Catégorie : Enseignement

  • « L’Époux est avec eux. »

    Que l’âme s’en souvienne : c’est l’Époux qui, le premier, l’a cherchée et, le premier, l’a aimée ; telle est la source de sa propre recherche et de son propre amour…

    « J’ai cherché, dit l’Épouse [du Cantique des Cantiques], celui que mon cœur aime » (3,1). Oui, c’est bien à cette recherche que t’invite la tendresse prévenante de celui qui, le premier, t’a cherchée et aimée. Tu ne le chercherais pas, s’il ne t’avait d’abord cherchée ; tu ne l’aimerais pas, s’il ne t’avait d’abord aimée.

    Ce n’est pas une seule bénédiction de l’Époux qui t’a prévenue, mais deux : il t’a aimée, il t’a cherchée. L’amour est la cause de sa recherche ; sa recherche est le fruit de son amour, c’en est aussi le gage assuré. Tu es aimée de lui, en sorte que tu ne peux pas le soupçonner de te chercher pour te punir. Tu es cherchée par lui, en sorte que tu ne peux pas te plaindre de ne pas être aimée réellement. Cette double expérience de sa tendresse t’a remplie d’audace : elle a chassé toute honte, elle t’a persuadée de revenir à lui, elle a soulevé ton élan. De là cette ferveur, de là cette ardeur à « chercher celui que ton cœur aime », car évidemment tu n’aurais pas pu le chercher, s’il ne t’avait d’abord cherchée ; et maintenant qu’il te cherche, tu ne peux pas ne plus le chercher.

    Saint Bernard (1091-1153)

     

     

     

  • « Avance au large, et jetez les filets ! »

    L’annonce de Pierre et des apôtres n’est pas faite seulement de paroles. La fidélité au Christ touche leur vie, qui en est changée, qui reçoit une nouvelle direction, et c’est justement par leur vie qu’ils rendent témoignage à la foi et à l’annonce du Christ. (…) Cela vaut pour tous : l’Évangile doit être annoncé et témoigné. Chacun de nous devrait se demander : « Comment est-ce que moi, je témoigne du Christ par ma foi ? Ai-je le courage de Pierre et des autres apôtres de penser, de choisir et de vivre en chrétien, dans l’obéissance à Dieu ? »

    Le témoignage de la foi a certainement plusieurs formes, comme dans une grande fresque, où il y a une variété de couleurs et de nuances ; toutes cependant sont importantes, mêmes celles qui n’apparaissent pas. Dans le grand dessein de Dieu, chaque détail est important, même ton témoignage et le mien, humbles et petits, même le témoignage caché de celui qui vit avec simplicité sa foi dans le quotidien des relations de famille, de travail, d’amitié. Il y a les saints de tous les jours, les saints « cachés », une sorte de « classe moyenne de la sainteté » (…) dont nous pouvons tous faire partie.

    Mais en diverses parties du monde, il y a aussi des personnes qui souffrent, comme Pierre et les apôtres, à cause de l’Évangile ; il y a des personnes qui donnent leur vie pour rester fidèles au Christ par un témoignage marqué par le prix du sang. Souvenons-nous-en bien tous : on ne peut pas annoncer l’Évangile de Jésus sans le témoignage concret de la vie. Qui nous écoute et nous voit doit pouvoir lire à travers nos actions ce qu’il écoute de notre bouche et rendre gloire à Dieu ! Un conseil que saint François d’Assise donnait à ses frères me vient à l’esprit : « Prêchez l’Évangile. Si c’est nécessaire, aussi par des paroles. »

    Pape François

     

     

     

     

  • « Il sortit et se retira dans un endroit désert. »

    Comment ne pas nous rappeler un Maître comme celui qui nous a appris la prière, qui nous l’a enseignée avec tant d’amour et avec un si vif désir qu’elle nous soit profitable ? (…) Vous savez qu’il nous enseigne à prier dans la solitude. C’est ainsi que notre Seigneur faisait toujours, quand il priait, non que cela lui soit nécessaire, mais parce qu’il voulait nous donner l’exemple. Nous avons déjà dit qu’on ne saurait parler en même temps à Dieu et au monde. Or ils ne font pas autre chose, ceux qui récitent des prières et par ailleurs écoutent ce qui se dit autour d’eux, ou s’arrêtent aux pensées qui se présentent sans se préoccuper de les repousser.

    Je ne parle pas de ces indispositions qui surviennent parfois, ni, surtout de la mélancolie ou de la faiblesse d’esprit qui affligent certaines personnes et les empêchent, malgré leurs efforts, de se recueillir. Il en est de même pour ces orages intérieurs qui peuvent troubler quelquefois les fidèles serviteurs de Dieu, mais que celui-ci permet pour leur plus grand bien. Dans leur affliction, ils cherchent en vain le calme. Quoi qu’ils fassent, ils ne peuvent pas être attentifs aux prières qu’ils prononcent. Leur esprit, loin de se fixer à rien, s’en va tellement à l’aventure qu’il semble en proie à une sorte de frénésie. À la peine qu’ils en éprouvent, ils verront que ce n’est pas de leur faute ; qu’ils ne se tourmentent donc pas. (…) Puisque leur âme est malade, qu’ils s’appliquent à lui procurer quelque repos et s’occupent de quelque autre œuvre de vertu. Voilà ce que doivent faire les personnes qui veillent sur elles-mêmes et qui comprennent que l’on ne saurait parler à Dieu et au monde en même temps.

    Ce qui dépend de nous, c’est d’essayer d’être dans la solitude pour prier. Et plaise à Dieu que cela suffise, je le répète, pour comprendre en présence de qui nous sommes et quelle réponse le Seigneur fait à nos demandes ! Pensez-vous qu’il se taise, bien que nous ne l’entendions pas ? Non, certes. Il parle au cœur quand c’est le cœur qui le prie.

    Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582)

     

     

     

     

  • « Es-tu venu pour nous perdre ? »

    Les anges et les hommes, créatures intelligentes et libres, doivent cheminer vers leur destinée ultime par choix libre et amour de préférence. Ils peuvent donc se dévoyer. En fait, ils ont péché. C’est ainsi que le mal moral est entré dans le monde, sans commune mesure plus grave que le mal physique. Dieu n’est en aucune façon, ni directement ni indirectement, la cause du mal moral. Il le permet cependant, respectant la liberté de sa créature, et, mystérieusement, il sait en tirer le bien. (…) Du mal moral le plus grand qui ait jamais été commis, le rejet et le meurtre du Fils de Dieu, causé par les péchés de tous les hommes, Dieu, par la surabondance de sa grâce (cf Rm 5,20), a tiré le plus grand des biens : la glorification du Christ et notre rédemption. Le mal n’en devient pas pour autant un bien.

    « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8, 28). Le témoignage des saints ne cesse de confirmer cette vérité. Ainsi, sainte Catherine de Sienne dit à « ceux qui se scandalisent et se révoltent de ce qui leur arrive » : « Tout procède de l’amour, tout est ordonné au salut de l’homme, Dieu ne fait rien que dans ce but » (…) Et Lady Julian of Norwich : « J’appris donc, par la grâce de Dieu, qu’il fallait m’en tenir fermement à la foi, et croire avec non moins de fermeté que toutes choses seront bonnes… Et tu verras que toutes choses seront bonnes. » «Thou shalt see thyself that all manner of thing shall be well.»

    Nous croyons fermement que Dieu est le Maître du monde et de l’histoire. Mais les chemins de sa providence nous sont souvent inconnus. Ce n’est qu’au terme, lorsque prendra fin notre connaissance partielle, lorsque nous verrons Dieu « face à face » (1Co 13,12), que les voies nous seront pleinement connues, par lesquelles, même à travers les drames du mal et du péché, Dieu aura conduit sa création jusqu’au repos de ce sabbat définitif, en vue duquel il a créé le ciel et la terre.

    Catéchisme de l’Église catholique

     

     

     

  • Par la foi recevoir la guérison et entrer dans la vraie vie

    Naaman était Syrien, il avait la lèpre et ne pouvait en être purifié par personne. (…) Il s’est rendu en Israël, et Élisée lui a ordonné de se baigner sept fois dans le Jourdain. Alors Naaman s’est mis à réfléchir : les fleuves de sa patrie avaient une eau meilleure, dans laquelle il s’était souvent baigné sans être jamais purifié de sa lèpre. (…) Mais il s’est baigné et, purifié aussitôt, a compris que la purification ne vient pas de l’eau, mais de la grâce. (…)

    C’est pour cela qu’on t’a dit [à ton baptême] : ne crois pas seulement ce que tu vois, car tu pourrais dire, toi aussi, comme Naaman : C’est cela, ce grand mystère « que l’œil n’a pas vu, que l’oreille n’a pas entendu, et qui n’est pas parvenu à la pensée de l’homme » ? (1Co 2,9) Je vois de l’eau, comme j’en voyais tous les jours ! Peut-elle me purifier, alors que j’y suis descendu souvent sans être jamais purifié ? Apprends par là que l’eau ne purifie pas sans l’Esprit.

    Et c’est pour cela que tu as lu qu’il y a dans le baptême « trois témoins qui se rejoignent en un seul témoignage : l’eau, le sang et l’Esprit » (1Jn 5,7-8). Car, si tu en retires un seul, le sacrement de baptême disparaît. Qu’est-ce que l’eau, en effet, sans la croix du Christ ? Un élément ordinaire, sans aucune portée sacramentelle. Et de même, sans eau il n’y a pas de mystère de la nouvelle naissance, car « personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » (Jn 3,5). Le catéchumène croit (…) en la croix du Seigneur Jésus, dont il a reçu le signe, mais s’il n’a pas été baptisé au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit, il ne peut pas recevoir le pardon de ses péchés ni recueillir le don de la grâce spirituelle.

    Le Syrien Naaman s’est plongé sept fois selon la Loi ; mais toi, tu as été baptisé au nom de la Trinité. Tu as confessé ta foi au Père (…) tu as confessé ta foi au Fils, ta foi en l’Esprit Saint. Retiens la succession de ces faits. Dans cette foi, tu es mort au monde, tu as ressuscité pour Dieu.

    Saint Ambroise (v. 340-397)

     

     

  • Suivre le Christ serviteur à la dernière place

    [Le Christ : ] Voyez [mon] dévouement aux hommes, et examinez quel doit être le vôtre. Voyez cette humilité pour le bien de l’homme, et apprenez à vous abaisser pour faire le bien (…), à vous faire petit pour gagner les autres, à ne pas craindre de descendre, de perdre de vos droits quand il s’agit de faire du bien, à ne pas croire qu’en descendant, on se met dans l’impuissance de faire du bien. Au contraire, en descendant, on m’imite ; en descendant, on emploie, pour l’amour des hommes, le moyen que j’ai employé moi-même ; en descendant, on marche dans ma voie, par conséquent, dans la vérité ; et on est à la meilleure place pour avoir la vie, et pour la donner aux autres. (…) Je me mets au rang des créatures par mon incarnation, à celui des pécheurs (…) par mon baptême : descente, humilité. (…) Descendez toujours, humiliez-vous toujours.

    Que ceux qui sont les premiers se tiennent toujours par l’humilité et la disposition d’esprit à la dernière place, en sentiment de descente et de service. Amour des hommes, humilité, dernière place, en dernière place tant que la volonté divine ne vous appelle pas à une autre, car alors il faut obéir. L’obéissance avant tout, la conformité à la volonté de Dieu. Dans la première place, soyez à la dernière par l’esprit, par l’humilité ; occupez-la en esprit de service, en vous disant que vous n’y êtes que pour servir les autres et les conduire au salut.

    Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916)

     

     

     

  • Le Christ me demandera des comptes…

    Voici que mes péchés me causent une vive frayeur, mes omissions me couvrent d’une profonde honte, le gaspillage de ma vie me cause une très grande crainte. Je redoute ce futur examen où le Christ, l’homme noble, me demandera des comptes.

    S’il voulait exiger de moi le temps qu’il m’a remis en dépôt, et l’intelligence, ce talent qu’il m’a confié pour fournir des intérêts, sans aucun doute je n’aurais aucune réponse convenable à faire à ta charité. Que ferai-je ? De quel côté me tournerai-je ? Je ne puis bêcher la terre ; mendier, j’en ai honte (Lc 16,3). Ô tendresse ! Tendresse ! ouvre ta bouche maintenant ; que ton doux conseil, je t’en supplie, réconforte mon âme. De grâce, réponds-moi : que décideras-tu de me faire dans cette conjoncture, car selon ton nom tu es un cœur vraiment tendre, et tu connais parfaitement ce qui en cette conjoncture me convient. De grâce, pardonne-moi et viens à mon secours et, en cette tribulation, ne me regarde pas avec indifférence. Laisse-toi émouvoir par la pauvreté de mon esprit et, le cœur touché de compassion, dis-moi dans ta bonté : « Faisons, toi et moi, bourse commune. » (Pr 1,14)

    Ô Tendresse ! Tendresse ! n’as-tu pas chez toi entreposées tant et de si belles richesses que le ciel et la terre ne suffisent pas à les contenir. Toi, tu as contraint mon Jésus à donner son âme pour mon âme, pour ma vie la sienne ; de la sorte tu as fait mien tout ce qui est sien et ainsi, par ton abondance, tu as accru les ressources du pauvre. De grâce, convoque mon âme famélique à tes libéralités, afin que je vive à pleine vie de tes richesses et que, par toi élevée, par toi nourrie, je ne défaille pas dans le service du Seigneur, jusqu’à ce que, sous ta conduite, je retourne à mon Dieu, et je rende mon esprit à celui qui me l’a donné (Qo 12,7).

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

     

     

     

     

  • Que j’aille au-devant de toi !

    Parée de la robe nuptiale, et tenant la lampe allumée, au milieu des vierges prudentes, fais qu’à l’heure de ma mort, comme l’épouse au-devant de l’Époux, j’aille au-devant de toi. Par le baiser de ta bouche, introduis-moi comme ta propre épouse, dans la chambre nuptiale de ton amour source de joie. (…)

    À toi qui sonde les cœurs, je ne plairai pas par le corps, mais par l’âme : fais que je passe au nombre des vierges sages : la lampe allumée, avec l’huile que j’aurai préparée, j’attendrai le céleste Époux ; sans trouble à l’arrivée soudaine du Roi, mais en sûreté avec ma lumière, j’irai joyeusement à la rencontre du chœur des vierges qui marchent devant lui ; et je ne serai pas rejetée avec les vierges folles, mais librement j’entrerai dans le royal palais avec les vierges sages, pour habiter, demeurant pure en chasteté, dans la perpétuelle compagnie de ton Agneau. (…)

    Ô amour, amour, en la belle dilection prépare pour moi le sentier qui mène à toi : (…) tu conduis avec toi, en une bienheureuse armée céleste, les milliers de milliers de vierges resplendissantes, (…) qui dans la joie, répètent les doux cantiques de l’éternelle union. De grâce, ô amour, au sein de cette misère, garde-moi sous l’ombre de ta charité, de telle sorte qu’après cette exil, sous ta conduite, pénétrant sans tâche dans ton sanctuaire, parmi cette multitude de vierges, me réconforte un simple petit ruisseau de ta divine amitié et me rassasie une simple réjouissance, douce comme le miel. Amen, amen. Tel soit le cri de tous les êtres.

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

     

     

     

     

  • Jean Baptiste, mort pour le Christ

    Jean n’a pas vécu pour lui seul et il n’est pas mort pour lui seul. Combien d’hommes, chargés de péchés, sa vie dure et austère n’a-t-elle pas menés à la conversion ? Combien d’hommes sa mort imméritée n’a-t-elle pas encouragés à supporter leurs épreuves ? Et nous, d’où nous vient aujourd’hui l’occasion de rendre fidèlement grâce à Dieu, sinon du souvenir de saint Jean assassiné pour la justice, c’est-à-dire pour le Christ ? (…)

    Oui, Jean Baptiste a sacrifié de tout cœur sa vie ici-bas pour l’amour du Christ ; il a préféré mépriser les ordres du tyran plutôt que ceux de Dieu. Cet exemple nous enseigne que rien ne doit nous être plus cher que la volonté de Dieu. Plaire aux hommes ne sert pas à grand-chose ; souvent même cela nuit grandement. (…) C’est pourquoi, avec tous les amis de Dieu, mourons à nos péchés et à nos agitations, foulons aux pieds notre amour-propre dévié, et veillons à laisser croître en nous l’amour fervent du Christ.

    Lansperge le Chartreux (1489-1539)

     

     

     

     

  • « Dieu, crée pour moi un cœur pur ! » (Ps 50,12)

    « Déchirez vos cœurs, dit le prophète, et non vos vêtements. » Parmi vous qui est celui dont la volonté est particulièrement portée à l’entêtement ? Qu’il déchire son cœur avec le glaive de l’Esprit, qui n’est autre que la Parole de Dieu. Qu’il le déchire et qu’il le réduise en poussière, car on ne peut se convertir au Seigneur qu’avec un cœur brisé. (…) Écoute un homme que Dieu a trouvé selon son cœur : « Mon cœur est prêt, ô Dieu, mon cœur est prêt. » Il est prêt pour l’adversité, il est prêt pour la prospérité, il est prêt pour les choses humbles, il est prêt pour celles qui sont élevées, il est prêt pour ce que tu ordonneras (…) « Mon cœur est prêt, ô Dieu, mon cœur est prêt. » Qui est, comme David, prêt à sortir et à entrer et à marcher selon la volonté du Roi ?

    David disait encore, à propos des pécheurs : « Leur cœur s’est figé comme de la graisse ; moi, je trouve mes délices dans la méditation de ta Loi. » La dureté du cœur, l’obstination de l’esprit viennent de ce que nous méditons notre propre volonté, au lieu de méditer la Loi de Dieu.

    Saint Bernard (1091-1153)

    (Références bibliques : Jl 2,13; Ep 6,17; Ps 50,19; 1Sm 13,14; Ps 56,8; 2S 5,2; Ps 118,70)