Catégorie : Enseignement

  • « En voyant la ville, Jésus pleura sur elle. »

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    Quand notre Seigneur et Sauveur était proche de Jérusalem, à sa vue, il a pleuré sur elle : « Ah, si en ce jour tu avais compris, toi aussi, le message de paix ! Mais maintenant encore il demeure caché à tes yeux. Oui, des jours vont fondre sur toi où tes ennemis t’environneront de retranchements »… Quelqu’un dira peut-être : « Le sens de ces paroles est clair ; de fait, elles se sont réalisées au sujet de Jérusalem ; l’armée romaine l’a assiégée et dévastée jusqu’à l’extermination, et le temps viendra où il n’en restera plus pierre sur pierre. »

    Je ne le nie pas, Jérusalem a été détruite à cause de son aveuglement, mais je pose la question : ces pleurs ne concernaient-ils pas notre Jérusalem à nous ? Car nous sommes la Jérusalem sur laquelle Jésus a pleuré, nous qui imaginons avoir un regard si pénétrant. Si, une fois instruit des mystères de la vérité, après avoir reçu la parole de l’Évangile et l’enseignement de l’Église…, l’un de nous pèche, il provoquera lamentations et pleurs, car on ne pleure sur aucun des païens, mais sur celui qui après avoir fait partie de Jérusalem a cessé d’en être.

    Des pleurs sont versés sur notre Jérusalem parce qu’en raison de ses péchés « les ennemis vont l’entourer », c’est-à-dire les forces adverses, les esprits mauvais. Ils dresseront autour d’elle un retranchement ; ils l’assiègeront, et « ils n’en laisseront pas pierre sur pierre »… Voilà donc la Jérusalem sur laquelle des pleurs sont versés.

    Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
    Homélie 38 sur Luc, PG 13, 1896-1898 (trad. Thèmes et figures, DDB 1984, p146)

     

     

  • Un commerce bien précieux

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    Le Verbe du Père, le Fils unique de Dieu, le Soleil de justice (Ml 3,20), est le grand négociant nous a apporté le prix de notre rédemption. C’est un commerce bien précieux, qu’on n’estimera jamais assez, que celui où un Roi, le fils du Roi suprême, est devenu le change, où l’or a payé le plomb, le juste est donné pour le pécheur. Miséricorde vraiment gratuite, amour parfaitement désintéressé, bonté surprenante…, commerce tout à fait disproportionné où le Fils de Dieu est livré pour le serviteur, le Créateur est mis à mort pour celui qu’il a créé, le Seigneur est condamné pour son esclave.

    Ô Christ, ce sont là tes œuvres, toi qui es descendu de la clarté du ciel dans nos ténèbres d’enfer pour illuminer notre prison obscure. Tu es descendu de la droite de la majesté divine dans notre misère humaine, pour racheter le genre humain ; tu es descendu de la gloire du Père dans la mort de la croix, pour triompher de la mort et de son auteur. Tu es le seul, et il n’y en a pas d’autre que toi qui ait été attiré par sa propre bonté à nous racheter…

    Que tous les négociants de Téman (Ba 3,23) se retirent de ce lieu… : ce n’est point eux que [tu as] choisis, mais Israël [ton] bien-aimé, toi qui caches ces mystères aux sages et aux prudents, et les révèles à tes petits et humbles serviteurs (Lc 10,21)… Seigneur, volontiers j’embrasse ce commerce, car c’est là mon affaire ! Je me rappellerai tout ce que tu as fait, toi qui veux que je m’en entretienne… Je ferai donc profiter ce talent que tu m’as remis jusqu’à ton retour, et j’irai avec grande joie au-devant de toi. Dieu veuille que j’entende alors ces douces paroles : « Courage, bon serviteur ! Entre dans la joie de ton Maître » (Mt 25,21).

    Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église
    Sermons divers, n°42 « Les Cinq Négoces » (trad. rev. Tournay)

     

     

     

  • « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! »

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    Regardons ces aveugles de Jéricho dans l’évangile de Matthieu : ils valent mieux que beaucoup de ceux qui y voient clair. Ils n’avaient personne pour les guider, ils ne pouvaient voir Jésus s’approcher ; et pourtant ils s’efforçaient d’arriver jusqu’à lui. Ils se mirent à crier à haute voix ; on cherchait à les faire taire : ils criaient plus fort. Ainsi en est-il de l’âme énergique ; ceux qui veulent l’arrêter redoublent son élan.

    Le Christ permet qu’on cherche à les faire taire, pour que leur ferveur se montre mieux et pour t’apprendre qu’ils étaient bien dignes d’être guéris. C’est pourquoi il ne leur demande pas s’ils ont la foi, comme il le faisait souvent : leurs cris et leurs efforts pour s’approcher de lui suffisaient pour montrer leur foi. Apprends par là, mon cher ami, que, malgré notre bassesse et notre misère, si nous allons à Dieu de tout cœur, nous pourrons obtenir par nous-mêmes ce que nous demandons. En tout cas, regarde ces deux aveugles ; ils n’avaient qu’un disciple pour les protéger, beaucoup leur imposaient silence ; et pourtant ils ont réussi à triompher des empêchements et à parvenir jusqu’à Jésus. L’évangéliste ne signale en eux aucune qualité exceptionnelle de vie : leur ferveur a tout remplacé.

    Imitons-les, nous aussi. Même si Dieu ne nous accorde pas tout de suite ce que nous demandons, même si bien des gens cherchent à nous détourner de la prière, ne cessons pas de l’implorer. Car c’est ainsi que nous attirerons le mieux les faveurs de Dieu.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église
    Homélies sur l’évangile de Matthieu, n°66,1 (trad. Véricel, Les Pères commentent, p. 277)

     

     

     

     

  • La parabole des talents

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    L’un des serviteurs dit : « Seigneur, tu m’as confié cinq talents » ; un autre en indique deux. Ils reconnaissent qu’ils ont reçu de lui le moyen de bien faire ; ils lui témoignent une grande reconnaissance et lui rendent leurs comptes. Que leur répond le maître ? « C’est bien, serviteur bon et fidèle (car le propre de la bonté, c’est de voir le prochain) ; tu as été fidèle en peu de chose, je t’établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton Seigneur. » Jésus désigne ainsi une béatitude complète.

    Quant à celui qui n’avait reçu qu’un talent, il est allé l’enfouir. « Ce propre-à-rien de serviteur, jetez-le dehors, dans les ténèbres ; là seront les pleurs et les grincements de dents. » Tu le vois, ce n’est pas seulement le voleur, l’homme qui cherche toujours à s’enrichir, celui qui fait le mal qui est puni à la fin ; c’est aussi celui qui ne fait pas le bien… Que sont ces talents, en effet ? C’est la puissance de chacun, l’autorité dont on jouit, la fortune que l’on possède, l’enseignement que l’on peut donner et tout autre chose de même genre. Que personne ne vienne donc dire : je n’ai qu’un talent, je ne peux rien faire. Car tu peux, même avec un seul talent, agir de manière louable.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église
    Homélies sur l’évangile de Matthieu, n°78, 2-3

     

     

     

  • Dieu, seul maître de prière

     

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    La prière est, quant à sa nature, la conversation et l’union de l’homme avec Dieu, et quant à son efficacité, la conservation du monde et sa réconciliation avec Dieu, un pont élevé par dessus les tentations, un rempart contre les tribulations, l’extinction des guerres, la joie future, l’activité qui ne cesse jamais, la source des grâces, le pourvoyeur des charismes, un progrès invisible, l’aliment de l’âme, l’illumination de l’esprit, la hache qui retranche le désespoir, le bannissement de la tristesse, la réduction de la colère, le miroir du progrès, la manifestation de notre mesure, le test de l’état de notre âme, la révélation des choses futures, la sûre annonce de la gloire.

    Aie un grand courage, et tu auras Dieu lui-même pour maître de prière. Il est impossible d’apprendre à voir au moyen de paroles, parce que voir est un effet de la nature. Il est tout aussi impossible d’apprendre la beauté de la prière par l’enseignement d’autrui. La prière ne s’apprend que dans la prière et elle a Dieu pour maître, lui qui enseigne à l’homme la science…, qui accorde le don de la prière à celui qui prie, et qui bénit les années des justes.

    Saint Jean Climaque (v. 575-v. 650), moine au Mont Sinaï
    L’Échelle sainte (trad. Bellefontaine 1993, coll. Spiritualité orientale n°24, pp. 290.299-300 rev.)

     

     

  • Le Règne de Dieu au milieu de nous et au-dedans de nous

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    À mon avis, ce serait indigne de nous éloigner de la contemplation du Christ ne serait-ce qu’un moment. Lorsque notre vue a commencé à dévier de ce but divin, tournons vers lui les yeux de notre cœur et ramenons-y comme une ligne droite le regard de notre esprit. Tout repose dans le sanctuaire profond de l’âme ; lorsque le diable en a été chassé et que le mal n’y règne plus, alors le règne de Dieu s’établit en nous. Mais « le Règne de Dieu, écrit l’évangéliste, ne viendra pas d’une manière visible… En vérité, le règne de Dieu est au-dedans de vous ».

    Or en nous, il ne peut y avoir que la connaissance ou l’ignorance de la vérité, l’amour du vice ou de la vertu, par quoi nous donnons la royauté de notre cœur, soit au diable, soit au Christ.

    L’apôtre Paul à son tour décrit ainsi la nature de ce règne : « Le règne de Dieu n’est pas dans le boire et le manger ; il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17). Si donc le règne de Dieu est au-dedans de nous, et qu’il consiste en la justice, la paix et la joie, quiconque demeure en ces vertus est sans aucun doute dans le royaume de Dieu… Élevons le regard de notre âme vers ce royaume, qui est joie sans fin.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435), fondateur de monastère à Marseille
    Conférences, n°1 (trad. SC 42, p. 90 rev.)

     

     

     

  • « Nous sommes des serviteurs quelconques. »

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    Ne vous souciez pas de chercher la cause des grands problèmes de l’humanité ; contentez-vous de faire ce que vous pouvez faire pour les résoudre en apportant votre aide à ceux qui en ont besoin. Certains me disent qu’en faisant la charité aux autres, nous dédouanons les États de leurs responsabilités envers les nécessiteux et les pauvres. Je ne me tracasse pas pour autant, car ce n’est généralement pas l’amour qu’offrent les États. Je fais simplement tout ce que je peux faire, le reste n’est pas de mon ressort.

    Dieu a été si bon avec nous ! Travailler dans l’amour est toujours un moyen de se rapprocher de lui. Regardez ce que le Christ a fait durant sa vie sur terre ! Il l’a passée à faire le bien (Ac 10,38). Je rappelle à mes sœurs qu’il a passé les trois ans de sa vie publique à soigner les malades, les lépreux, les enfants et d’autres encore. C’est exactement ce que nous faisons en prêchant l’Évangile par nos actions.

    Nous considérons que servir les autres est un privilège et nous essayons à chaque instant de le faire de tout notre cœur. Nous savons bien que notre action n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan, mais sans notre action cette goutte manquerait.

    Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
    A Simple Path (trad. Un Chemin tout simple, Plon Mame 1995, p. 106)

     

     

     

  • « Pardonne-lui ! »

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    L’amour consiste non à sentir qu’on aime, mais à vouloir aimer. Quand on veut aimer, on aime ; quand on veut aimer par-dessus tout, on aime par-dessus tout. S’il arrive qu’on succombe à une tentation, c’est que l’amour est trop faible, ce n’est pas qu’il n’existe pas. Il faut pleurer, comme saint Pierre, se repentir comme saint Pierre…, mais comme lui aussi, dire par trois fois : « Je vous aime, je vous aime, vous savez que malgré mes faiblesses et mes péchés, je vous aime » (Jn 21,15s).

    Quant à l’amour que Jésus a pour nous, il nous l’a assez prouvé pour que nous y croyions sans le sentir. Sentir que nous l’aimons et qu’il nous aime, ce serait le ciel ; le ciel n’est, sauf rares moments et rares exceptions, pas pour ici-bas.

    Racontons-nous souvent la double histoire des grâces que Dieu nous a faites personnellement depuis notre naissance et celle de nos infidélités ; nous y trouverons…de quoi nous perdre dans une confiance sans bornes en son amour. Il nous aime parce qu’il est bon, non parce que nous sommes bons ; les mères n’aiment-elles pas leurs enfants dévoyés ? Et nous trouverons de quoi nous enfoncer dans l’humilité et la défiance de nous. Cherchons à racheter un peu nos péchés par l’amour du prochain, par le bien fait au prochain. La charité envers le prochain, les efforts pour faire du bien aux autres sont un excellent remède à opposer aux tentations : c’est passer de la simple défense à la contre-attaque.

    Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara
    Lettre du 15/07/1916 (Œuvres Spirituelles, Seuil 1958, p. 777)

     

     

  • « Au milieu de la nuit … »

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    Les dix vierges ont toutes voulu aller au-devant de l’époux. Que signifie aller au-devant de l’époux ? C’est y aller de cœur, c’est vivre dans l’attente de son arrivée. Mais il tardait de venir, et « toutes elles s’endormirent »… Que signifient ces paroles : « Elles sommeillèrent toutes » ? Il y a un sommeil auquel personne ne peut échapper. Souvenez-vous de ces paroles de l’apôtre Paul : « Nous ne voulons pas, mes frères, que vous ignoriez ce qui regarde ceux qui dorment » (1Th 4,12), c’est-à-dire ceux qui sont morts… Elles se sont donc toutes endormies. Croyez-vous que la vierge prudente puisse échapper à la mort ? Non, qu’elles soient prudentes ou folles, toutes doivent passer par le sommeil de la mort…

    « Et voici qu’au milieu de la nuit un cri se fit entendre. » Qu’est-ce à dire ? C’est au moment où personne n’y pense, où personne ne s’y attend… Il viendra au moment où vous y penserez le moins. Pourquoi viendra-t-il de la sorte ? « Parce que, dit-il, ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa seule autorité. » (Ac 1,7) « Le jour du Seigneur, dit l’apôtre Paul, viendra comme un voleur en pleine nuit. » (1Th 5,2) Veillez donc pendant la nuit pour ne pas être surpris par le voleur. Car que vous le vouliez ou non, le sommeil de la mort viendra nécessairement.

    Et pourtant, cela n’arrivera que lorsqu’un cri se sera fait entendre au milieu de la nuit. Quel est ce cri, sinon celui dont l’apôtre Paul dit : « En un instant, en un clin d’œil, au son de la dernière trompette. Car la trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous serons transformés » (1Co 15,52). Après ce cri qui retentira au milieu de la nuit : « Voilà que l’époux vient », qu’arrivera-t-il donc ? « Toutes elles se sont levées. »

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
    Sermon 93

     

     

     

  • « Aucun domestique ne peut servir deux maîtres. »

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    Vouloir mettre son espoir et sa confiance en des biens passagers, c’est vouloir poser des fondations dans une eau courante. Tout passe ; Dieu demeure. S’attacher au transitoire c’est se détacher du permanent. Qui donc, emporté par les tourbillons agités d’un rapide, peut demeurer fixe à sa place dans ce torrent bouillonnant ? Si donc on veut refuser d’être emporté par le courant, il faut fuir tout ce qui coule ; sinon l’objet de notre amour nous contraindra à en arriver à ce que l’on veut précisément éviter. Celui qui s’accroche à des biens transitoires sera sûrement entraîné là où dérivent ces choses auxquelles il s’accroche.

    La première chose à faire donc est de se garder d’aimer les biens matériels ; la seconde, de ne pas mettre toute sa confiance dans ceux de ces biens qui nous sont confiés pour en user et non pour en jouir. L’âme attachée à des biens qui ne font que passer perd très vite sa propre stabilité. Le courant de la vie actuelle entraîne celui qu’il porte, et c’est une illusion folle, pour celui qu’emporte ce courant de vouloir s’y tenir debout.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l’Église
    Commentaire moral du livre de Job, 34 (trad. Soleil Levant 1964 rev.)