Catégorie : Enseignement

  • Troisième dimanche de Pâques

    En entrant dans le Cénacle alors que toutes les portes étaient verrouillées, le Christ a montré une fois de plus qu’il est Dieu par nature, et pourtant qu’il n’est pas différent de celui qui vivait auparavant avec les disciples. En découvrant son côté et en montrant la marque des clous, il manifestait à l’évidence qu’il a relevé le temple de son corps qui avait été suspendu à la croix (cf Jn 2,19), en détruisant la mort physique, puisque par nature il est la vie et il est Dieu…

    Même si le Christ avait voulu déployer la gloire de son corps devant les disciples, avant de monter vers le Père, nos yeux n’auraient pas pu en supporter la vue. Vous le comprendrez facilement si vous vous rappelez la transfiguration qui avait été montrée jadis sur la montagne (Mt 17,1s)… C’est pourquoi, afin d’observer exactement le plan divin, au Cénacle notre Seigneur Jésus apparaissait encore sous la forme qu’il avait auparavant, et non pas selon la gloire qui est due et qui convient à son temple transfiguré. Il ne voulait pas que la foi en la résurrection se porte sur un aspect et sur un corps différents de ceux qu’il avait reçu de la sainte Vierge et dans lesquels il est mort après avoir été crucifié selon les Écritures…

    Le Seigneur salue ses disciples en disant : « La paix soit avec vous ». Il déclare ainsi qu’il est lui-même la paix, car ceux qui jouissent de sa présence jouissent aussi d’un esprit parfaitement apaisé. C’est bien cela que saint Paul souhaitait aux disciples quand il disait : « Que la paix du Christ, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, garde votre cœur et votre intelligence dans le Christ Jésus » (Ph 4,7). Pour saint Paul, la paix du Christ, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, n’est autre que son Esprit (cf Jn 20,21-22) ; celui qui participe à son esprit sera rempli de tout bien.

    Saint Cyrille d’Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l’Église
    Commentaire sur l’évangile de Jean, 12; PG 74, 704 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 59 rev.)

     

     

  • « Aussitôt, la barque atteignit le rivage où ils se rendaient. »

     

    Le Christ monte dans une barque : n’est-ce pas lui qui a découvert le lit de la mer après avoir rejeté ses eaux, afin que le peuple d’Israël passe à pied sec comme en une vallée ? (Ex 14,29) N’est-ce pas lui qui a affermi les vagues de la mer sous les pieds de Pierre, de sorte que l’eau fournisse à ses pas un chemin solide et sûr ? (Mt 14,29)

    Il monte dans la barque. Pour traverser la mer de ce monde jusqu’à la fin des temps, le Christ monte dans la barque de son Église pour conduire ceux qui croient en lui jusqu’à la patrie du ciel par une traversée paisible, et faire citoyens de son Royaume ceux avec qui il communie en son humanité. Certes, le Christ n’a pas besoin de la barque, mais la barque a besoin du Christ. Sans ce pilote venu du ciel, en effet, la barque de l’Église agitée par les flots n’arriverait jamais au port.

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l’Église
    Sermon 50, 1.2.3 ; PL 52, 339-340 (trad Bouchet, Lectionnaire, p. 324 rev.)

     

     

     

     

  • « Que ton Règne vienne ! »

    Pourquoi le faire roi ? N’était-il pas roi, lui qui craignait de le devenir ? Oui, il l’était. Mais pas un roi comme en font les hommes ; il était un roi qui donne aux hommes le pouvoir de régner. Peut-être Jésus veut-il, là aussi, nous donner une leçon, lui dont les actions sont des enseignements… Peut-être que « le prendre de force » c’était vouloir devancer le moment de son règne. En effet, il n’était pas venu pour régner à ce moment-là, comme il le fera, ainsi que nous le disons : « Que ton Règne vienne ! » Comme Fils de Dieu, comme Verbe de Dieu, le Verbe par qui tout a été fait, il règne toujours avec le Père. Mais les prophètes ont prédit aussi son règne en tant qu’il est le Christ fait homme et qu’il a fait de ses fidèles des chrétiens. Il y aura donc un royaume des chrétiens, qui se forme actuellement, qui se prépare, qu’achète le sang du Christ.

    Plus tard ce royaume se manifestera, lorsque la splendeur des saints rayonnera, après le jugement prononcé par le Christ. De ce royaume, l’apôtre a dit : « Il remettra la royauté à Dieu le Père. » (1Co 15,24) Et lui-même en a parlé en disant : « Venez les bénis de mon Père ; recevez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. » (Mt 25,34) Mais les disciples et les foules qui croyaient en lui ont pensé qu’il était venu pour régner dès ce moment-là. C’était vouloir devancer son temps, qu’il cachait en lui-même pour le faire connaître et le faire éclater au bon moment, à la fin des siècles.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
    Sermons sur l’évangile de Jean, n°25, 2.

     

     

  • Une seule parole est capable de nous convertir ; il n’en faut qu’une.

    Dieu nous donne ses grâces suivant les besoins que nous en avons. Dieu est une fontaine dans laquelle chacun puise de l’eau suivant les besoins qu’il en a. Comme une personne qui a besoin de six seaux d’eau en puise six ; de trois, trois ; un oiseau qui n’en a besoin que d’une becquetée ne fait que becqueter ; un pèlerin, avec le creux de sa main pour se désaltérer : il en est de même de nous à l’égard de Dieu.

    Nous devons avoir grande émotion à nous rendre fidèles à la lecture d’un chapitre du Nouveau Testament et à en produire, au commencement, les actes : d’adoration, adorant la parole de Dieu et sa vérité ; entrer dans les sentiments avec lesquels notre Seigneur les a prononcées et consentir à ces vérités ; se résoudre à la pratique de ces mêmes vérités… Surtout il faut se donner garde de lire par étude, disant : « Ce passage me servira pour telle prédication », mais seulement lire pour notre avancement.

    Il ne faut pas se décourager, si, l’ayant lu plusieurs fois, un mois, deux mois, six mois, on n’en est pas touché. Il arrivera qu’une fois nous aurons une petite lumière, un autre jour une plus grande, et encore plus grande lorsque nous en aurons besoin. Une seule parole est capable de nous convertir ; il n’en faut qu’une.

    Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses
    Entretien spirituel du 19/01/1642 (Seuil 1960, p. 50)

     

     

  • « Dieu sépara la lumière et les ténèbres. » (Gn 1,4)

    Pendant que les anges, dans l’étonnement, n’osaient rien demander, l’ordre de Dieu a retenti : « Que la lumière soit ! » (Gn 1,3) Et la lumière a chassé les ténèbres… Ce fut le dimanche, le premier des jours, le premier-né d’entre ses frères, le jour porteur de mystères et de symboles. Dieu avait créé deux jumeaux qui ne se ressemblaient en rien : la nuit tout obscure, et le jour si clair. La nuit était l’aînée, mais le jour l’a chassée et a pris sa place.

    Ce premier jour, ce fondement de la création, ne s’est pas écoulé heure après heure ; la lumière ne s’est pas levée à l’Orient, pour se coucher à l’Occident… Elle n’a subi aucun changement, mais elle fut, selon ce qui est écrit : « Et la lumière fut ». Un jour est né ainsi, formé de nuit et de lumière ; le soir et le matin se sont succédés… Alors Dieu a retiré le premier jour et il a appelé le deuxième. Il a placé les soirs et les matins sur leurs gonds pour que tourne le grand portail qui, chaque jour, s’ouvre et se ferme.

    Saint Jacques de Saroug (v. 449-521), moine et évêque syrien
    Hexaméron : Homélies pour le premier et le deuxième jour (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, Médiaspaul 1988, vol.1, p.14)

     

     

     

     

     

  • « Tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. »

    Qui es-tu, douce lumière qui me combles
    et illumines les ténèbres de mon cœur ?
    Tu me guides comme la main d’une mère,
    et si tu me lâchais,
    je ne pourrais plus faire un seul pas.

    Tu es l’espace
    qui enveloppe mon être et l’abrite en toi.
    Abandonné de toi, il sombrerait dans le gouffre du néant
    d’où tu l’as tiré pour l’élever vers la lumière.
    Toi, plus proche de moi
    que je ne le suis de moi-même,
    plus intime que le tréfonds de mon âme,
    et cependant insaisissable et ineffable,
    au-delà de tout nom,
    Esprit Saint, Amour éternel !

    N’es-tu pas la douce manne
    qui du cœur du Fils
    déborde dans le mien,
    la nourriture des anges et des bienheureux ?
    Lui qui s’est relevé de la mort à la vie
    m’a éveillée moi aussi du sommeil de la mort à une vie nouvelle.
    Et jour après jour
    il continue de me donner une nouvelle vie,
    dont un jour la plénitude m’inondera tout entière,
    vie issue de ta vie, oui, toi-même,
    Esprit Saint, Vie éternelle !

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l’Europe
    Poésie Pentecôte 1942 (trad. Malgré la nuit, Ad solem 2002, p. 121)

     

     

  • Solennité de l’Annonciation du Seigneur

    [En réponse aux] aspirations de l’esprit humain en recherche de Dieu… la « plénitude du temps » met en relief la réponse de Dieu lui-même… L’envoi de son Fils, consubstantiel au Père, comme homme « né d’une femme » (Ga 4,4), constitue l’étape culminante et définitive de la révélation que Dieu fait de lui-même à l’humanité… La femme se trouve au cœur de cet événement salvifique. La révélation que Dieu fait de lui-même, à savoir l’unité insondable de la Trinité, est contenue pour l’essentiel dans l’Annonciation de Nazareth. « Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut. —Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? —L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu… Car rien n’est impossible à Dieu. »

    Il est facile de comprendre cet événement dans la perspective de l’histoire d’Israël, le peuple élu dont Marie est la fille, mais il est facile aussi de le comprendre dans la perspective de tous les chemins sur lesquels l’humanité cherche depuis toujours une réponse aux questions fondamentales et en même temps définitives qui l’obsèdent le plus. Ne trouve-t-on pas dans l’Annonciation de Nazareth le début de la réponse définitive par laquelle Dieu lui-même va au-devant de l’inquiétude du cœur humain ? Il ne s’agit pas seulement ici de paroles de Dieu révélées par les prophètes, mais, au moment de cette réponse, le Verbe se fait réellement chair (Jn 1,14). Marie atteint ainsi une telle union à Dieu qu’elle dépasse toutes les attentes de l’esprit humain. Elle dépasse même les attentes de tout Israël et, en particulier, des filles de ce peuple élu, qui, en vertu de la promesse, pouvaient espérer que l’une d’entre elles deviendrait un jour la mère du Messie. Qui parmi elles, toutefois, pouvait supposer que le Messie promis serait le « Fils du Très-Haut » ? À partir de la foi monothéiste au temps de l’Ancien Testament c’était difficilement envisageable. Ce n’est que par la force de l’Esprit Saint « venu sur elle » que Marie pouvait accepter ce qui est « impossible aux hommes mais possible à Dieu » (Mc 10,27).

    Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
    Lettre apostolique « Mulieris dignatatem », § 3 (trad. copyright © Libreria Editrice Vaticana)

     

     

  • « Proclamez la bonne nouvelle à toute la création. »

    « Une fois pour toutes je dis à mes saints : allez dans le monde entier, et des nations et des royaumes faites des disciples. Car tout m’a été remis par Celui qui m’a engendré (Mt 28,18-19), le monde d’en haut comme celui d’en bas, dont j’étais le maître même avant d’avoir pris chair. Maintenant j’ai pris possession de ma royauté sur tout l’univers, et en vous j’ai un conseil des ministres sacré, moi qui seul connais le fond des cœurs.

    « Allez vers toutes les nations. Ayant jeté en terre le grain du repentir, arrosez-le de vos enseignements. » En écoutant ces mots, les apôtres se regardaient les uns les autres en hochant la tête : « D’où nous viendront la voix et la langue pour parler à tous ? Qui nous donnera la force de lutter avec les peuples et les nations comme tu en as donné l’ordre, nous qui n’avons ni lettres ni culture, humbles pêcheurs que nous sommes, toi qui seul connais le fond des cœurs ? »

    « Ne vous tourmentez plus dans vos cœurs, que l’Ennemi ne trouble pas votre esprit. Ne pensez plus comme de petits enfants… Je ne veux pas vaincre par la force, c’est par les faibles que moi je l’emporte. Je ne recherche pas ceux qui philosophent : j’ai choisi ‘ce qu’il y a de fou dans le monde’ (1Co 1,27), moi qui seul connais le fond des cœurs.

    « Allez donc vers toute la création. Arrosez de vos enseignements le grain du repentir que vous avez semé. Veillez à ce que nulle âme repentante ne reste hors de votre filet. Je me complais en ceux qui reviennent à moi, comme vous le savez, vous aussi. Ah, si même celui qui m’a trahi était revenu à moi après m’avoir vendu ! Effaçant son péché, je l’aurais réuni avec vous, moi qui seul connais le fond des cœurs…

    « Dites que je suis Dieu et que moi, l’Inexprimable, j’ai pris la condition d’esclave (Ph 2,7). Montrez comment j’ai fait miennes les blessures de la chair… Enterré parce que j’avais été condamné, j’ai pillé l’enfer parce que je suis Seigneur… » Affermis par ces paroles, les apôtres disaient au Créateur : « Tu es le Dieu qui étais avant les siècles, et tu n’auras pas de fin… Nous te proclamerons comme tu l’as ordonné. Sois avec nous, sois notre défenseur, toi qui seul connais le fond des cœurs ».

    Saint Romanos le Mélode (?-v. 560), compositeur d’hymnes
    Hymne « La Mission des apôtres » , 13s ; SC 283 (trad. SC p. 107s rev.)

     

     

     

     

     

     

  • Le vendredi de Pâques

    Nous sommes lents à nous rendre compte de cette grande et sublime vérité que le Christ marche encore, en quelque sorte, au milieu de nous, et de sa main, de son regard ou de sa voix, nous fait signe de le suivre. Nous ne comprenons pas que cet appel du Christ est une chose qui se réalise tous les jours, aujourd’hui comme autrefois. Nous en sommes à croire que c’était bon au temps des apôtres, mais aujourd’hui nous n’y croyons plus à notre égard, nous ne sommes pas attentifs à le rechercher à notre sujet. Nous n’avons plus des yeux pour voir le Maître — bien différents en cela de l’apôtre bien-aimé qui a reconnu le Christ, même quand tous les autres disciples ne le reconnaissaient pas. Il était là, cependant, debout sur le rivage ; c’était après sa résurrection, quand il ordonnait de jeter le filet dans la mer ; c’est alors que le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! »

    Ce que je veux dire, c’est que les hommes qui mènent une vie de croyant aperçoivent de temps en temps des vérités qu’ils n’avaient pas encore vues, ou sur lesquelles leur attention n’avait jamais été appelée. Et tout d’un coup, elles se dressent devant eux comme un appel irrésistible. Or, il s’agit de vérités qui engagent notre devoir, qui prennent la valeur de préceptes, et qui demandent l’obéissance. C’est de cette façon, ou par d’autres encore, que le Christ nous appelle maintenant. Il n’y a rien de miraculeux ou d’extraordinaire dans cette façon de faire. Il agit par l’intermédiaire de nos facultés naturelles et au moyen des circonstances mêmes de la vie.

    Bienheureux John Henry Newman (1801-1890), cardinal, théologien, fondateur de l’Oratoire en Angleterre
    PPS vol. 8, n°2 (trad. Saleilles, 1906, p. 97-98 rev)

     

     

  • Le jeudi de Pâques

    Les apôtres et les disciples de notre Seigneur, comme des enfants sans père et des soldats sans capitaine, s’étant retirés dans une maison tout craintifs, le Sauveur leur est apparu pour les consoler en leur affliction, et il leur dit : « Paix à vous ». Comme s’il voulait dire : « Pourquoi êtes-vous si craintifs et affligés ? Si c’est le doute que ce que je vous ai promis concernant ma résurrection n’arrive pas, paix à vous, demeurez en paix, la paix soit faite en vous, car je suis ressuscité. Voyez mes mains, touchez mes blessures ; je suis bien moi-même, ne craignez plus, la paix soit en vous »…

    Comme s’il voulait dire : « Qu’avez-vous? Je vois bien, mes apôtres, que vous êtes tout craintifs et peureux ; mais désormais vous n’en avez plus aucun sujet, car je vous ai acquis la paix que je vous donne. Non seulement mon Père me la doit parce que je suis son Fils, mais encore parce que je l’ai achetée au prix de mon sang et de ces plaies que je vous montre. Désormais ne soyez plus lâches ni peureux, car la guerre est finie. Vous avez eu des raisons de craindre ces jours passés quand vous m’avez vu fouetté…, battu, couronné d’épines, blessé de la tête jusqu’aux pieds et attaché à la croix. J’ai souffert toutes sortes d’opprobres, de dérélictions et d’ignominies… Mais maintenant ne craignez plus, la paix soit en vos cœurs, car je suis victorieux et j’ai terrassé tous mes adversaires : j’ai vaincu le diable, le monde et la chair… Jusqu’à cette heure je vous ai donné diverses fois ma paix ; maintenant je vous montre comme je vous l’ai acquise… Tout ce que je donne à mes plus chers, c’est la paix ; c’est pourquoi, paix à vous, et à tous ceux qui croiront en moi. »

    Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l’Église
    OC, t. 9, p. 290s (in Desjardins,  Livre des quatre amours, p. 247 ; français modernisé, rev.)