Catégorie : Enseignement

  • « Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. »

    « Car aucun hypocrite ne viendra en sa présence. » (Jb 13,16 Vg) Puisqu’il est constant qu’à sa venue le juge placera les agneaux à sa droite et les boucs à sa gauche, pour quelle raison est-il dit maintenant que ne viendra pas en sa présence un hypocrite qui, s’il doit être, bien sûr, parmi les boucs, sera présent à la gauche de son juge ?

    Mais, il faut le savoir, nous venons en présence du Seigneur de deux manières. En ce monde d’abord, lorsque, pesant scrupuleusement nos péchés, nous nous mettons en sa présence et que dans les larmes nous devenons nos propres juges. Oui, toutes les fois que nous reprenons conscience de la puissance de notre Créateur, nous nous tenons en présence du maître. (…)

    Nous viendrons aussi en présence du Seigneur d’une autre manière, le jour du jugement dernier, quand nous comparaîtrons devant son tribunal. (…) Lorsque le juste contemple la rigueur du juge qui doit venir, il se remet en mémoire ses péchés, il se lamente sur le mal qu’il a commis et avec rigueur il devient son propre juge, afin de ne pas être jugé, mais inversement, plus l’hypocrite plaît extérieurement aux hommes, plus il dédaigne de se regarder intérieurement lui-même ; il va s’abandonnant tout entier aux paroles de son entourage et il s’imagine être un saint parce qu’il se croit tenu pour tel par les hommes. Et voilà qu’en dispersant son esprit parmi les paroles qui le louent, jamais il ne considère en quoi il offense le juge intérieur ; de sa rigueur il ne redoute rien parce qu’il croit lui avoir plu tout autant qu’il plaît aux hommes. (…)

    C’est donc sagesse de dire : « L’hypocrite ne viendra pas en sa présence », car il ne se met pas devant les yeux la rigueur de Dieu, lorsqu’il brûle de plaire aux yeux des hommes. Mais, s’il scrutait son âme, s’il se mettait lui-même en présence de Dieu, il ne serait plus un hypocrite.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

     

     

     

  • Vaincre la puissance des ténèbres grâce à la victoire de Jésus

    Quand, Jésus me consumera-t-il tout entier dans son amour ? Quand pourrai-je être tout entier consumé par les flammes divines ? Quand pourrai-je m’unir étroitement à lui pour pouvoir chanter un cantique tout nouveau, le cantique de la victoire ? Quand finira cette lutte intestine entre Satan et la pauvre âme, qui veut être toute à son Époux céleste ? La faiblesse de mon être me fait craindre et me donne des sueurs froides. (…)

    Que soit béni Dieu le Très-Haut qui ne m’abandonne jamais complètement entre les mains de la puissance des ténèbres ! Alors que la bataille semblait toucher à sa fin en faveur des adversaires, voici qu’avec sollicitude accourt le Seigneur, qu’il les met en déroute et les réduit tous à l’impuissance. Que vive à jamais la miséricorde divine !

    Comme Jésus est bon pour ses créatures ! Que de victoires a dénombrées son serviteur, toutes grâce à son aide très puissante ! Jésus a voulu faire de moi un exemple de grâce et me proposer en exemple à tous les pécheurs, afin qu’ils ne désespèrent pas de leur salut.

    Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968)

     

     

     

  • « L’homme se leva et se mit à le suivre. »

    Que vous êtes bon, mon Dieu, et comme vous vous appliquez à relever les pécheurs, à crier « Espérance » aux coupables. Comme vous vous montrez, dès les premières lignes de l’Évangile, le Bon Pasteur, le Père de l’enfant prodigue, le divin médecin venu pour les malades.

    Il semble que vous preniez à tâche dès les premières lignes de l’Évangile de nous répéter : « Je ne veux pas la mort du pécheur mais qu’il se repente et qu’il vive » (Ez 18,23). Ô Dieu, Père des miséricordes, vous voulez nous dire qu’il y a espérance et grâce même pour les coupables, même pour les plus déchus, les plus souillés. Ceux qui aux yeux des hommes sont irrémédiablement avilis et tombés sont encore nobles et beaux à vos yeux. Qu’ils se repentent, qu’ils disent comme David : « J’ai péché » (2S 12,13). Vous ouvrez si largement pour ces âmes, que le monde croyait si perdues et que vous avez si pleinement retrouvées, relevées, purifiées, embellies, vous leur ouvrez si largement le trésor de vos faveurs qu’aucune grâce ne leur est refusée, qu’aucune grandeur ne leur est inaccessible

    Quelque bas que nous tombions, ne désespérons jamais. La bonté de Dieu est au-dessus de tout mal possible. « Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, je vous rendrais plus blanc que la neige » (Is 1,18). Il n’est pas un moment dans notre vie où nous ne puissions pas commencer une existence nouvelle…, séparée comme par un mur de nos infidélités passées.

    Saint Charles de Foucauld (1858-1916)

     

     

     

  • « Alors ils jeûneront ! »

    « Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » Jésus leur avait répondu : « Les invités à la noce peuvent-ils être en deuil tant que l’époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l’époux leur aura été enlevé : c’est alors qu’ils jeûneront. » Le temps du carême, en effet, nous rappelle que l’époux nous a été enlevé. Il a été enlevé, arrêté, emprisonné, souffleté, flagellé, couronné d’épines, crucifié. Le jeûne du carême est l’expression de notre solidarité avec le Christ… « Mon amour a été crucifié, et la flamme du désir pour les choses matérielles est éteinte en moi », écrivait saint Ignace, évêque d’Antioche [au tournant des 1er et 2e siècles]…

    La nourriture et la boisson sont indispensables à l’homme pour vivre. Il s’en sert et il doit s’en servir, mais il ne lui est pas permis d’en abuser d’une façon ou d’une autre. L’abstention traditionnelle de nourriture et de boisson a non seulement pour but de donner à la vie de l’homme l’équilibre qui lui est nécessaire, mais aussi de le détacher de ce que l’on pourrait appeler « la mentalité de consommation ». Cette mentalité est devenue aujourd’hui une des caractéristiques de la civilisation et, en particulier, de la civilisation occidentale… L’homme orienté vers les biens matériels…en abuse bien souvent.

    Il ne s’agit pas ici que de nourriture et de boisson. Lorsque l’homme est orienté exclusivement vers la possession et l’usage des biens matériels, c’est-à-dire vers les choses, c’est alors toute la civilisation qui est mesurée selon la quantité et la qualité des choses qu’elle peut fournir à l’homme, et non selon l’homme, à la mesure de l’homme. Cette civilisation, en effet, fournit les biens matériels non seulement pour qu’ils servent à l’homme, à ses activités créatrices et utiles mais, et toujours plus, pour satisfaire et exciter ses sens, pour le plaisir d’un instant, pour des sensations de plus en plus multiples, [par exemple, par] les médias audiovisuels… L’homme d’aujourd’hui doit donc jeûner c’est-à-dire s’abstenir non seulement de nourriture et de boisson, mais de beaucoup d’autres moyens de consommation, de stimulations et de satisfactions des sens.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

     

  • Regarde le Christ Pauvre

    C’est au Christ pauvre que tu dois rester attachée. Vois comme il s’est rendu, pour toi, objet de mépris, et suis-le en te faisant, toi aussi, par amour pour lui, objet de mépris pour le monde. Ton époux, le plus beau des enfants des hommes (Cf. Ps 44(45), 3a), qui est devenu, pour te sauver, le dernier des humains, méprisé, frappé, tout le corps déchiré à coups de fouets, mourant enfin sur la croix dans les pires douleurs : regarde-le, médite-le, contemple-le et n’aie d’autre désir que de l’imiter !

    Si tu souffres avec lui, tu régneras avec lui ; si tu pleures avec lui, tu partageras sa joie ; si tu meurs avec lui au milieu des tortures de la croix, tu iras prendre possession des demeures célestes dans la splendeur des saints, ton nom sera inscrit au livre de vie et deviendra glorieux parmi les hommes, tu participeras pour toujours et dans l’éternité à la gloire du royaume des cieux pour avoir abandonné des biens terrestres et éphémères, et tu vivras dans les siècles des siècles.

    Sainte Claire d’Assise (1193-1252)

     

     

     

  • Tout quitter pour le suivre

    Les richesses, qu’elles soient matérielles ou spirituelles, peuvent nous asphyxier si on n’en a pas un juste usage. Car Dieu lui-même ne peut rien placer dans un cœur déjà plein à craquer. Un jour ou l’autre, inévitablement, il en ressort un appétit d’argent et une avidité de tout ce que l’argent peut procurer — la recherche du superflu, du luxe pour ce qui est de se nourrir, se vêtir ou s’amuser. Les besoins vont alors croissant, une chose appelant l’autre. Mais au terme on trouve un sentiment incontrôlable d’insatisfaction. Demeurons aussi vides que possible afin que Dieu puisse nous remplir.

    Notre Seigneur en est un vivant exemple : dès le premier jour de son existence humaine, il a connu une pauvreté dont aucun être humain ne fera jamais l’expérience car, « étant riche, il se rendit lui-même pauvre » (2Co 8,9). Le Christ s’est vidé lui-même de toute sa richesse. C’est là que surgit la contradiction : si je veux être pauvre comme le Christ qui est devenu pauvre alors qu’il était riche, que dois-je faire ? Ce serait une honte pour nous d’être plus riches que Jésus qui à cause de nous a enduré la pauvreté.

    Sur la croix, le Christ a été privé de tout. La croix elle-même lui avait été donnée par Pilate ; les clous et la couronne, par les soldats. Il était nu. Quand il est mort, on l’a dépouillé de la croix, on lui a retiré les clous et la couronne. Il a été enveloppé dans un morceau de toile, donné par une âme charitable, et il a été enterré dans un tombeau qui ne lui appartenait pas. Et cela, alors que Jésus aurait pu mourir comme un roi ou même s’épargner la mort. Mais il a choisi la pauvreté car il savait que c’est le vrai moyen de posséder Dieu et d’apporter son amour sur la terre.

    Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997)

     

     

     

  • « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? »

    Pour Dieu, appeler, c’est tourner vers nous le regard de son amour et de son élection. Et, pour nous, répondre c’est obéir à son amour par la sagesse de nos œuvres. De là ces justes paroles : « Du moins que je te parle, et toi, réponds-moi. » (Jb 13,22 Vg) Nous lui parlons, en effet, quand nous désirons, quand nous demandons son visage. Et Dieu répond à notre voix quand il apparaît à notre amour.

    Mais qu’un homme halète du désir de l’éternité, alors, par une pénétrante autocritique il passe au crible chacun de ses actes, il cherche s’il n’est rien en lui qui puisse offenser le regard de son Créateur ; et Job est en droit d’ajouter : « Toutes mes iniquités et mes péchés, tous mes crimes et mes manquements, montre-les moi. » (Jb 13,23 Vg) Tel est en cette vie le lourd labeur du juste, se découvrir lui-même et en se découvrant pleurer, se corriger pour devenir meilleur. (…)

    Tout homme donc qui, dans l’anxiété du désir de l’éternité, désire se présenter par-devant le juge qui vient, s’examine maintenant avec d’autant plus de pénétration qu’il se demande, oui, comment comparaître devant ce terrible juge en homme libre : il le supplie de lui montrer en quoi il lui déplaît, pour s’en punir en lui-même par la pénitence et, en devenant en ce monde son propre juge, ne plus être justiciable du Juge.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

     

     

     

  • « Laissez les enfants venir à moi. »

    Vous le savez, ma Mère, j’ai toujours désiré d’être une sainte ; mais hélas ! j’ai toujours constaté, lorsque je me suis comparée aux saints, qu’il y a entre eux et moi la même différence qui existe entre une montagne dont le sommet se perd dans les cieux et le grain de sable obscur foulé sous les pieds des passants. Au lieu de me décourager, je me suis dit : le bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables ; je puis donc, malgré ma petitesse, aspirer à la sainteté. Me grandir, c’est impossible ; je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections. Mais je veux chercher le moyen d’aller au ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle.

    Nous sommes dans un siècle d’inventions ; maintenant, ce n’est plus la peine de gravir les marches d’un escalier ; chez les riches, un ascenseur le remplace avantageusement. Moi, je voudrais trouver un ascenseur pour m’élever jusqu’à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection. Alors j’ai recherché dans les Livres saints l’indication de l’ascenseur, objet de mon désir ; et j’ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse éternelle : « Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi » (Pr 9,4).

    Alors je suis venue, devinant que j’avais trouvé ce que je cherchais. Et voulant savoir, ô mon Dieu, ce que vous feriez au tout-petit qui répondrait à votre appel, j’ai continué mes recherches et voici ce que j’ai trouvé : « Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai ; je vous porterai sur mon sein, je vous balancerai sur mes genoux » (Is 66,13). Ah, jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses ne sont venues réjouir mon âme ; l’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela, je n’ai pas besoin de grandir, au contraire, il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. Ô mon Dieu, vous avez dépassé mon attente ! Je veux « chanter vos miséricordes » ! (Ps 88,2 Vulg)

    Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897)

     

     

     

  • « Tous deux ne feront plus qu’un. »

    Lorsque le Christ, avant sa mort, au seuil même du mystère pascal, prie en disant : « Père saint, garde en ton nom ceux que tu m’as donnés pour qu’ils soient un, comme nous » (Jn 17,11), il demande aussi en quelque sorte, peut-être d’une façon particulière, l’unité des époux et des familles. Il prie pour l’unité de ses disciples, pour l’unité de l’Église ; or le mystère de l’Église est comparé par saint Paul au mariage (Ep 5,32).

    Ainsi non seulement l’Église donne à la famille une part spéciale de ses soins, mais encore elle considère le sacrement du mariage, d’une certaine façon, comme son modèle. Dans l’amour du Christ son Époux, qui nous a aimés jusqu’à la mort, l’Église contemple les époux et les épouses, qui ont promis de s’aimer pour toute la vie, jusqu’à la mort. Et elle considère que c’est un devoir singulier pour elle de protéger cet amour, cette fidélité et cette honnêteté, ainsi que tous les biens qui en découlent pour la personne humaine et la société. C’est proprement la famille qui donne la vie à la société ; c’est dans la famille que, par l’éducation, se forme la structure même de l’humanité, de tout homme en ce monde.

    Dans l’Évangile…le Fils parle ainsi au Père : « Je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues…, et ils ont cru que c’est toi qui m’as envoyé… Tout ce qui est à moi est à toi et tout ce qui est à toi est à moi » (Jn 17,8-10). L’écho de ce dialogue ne résonne-t-il pas dans le cœur des hommes de toutes les générations ? Ces mots ne constituent-ils pas le tissu même de la vie et de l’histoire de toute famille, et à travers la famille, de tout homme ?… « Je prie pour eux…, pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi » (v. 9).

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

     

  • Des chemins pour entrer dans la vie éternelle

    Voulez-vous que je vous indique les chemins de la conversion ? Ils sont nombreux, variés et différents, mais tous conduisent au ciel. Le premier chemin de la conversion, c’est la condamnation de nos fautes. « Commence toi-même par dire tes fautes, pour être justifié » (Is 43,26). Et c’est pourquoi le prophète disait : « J’ai dit : Je veux confesser au Seigneur les iniquités que j’ai commises ; et toi, tu as pardonné le péché de mon cœur » (Ps 31,5). Condamne donc toi-même les fautes que tu as commises, et cela suffira pour que le Maître t’exauce. Celui qui condamne ses fautes, en effet, craindra davantage d’y retomber…

    Il y en a un deuxième, qui n’est pas inférieur à celui-là, c’est de ne pas garder rancune à nos ennemis, de dominer notre colère pour pardonner les offenses de nos compagnons de service, car c’est ainsi que nous obtiendrons le pardon de celles que nous avons commises contre le Maître ; c’est la deuxième manière d’obtenir la purification de nos fautes. « Si vous pardonnez à vos débiteurs, dit le Seigneur, mon Père qui est aux cieux vous pardonnera aussi » (Mt 6,14).

    Tu veux connaître le troisième chemin de la conversion ? C’est la prière fervente et attentive que tu feras du fond du cœur… Le quatrième chemin, c’est l’aumône ; elle a une puissance considérable et indicible… Ensuite, la modestie et l’humilité ne sont pas des moyens inférieurs pour détruire les péchés à la racine. Nous en avons pour témoin le publicain qui ne pouvait pas proclamer ses bonnes actions, mais qui les a toutes remplacées par l’offrande de son humilité et a déposé ainsi le lourd fardeau de ses fautes (Lc 18,9s).

    Nous venons d’indiquer cinq chemins de la conversion… Ne reste donc pas inactif, mais chaque jour emprunte tous ces chemins. Ce sont des chemins faciles et tu ne peux pas prétexter ta misère.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)