. Mais la main gauche de Dieu m’effraie, là où il a placé les boucs pour leur adresser ses reproches, non parce qu’ils ont volé, pillé, commis l’adultère ou perpétré d’autres délits de cet ordre, mais parce qu’ils n’ont pas honoré le Christ dans la personne de ses pauvres.
Si vous voulez m’en croire, vous les serviteurs du Christ, ses frères et ses cohéritiers, tant qu’il n’est pas trop tard, visitons le Christ, servons le Christ, nourrissons le Christ, vêtons le Christ, accueillons le Christ, honorons le Christ, et non pas seulement en lui offrant un repas comme certains, ou du parfum comme Marie Madeleine, ou une sépulture comme Joseph d’Arimathie, ou les devoirs funèbres comme Nicodème, ou de l’or, de l’encens et de la myrrhe comme les mages.
« C’est la miséricorde et non les sacrifices » (Mt 9,13) que désire le Seigneur de l’univers, la compassion plutôt que des milliers d’agneaux gras. Présentons-la-lui donc par la main de ceux qui sont abattus par la misère, et le jour où nous quitterons ce monde, ils nous « recevront dans les tentes éternelles » (Lc 16,9), dans le Christ lui-même, notre Seigneur à qui appartient la gloire pour l’éternité.
Saint Grégoire de Nazianze (330-390), évêque et docteur de l’Église
Sermon 14, sur l’amour des pauvres, 27, 28, 39-40 ; PG 35, 891s (trad. Orval ; cf bréviaire 3e samedi de Carême) -
« Abandonnant tout, l’homme se leva et se mit à le suivre. »
Écouter le Christ et l’adorer conduit à faire des choix courageux, à prendre des décisions parfois héroïques. Jésus est exigeant car il veut notre bonheur authentique. Il appelle certains à tout quitter pour le suivre dans la vie sacerdotale ou consacrée. Que ceux qui entendent cette invitation n’aient pas peur de lui répondre « oui » et qu’ils se mettent généreusement à sa suite. Mais, en dehors des vocations particulières de consécration, il y a la vocation propre de tout baptisé : elle aussi est une vocation à ce « haut degré » de la vie chrétienne ordinaire qui s’exprime dans la sainteté (cf. Novo millenio ineunte, Au début du nouveau millénaire, 31).
Tant de nos contemporains ne connaissent pas encore l’amour de Dieu ou cherchent à remplir leur cœur de succédanés insignifiants. Il est donc urgent d’être des témoins de l’amour contemplé dans le Christ… l’Église a besoin de témoins authentiques pour la nouvelle évangélisation : des hommes et des femmes dont la vie a été transformée par la rencontre avec Jésus, des hommes et des femmes capables de communiquer cette expérience aux autres. L’Eglise a besoin de saints. Nous sommes tous appelés à la sainteté et seuls les saints peuvent rénover l’humanité.
Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
Message aux jeunes en vue de la 20ème JMJ (6/8/04) -
Une foi
..La foi n’est pas un contenu mais une relation de personne à personne : elle part de la présence active de Dieu en moi, présence qui me saisit, me travaille, me transforme ; elle vient de Dieu, qui la suscite, mais elle englobe ma réponse à Dieu. Comment expliquer cette expérience spirituelle?L’expérience est cruelle: pour beaucoup, la foi chrétienne se résume à une sorte de patrimoine reçu des générations précédentes et que l’on a le souci – voire parfois la hantise – de transmettre à son tour. Par contre, il est très rare d’entendre dire qu’être croyant, c’est faire l’expérience d’une relation personnelle avec Dieu, ou avec le Christ, expérience qui structure l’existence et permet de s’orienter dans la vie de façon bien plus sûre qu’on ne peut le faire avec un ensemble inerte de principes,aussi nobles et utiles soient-ils par ailleurs.La difficulté ne provient pas seulement de l’adhésion à un christianisme sociologique, elle est réelle: comment expliciter et expliquer ce « coeur battant» de la foi ? Et comment faire pour le mettre en pratique ? (…)La vie spirituelle est à la fois une expérience de don et d’abandon. Une expérience de don reçu, car il s’agit d’accueillir ce cadeau extraordinaire et inattendu d’une manifestation de Dieu dans notre vie. Cette expérience peut prendre la forme d’une manifestation très claire et vive qui bouscule le cours de l’existence, comme ce fut le cas pour Paul Claudel à Notre-Dame, ou au contraire celle d’une prise de conscience ou d’une certitude progressive de la présence de Dieu au plus intime de nous-même, et un Dieu qui nous aime. Il faut ici noter que ce don est toujours inattendu, immérité – ce qui veut dire que rien, ni discipline ni efforts particuliers, ne peut le provoquer.Une expérience d’abandon, aussi, car il faut, sans attendre une quelconque initiative du ciel, remettre à Dieu tout ce que nous sommes, afin de le laisser prendre toute sa place – voire toute la place – dans notre coeur et dans notre vie. (…) Il faut savoir que, là aussi, cet abandon peut survenir d’une manière très précisément située dans le temps – une résolution prise à telle occasion, ou la découverte d’une impérieuse nécessité intérieure –, ou plutôt être le fruit d’une maturation progressive en nous.(…).P. Michel Kubler, théologien,Extrait de « Petit Parcours de Foi » éditions Bayard, 2014croire.com









