Catégorie : Enseignement

  • « Tes péchés te sont remis. » (Mt 9,2)

    Pourquoi es-tu affligé ? Vois. Un homme a les mains poisseuses. Un peu d’huile les rends propres. Combien plus peut te purifier la pitié de Dieu. Car de même que tu n’as pas de mal à laver ton vêtement, de même et bien plus encore il n’est pas difficile au Seigneur de te laver de tout reproche, même si chaque jour il te faut naturellement éprouver la tentation. En effet, au moment où tu dis : « J’ai péché contre le Seigneur », t’est donnée la réponse : « Tes péchés te sont remis » (Mt 9,2), « Je suis Celui qui efface, et je ne me souviens pas » (Is 43,25 LXX). « Comme est loin l’Orient de l’Occident, j’ai éloigné de toi tes péchés. Comme un père a compassion de ses enfants, j’ai compassion de toi » (Ps 102(103),12-13 LXX).

    Seulement ne t’écarte pas, ne t’éloigne pas de Celui qui t’a choisi pour chanter et prier, mais tout au long de ta vie demeure attaché à lui, soit par pure confiance, soit par sainte audace et confession courageuse. Alors il t’entend et te purifie. N’est-ce pas Dieu qui nous a justifiés, dans son amour de l’homme ? Qui nous condamnera ? (cf. Rm 8,33) Si nous invoquons le nom du Seigneur Jésus Christ, notre conscience est aisément purifiée, et rien ne nous sépare des prophètes et des autres saints.

    Car Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais au salut par Notre Seigneur Jésus Christ qui est mort pour nous. Ainsi, soit que nous veillions dans les vertus, soit que nous dormions dans quelques misère où nous portent naturellement certaines circonstances, nous vivrons avec le Christ (cf. 1 Th 5,9-10), tendant vers lui nos regards, gémissant profondément, pleurant sans cesse, et ne respirant que lui. Revêtons donc la cuirasse de la foi et portons le casque de l’espérance du salut (cf. 1 Th 5,8), afin que ne puissent nous pénétrer les flèches du découragement et du désespoir.

    Jean Carpathios (VIIe s.)

     

     

     

  • La foi, une force de consolation dans la souffrance

    Le chrétien sait que la souffrance ne peut pas être éliminée, mais qu’elle peut recevoir un sens, devenir acte d’amour, confiance entre les mains de Dieu qui ne nous abandonne pas et, de cette manière, être une étape de croissance de la foi et de l’amour. (…) La lumière de la foi ne nous fait pas oublier les souffrances du monde. Pour combien d’hommes et de femmes de foi, les personnes qui souffrent ont été des médiatrices de lumière ! Ainsi le lépreux pour saint François d’Assise, ou pour la Bienheureuse Mère Teresa de Calcutta, ses pauvres. Ils ont compris le mystère qui est en eux. En s’approchant d’eux, ils n’ont certes pas effacé toutes leurs souffrances, ni n’ont pu leur expliquer tout le mal. La foi n’est pas une lumière qui dissiperait toutes nos ténèbres, mais la lampe qui guide nos pas dans la nuit, et cela suffit pour le chemin.

    À l’homme qui souffre, Dieu ne donne pas un raisonnement qui explique tout, mais il offre sa réponse sous la forme d’une présence qui accompagne, d’une histoire de bien qui s’unit à chaque histoire de souffrance pour ouvrir en elle une trouée de lumière. Dans le Christ, Dieu a voulu partager avec nous cette route et nous offrir son regard pour y voir la lumière. Le Christ est celui qui, en ayant supporté la souffrance, « est l’origine de notre foi et la porte à la perfection » (He 12,2).

    Pape François

     

     

     

  • « Es-tu venu pour nous perdre ? »

    Derrière le choix désobéissant de nos premiers parents il y a une voix séductrice, opposée à Dieu, qui, par envie, les fait tomber dans la mort. L’Écriture et la Tradition de l’Église voient en cet être un ange déchu, appelé Satan ou diable. L’Église enseigne qu’il a été d’abord un ange bon, fait par Dieu. « Le diable et les autres démons ont certes été créés par Dieu naturellement bons, mais c’est eux qui se sont rendus mauvais. »

    L’Écriture parle d’un péché de ces anges (2P 2,4). Cette « chute » consiste dans le choix libre de ces esprits créés, qui ont radicalement et irrévocablement refusé Dieu et son Règne. Nous trouvons un reflet de cette rébellion dans les paroles du tentateur à nos premiers parents : « Vous deviendrez comme Dieu » (Gn 3,5). Le diable est « pécheur dès l’origine » (1Jn 3,8), « père du mensonge » (Jn 8,44). C’est le caractère irrévocable du choix des anges, et non un défaut de l’infinie miséricorde divine, qui fait que leur péché ne peut être pardonné. « Il n’y a pas de repentir pour eux après la chute, comme il n’y a pas de repentir pour les hommes après la mort » (S. Jean Damascène).

    L’Écriture atteste l’influence néfaste de celui que Jésus appelle « l’homicide dès l’origine » (Jn 8,44), et a même tenté de détourner Jésus de la mission reçue du Père (Mt 4,1-11). « C’est pour détruire les œuvres du diable que le Fils de Dieu est apparu » (1Jn 3,8). La plus grave en conséquences de ces œuvres a été la séduction mensongère qui a induit l’homme à désobéir à Dieu.

    La puissance de Satan n’est cependant pas infinie. Il n’est qu’une créature, puissante du fait qu’il est pur esprit, mais toujours une créature : il ne peut empêcher l’édification du Règne de Dieu.

    Catéchisme de l’Église catholique

     

     

     

  • « Jésus leur dit : “Venez à ma suite” » (Mc 1,17)

    « Suis-moi ! » Jésus dit ces paroles (…) à chaque chrétien. Suis-moi, nu comme je suis nu, libre de tout empêchement comme je le suis moi-même. Jérémie dit : « Vous m’appellerez “Mon Père” et vous ne cesserez de marcher derrière moi » (Jr 3,19). Suis-moi donc et dépose les fardeaux que tu portes. Tu ne peux, en effet, chargé comme tu es, me suivre, moi qui avance en courant. « J’ai couru plein de soif » (Ps 61, 5 LXX), dit le psaume à mon sujet ; la soif de sauver l’humanité. Et où courut-il ? À la croix. Cours, toi aussi après lui. Comme il a porté sa croix pour toi, prends toi aussi la tienne, pour ton bien. D’où ces paroles de l’évangile de Luc : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même », en renonçant à sa propre volonté ; « qu’il prenne sa croix », en mortifiant ses passions, « chaque jour », continuellement ; « et qu’il me suive. » (cf. Lc 9,23) (…)

    Jésus s’adresse à nous comme à une mère qui, voulant apprendre à son petit enfant à marcher, lui montre un pain ou une pomme et lui dit : « Viens après moi et je te le donnerai ». Et lorsque l’enfant est si près qu’il peut presque l’attraper, elle s’éloigne un petit peu en lui montrant l’objet et en lui disant toujours : « Suis-moi, si tu veux l’avoir ». Certains oiseaux tirent les petits de leur nid et en volant leur apprennent à voler et à les suivre. Jésus fait de même. Il se montre lui-même en exemple et nous promet sa récompense dans le royaume, pour que nous le suivions.

    « Suis-moi » donc, car je connais le bon chemin et je te guiderai. Dans le livre des Proverbes, nous lisons : « Je te montrerai la voie de la sagesse ; je te guiderai dans les sentiers de la justice : quand tu y seras entré, tes pas seront sans contrainte et si tu cours, tu ne rencontreras pas d’obstacle » (cf. Pr 4,11-12 LXX) . (…) Donc, « suis-moi »

    Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231)

     

     

     

     

  • « Quant à l’ami de l’époux, il se tient là (…) et il en est tout joyeux. »

    La gloire convient à Dieu en raison de sa grandeur, et l’abaissement convient à l’homme car il fait de lui le familier de Dieu. Si nous agissons ainsi, nous serons joyeux à l’exemple de saint Jean Baptiste et nous commencerons à répéter sans relâche : « Il faut qu’il grandisse, et que je diminue ».

    Je connais quelqu’un qui aime tellement Dieu — bien qu’il s’afflige de ne pas l’aimer comme il le voudrait — que son âme éprouve sans cesse ce désir fervent : que Dieu soit glorifié en lui, et que lui-même s’efface. Un tel homme ne sait pas ce qu’il est, même lorsqu’il reçoit des éloges, car, dans son grand désir d’abaissement, il ne pense pas à sa propre dignité. Il accomplit le culte divin (…), mais dans son extrême disposition d’amour pour Dieu, il cache le souvenir de sa propre dignité dans l’abîme de son amour pour Dieu. (…) Il enfouit l’orgueil qu’il en tirerait pour ne jamais paraître à son propre jugement qu’un serviteur inutile (Lc 17,10). (…) C’est ce que nous devons faire, nous aussi : fuir tout honneur et toute gloire, à cause de la richesse débordante d’amour du Seigneur qui nous a tant aimés.

    Celui qui aime Dieu dans le fond de son cœur, celui-là est connu de lui. Dans la mesure, en effet, où l’on accueille l’amour de Dieu dans le fond de son âme, dans cette mesure on a l’amour de Dieu. C’est pourquoi, désormais, un tel homme vit dans une ardente passion pour l’illumination de la connaissance, jusqu’à ce qu’il goûte une grande plénitude intérieure. Alors il ne se connaît plus lui-même, il est entièrement transformé par l’amour de Dieu. Un tel homme est dans cette vie sans y être. S’il continue d’habiter dans son corps, il en sort continuellement par le mouvement d’amour de son âme, qui le porte vers Dieu. Sans relâche désormais, le cœur brûlé par le feu de l’amour, il reste attaché à Dieu d’une façon irrésistible, parce qu’il a été arraché définitivement à l’amitié envers soi-même par l’amour de Dieu.

    Diadoque de Photicé (v. 400-?)

    évêque

     

     

  • « Jésus étendit la main et le toucha. »

    « Le Christ dit en entrant dans le monde : ‘Tu n’as voulu ni sacrifice, ni oblation, mais tu m’as formé un corps. Alors j’ai dit : Voici que je viens pour faire ta volonté’ » (He 10,5-7; Ps 40,7-9 LXX). Est-il bien vrai que pour nous sauver dans notre misère (…) et pour conquérir notre amour, Dieu a voulu se faire homme ? Tellement vrai que c’est un article de foi : « Pour nous les hommes et pour notre salut il descendit du ciel (…) et s’est fait homme » (Credo). (…) Oui, voilà ce que Dieu a fait pour se faire aimer de nous. (…) C’est ainsi qu’il a voulu nous manifester la grandeur de son amour pour nous : « La grâce de Dieu notre Sauveur s’est manifestée à tous les hommes » (Tt 2,11). « L’homme ne m’aime pas, semble avoir dit le Seigneur, parce qu’il ne me voit pas. Je vais me rendre visible, converser avec lui, je m’en ferai sûrement aimer » : « il est apparu sur la terre, et il a conversé avec les hommes » (Ba 3,38).

    L’amour de Dieu pour l’homme est immense, immense de toute éternité : « Je t’ai aimé d’un amour éternel ; c’est pourquoi je t’ai attiré dans ma miséricorde » (Jr 31,3). Mais on n’avait pas encore vu combien il est grand, incompréhensible ; quand le Fils de Dieu s’est fait contempler sous la forme d’un enfant couché sur la paille dans une étable, il s’est vraiment manifesté : « Dieu notre Sauveur a fait paraître sa bonté et son amour pour les hommes » (Tt 3,4). « La création du monde, observe saint Bernard, a fait resplendir la puissance de Dieu, le gouvernement du monde, sa sagesse ; mais l’incarnation du Verbe a fait éclater sa miséricorde à tous les yeux ». (…)

    « En méprisant Dieu, dit saint Fulgence, l’homme s’était séparé de lui pour toujours ; et comme l’homme ne pouvait plus retourner à Dieu, Dieu a daigné venir le trouver sur la terre. » Saint Augustin avait déjà dit : « Nous ne pouvions pas aller au médecin ; c’est pourquoi le médecin a eu la bonté de venir jusqu’à nous ».

    Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787)

     

     

     

  • « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. »

    Les symboles de l’Esprit Saint : l’onction. Le symbolisme de l’onction d’huile est significatif de l’Esprit Saint, jusqu’à en devenir le synonyme. Dans l’initiation chrétienne, elle est le signe sacramentel de la Confirmation, appelée justement dans les Églises d’Orient « Chrismation ». Mais pour en saisir toute la force, il faut revenir à l’onction première accomplie par l’Esprit Saint : celle de Jésus. « Christ » (« Messie » à partir de l’hébreu) signifie « oint » de l’Esprit de Dieu.

    Il y a eu des « oints » du Seigneur dans l’Ancienne Alliance, le roi David éminemment. Mais Jésus est l’oint de Dieu d’une manière unique : l’humanité que le Fils assume est totalement « ointe de l’Esprit Saint ». Jésus est constitué « Christ » par l’Esprit Saint. La Vierge Marie conçoit le Christ de l’Esprit Saint qui, par l’ange, l’annonce comme Christ lors de sa naissance et pousse Syméon à venir au Temple voir le Christ du Seigneur. C’est lui qui emplit le Christ et dont la puissance sort du Christ dans ses actes de guérison et de salut.

    C’est lui enfin qui ressuscite Jésus d’entre les morts. Alors, constitué pleinement « Christ » dans son humanité victorieuse de la mort, Jésus répand à profusion l’Esprit Saint jusqu’à ce que « les saints » constituent, dans leur union à l’humanité du Fils de Dieu, « cet Homme parfait (…) qui réalise la plénitude du Christ » : « le Christ total », selon l’expression de saint Augustin.

    Catéchisme de l’Église catholique

    (Références bibliques : 1Jn 2,20.27; 2Co 1,21; 1S 16,13; Lc 4,18-19; 1,35; 2,11; 2,26-27; 4,1; 6,19; Rm 1,4; Ac 2,36; Ep 4,13)

     

  • « Confiance ! C’est moi… »

    Les navires ont tous une aiguille marine [une boussole], laquelle étant touchée de l’aimant regarde toujours l’étoile polaire, et encore que la barque s’en aille du côté du midi, l’aiguille marine ne laisse pourtant pas de regarder toujours à son nord.

    Ainsi (…) que la fine pointe de l’esprit regarde toujours à son Dieu, qui est son nord. (…) Vous allez prendre la haute mer du monde ; ne changez pas pour cela de patron [cadran], ni de mât, ni de voile, ni d’ancre, ni de vent. Ayez toujours Jésus Christ pour patron, sa croix pour arbre, sur lequel vous étendez vos résolutions en guise de voile ; que votre ancre soit une profonde confiance en Lui, et allez à la bonne heure. Veuille à jamais le vent propice des inspirations célestes enfler de plus en plus les voiles de votre vaisseau et vous faire heureusement surgir au port de la sainte éternité ! (…)

    Que tout se renverse sens dessus dessous, je ne dis pas seulement autour de nous, mais je dis en nous, c’est-à-dire que notre âme soit triste, joyeuse, en douceur, en amertume, en paix, en trouble, en clarté, en ténèbres, en tentations, en repos, en goût, en dégoût, en sécheresse, en tendreté, que le soleil la brûle ou que la rosée la rafraîchisse, ah, il faut pourtant qu’à jamais et toujours la pointe de notre cœur, notre esprit, notre volonté supérieure, qui est notre boussole, regarde incessamment et tende perpétuellement à l’amour de Dieu.

    Saint François de Sales (1567-1622)

     

     

     

  • « Prenant du pain, il rendit grâces, le rompit et le leur donna, en disant : Ceci est mon corps, donné pour vous. » (Lc 22,19)

    Le Christ, pour nous attirer à l’aimer davantage, nous a donné sa chair en nourriture. Allons donc à lui avec beaucoup d’amour et de ferveur. (…) Ce corps, les mages l’ont adoré quand il était couché dans une mangeoire. (…) Ceux-là, voyant l’enfant, le Christ, dans une mangeoire, sous un pauvre toit, tout en ne voyant rien de ce que vous voyez, s’avancèrent avec un très grand respect.

    Vous ne le voyez plus dans une mangeoire, mais sur l’autel. Vous ne voyez plus une femme qui le tient dans ses bras, mais le prêtre qui l’offre, et l’Esprit de Dieu, avec toute sa générosité, plane au-dessus des offrandes. Non seulement vous voyez le même corps que voyaient les mages, mais en outre vous connaissez sa puissance et sa sagesse, et vous n’ignorez rien de ce qu’il a accompli. (…) Réveillons-nous donc, et réveillons en nous la crainte de Dieu. Montrons beaucoup plus de piété que ces étrangers, afin de ne pas avancer n’importe comment vers l’autel. (…)

    Cette table fortifie notre âme, rassemble notre pensée, soutient notre assurance ; elle est notre espérance, notre salut, notre lumière, notre vie. Si nous quittons la terre après ce sacrifice, nous entrerons avec une parfaite assurance dans les parvis sacrés, comme si nous étions protégés de tous côtés par une armure d’or. Mais pourquoi parler du futur ? Dès ce monde, le sacrement transforme la terre en ciel. Ouvrez donc les portes du ciel, et alors vous verrez ce que je viens de dire. Ce qu’il y a de plus précieux au ciel, je vous le montrerai sur la terre. Ce que je vous montre, ce n’est ni les anges, ni les archanges, ni les cieux des cieux, mais celui qui est leur maître. Vous voyez ainsi d’une certaine façon sur la terre ce qu’il y a de plus précieux. Et non seulement vous le voyez, mais vous le touchez, vous le mangez. Purifiez donc votre âme, préparez votre esprit à recevoir ces mystères.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

     

     

     

  • « Sur ceux qui habitaient dans le pays de l’ombre et de la mort, une lumière s’est levée. »

    « Jésus se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe : (…) ‘Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière’ » (…) Assurément, en parlant de la vision ou plutôt du lever d’une grande lumière, Matthieu veut nous faire comprendre la prédication lumineuse du Sauveur, le rayonnement de la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu ; avant toute autre, la terre de Zabulon et celle de Nephtali l’ont entendue de la bouche même du Seigneur. (…)

    De fait, c’est bien sur cette terre que le Seigneur a commencé à prêcher, c’est là qu’il a inauguré sa prédication. (…) Et les apôtres qui, les premiers, ont vu cette lumière véritable sur ces territoires de Zabulon et de Nephtali, sont devenus eux-mêmes « lumière du monde. » (…) « Ils se réjouiront devant toi, dit le texte d’Isaïe, comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus ». Cette joie sera effectivement la joie des apôtres, une « joie multipliée », quand « ils viendront comme des moissonneurs rapportant leurs gerbes » et « comme des vainqueurs se partageant les dépouilles des vaincus », c’est-à-dire du diable vaincu. (…)

    C’est toi, en effet, Seigneur et Sauveur, qui as enlevé de leurs épaules le joug pesant sur eux, ce joug du diable qui autrefois triomphait dans le monde quand il régnait sur toutes les nations et faisait ployer les nuques sous le joug d’un très lourd esclavage. (…) C’est toi qui, sans armée, sans effusion de sang, dans le secret de ta puissance, as libéré les hommes pour les mettre à ton service. (…) Oui, le diable sera « brûlé, dévoré par le feu éternel », parce qu’ « un tout petit nous est né », l’humble Fils de Dieu, « qui porte sur son épaule l’insigne du pouvoir », puisque, étant Dieu, il peut, par ses propres forces, posséder la primauté. (…) Et « son pouvoir s’étendra », car il régnera non seulement sur les juifs comme fit David, mais il aura l’empire sur toutes les nations « dès maintenant et pour toujours ».

    Rupert de Deutz (v. 1075-1130)

    (Références bibliques : Is 9,1-6; Mt 4,12-16; Mt 5,14; Ps 125,6)