Catégorie : Enseignement

  • Justice et miséricorde

    ob_696590_jesus-ecrit-sur-le-sable-la-femme-adul

     

    Les Pharisiens se dirent entre eux à propos de Jésus : « Il a réputation d’être vrai, il respire la douceur ; c’est sur la justice qu’il nous faut l’attaquer. Amenons-lui une femme prise en flagrant délit d’adultère et disons-lui ce que la Loi ordonne à son sujet »… Que répond le Seigneur Jésus ? Que répond la Vérité (Jn 14,6) ? Que répond la Sagesse (1Co 1,24) ? Que répond la Justice elle-même ainsi mise en cause ? Jésus de ne dit pas : « Qu’elle ne soit pas lapidée », car il ne veut pas avoir l’air de parler contre la Loi. Cependant, il se garde bien de dire : « Qu’elle soit lapidée », car il est venu non pour perdre ce qu’il a retrouvé mais pour « chercher ce qui est perdu » (Lc 19,10). Alors, que répond-il ? Voyez comme il est rempli à la fois de justice, de douceur et de vérité : « Que celui d’entre vous qui est sans péché, dit-il, lui jette la première pierre ».

    Réponse de sagesse ! Comme il les fait rentrer en eux-mêmes ! Leurs manœuvres étaient extérieures, mais ils ne regardaient pas au fond de leur propre cœur ; ils voyaient l’adultère, mais ils ne s’observaient pas eux-mêmes… Pharisiens, docteurs de la Loi, vous avez entendu les gardiens de la Loi, mais vous n’avez pas compris Celui qui donne la Loi. En effet, la Loi a été écrite par le doigt de Dieu, mais à cause de la dureté des cœurs elle a été écrite sur la pierre (Ex 31,18; 34,1) ; maintenant le Seigneur écrit sur la terre, parce qu’il cherche le fruit de la Loi… « Que chacun s’examine soi-même, rentre en lui-même, se place devant le tribunal de son âme… Chacun qui s’observe attentivement se découvre inévitablement pécheur. Laissez donc aller cette femme, ou soumettez-vous avec elle au châtiment de la Loi »…

    Voilà la voix de la justice : « Que la coupable soit punie, mais non par des coupables. Que la Loi soit mise à exécution, mais non par ceux qui violent la Loi »… Frappés par cette justice comme par un fer de lance, ils rentrent en eux-mêmes et, se découvrant pécheurs, « ils se retirèrent l’un après l’autre ».

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
    Sermons sur l’évangile de Jean, n°33, 4-6 ; CCL 36, 308 (trad. cf Orval)

     

     

     

  • « Son heure n’était pas encore venue. »

    revelation-christ-images-1334551790

    « La fête juive des Tentes approchait. Les frères de Jésus lui dirent : Ne reste pas ici, va en Judée, pour que tes disciples là-bas voient les œuvres que tu fais… Jésus leur dit : Mon temps n’est pas encore venu, tandis que pour vous le temps est toujours bon » (Jn 7,2-6)… Jésus répond ainsi à ceux qui lui conseillaient de rechercher la gloire : « le temps de ma gloire n’est pas encore venu ». Voyez la profondeur de cette pensée : ils le poussent à rechercher la gloire, mais lui veut que l’humiliation précède l’élévation ; c’est par l’humilité qu’il veut se frayer un chemin à la gloire. Les disciples qui voulaient être assis l’un à sa droite et l’autre à sa gauche (Mc 10,37) recherchaient la gloire humaine eux aussi : ils ne voyaient que le terme du chemin, sans considérer le chemin qui devait y conduire. Le Seigneur les a donc rappelés à la véritable route, pour qu’ils parviennent à la patrie comme on doit le faire. La patrie est élevée mais la route est humble. La patrie, c’est la vie du Christ ; la route, c’est sa mort. La patrie, c’est la demeure du Christ, la route, c’est sa Passion…

    Ayons donc le cœur droit ; le temps de notre gloire n’est pas encore arrivé. Écoutons dire à ceux qui aiment ce monde, comme les frères du Seigneur : « Votre temps est toujours bon, le nôtre n’est pas encore venu ». Osons le dire, nous aussi. Nous qui sommes le Corps de notre Seigneur Jésus Christ, nous qui sommes ses membres, nous qui le reconnaissons avec joie comme notre chef, redisons ces paroles, puisque c’est pour nous qu’il a daigné les dire le premier. Quand ceux qui aiment le monde insultent notre foi, disons-leur : « Votre temps est toujours bon, le nôtre n’est pas encore venu. » L’apôtre Paul, en effet, nous a dit : « Vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu ». Quand viendra notre temps ? « Quand le Christ, notre vie, apparaîtra, alors vous apparaîtrez, vous aussi, avec lui dans la gloire » (Col 3,3).

    « Notre vie est cachée en Dieu avec le Christ ». On pourrait bien dire pendant l’hiver : cet arbre est mort, par exemple un figuier, un poirier ou tout autre arbre fruitier ; pendant tout l’hiver, il semble privé de vie. Mais l’été sert de preuve et permet de juger s’il est vivant. Notre été à nous, c’est la révélation du Christ.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
    Sermons sur Saint Jean, n° 28

     

     

     

     

  • « Vous scrutez les Écritures… ; or ce sont elles qui me rendent témoignage. »

    Venezboirealasource

     

    La parole de Dieu est un arbre de vie qui, de toutes parts, te tend des fruits bénis ; elle est comme ce rocher ouvert dans le désert, qui devient pour tout homme, de toutes parts, une boisson spirituelle : « Ils ont mangé un aliment spirituel, et ils ont bu un breuvage spirituel » (1Co 10,3 ; Ex 17,1s).

    Que celui qui obtient en partage une de ces richesses n’aille pas croire qu’il n’y a dans la parole de Dieu que ce qu’il y trouve ; qu’il se rende compte plutôt qu’il n’a été capable d’y découvrir qu’une seule chose parmi bien d’autres. Enrichi par la parole, qu’il ne croie pas que celle-ci est appauvrie ; incapable d’épuiser sa richesse, qu’il rende grâces pour sa grandeur. Réjouis-toi, parce que tu es rassasié, mais ne t’attriste pas de ce que la richesse de la parole te dépasse.

    Celui qui a soif se réjouit de boire, mais il ne s’attriste pas de son impuissance à épuiser la source. Mieux vaut que la source apaise ta soif, plutôt que ta soif n’épuise la source. Si ta soif est étanchée sans que la source soit tarie, tu pourras y boire à nouveau, chaque fois que tu auras soif. Si, au contraire, en te rassasiant, tu épuisais la source, ta victoire deviendrait ton malheur. Rends grâces pour ce que tu as reçu et ne murmure pas pour ce qui demeure inutilisé. Ce que tu as pris et emporté est ta part ; mais ce qui reste est aussi ton héritage.

    Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l’Église
    Commentaire de l’Évangile concordant, 1, 18-19 ; SC 121 (trad. SC, p. 52-53)

     

     

     

  • Solennité de l’Annonciation du Seigneur

    annonciation

    Attache-toi à cette très douce Mère qui a mis au monde cet enfant que les cieux ne pouvaient contenir ; elle, pourtant, l’a contenu dans le petit cloître de son ventre et l’a porté dans son sein virginal.

    Qui ne se détournerait avec horreur de l’ennemi du genre humain et de ses ruses ; il fait miroiter à nos yeux le prestige de gloires éphémères et trompeuses, et s’efforce par là de réduire à néant ce qui est plus grand que le ciel. Car l’âme d’un fidèle, qui est la plus digne de toutes les créatures, est évidemment rendue par la grâce de Dieu plus grande que le ciel : ce créateur, que les cieux immenses et toutes les autres créatures ne peuvent contenir, l’âme fidèle à elle seule devient son séjour et sa demeure ; il suffit pour cela de posséder ce que refusent les impies : la charité. Celui qui est la vérité même en témoigne : « Celui qui m’aime, mon Père l’aimera ; moi aussi je l’aimerai, et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure » (Jn 14,21.23).

    De même donc que la glorieuse Vierge des vierges l’a porté matériellement, de même toi tu pourras toujours le porter spirituellement dans ton corps chaste et virginal si tu suis ses traces, et particulièrement son humilité et sa pauvreté ; tu pourras contenir en toi Celui qui te contient, toi et tout l’univers ; tu le posséderas de façon bien plus réelle et plus concrète que tu ne pourrais posséder les biens périssables de ce monde.

    Sainte Claire (1193-1252), moniale franciscaine
    3e Lettre à Agnès de Prague, 18-26 (Sainte Claire d’Assise, trad. Père Vorreux, O.F.M. Éd. Franciscaines)

     

     

     

  • Amour de Dieu, amour du prochain

    d3a18b70883b9d43ea9852d176377f5f

    L’apôtre Paul écrit : « Le but de cette injonction, c’est l’amour qui vient d’un cœur pur, d’une conscience droite et d’une foi sincère » (1 Tm 1,5)… Quoi de plus doux, frères très chers, que l’amour, que la charité ? Que ceux qui ne le connaissent pas « goûtent et voient ». Qu’est-ce qu’il faut goûter pour savourer la douceur de la charité ? « Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux » (Ps 33,9), car « Dieu est amour, et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu en lui » (1Jn 4,16)…

    Si tu possèdes la charité, tu possèdes Dieu, et si tu possèdes Dieu, que te manque-t-il ? Que possède le riche s’il n’a pas l’amour ? Que manque-t-il au pauvre s’il possède l’amour ? Peut-être penses-tu que celui dont le coffre est plein d’or est riche ?… Tu as tort, car c’est celui en qui Dieu daigne habiter qui est vraiment riche. Que pourras-tu ignorer des Écritures si la charité, c’est-à-dire Dieu, a commencé à te posséder ? Quelle bonne œuvre ne pourras-tu pas accomplir si tu es digne de porter en ton cœur la source de toutes les bonnes œuvres ? Quel adversaire craindras-tu si tu mérites d’avoir Dieu en toi comme roi ?

    Gardez donc et conservez, frères bien-aimés, le lien doux et salutaire de la charité (cf Col 3,14). Mais avant tout, gardez le vrai amour -– non pas celui que l’on promet en paroles et que l’on n’observe pas dans son cœur (1Jn 3,18), mais celui qui s’exprime en paroles parce qu’il demeure toujours en notre cœur… Car la racine de tous les biens, c’est la charité, comme aussi « la racine de tous les maux c’est l’amour de l’argent » (1Tm 6,10).

    Saint Césaire d’Arles (470-543), moine et évêque
    Sermon 22 ; SC 243 (trad. cf SC p. 33)

     

     

     

  • « Je ne suis pas venu abolir la Loi, mais l’accomplir. »

    1ec4ea7fe2d2b8d9c4bc855027f705df

    Dieu, notre Créateur et notre Rédempteur, s’est choisi Israël comme son peuple et lui a révélé sa Loi, préparant ainsi la venue du Christ… La Loi ancienne est le premier état de la loi révélée. Ses prescriptions morales sont résumées dans les dix commandements, qui posent les fondements de la vocation de l’homme, façonné à l’image de Dieu ; ils interdisent ce qui est contraire à l’amour de Dieu et du prochain, et prescrivent ce qui lui est essentiel. Le décalogue est une lumière offerte à la conscience de tout homme pour lui manifester l’appel et les voies de Dieu, et le protéger contre le mal : « Dieu a écrit sur les tables de la Loi ce que les hommes ne lisaient pas dans leurs cœurs » (S. Augustin).

    Selon la tradition chrétienne, la Loi sainte, spirituelle et bonne (Rm 7,12s) est encore imparfaite. Comme un pédagogue (Ga 3,24) elle montre ce qu’il faut faire, mais ne donne pas de soi la force, la grâce de l’Esprit pour l’accomplir. À cause du péché qu’elle ne peut enlever, elle reste une loi de servitude… Elle est une préparation à l’Évangile.

    La Loi nouvelle ou Loi évangélique est la perfection ici-bas de la loi divine, naturelle et révélée. Elle est l’œuvre du Christ et s’exprime particulièrement dans le Sermon sur la Montagne. Elle est aussi l’œuvre de l’Esprit Saint et, par lui, elle devient la loi intérieure de la charité : « Je conclurai avec la maison d’Israël une alliance nouvelle… Je mettrai mes lois dans leur pensée, je les graverai dans leur cœur, et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple » (He 8,8-10).

    La Loi nouvelle est la grâce du Saint-Esprit donnée aux fidèles par la foi au Christ… Elle « accomplit », affine, dépasse et mène à sa perfection la Loi ancienne. Dans les Béatitudes (Mt 5,3s), elle accomplit les promesses divines en les élevant et les ordonnant au « Royaume des cieux ». Elle s’adresse à ceux qui sont disposés à accueillir avec foi cette espérance nouvelle : les pauvres, les humbles, les affligés, les cœurs purs, les persécutés à cause du Christ, traçant ainsi les voies surprenantes du Royaume.

    Catéchisme de l’Église catholique
    § 1961-1967

     

     

  • Troisième dimanche de Carême

    ob_ac27ab_samaritaine-et-jesus

    Jésus fatigué par la route s’assit sur la margelle du puits ; c’était environ la sixième heure. Là commencent les mystères ; ce n’est pas sans raison que Jésus est fatigué, lui la Force de Dieu… C’est pour toi que Jésus s’est fatigué en chemin. Nous trouvons Jésus, qui est la force même ; nous trouvons Jésus qui est faible ; Jésus fort et faible. Fort parce que « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu »… Veux-tu voir la force de Dieu ? « Tout a été fait par lui et sans lui rien n’a été fait » (Jn 1,1-2), et il a tout fait sans peine. Qui de plus fort que celui qui a fait tout l’univers sans effort ? Veux-tu connaître sa faiblesse ? « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jn 1,14).

    La force du Christ t’a créé ; la faiblesse du Christ t’a recréé. La force du Christ a donné l’existence à ce qui n’était pas ; la faiblesse du Christ a fait que ce qui était ne périsse pas. Il nous a créés par sa force, il nous a recherchés par sa faiblesse. C’est par sa faiblesse qu’il nourrit ceux qui sont faibles, comme la poule nourrit ses petits : « Combien de fois, dit-il à Jérusalem, ai-je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et tu ne l’as pas voulu ? » (Lc 13,34)…

    Telle est l’image de la faiblesse de Jésus fatigué de la route. Sa route c’est la chair qu’il a prise pour nous. Quel autre chemin prendrait-il, celui qui est partout, qui est partout présent ? Où va-t-il et d’où vient-il, sinon habiter parmi nous et pour cela il a pris chair ? En effet, il a daigné venir à nous pour se manifester dans la forme de serviteur, et le chemin qu’il a choisi, c’est de prendre notre chair. C’est pourquoi « la fatigue du chemin » n’est rien d’autre que la faiblesse de la chair. Jésus est faible dans sa chair, mais toi, ne te laisse pas aller à la faiblesse. Toi, sois fort dans sa faiblesse à lui. Parce que « ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1Co 1,25). La faiblesse du Christ est notre force.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
    Sermons sur l’évangile de Jean, n°15, 6-7 (trad. AELF rev.)

     

     

     

  • « Ici, je meurs de faim ! Je vais retourner chez mon père. »

    275x0_evangile1_34-35

    Par où commencer à pleurer les œuvres de ma vie ?
    Quels seront les premiers accents de ce chant de deuil ?
    Accorde-moi, ô Christ, dans ta miséricorde, le pardon de mes péchés…

    Tel le potier pétrissant l’argile,
    tu m’as donné, mon Créateur, chair et os, souffle et vie.
    Seigneur qui m’as créé, mon juge et mon Sauveur,
    aujourd’hui ramène-moi vers toi.

    Ô mon Sauveur, devant toi je confesse mes fautes.
    Je suis tombé sous les coups de l’Ennemi,
    Voici les plaies dont mes pensées meurtrières,
    comme des brigands, ont meurtri mon âme et mon corps (Lc 10,30s).

    J’ai péché, Sauveur, mais je sais que tu aimes l’homme.
    C’est ta tendresse qui nous châtie
    et ta miséricorde est ardente.
    Tu me vois pleurer et tu viens à moi
    comme le Père accueille le fils prodigue.

    Dès ma jeunesse, ô mon Sauveur, j’ai méprisé tes commandements.
    J’ai passé ma vie dans les passions et l’inconscience.
    Je crie vers toi : avant que vienne la mort,
    sauve-moi…

    Dans le vide j’ai dissipé le patrimoine de mon âme.
    Je n’ai pas les fruits de la ferveur, et j’ai faim.
    Je crie : Père, plein de tendresse, viens à moi,
    prends moi dans ta miséricorde.

    Celui que les voleurs ont assailli (Lc 10,30s),
    c’est moi au milieu de l’égarement de mes pensées.
    Elles me frappent, elles me blessent.
    Mais penche-toi sur moi, Christ Sauveur, et guéris-moi.

    Le prêtre me vit et se détourna.
    Le lévite me vit, nu et souffrant, mais passa outre.
    Mais toi, Jésus né de Marie,
    Tu t’arrêtes et tu me secours…

    Je me jette à tes pieds, Jésus,
    j’ai péché contre ton amour.
    Décharge-moi de ce fardeau trop lourd
    et dans ta miséricorde, accueille-moi.

    N’entre pas eu jugement avec moi,
    ne dévoile pas mes actions,
    ne scrute pas motifs et désirs.
    Mais dans ta compassion, ô Tout Puissant,
    ferme les yeux sur mes fautes et sauve-moi.

    Voici le temps du repentir. Je viens à toi.
    Décharge-moi du lourd fardeau de mes péchés
    et, dans ta tendresse, donne-moi les larmes du repentir.

    Saint André de Crète (660-740), moine et évêque
    Grand canon de la liturgie orthodoxe pour le carême, 1ère ode (trad. Clément, DDB 1982, p. 111s)

     

     

     

     

  • Le mystère de la vigne de Dieu

    jesus-vraie-vigne.jpg.html

    Frères, si dans la vigne du Seigneur nous voyons l’Église, ce n’est pas une mince prérogative de l’Église que d’avoir étendu ses limites sur toute la terre…

    J’entends par là cette foule des premiers croyants dont il est dit « qu’ils n’étaient tous ensemble qu’un cœur et qu’une âme » (Ac 4,32)… Car la persécution ne l’a pas si brutalement déracinée quelle n’ait pu être replantée ailleurs et louée à d’autres vignerons, qui, la saison venue, lui ont fait porter des fruits. Elle n’a pas péri, elle a changé de sol ; mieux, elle y a gagné en force ainsi qu’en étendue, comme la vigne bénie du Seigneur. Frères, levez donc les yeux, et vous verrez « que son ombre a couvert les collines, que ses pampres sont des cèdres de Dieu, qu’elle a étendu ses sarments jusqu’à la mer et ses rejetons jusqu’au fleuve » (Ps 79,11-12).

    Ce n’est pas surprenant : elle est l’édifice de Dieu, le champ de Dieu (1Co 3,9). C’est lui qui la féconde, qui la propage, la taille et l’émonde, afin qu’elle produise davantage. Il ne va pas laisser sans soins une vigne que sa main droite a plantée (Ps 79,16) ; il ne va pas abandonner une vigne dont les pampres sont les apôtres, dont le cep est Jésus Christ, et dont lui, le Père, est le vigneron (Jn 15,1-5). Plantée dans la foi, elle plonge ses racines dans la charité ; labourée par l’obéissance, fertilisée des larmes du repentir, arrosée par la parole des prédicateurs, elle regorge d’un vin qui inspire la joie et non l’inconduite, vin de toute douceur, qui réjouit vraiment le cœur de l’homme (Ps 103,15)… Fille de Sion, console-toi en contemplant ce grand mystère ; ne pleure pas ! Ouvre ton cœur pour accueillir toutes les nations de la terre !

    Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église
    Sermon 30 sur le Cantique des Cantiques (trad. Beguin, Seuil 1953, p. 362 rev.)

     

     

     

  • La vraie richesse et la vraie pauvreté

    pape-3

    Quand je dis que Dieu n’incline pas son oreille vers le riche, n’allez pas en déduire, mes frères, que Dieu n’exauce pas ceux qui possèdent or et argent, domestiques et domaines. S’ils sont nés dans cet état et occupent ce rang dans la société, qu’ils se souviennent de cette parole de l’apôtre Paul : « Recommande aux riches de ce monde de ne pas céder à l’orgueil » (1Tm 6,17). Ceux qui ne cèdent pas à l’orgueil sont pauvres devant Dieu, qui incline son oreille vers les pauvres et les nécessiteux (Ps 85,1). Ils savent, en effet, que leur espérance n’est pas dans l’or ou l’argent ni dans ces choses dont on les voit regorger pour un temps. Il suffit que les richesses ne causent pas leur perte et que, si elles ne peuvent rien pour leur salut, elles n’y soient du moins pas un obstacle… Quand donc un homme méprise tout ce qui sert d’aliment à son orgueil, il est un pauvre de Dieu ; et Dieu incline vers lui son oreille, car il sait le tourment de son cœur.

    Sans doute, frères, ce pauvre Lazare couvert d’ulcères, qui gisait à la porte du riche, a été porté par les anges dans le sein d’Abraham ; voilà ce que nous lisons et croyons. Quant au riche qui était vêtu de pourpre et de lin fin et festoyait splendidement chaque jour, il a été précipité dans les tourments de l’enfer. Est-ce vraiment le mérite de son indigence qui a valu au pauvre d’être emporté par les anges ? Et le riche a-t-il été livré aux tourments par la faute de son opulence ? Il faut le reconnaître : en ce pauvre c’est l’humilité qui a été honorée, et ce qui a été puni dans le riche, c’est l’orgueil.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
    Les Discours sur les psaumes, Ps 85, 3 ; CCL 39, 1178 (trad. Orval)