Catégorie : Enseignement

  • « Marie, se tenant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. »

    Pour que rien ne me sorte du beau silence du dedans, [je garderai] toujours la même condition, le même isolement, la même séparation, le même dépouillement. Si mes désirs, mes craintes, mes joies ou mes douleurs… ne sont pas parfaitement ordonnés à Dieu, je ne serai pas solitaire, il y aura du bruit en moi ; il faut donc l’apaisement, le « sommeil des puissances », l’unité de l’être. « Écoute, ma fille, prête l’oreille, oublie ton peuple et la maison de ton père, et le Roi sera épris de ta beauté » (Ps 44,11-12)… « Oublier son peuple » c’est difficile, il me semble ; car ce peuple c’est tout ce monde qui fait pour ainsi dire partie de nous-mêmes : c’est la sensibilité, les souvenirs, les impressions, etc. … Quand l’âme a fait cette rupture, quand elle est libre de tout cela, le Roi est épris de sa beauté… Le Créateur, en voyant le beau silence qui règne en sa créature, en la considérant toute recueillie…, la fait passer en cette solitude immense, infinie, en ce « lieu spacieux » chanté par le prophète (Ps 17,20) et qui n’est autre que lui-même… « Je la conduirai dans la solitude et je lui parlerai au cœur. » (Os 2,16) La voici, cette âme entrée en cette vaste solitude où Dieu va se faire entendre ! « Sa parole, dit saint Paul, est vivante et efficace, et plus pénétrante qu’aucun glaive à deux tranchants : elle atteint jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, jusque dans les jointures et dans les mœlles. » (He 4,12) C’est donc elle directement qui achèvera le travail du dépouillement dans l’âme… Mais ce n’est pas tout de l’entendre, cette parole, il faut la garder ! (Jn 14,23) Et c’est en la gardant que l’âme sera « sanctifiée dans la vérité » (Jn 17,17) ; c’est là le désir du Maître… À celui qui garde sa parole, n’a-t-il pas fait cette promesse : « Mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure » ? (Jn 14,23) C’est toute la Trinité qui habite dans l’âme qui l’aime en vérité, c’est-à-dire en gardant sa parole.

    Sainte Élisabeth de la Trinité (1880-1906), carmélite

     

     

     

     

  • « Il le vit et fut saisi de pitié. »

    Ô Seigneur Jésus, puisses-tu avoir la bonté de t’approcher de moi, poussé par la pitié. Descendant de Jérusalem à Jéricho, tu tombes des hauteurs en nos bas-fonds, d’un lieu où les êtres sont pleins de vie, dans un pays de malades. Vois : je suis tombé entre les mains des anges de ténèbres qui non seulement m’ont ôté le vêtement de la grâce, mais après m’avoir roué de coups, m’ont laissé à demi-mort. Puisses-tu panser les plaies de mes péchés, après m’avoir donné l’espérance de retrouver la santé, de peur qu’elles n’empirent si je venais à perdre l’espoir de la guérison. Puisses-tu m’oindre de l’huile de ton pardon et verser sur moi le vin de la componction. Si tu me chargeais sur ta propre monture, c’est alors que tu « relèverais le faible de la terre », que tu « retirerais le pauvre du fumier » (Ps 112,7). Car tu es celui qui a porté nos péchés, celui qui a payé pour nous une dette que tu n’avais pas contractée. Si tu me conduisais dans l’auberge de ton Église, tu m’y nourrirais du repas de ton Corps et de ton Sang. Si tu prenais soin de moi, je ne désobéirais plus à tes ordres, je n’attirerais plus sur moi la rage des bêtes en fureur. Car j’ai grand besoin de tes soins, tant que je porte cette chair sujette au péché. Écoute-moi donc, moi le Samaritain dépouillé et blessé, pleurant et gémissant, t’appelant et criant avec David : « Pitié pour moi, ô Dieu, selon ta grande tendresse ! » (Ps 50,3)

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l’Église

     

     

     

     

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    «  Bonne route ! «  Voilà ce que je souhaite, en ce mois d’octobre, à tous ceux qui commencent une nouvelle année ou se lancent dans un nouveau projet.  Pourtant, peu de ceux à qui l’on formule ce voeu vont effectivement prendre la route. Cette route à laquelle nous faisons allusion évoque en réalité une étape ou une tranche de vie. (. .) Nous espérons tous que cette route sera heureuse, paisible et agréable. Nous souhaitons suivre un chemin aisé où nos pas se poseront sans trembler, sans hésiter au moment de bifurquer, où nous n’aurons pas le sentiment de nous être trompés, ni ne serons tentés de rebrousser chemin. Cependant rares sont les tracés qui ne rencontrent pas de difficultés, d’embûches ou d’orages. Ce sont souvent ces imprévus qui font douter du chemin, non seulement de son issue mais aussi de son sens.
    Et c’est à ce moment-là que la métaphore du chemin atteint ses limites, quand la vie n’est pas perçue en son but ultime: non pas parcourir un bout de route pour finalement mourir, mais avancer pour rencontrer Dieu. Quand on a perdu de vue la destination, on cherche désespérément un sens à la vie, une raison supérieure qui justifie tous ces efforts et ces blessures, qui chasse l’absurdité de la vie. Car la vie est absurde si l’on oublie son but ultime, si chacun de nos pas n’est pas éclairé par sa finalité. Cet éclairage, c’est ce qu’apporte Jésus quand il nous dit: «  Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. » Il éclaire nos pas et nos esprits. C’est lui le Chemin et la Vie.
    Ce n’est donc pas la vie qui est chemin. Et si elle n’est pas chemin, notre vie est un cheminement, un cheminement physique et intérieur. Un cheminement qui nous conduit au Très-Haut. Alors, bonne route !
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    Anne-Dauphine Julliand, écrivain, journaliste
    Extrait du billet « En chemin vers quelqu’un «
    panorama septembre 2018
  • « Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint. » « Vous avez reçu en vous la marque de Saint Esprit : ne le contristez pas » (Ep 4,30)

    Quand l’homme indécis échoue dans quelque entreprise, la tristesse envahit son âme, elle afflige le Saint-Esprit et le chasse… Éloigne donc de ton cœur la tristesse et n’étouffe pas l’Esprit Saint qui habite en toi (1Th 5,19), de peur qu’il n’en appelle à Dieu contre toi et ne te quitte. Car l’Esprit de Dieu, qui a été mis dans ta chair, ne supporte ni la tristesse ni la gêne. Revêts-toi de la gaieté et fais-en tes délices. Voilà ce qui plaît à Dieu ; voilà ce qu’il accueille favorablement. Car tout homme joyeux agit bien, pense bien et foule aux pieds la tristesse. L’homme triste, au contraire, agit toujours mal ; d’abord, il fait le mal en attristant l’Esprit Saint qui a été donné joyeux à l’homme ; ensuite, il commet une impiété en ne priant pas le Seigneur et en ne le louant pas. Car la prière de l’homme triste n’a jamais la force de monter jusqu’à l’autel de Dieu… Comme le vinaigre, mélangé au vin, lui fait perdre sa bonne saveur, de même la tristesse, mêlée au Saint-Esprit, affaiblit l’efficacité de la prière. Purifie donc ton cœur de cette tristesse pernicieuse, et tu vivras pour Dieu, ainsi que tous ceux qui auront dépouillé la tristesse et revêtu la joie.

    Hermas (2e siècle)

     

     

     

     

  • « Celui qui vous écoute, m’écoute. »

    Quelqu’un, ayant entendu le verset « Offre à Dieu un sacrifice de louange » (Ps 49,14), s’était dit : « Tous les jours, en me levant, j’irai à l’église, j’y chanterai un hymne du matin ; en fin de journée un hymne du soir ; puis chez moi un troisième et un quatrième hymne. Ainsi, je ferai tous les jours un sacrifice de louange et je l’offrirai à mon Dieu ». C’est bien de faire ainsi, si tu le fais vraiment, mais garde-toi de te rassurer sur ce que tu fais, et crains que, tandis que ta langue parle bien devant Dieu, ta vie ne parle mal devant lui… Prends garde de vivre mal, tout en parlant bien. Pourquoi cela ? Parce que Dieu dit au pécheur : « Qu’as-tu à réciter mes commandements, à garder mon alliance à la bouche, [toi qui rejettes mes paroles derrière toi] ? » (v. 16-17) Voyez avec quelle crainte nous devons vous parler… Vous, mes frères, vous êtes en sécurité : si vous entendez dire de bonnes choses, c’est Dieu que vous entendez, quelle que soit la bouche qui vous parle. Mais Dieu n’a pas voulu laisser ceux qui parlent sans les reprendre, de peur qu’ils ne s’endorment en sécurité dans une vie de désordre, se disant qu’ils parlent du bien, se disant : « Dieu ne voudra pas nous perdre, nous par qui il a voulu dire de si bonnes choses à son peuple ». Donc, vous qui parlez, qui que vous soyez, écoutez ce que vous dites ; vous qui voulez être écoutés, écoutez-vous, vous les premiers… Puissé-je écouter le premier, puissé-je écouter, écouter mieux que tous « ce que le Seigneur Dieu dit en moi, car il fait entendre des paroles de paix à son peuple » (Ps 84,9).

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

     

     

     

     

  • Envoyés par le Christ vers le monde entier

    « Personne ne peut poser d’autre fondement que celui qui a été posé, le Christ Jésus » (1Co 3,11). C’est lui seul « que le Père a consacré et envoyé dans ce monde » (Jn 10,36), « splendeur du Père et expression parfaite de son être » (He 1,3), vrai Dieu et vrai homme, sans qui personne ne peut connaître Dieu comme il faut, car « personne n’a connu le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils a voulu le révéler » (Mt 11,27). D’où il suit que « tout restaurer dans le Christ » (Ep 1,10) et ramener les hommes à l’obéissance à Dieu sont une seule et même chose. Et c’est pourquoi le but vers lequel doivent converger tous nos efforts, c’est de ramener le genre humain à la souveraineté du Christ. Cela fait, l’homme se trouvera, par là même, amené à Dieu : non pas un Dieu inerte et insoucieux des réalités humaines, comme certains philosophes l’ont imaginé, mais un Dieu vivant et vrai, en trois personnes dans l’unité de leur nature, créateur du monde, étendant à toute chose sa providence infinie, juste donateur de la Loi qui jugera l’injustice et assurera à la vertu sa récompense. Or, où est la voie qui nous donne accès auprès de Jésus Christ ? Elle est sous nos yeux : c’est l’Église. Saint Jean Chrysostome nous le dit avec raison : « L’Église est ton espérance, l’Église est ton salut, l’Église est ton refuge. » C’est pour cela que le Christ l’a établie, après l’avoir acquise au prix de son sang. C’est pour cela qu’il lui a confié sa doctrine et les préceptes de sa Loi, lui prodiguant en même temps les trésors de sa grâce pour la sanctification et le salut des hommes. Vous voyez donc, vénérables frères, quelle œuvre nous est confiée… : ne viser rien d’autre que former en tous Jésus Christ… C’est la même mission que Paul attestait avoir reçue : « Mes petits enfants, je vous enfante à nouveau jusqu’à ce que le Christ ait pris forme en vous » (Ga 4,19). Or, comment accomplir un tel devoir sans être d’abord « revêtus du Christ » ? (Ga 3,27) Et revêtus jusqu’à pouvoir dire : « Pour moi, le Christ est ma vie » (Ph 1,21).

    Saint Pie X, pape de 1903 à 1914

     

     

     

  • « Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête »

    Rappelle-toi de la gloire du Père

    Rappelle-toi des divines splendeurs

    Que tu quittas t’exilant sur la terre

    Pour racheter tous les pauvres pécheurs

     

    Ô Jésus ! t’abaissant vers la Vierge Marie

    Tu voilas ta grandeur et ta gloire infinie Ah ! du sein maternel

    Qui fut ton second Ciel Rappelle-toi…

    Rappelle-toi que sur d’autres rivages

     

    Les astres d’or et la lune d’argent

    Que je contemple en l’azur sans nuages

    Ont réjoui, charmé tes yeux d’Enfant.

    De ta petite main qui caressait Marie

    Tu soutenais le monde et lui donnais la vie.

     

    Et tu pensais à moi, Jésus, mon petit Roi

    Rappelle-toi. Rappelle-toi que dans la solitude

    Tu travaillais de tes divines mains

    Vivre oublié fut ta plus douce étude

     

    Tu rejetas le savoir des humains

    Ô Toi ! qui d’un seul mot pouvais charmer le monde

    Tu te plus à cacher ta sagesse profonde.

    Tu parus ignorant, Ô Seigneur Tout-Puissant !

     

    Rappelle-toi. Rappelle-toi qu’étranger sur la terre,

    Tu fus errant, toi le Verbe Éternel,

    Tu n’avais rien ; non, pas même une pierre

    Pas un abri, comme l’oiseau du ciel.

     

    Ô Jésus ! viens en moi, viens reposer ta Tête,

    Viens, à te recevoir mon âme est toute prête

    Mon Bien-Aimé Sauveur

    Repose dans mon cœur Il est à Toi.

     

    Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l’Église

     

     

  • Fête des Sts Anges Gardiens

    Mes filles, vous qui vous occupez des petits enfants, quelle place tenez-vous auprès de ces petits ? Vous êtes en quelque façon leurs bons anges. Eh quoi ! mes filles, dédaigneriez-vous de vous trouver auprès de ces pauvres petits enfants, alors que leurs bons anges s’estiment heureux d’y être continuellement ! S’ils voient Dieu, c’est de ce lieu-là ; s’ils le glorifient, c’est d’auprès de ces petits enfants ; s’ils reçoivent ses commandements, c’est là encore. Ce sont eux qui élèvent vers Dieu la gloire que lui rendent ces petits êtres par leurs petits cris et leurs gazouillements. Et ils s’estiment très honorés de leur rendre ces services. Ô mes filles, usez-en de la sorte, puisque vous êtes, avec ses glorieux esprits, commises au soin de ces enfants.

    Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses

     

     

     

     

     

     

  • « Celui entre vous qui est le plus petit, c’est celui-là qui est grand. »

    « Venez, dit le Christ à ses disciples, et apprenez de moi », non pas certes à chasser les démons par la puissance du ciel, ni à guérir les lépreux, ni à rendre la lumière aux aveugles, ni à ressusciter les morts…; mais, dit-il, « Apprenez de moi ceci : que je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,28-29). Voilà, en effet, ce qu’il est possible à tous d’apprendre et de pratiquer. Mais de faire des signes et des miracles, cela n’est pas toujours nécessaire, ni avantageux à tous, et n’est pas accordé non plus à tous. C’est donc l’humilité qui est la maîtresse de toutes les vertus, le fondement inébranlable de l’édifice céleste, le don propre et magnifique du Sauveur. Celui qui la possède pourra faire, sans péril d’élèvement, tous les miracles que le Christ a opérés, parce qu’il cherche à imiter le doux Seigneur, non dans la sublimité de ses prodiges, mais dans la vertu de patience et d’humilité. Par contre, pour celui qui est impatient de commander aux esprits immondes, de rendre la santé aux malades, de montrer aux foules quelque signe merveilleux, il peut bien invoquer le nom du Christ au milieu de toute son ostentation ; mais il est étranger au Christ, parce que son âme orgueilleuse ne suit pas le maître de l’humilité. Sur le point de retourner à son Père, voici le legs que le Seigneur a fait à ses disciples : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres » ; et il ajoute aussitôt : « C’est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,34-35). Il est bien certain qu’à moins d’être doux et humble, on n’observera pas cet amour.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435), fondateur de monastère à Marseille

     

     

     

  • « Il n’est pas de ceux qui nous suivent. » : les divisions font trébucher les petits.

    « Ayez tous un même langage ; qu’il n’y ait pas de schismes parmi vous » (1Co 1,10). Les diverses parties de l’Église ne sont plus entières quand une souffre et meurt. Si toutes les Églises étaient à elles seules un corps complet, il y aurait des assemblées ou réunions nombreuses ; mais elle forme un seul corps et le schisme détruit son unité… Après avoir dénoncé ce mal en utilisant ce mot amer de « schisme », l’apôtre Paul adoucit en ajoutant : « Soyez tous unis dans le même esprit et dans le même sentiment. » Il ne s’agit pas seulement d’un accord de paroles mais d’une union de pensée et de sentiments. Et comme il peut arriver qu’on soit unis sur un point mais divisés sur d’autres, Paul insiste : « Soyez unis d’une manière parfaite »…, parfaits dans la charité. On peut être unis de pensée et divisés dans l’action, avoir une même foi et ne plus être liés par une même charité. C’est ce qui arrivait à Corinthe, où les uns s’attachaient à tel maître, les autres à tel autre. Paul ne leur reproche pas des différences de la foi, mais leurs manières d’agir, des rivalités humaines… : « Que m’a-t-on appris ? Qu’il y a des contestations parmi vous ! … Le Christ est-il divisé ? » (1Co 1,13)

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église