Catégorie : Enseignement

  • « Suis-moi ! »

    Le Sauveur nous a précédés sur le chemin de la pauvreté. Tous les biens du ciel et de la terre lui appartenaient. Ils ne présentaient pour lui aucun danger ; il pouvait en faire usage tout en gardant son cœur entièrement libre. Mais il savait qu’il est presque impossible à un être humain de posséder des biens sans s’y subordonner et en devenir esclave. C’est pourquoi il a tout abandonné et nous a montré ainsi par son exemple plus encore que par ses paroles que seul possède tout celui qui ne possède rien. Sa naissance dans une étable et sa fuite en Égypte montraient déjà que le Fils de l’homme ne devait pas avoir d’endroit où reposer la tête. Qui veut le suivre doit savoir que nous n’avons pas ici-bas de demeure permanente. Plus vivement nous en prendrons conscience, plus ardemment nous tendrons vers notre demeure future et nous exulterons à la pensée que nous avons droit de cité au ciel.

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)

     

     

     

  • « Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue. »

    Je sens que mon Jésus se fait toujours plus proche de moi. Il a permis ces jours-ci que je tombe à la mer et que je me noie dans la considération de ma misère et de mon orgueil, pour me faire comprendre à quel point j’ai besoin de lui. Au moment où je risque d’être submergé, Jésus, marchant sur les eaux, vient à ma rencontre en souriant pour me sauver. Je voudrais lui dire avec Pierre : « Éloignez-vous de moi, Seigneur, car je suis un pécheur » (Lc 5,8), mais je suis devancé par la tendresse de son cœur et par la douceur de ses paroles : « N’aie pas peur » (Lc 5,10).

    Oh ! je ne crains plus rien à côté de vous ! Je repose tout contre vous ; pareil à la brebis perdue, j’entends les battements de votre cœur ; Jésus, je suis à vous une fois de plus, à vous pour toujours. Avec vous je suis vraiment grand ; sans vous je ne suis qu’un faible roseau, mais appuyé à vous je suis une colonne. Je ne dois jamais oublier ma misère, non pour trembler sans cesse, mais pour que, malgré mon humilité et ma confusion, je m’approche de votre cœur avec toujours plus de confiance, car ma misère est le trône de votre miséricorde et de votre amour.

    Saint Jean XXIII (1881-1963)

     

     

     

     

  • Un homme prévoyant construit sa maison sur le roc

    Dès le début de sa conversion, le bienheureux François, en sage qu’il était, voulait, avec l’aide du Seigneur, établir solidement à la fois lui-même et sa maison, c’est-à-dire son Ordre des Frères mineurs, sur un roc solide, à savoir sur la très grande humilité et la très grande pauvreté du Fils de Dieu.

    Sur une profonde humilité : c’est pourquoi dès le début, quand les frères commençaient à se multiplier, il leur a prescrit de demeurer dans les hospices pour servir les lépreux. À ce moment-là, quand les postulants se présentaient, que ce soient des nobles ou des roturiers, on les prévenait qu’il leur faudrait servir les lépreux et résider dans leurs hôpitaux.

    Sur une très grande pauvreté : il a dit en effet dans sa Règle que les frères doivent habiter leurs maisons « comme des étrangers et des pèlerins, et qu’ils ne doivent rien désirer sous le ciel », si ce n’est la sainte pauvreté, grâce à laquelle le Seigneur les nourrira en ce monde d’aliments corporels et de vertus, ce qui leur vaudra dans l’autre vie leur héritage, le ciel.

    Pour lui-même aussi, François a choisi ce fondement d’une humilité parfaite et d’une pauvreté parfaite ; bien qu’il ait été un grand personnage dans l’Église de Dieu, par un choix libre il a voulu être tenu au dernier rang non seulement dans l’Église mais aussi parmi ses frères.

    Vie de saint François d’Assise dite « Compilation de Pérouse » (v. 1311)

     

     

     

     

     

  • « Tout arbre bon donne de beaux fruits. »

    Dans une civilisation paradoxalement blessée par l’anonymat et, en même temps, obsédée par les détails de la vie des autres, malade de curiosité morbide, l’Église a besoin d’un regard de proximité pour contempler, s’émouvoir et s’arrêter devant l’autre chaque fois que cela est nécessaire. En ce monde, les ministres ordonnés et les autres agents pastoraux peuvent rendre présent le parfum de la présence proche de Jésus et son regard personnel. L’Église devra initier ses membres — prêtres, personnes consacrées et laïcs — à cet « art de l’accompagnement », pour que tous apprennent toujours à ôter leurs sandales devant la terre sacrée de l’autre (Ex 3,5). Nous devons donner à notre chemin le rythme salutaire de la proximité, avec un regard respectueux et plein de compassion mais qui en même temps guérit, libère et encourage à mûrir dans la vie chrétienne…

    Plus que jamais, nous avons besoin d’hommes et de femmes qui, à partir de leur expérience d’accompagnement, connaissent la manière de procéder, où ressortent la prudence, la capacité de compréhension, l’art d’attendre, la docilité à l’Esprit, pour protéger tous ensemble les brebis qui se confient à nous des loups qui tentent de disperser le troupeau. Nous avons besoin de nous exercer à l’art de l’écoute, qui est plus que le fait d’entendre. Dans la communication avec l’autre, la première chose est la capacité du cœur qui rend possible la proximité, sans laquelle il n’existe pas une véritable rencontre spirituelle. L’écoute nous aide à découvrir le geste et la parole opportune qui nous secouent de la tranquille condition de spectateurs. C’est seulement à partir de cette écoute respectueuse et capable de compatir qu’on peut trouver les chemins pour une croissance authentique, qu’on peut réveiller le désir de l’idéal chrétien, l’impatience de répondre pleinement à l’amour de Dieu et la soif de développer le meilleur de ce que Dieu a semé dans sa propre vie.

    Pape François

     

     

     

  • « Entrez par la porte étroite. »

    Le Seigneur, se cherchant un ouvrier dans la foule à laquelle il lance ses appels, dit : « Qui est celui qui veut la vie et souhaite voir des jours heureux ? » (Ps 33,13) Si, entendant cela, tu réponds : « Moi ! », Dieu te dit : « Si tu veux avoir la vie, la vie vraie et éternelle, garde ta langue du mal, et que tes lèvres ne disent pas de parole trompeuse. Détourne-toi du mal et accomplis le bien, recherche la paix et poursuis-la » (Ps 33,14-15). (…) Quoi de plus doux pour nous, frères très chers, que cette voix du Seigneur qui nous invite ? Voici que, dans sa bonté, le Seigneur nous indique le chemin de la vie. Ayant donc ceint nos reins (Ep 6,14) de la foi et de la pratique des bonnes actions, sous la direction de l’Évangile, avançons sur ses routes, afin que nous méritions de voir celui qui nous a appelés dans son Royaume (1Th 2,12). Si nous voulons habiter dans les tentes de ce Royaume, à moins d’y courir par les bonnes actions, on n’y parvient absolument pas. Avec le prophète, interrogeons le Seigneur et disons-lui : « Seigneur, qui habitera sous ta tente ? Qui reposera sur ta montagne sainte ? » (Ps 14,1) Après cette demande, frères, écoutons le Seigneur nous répondre en nous montrant le chemin. (…)

    Nous allons donc établir une école du service du Seigneur, où nous espérons n’établir rien de rigoureux, rien d’accablant. Mais s’il se présentait quelque chose d’un petit peu sévère, exigé pour une raison de justice à cause de la correction des vices et du maintien de la charité, ne fuis pas aussitôt, frappé de terreur, le chemin du salut, où l’on ne doit s’engager que par une porte étroite. D’ailleurs, grâce aux progrès de la vie et de la foi, le cœur dilaté, dans l’ineffable douceur de l’amour, on court dans la voie des commandements de Dieu (Ps 118,32). Ainsi, ne nous écartant jamais de son enseignement et persévérant dans sa doctrine (…) jusqu’à la mort, nous participerons par la patience aux souffrances du Christ (1P 4,13) pour que nous méritions d’avoir part aussi à son Royaume.

    Saint Benoît (480-547)

     

     

     

  • Nativité de saint Jean Baptiste, solennité

    C’est à juste titre que la naissance de cet enfant a été pour beaucoup une cause de joie : elle le reste aujourd’hui. Donné à ses parents dans leur vieillesse, il venait prêcher à un monde vieillissant la grâce d’une nouvelle naissance. Il est bon que l’Église fête solennellement cette nativité, fruit merveilleux de la grâce, dont s’émerveille la nature. (…)

    Quant à moi, cette lampe destinée à éclairer le monde (Jn 5,35), m’apporte par sa naissance une joie nouvelle, car c’est grâce à elle que j’ai reconnu la vraie Lumière qui luit dans les ténèbres mais que les ténèbres n’ont pas reçue (Jn 1,5.9). Oui, la naissance de cet enfant m’apporte une joie inexprimable, puisqu’il est pour le monde source de si grands biens. Lui le premier instruit l’Église, commence à la former par la pénitence, la prépare par le baptême, et quand il l’a ainsi préparée, la remet au Christ et l’unit à lui (Jn 3,29). Il lui apprend à vivre dans la sobriété, et par l’exemple de sa propre mort, lui donne la force de mourir avec courage. Par tout cela, il prépare au Seigneur un peuple parfait (Lc 1,17).

    Bienheureux Guerric d’Igny (v. 1080-1157)

     

     

     

  • « Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? » (1 Co 10,16)

    Quand la prière eucharistique est terminée, nous nous hâtons tous de prendre l’oblation. Ce que nous prenons de l’autel redoutable et sublime, est une nourriture sainte et immortelle. Il est vrai que les ministres qui se tiennent près de l’autel et président la liturgie, reçoivent la nourriture sur l’autel, tandis que les fidèles la reçoivent loin de lui. Mais cela n’implique pas qu’il y ait quelque différence en cette nourriture, en effet, le pain est unique, unique aussi est le corps du Christ notre Seigneur, en qui ce pain a été transformé. Cette transformation s’est accomplie par la venue du Saint-Esprit.

    Nous prenons tous de ce pain, parce que nous sommes l’unique corps du Christ notre Seigneur et que du même corps et du même sang nous sommes nourris. Si par la nouvelle naissance et par l’Esprit Saint nous sommes tous devenus l’unique corps du Christ, par l’unique nourriture des mystères sacrés, dont la grâce de l’Esprit Saint nous nourris, nous entrons tous dans l’unique communion du Christ. (…) Ainsi par ce moyen nous entrons en union et en communion avec notre Tête. (…) Nous devenons solidaires du corps et du sang de notre Seigneur. (…)

    Nous pouvons donc tous en prendre (de cette oblation). Mais celui-là reçoit davantage qui, autant qu’il est possible à l’homme, s’en rend digne par l’amour, la foi et la conduite. Il est, par ailleurs, évident que nul d’entre les hommes n’en est jamais digne. Comment un homme mortel, corruptible, pécheur, pourrait-il mériter de prendre et de recevoir le corps désormais immortel, incorruptible, présent au ciel à la droite de Dieu, et qui, en qualité de Seigneur et de roi, est honoré de tous les hommes ?

    Théodore de Mopsueste

     

     

     

     

  • Confiez-vous dans le Seigneur

    Ne nous laissons nullement consumer par les soucis que nous causent les besoins du corps. Croyons en Dieu de toute notre âme, comme disait un homme bon : « Confiez-vous dans le Seigneur et vous recevrez sa confiance ».

    Mais si tu hésites encore et ne crois pas qu’il veille tout à fait sur toi pour te nourrir, considère l’araignée, et sache combien l’homme diffère d’elle. Je dis bien l’araignée, qui est le plus faible et le plus pauvre des êtres. Elle n’a rien à elle, elle ne plaide pas, elle ne dispute pas, elle n’accumule pas, (…) elle ne s’ingère nullement dans les affaires de ses voisins, elle ne s’occupe que des siennes, elle demeure dans son propre travail en état de sérénité, de calme, elle ne parle guère à ceux qui vénèrent l’oisiveté que pour leur dire : « Si un homme ne veut rien faire, qu’il ne mange pas non plus » (cf. 2Th 3,10). Le Seigneur qui demeure dans les hauteurs des cieux et voit ce qui est humble (cf. LXX, Ps 112,5-6) – or rien n’est plus humble que l’araignée –, étendant jusqu’à elle sa providence, lui envoie chaque jour un peu de nourriture près de sa petite demeure, en faisant tomber dans ses filets les insectes dont elle a besoin.

    Mais l’un de ceux qui sont asservis par la voracité dira peut-être : « Je mange énormément, et comme je dépense beaucoup, je suis obligé de m’embarrasser des innombrables affaires de cette vie » (cf. 2Tm 2,4). Qu’un tel homme considère les grandes baleines qui cherchent leur vie dans l’océan Atlantique, qui sont abondamment nourries par Dieu et ne connaissent jamais la faim. C’est donc Dieu qui nourrit celui qui mange beaucoup comme celui qui vit de peu. Si tu entends ces choses, même toi dont le ventre est gros et vaste, confie-toi désormais tout entier à Dieu et à la foi. Ne sois plus incrédule, mais crois (cf. Jn 20,27).

    Jean Carpathios

     

     

     

  • Le discernement est la lampe de l’âme

    Le discernement est, en effet, comme l’œil et la lampe de l’âme, selon cette parole de l’Évangile : « La lampe du corps c’est l’œil. Si donc ton œil est simple, tout ton corps sera lumineux ; mais si ton œil est ténébreux, tout ton corps sera ténébreux. » (Mt 6,22-23). Le discernement examine toutes les idées et les actions de l’homme, il rejette et disperse tout ce qui est mauvais et déplaisant à Dieu, gardant ainsi de l’égarement. (…)

    C’est aussi le discernement que l’Apôtre nomme soleil quand il dit : « Que le soleil ne se couche pas sur votre colère » (Eph 4,26). On le regarde aussi comme le gouvernail de notre vie, selon ce qui est écrit : « Ceux qui n’ont pas de direction tombent comme des feuilles » (cf. Pr 11,14 LXX). Dans le discernement gît la sagesse, en lui l’intelligence et le jugement, sans lesquels nous ne pouvons bâtir notre maison intérieure ni amasser les richesses spirituelles, selon la parole : « C’est par la sagesse qu’une maison s’élève et par l’intelligence qu’elle s’affermit, par le jugement que les coffres s’emplissent de richesses » (cf. Pr 24,3-4 LXX). Elle est l’aliment solide des hommes faits, dont le sens est exercé par l’habitude de discerner le bien du mal (cf. He 5,14). Tous ces textes montrent clairement que, sans le charisme du discernement, une vertu ne peut s’établir ni demeurer ferme jusqu’à la fin, car c’est le discernement qui engendre et garde toutes les vertus. (…)

    Efforçons-nous donc de tout notre pouvoir et de toute notre ardeur d’acquérir pour nous le charisme du discernement, qui pourra nous garder indemnes des deux excès opposés. En effet, comme disent les Pères, les excès dans un sens ou dans l’autre, sont également nuisibles. (…) Par ces enseignements et bien d’autres, le saint abbé Moïse nous combla de joie, en sorte que nous pouvions glorifier le Seigneur qui donne une telle sagesse à ceux qui le craignent. À lui l’honneur et la puissance dans les siècles. Amen.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

     

     

     

  • La prière est une demande de ce que Dieu donne

    Comme je le disais, on trouvera que les paroles de la prière du Seigneur portent en elles la demande. Elle parle en effet du Père, du nom du Père et du Royaume. Elle montre, par ailleurs, que celui qui prie est fils de ce père dans la grâce. Elle demande que ceux qui sont dans le ciel et ceux qui sont sur la terre proviennent d’une seule volonté. Elle prescrit de demander le pain « épiousios » [quotidien]. Elle donne aux hommes la loi de la réconciliation : et, par le fait de pardonner et d’être pardonné, elle relie la nature à elle-même pour qu’elle ne soit pas coupée par la différence des volontés. Elle enseigne à s’efforcer, par la prière, de ne pas entrer dans la tentation, qui est la loi du péché. Et elle exhorte à se délivrer du malin.

    Il fallait, en effet, que celui qui accomplit lui-même les biens et les donne à ceux qui croient en lui et imitent sa conduite dans la chair, soit aussi celui qui leur enseigne comme à ses disciples, et leur offre tels les fondements de cette vie, les mots de la prière, ces mots par lesquels il révélait les trésors cachés de la sagesse et de la connaissance (cf. Col 2,3) qui demeurent spécifiquement en lui, dès lors qu’il portait de toute évidence vers la jouissance de ces trésors le désir de ceux qui demandent.

    C’est pourquoi, je pense, le Verbe a appelé prière cet enseignement qui porte en lui la demande des dons que, par grâce, Dieu accorde aux hommes. Ainsi nos Pères inspirés par Dieu ont exposé et défini la prière en disant que la prière est une demande de ce que Dieu donne naturellement aux hommes comme il lui convient.

    Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662)