Catégorie : Enseignement

  • Donner du fruit en Celui qui en a donné à la plénitude du temps

    « Mon bien-aimé est une grappe de raisin de Chypre, dans la vigne d’En-Gaddi » (Ct 1,14). (…) Cette grappe divine se couvre de fleurs avant la Passion et verse son vin dans la Passion. (…) Sur la vigne, la grappe ne montre pas toujours la même forme, elle change avec le temps : elle fleurit, elle gonfle, elle est achevée, puis, parfaitement mûre, elle va se transformer en vin. La vigne promet donc par son fruit : il n’est pas encore mûr et à point pour donner du vin, mais il attend la plénitude des temps. Toutefois, il n’est pas absolument incapable de nous réjouir. En effet, avant le goût, il charme l’odorat, dans l’attente des biens futurs, et il séduit les sens de l’âme par les parfums de l’espérance. Car l’assurance ferme de la grâce espérée devient jouissance déjà pour ceux qui attendent avec constance. Il en est ainsi du raisin de Chypre qui promet du vin avant de le devenir : par sa fleur — sa fleur c’est l’espérance — il nous donne l’assurance de la grâce future. (…)

    Celui dont la volonté est en harmonie avec celle du Seigneur, parce qu’ « il la médite jour et nuit », devient « un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt » (Ps 1,1-3). C’est pourquoi la vigne de l’Époux, qui a pris racine dans la terre fertile de Gaddi, c’est-à-dire dans le fond de l’âme, qui est arrosée et enrichie par les enseignements divins, produit cette grappe fleurissante et épanouie dans laquelle elle peut contempler son propre jardinier et son vigneron. Bienheureuse cette terre cultivée dont la fleur reproduit la beauté de l’Époux ! Puisque celui-ci est la lumière véritable, la vraie vie et la vraie justice (…) et bien d’autres vertus encore, si quelqu’un, par ses œuvres, devient pareil à l’Époux, lorsqu’il regarde la grappe de sa propre conscience, il y voit l’Époux lui-même, car il reflète la lumière de la vérité dans une vie lumineuse et sans tache. C’est pourquoi cette vigne féconde dit : « Ma grappe fleurit et bourgeonne » (cf Ct 7,13). L’Époux est en personne cette vraie grappe qui se montre attachée au bois, dont le sang devient une boisson de salut pour ceux qui exultent dans leur salut.

    Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395)

     

     

  • La félicité et les désirs de l’âme

    La félicité de l’autre vie est l’accomplissement de tous les désirs. La félicité de cette vie est l’anéantissement de tous les désirs. (…)

    Les désirs croissent à mesure que nous obtenons ce que nous avons désiré : la possession de ce que nous avons souhaité ne fait que nourrir nos désirs, sans rassasier l’âme. L’âme ne désire que cette charge, parce qu’elle se persuade, séduite par les sens et par les fausses opinions des hommes, que cette charge la satisfera. Mais voyant que ce n’est que comme une goutte d’eau dans un abîme, elle se porte à d’autres objets que les sens lui représentent encore comme des biens capables de la remplir. Le mauvais riche ne demandait qu’une goutte d’eau ; c’était là tous ses désirs. Je vous laisse à penser si cela aurait étanché sa soif. Il ne l’aura pas. Mais quand il l’aurait, etc. Si nous avions l’accomplissement de tous nos désirs en cette vie, nous ne penserions plus à l’autre, et ainsi Dieu qui nous aime ménage la chose autrement. (…)

    Est-ce en ce monde que nous parvenons à cette véritable félicité ? Les plaisirs du monde qui rassasient d’abord, ses honneurs, sa gloire et ses richesses qui ne rassasient jamais, tous ses faux biens dont les uns dégoûtent et les autres affament, qui passent tous comme une fumée, et dont l’usage est toujours troublé par un mélange de maux infinis et par l’image terrible de la mort, où ils vont tous enfin se terminer, peuvent-ils produire cette félicité ?

    Saint Claude la Colombière (1641-1682)

     

     

  • Donner sa vie pour la multitude

    Ô Amour éternel, je désire que toutes les âmes que Tu as créées, Te connaissent.

    Je désirerais devenir prêtre, je parlerais sans cesse de Ta miséricorde aux âmes pécheresses plongées dans le désespoir. Je désirerais être missionnaire et porter la lumière de la foi dans les pays sauvages pour Te faire connaître des âmes et immolée pour elles, mourir martyre comme Tu es mort pour moi et pour elles. Ô Jésus, je sais parfaitement bien que je peux être prêtre, missionnaire, prédicateur, que je peux mourir martyre, en m’anéantissant totalement et en renonçant complètement à moi-même, pour l’amour de Toi, Jésus, et pour celui des âmes immortelles. (…)

    Ô mon Jésus, mon seul espoir, je Te remercie pour ce livre que Tu as ouvert aux yeux de mon âme. Ce livre, c’est Ta passion que Tu as endurée par amour pour moi. Dans ce livre, j’ai appris comment aimer Dieu et les âmes. Dans ce livre sont renfermés pour nous des trésors inépuisables. Ô Jésus, combien peu d’âmes Te comprennent dans Ton martyre d’amour. Oh ! qu’il est grand le feu du plus pur amour qui brûle dans Ton Sacré Cœur. Heureuse l’âme, qui a compris l’amour du Cœur de Jésus.

    C’est mon plus grand désir que les âmes sachent que Tu es leur bonheur éternel, qu’elles croient en Ta bonté et glorifient Ton infinie miséricorde.

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)

     

     

     

  • « Prompt à écouter, lent à parler. » (Jc 1,19)

    Soyez en tout « prompt à écouter, lent à parler » (Jc 1,19), de peur que la remarque de Salomon ne se vérifie à votre sujet : « Si tu vois un homme prompt en paroles, sache qu’il y a plus d’espérance dans l’insensé qu’en lui. » (Pr 29,20 LXX)

    N’ayez point la présomption d’enseigner rien à personne, que vous ne l’ayez d’abord pratiqué vous-même. C’est l’ordre que Notre Seigneur nous apprend à suivre par son exemple : « Il faisait, puis il enseignait » (cf. Ac 1,1), est-il dit de lui. Prenez garde, en vous précipitant à enseigner avant d’avoir pratiqué, d’être mis au nombre de ceux dont le Seigneur déclare à ses disciples, dans l’Évangile : « Ils lient des fardeaux pesants et impossibles à porter, et les mettent sur les épaules des hommes ; mais ils ne veulent pas les remuer du bout du doigt. » (Mt 23,4) « Celui qui viole l’un des moindres commandements et se mêle d’enseigner les hommes, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux. » (Mt 5,19) Mais alors, que sera-t-il fait de celui qui ose enseigner les préceptes nombreux et plus graves qu’il néglige ? Ce n’est plus assez de dire qu’il est le dernier dans le royaume des cieux ; il gagne la première place au supplice de la géhenne.

    Gardez-vous donc de vous laisser entraîner à donner des leçons aux autres par l’exemple de quelques-uns. Ils ont acquis de l’habileté à discourir, une parole aisée qui semble couler de source ; et parce qu’ils savent disserter élégamment et avec abondance sur tout sujet qu’il leur plaît, il passent pour posséder la science spirituelle aux yeux de ceux qui n’ont pas appris à en discerner le véritable caractère. Mais c’est tout autre chose, d’avoir quelque facilité de parole et de l’éclat dans le discours, ou d’entrer jusqu’au cœur et à la moelle des paroles célestes, et d’en contempler du regard très pur du cœur les mystères profonds et cachés. Ceci, la science humaine ne l’obtiendra pas, ni la culture du siècle, mais la seule pureté de l’âme, par l’illumination du Saint-Esprit.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

     

     

     

  • « Donnez, et il vous sera donné. » (Lc 6,38)

    Le Christ Jésus ne laissera pas notre générosité sans récompense. N’est-ce pas lui-même, source de toute grâce comme de toute vérité, qui a dit : « Donnez, et il vous sera donné » (Lc 6,38) ? Celui qui donne au prochain reçoit à son tour de Dieu.

    Il est des âmes qui n’avancent pas dans l’amour de Dieu, parce que Dieu se montre avare envers elle ; et Dieu ne se montre avare, que parce qu’elles-mêmes se montrent égoïstes et ne veulent pas se donner au Christ dans ses membres. (…) « On se servira envers vous de la même mesure que vous aurez employée pour les autres » (Lc 6,38). C’est là le secret de la stérilité spirituelle de plus d’une âme ; Dieu laisse dans leur isolement ceux qui s’entourent de précautions pour sauvegarder leur égoïste tranquillité : en se fermant au prochain, de telles âmes se ferment elles-mêmes à Dieu. Et comme Dieu est la source de toute grâce, comme sans lui nous ne pouvons rien pour la béatitude éternelle, que peut bien espérer une âme qui se ferme ainsi volontairement les avenues de la grâce ?

    Dieu se laisse toucher par nos misères, mais à la condition que nous soyons nous-même sensibles aux misères et aux besoins de nos frères. (…) Donnons donc, sans réserve ; écoutons Notre-Seigneur qui nous dit : « Moi, qui suis Dieu, j’ai aimé ce prochain, je me suis livré pour lui, je l’appelle à la même béatitude éternelle que vous ; pourquoi ne pas l’aimer, sinon dans la mesure où je l’ai aimé, du moins, aussi ardemment que vous le pouvez, à cause de moi, et en moi ? »

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

     

     

     

  • Imite en toi la perfection de Dieu

    Le Verbe, Dieu de Dieu, est coéternel au Père et à l’Esprit et de même, par suite, mon âme est à son image à Lui. (…)

    Quand tu seras bien purifié et sera devenu image parfaite, tu ne verras pas le Modèle, tu ne le comprendras pas, à moins qu’il ne se révèle à toi par l’Esprit Saint. Car l’Esprit enseigne tout, brillant dans l’indicible lumière, et il te montrera de manière intellectuelle toutes les réalités intelligibles, autant que tu peux les voir, autant que c’est accessible à l’homme, à la mesure de la pureté de ton âme, et tu deviendras semblable à Dieu en imitant exactement ses œuvres, en fait de tempérance, de courage et d’amour pour les hommes, ainsi qu’en supportant les œuvres et en aimant tes ennemis. Car c’est cela l’amour des hommes : faire du bien à tes ennemis et les chérir comme des amis, comme de véritables bienfaiteurs, prier pour tous ceux qui te veulent du mal et avoir pour tous également, bons et mauvais, une authentique charité ; pour tous enfin, chaque jour, exposer ta vie, je veux dire pour leur salut, pour qu’un seul d’entre eux finisse par être sauvé, ou même tous, si possible.

    Voilà qui fera de toi, mon enfant, l’imitateur du Maître, et manifestera en toi la véritable image de ton Créateur, l’imitateur en toutes choses de la perfection même de Dieu.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

  • « Va d’abord te réconcilier avec ton frère. »

    Il y a une miséricorde dans le ciel à laquelle on parvient par la miséricorde sur cette terre. (…) Et il y a deux sortes d’aumône : l’une bonne, l’autre meilleure. L’une qui consiste à offrir un morceau de pain aux pauvres ; l’autre à pardonner aussitôt à ton frère qui a péché contre toi. Avec l’aide du Seigneur, empressons-nous de pratiquer ces deux sortes d’aumône pour pouvoir recevoir le pardon éternel et la vraie miséricorde du Christ. Car lui-même, il a dit : « Si vous pardonnez, votre Père vous pardonnera aussi vos péchés ; si vous ne pardonnez pas, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos péchés » (Mt 6,14s). Et l’Esprit Saint s’écrie ailleurs : « L’homme garde sa colère envers l’homme et il cherche auprès de Dieu un remède ? Il n’a pas de miséricorde pour un homme, son semblable, et il demande à Dieu miséricorde ? » (cf Si 28,3s). (…)

    Hâtons-nous, autant que nous le pouvons et tant que nous vivons, d’avoir ces deux sortes d’aumône et de les distribuer aux autres. Ainsi au jour du jugement nous pourrons dire en toute assurance : « Donne, Seigneur, parce que nous avons donné. »

    Saint Césaire d’Arles (470-543)

     

     

  • L’amour maternel de Dieu

    Cherchons dans les choses humaines une comparaison pour l’incomparable clémence de notre Créateur ; non que nous prétendions y trouver quelque égalité de tendresse, mais du moins une certaine ressemblance dans l’indulgente bonté.

    Je suppose une mère pleine d’amour et de soin. Elle porte longtemps son petit enfant dans ses bras, jusqu’à ce qu’enfin elle lui apprenne à marcher. Et d’abord, elle le laisse ramper. Puis, elle le dresse, et le soutient de la main droite, pour qu’il apprenne à poser les pieds l’un devant l’autre. Bientôt, elle l’abandonne un instant ; mais le voit-elle chanceler, vite elle le prend, soutient ses pas hésitants, le relève s’il est tombé, ou le retient dans sa chute, ou bien, au contraire, le laisse tomber doucement, pour le relever ensuite. Cependant, il est devenu un jeune garçon ; le voilà bientôt dans toute la force de l’adolescence et de la jeunesse. Elle lui fait alors porter des charges ou lui enjoint des travaux qui l’exercent sans l’accabler, elle le laisse lutter avec ses compagnons.

    Combien notre Père à tous, qui est aux cieux, sait-il mieux qui il doit porter sur le sein de sa grâce, qui il doit exercer en sa présence à la vertu, en le laissant arbitre de ses volontés ! Et toutefois, il aide encore celui-ci dans ses labeurs, il écoute ses appels, il ne se dérobe pas à ses recherches, il va jusqu’à le retirer parfois du danger à son insu. Ceci montre à l’évidence que les jugements de Dieu sont insondables, et incompréhensibles les voies par lesquelles il attire au salut le genre humain.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

     

     

  • Le signe de Jonas

    Toute l’histoire de Jonas nous le montre comme une préfiguration parfaite du Sauveur. (…) Jonas est descendu à Joppé pour monter sur un bateau à destination de Tarsis (…) ; le Seigneur est descendu du ciel sur la terre, la divinité vers l’humanité, la souveraine puissance est descendue jusqu’à notre misère (…), pour s’embarquer sur le navire de son Église. (…)

    C’est Jonas lui-même qui prend l’initiative de se faire précipiter dans la mer : « Prenez-moi, dit-il, jetez-moi à la mer » ; il annonce ainsi la Passion volontaire du Seigneur. Quand le salut d’une multitude dépend de la mort d’un seul, cette mort est entre les mains de cet homme qui peut librement la retarder, ou au contraire la hâter pour devancer le danger. Tout le mystère du Seigneur est préfiguré ici. Pour lui la mort n’est pas une nécessité ; elle relève de son choix libre. Écoutez-le : « J’ai le pouvoir de déposer ma vie, et j’ai le pouvoir de la reprendre : on ne me l’enlève pas » (Jn 10,18). (…)

    Voyez l’énorme poisson, image horrible et cruelle de l’enfer. En dévorant le prophète, il sent la force du Créateur (…) et offre avec crainte le séjour de ses entrailles à ce voyageur venu d’en haut. (…) Et après trois jours (…) il le rend à la lumière, pour le donner aux païens. (…) Tel est le signe, l’unique signe, que le Christ a consenti à donner aux scribes et aux Pharisiens (Mt 12,39), afin de leur faire comprendre que la gloire qu’eux mêmes espéraient du Christ allait se tourner aussi vers les païens : les Ninivites sont le symbole des nations qui ont cru en lui. (…) Quel bonheur pour nous, mes frères ! Ce qui a été annoncé et promis symboliquement, c’est face à face, en toute vérité, que nous le vénérons, que nous le voyons, que nous le possédons.

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450)

     

     

     

  • « C’est à moi que vous l’avez fait. »

    Réfléchissez, frères, et voyez l’exemple de notre Seigneur, qui a fait de nous des voyageurs et nous a ordonné de venir jusqu’à la cité céleste (He 11,13s) en courant par la route de la charité. (…) Bien qu’il siège dans le ciel, par compassion pour ses membres qui peinent, car il est la tête des membres et du corps dans le monde entier (Col 2,19), il a dit : « Quand vous n’avez pas fait cela à l’un des plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait » (…) Quand il a changé Paul le persécuteur en prédicateur, il lui a dit du haut du ciel : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » (Ac 9,4) (…) Saul persécutait les chrétiens : est-ce qu’il persécutait le Christ, qui siégeait dans le ciel ? Mais le Christ lui-même était dans les chrétiens, souffrant avec tous ses membres, pour qu’en lui cette parole soit vraie : « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1Co 12,26). (…)

    Portons donc les fardeaux les uns des autres (Ga 6,2) ; là où est allée la tête, les autres membres sont destinés à aller. (…) Si notre Seigneur et Sauveur, qui a été sans péché, daigne nous aimer, nous pécheurs, d’une si grande affection qu’il affirme souffrir ce que nous souffrons, pourquoi est-ce que nous, qui ne sommes pas sans péché et qui pouvons racheter nos péchés par la charité, pourquoi est-ce que nous ne nous aimons pas d’un amour si parfait que nous compatissions par un sentiment de charité à tout le mal enduré par l’un d’entre nous ? (…) Une main ou un autre membre retranché du corps ne sent plus rien ; tel est le chrétien qui ne souffre pas du malheur, de la détresse ou même de la mort d’autrui.

    Saint Césaire d’Arles (470-543)