Catégorie : Enseignement

  • Le règne de Dieu est comme la semence qui germe et grandit

    Nous ne pouvons pas demander à la grâce divine de révéler toutes ses virtualités pendant la période de croissance. La semence qui meurt, la tige délicate qui monte, ne disent pas exactement ce qu’elles portent en elles. Toute germination et toute croissance se font dans le chaos, ou du moins dans le mystère. Le plein épanouissement seul étale les propriétés de la vie et la qualité du fruit.

    Après les périodes obscures qui nous ont dissimulé quelques-unes de ses propriétés, la grâce, dans l’union transformante, doit découvrir ses richesses essentielles, et nous montrer qu’elle réalise une transformation par ressemblance d’amour au Christ Jésus. L’épanouissement extérieur du Christ Jésus dans les âmes prendra des formes diverses, car cette grâce du Christ est, en effet, multiforme et brille en des reflets différents, mais la transformation dans le Christ doit être réelle et profonde et doit s’affirmer par la ressemblance que crée l’amour dans la volonté, les pensées, les sentiments et dans l’activité extérieure. (…)

    Divinisation de la nature humaine pour que nous soyons des enfants de Dieu, incarnation de la vie divine pour que nous soyons des chrétiens, tel est le double réalisme que nous devons exiger de l’union transformante pour la reconnaître vraie et authentiquement chrétienne.

    Bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus (1894-1967)

     

     

  • « Faites attention à ce que vous entendez ! »

    Le livre des Proverbes demande au disciple de la Sagesse de se mettre à l’école de l’abeille, en disant aux amants de la Sagesse : Va vers l’abeille et vois comme elle est laborieuse et quel respect elle apporte à son travail ; rois et sujets pour leur santé usent de ses produits. Il ajoute qu’elle est recherchée et estimée de tous, qu’elle est démunie de force mais a aimé la sagesse, et qu’à cause de cela elle est proposée en exemple de vie aux gens vertueux. « Elle a été respectée, dit en effet le texte, parce qu’elle a aimé la Sagesse » (Pr 6,8 LXX).

    Ce texte conseille donc de ne négliger aucun des enseignements divins, mais de survoler la prairie des paroles inspirées, butinant quelque chose dans chacune en vue de l’acquisition de la Sagesse, et de modeler en soi-même des cellules de cire, afin de déposer dans son cœur comme une ruche le produit du travail, ayant construit dans la mémoire, comme des alvéoles dans la cire, des coffrets étanches pour amasser les diverses sortes d’enseignements. Ainsi, à l’imitation de la sage abeille dont la cire est douce et dont le nard ne blesse pas, nous nous appliquerons sans relâche au travail auguste des vertus. Car c’est bien un travail que de gagner par les peines d’ici-bas les biens éternels et de dépenser ses propres peines pour les rois et les sujets en vue de la santé de leur âme. Une telle âme est recherchée par son Époux et estimée par les anges ; elle réalise la force dans la faiblesse, en aimant la Sagesse.

    Ce sont donc des exemples de science et d’amour du travail que nous apporte ce qu’on dit de l’industrieuse abeille. Par ailleurs la répartition des divins charismes spirituels se fait en proportion du zèle apporté au travail.

    Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395)

     

  • Mémoire des saints Timothée et Tite, évêques, compagnons de saint Paul

    L’évangile qui vient d’être lu nous invite a chercher quelle est cette moisson dont le Seigneur nous dit : « La moisson est abondante, les ouvriers peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson ». C’est alors qu’il a envoyé, en plus des douze disciples qu’il a appelé apôtres (« envoyés »), soixante-douze autres personnes. Tous, comme on le voit d’après ses propres paroles, il les a envoyés travailler à une moisson déjà préparée. À quelle moisson ? Ils n’allaient pas moissonner chez les païens, où rien n’avait été semé. Il faut donc penser que la moisson avait lieu au milieu des juifs ; c’est pour moissonner là qu’est venu le maître de la moisson. Aux autres peuples il envoie non des moissonneurs, mais des semeurs. Chez les juifs, donc, la moisson ; ailleurs les semailles. Et c’est bien en moissonnant chez les juifs qu’il a choisi les apôtres ; c’était le temps de la moisson, elle était mûre, car les prophètes avaient semé parmi eux. (…)

    Le Seigneur n’a-t-il pas déclaré à ses disciples : « Vous dites que l’été est encore loin. Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson » (Jn 4,35). Il a dit encore : « D’autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux » (v. 38). Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et les prophètes ont pris de la peine ; ils ont peiné pour semer le grain. À son avènement, le Seigneur a trouvé la moisson mûre, et il a envoyé les moissonneurs avec la faux de l’Évangile.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • Toutes choses seront soumises au Christ

    Il existe une raison au nom de principautés et de puissances [des esprits mauvais], dans le fait qu’elles exercent sur des peuples divers la domination et l’empire, ou qu’elles ont sous elles des esprits et des démons de rang inférieur, dont nous apprenons par l’Évangile et de leur propre aveu qu’ils sont légion.

    Elles ne peuvent, en effet, être appelés dominations, à moins d’avoir sur qui exercer leur pouvoir, ni davantage puissances ou principautés, s’il n’y a personne sur qui elles puissent revendiquer la prééminence. Le blasphème que l’Évangile nous rapporte des Pharisiens, met bien en lumière cette vérité : « C’est par Béelzébub, prince des démons, disent-ils, qu’il chasse les démons. » (Mt 12, 24) Ailleurs, nous lisons l’appellation de « chef des ténèbres » (Ep 6,12) ; un autre démon est désigné comme « le prince de ce monde » (Jn 14,30).

    Cependant, c’est le bienheureux Apôtre qui l’affirme, ces dignités s’évanouiront un jour, lorsque toutes choses seront soumises au Christ, « qu’il remettra le royaume à Dieu son Père, après avoir anéanti toute principauté, toute puissance et toute domination » (1 Cor 15, 24). Ce qui ne peut se faire que si les démons voient soustraire à leur empire ceux sur qui ils exercent en ce siècle leur puissance, leur domination ou principauté.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

     

     

     

  • « Cette parole de l’Écriture…, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. »

    Quand vous lisez : « Il enseignait dans leurs synagogues et tous célébraient ses louanges », prenez garde de n’estimer heureux que les auditeurs du Christ et de vous juger, vous, privés de son enseignement. Si l’Écriture est la vérité, Dieu n’a pas seulement parlé jadis dans les assemblées juives mais il parle aujourd’hui encore dans notre assemblée. Et non seulement ici, dans la nôtre, mais dans d’autres réunions et dans le monde entier Jésus enseigne et cherche des porte-parole pour transmettre son enseignement. Priez pour qu’il me trouve à la fois disposé et apte à le chanter.

    De même que le Dieu tout-puissant, cherchant des prophètes au temps où la prophétie faisait défaut aux hommes, trouve par exemple Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Daniel, ainsi Jésus cherche des porte-parole pour transmettre sa parole, pour « enseigner les peuples dans leurs synagogues et être glorifié par tous ». Aujourd’hui Jésus est davantage « glorifié par tous » qu’au temps où il n’était connu que dans une seule province.

    Origène (v. 185-253)

     

     

  • Jésus se donne entièrement, jusqu’à donner son corps et son sang

    Les immenses bienfaits dont le Seigneur a largement comblé le peuple chrétien élèvent celui-ci à une dignité inestimable. Il n’y a pas, en effet, et il n’y a jamais eu de nation dont les dieux soient aussi proches que notre Dieu l’est de nous (cf Dt 4,7). Le Fils unique de Dieu, dans le dessein de nous rendre participants de sa divinité, a assumé notre nature et s’est fait homme pour diviniser les hommes. Tout ce qu’il nous a emprunté, il l’a mis au service de notre salut. Car, pour notre réconciliation, il a offert son corps à Dieu le Père sur l’autel de la croix ; et il a répandu son sang comme rançon pour nous racheter de notre condition d’esclaves et pour nous purifier de tous nos péchés par le bain de régénération.

    Afin que demeure parmi nous le continuel souvenir d’un si grand bienfait, il a laissé aux croyants son corps en nourriture et son sang en breuvage sous les espèces du pain et du vin. Ô admirable et précieux festin qui apporte le salut et contient la douceur en plénitude ! Que pourrait-on trouver de plus précieux que ce repas où ce n’est pas la chair des veaux et des boucs, mais le Christ vrai Dieu qui nous est offert ?

    Saint Thomas d’Aquin (1225-1274)

     

     

  • « Il institua les Douze. »

    Le Seigneur Jésus, « que le Père a consacré et envoyé dans le monde », fait participer tout son Corps mystique à l’onction de l’Esprit qu’il a reçue : en lui, tous les chrétiens deviennent un « sacerdoce saint et royal », « offrant des sacrifices spirituels à Dieu par Jésus Christ, » et « proclament les hauts faits de celui qui les a appelés des ténèbres à son admirable lumière. » Il n’y a donc aucun membre qui n’ait sa part dans la mission du Corps tout entier ; bien au contraire, chacun doit « sanctifier Jésus dans son cœur » et rendre témoignage à Jésus par l’esprit de prophétie.

    Mais le même Seigneur, voulant rassembler les chrétiens en un seul corps où « tous les membres n’ont pas la même fonction », a établi parmi eux des ministres qui, dans la communauté des chrétiens, seraient investis par l’Ordre du pouvoir sacré d’offrir le sacrifice et de remettre les péchés et y exerceraient publiquement pour les hommes au nom du Christ la fonction sacerdotale. C’est ainsi que le Christ a envoyé ses apôtres comme lui-même avait été envoyé par le Père ; puis, par les apôtres eux-mêmes, il a fait participer à sa consécration et à sa mission les évêques, leurs successeurs. Leur fonction ministérielle a été transmise ensuite aux prêtres à un degré subordonné ; ceux-ci sont donc établis dans l’ordre du presbytérat pour être des coopérateurs de l’ordre épiscopal dans l’accomplissement de la mission apostolique confiée par le Christ.

    La fonction des prêtres, en tant qu’elle est unie à l’ordre épiscopal, participe à l’autorité par laquelle le Christ lui-même construit, sanctifie et gouverne son Corps. C’est pourquoi le sacerdoce des prêtres, s’il suppose les sacrements de l’initiation de tous les chrétiens, est cependant conféré par un sacrement particulier qui, par l’onction du Saint-Esprit, les marque d’un caractère spécial et les configure au Christ Prêtre pour les rendre capables d’agir au nom du Christ Tête en personne.

    Concile Vatican II

    (Références bibliques : Jn 10,36; Ep 5,30; Mt 3,16; Lc 4,18; 1P 2,5.9; 3,15; Ap 19,10; Rm 12,4; Jn 20,21)

     

  • La Vie s’est manifestée dans la chair

    « Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons contemplé de nos yeux, et que nos mains ont touché, c’est le Verbe, la Parole de la vie » (1Jn 1,1). Comment peut-on toucher de ses mains le Verbe, sinon parce que « le Verbe s’est fait chair et qu’il a établi sa demeure parmi nous » ? (Jn 1,14) Ce Verbe, qui s’est fait chair pour être touché de nos mains, a commencé d’être chair dans le sein de la Vierge Marie. Mais ce n’est pas alors qu’il a commencé d’être le Verbe, car il était « depuis le commencement », dit saint Jean. (…)

    Peut-être que certains entendent le « Verbe de la vie » comme une expression vague pour désigner le Christ, et non pas précisément le corps même du Christ, que des mains ont touché. Mais voyez la suite : « Oui, la vie s’est manifestée » (1Jn 1,2). Le Christ est donc le Verbe de la vie. Et comment cette vie s’est-elle manifestée ? Elle était dès le commencement, mais elle ne s’était pas manifestée aux hommes : elle s’était manifestée aux anges, qui la voyaient et qui s’en nourrissaient comme de leur pain. C’est ce que dit l’Écriture : « L’homme a mangé le pain des anges » (Ps 77,25).

    Donc, la vie elle-même s’est manifestée dans la chair ; elle a été placée en pleine manifestation, pour qu’une réalité visible seulement par le cœur devienne également visible aux yeux, afin de guérir les cœurs. Car seul le cœur voit le Verbe ; la chair et les yeux du corps ne le voient pas. Nous étions capables de voir la chair, mais pas capables de voir le Verbe. Le Verbe s’est fait chair, que nous pouvions voir, pour guérir en nous ce qui devait voir le Verbe.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • Chaque jour tout est créé par le Fils, car le Père fait tout dans le Fils

    Le jour du sabbat, il était imposé à tous, sans exception, de ne faire aucun travail et de se reposer dans l’inactivité. Comment donc le Seigneur a-t-il pu rompre le sabbat (…)nbsp;? En vérité, grandes sont les œuvres de Dieu : il tient en main le ciel, fournit la lumière au soleil et aux autres astres, donne la croissance aux plantes de la terre, maintient l’homme en vie. (…) Oui, tout existe et demeure au ciel et sur terre par la volonté de Dieu le Père ; tout vient de Dieu et tout existe par le Fils. Il est en effet la tête et le principe de tout ; en lui tout a été fait (Col 1,16-18). Et c’est de la plénitude contenue en lui que, selon l’initiative de sa puissance éternelle, il a ensuite créé chaque chose.

    Or, si le Christ agit en tout, c’est nécessairement par l’action de celui qui agit dans le Christ. Et c’est pourquoi il dit : « Mon Père travaille chaque jour et moi aussi je travaille » (Jn 5,17). Car tout ce que fait le Christ, Fils de Dieu habité par Dieu le Père, est l’œuvre du Père. Ainsi chaque jour tout est créé par le Fils, car le Père fait tout dans le Fils. Donc l’action du Christ est de tous les jours ; et, à mon avis, les lois de la nature, les formes des corps, le développement et la croissance de tout ce qui vit manifestent cette action.

    Saint Hilaire (v. 315-367)

     

     

     

  • « Le sabbat a été fait pour l’homme. »

    Ce qui fait la vraie béatitude, c’est le saint repos et le saint assouvissement dont le sabbat et la manne sont les symboles. Après avoir donné à son peuple repos et rassasiement avec le sabbat et la manne, préfigurant la vraie béatitude qu’il donnera à ceux qui obéissent, le Seigneur lui reproche sa désobéissance qui peut lui faire perdre les biens les plus désirables : « Jusqu’à quand refuserez-vous de garder mes commandements et ma Loi ? » (Ex 16,28). (…) Après cette interrogation du Seigneur, Moïse invite ses frères à considérer les bienfaits de Dieu : « Prenez garde que le Seigneur vous a donné le sabbat, et double part de la manne le sixième jour, pour que vous consentiez à le servir. » Cet avertissement signifie que Dieu donnera à ses élus le repos de leur labeur, et les consolations de la vie présente aussi bien que la vie future.

    Mais, en outre, deux vies nous sont suggérées dans ce passage : la vie active, dans laquelle il faut maintenant travailler, et la vie contemplative pour laquelle on travaille, dans laquelle on vaquera uniquement à la contemplation de Dieu. La vie contemplative, bien qu’elle appartienne surtout au monde à venir, doit cependant être représentée dès cette vie par le saint repos du sabbat. Au sujet de ce repos, Moïse ajoute : « Que chacun reste chez soi ; personne ne doit sortir le jour du sabbat. » Autrement dit : Que chacun se repose dans sa maison et ne sorte pour aucun travail le jour du sabbat. Ceci nous apprend qu’au temps de la contemplation nous devons rester chez nous, ne pas sortir par des désirs défendus, mais ramasser toute notre intention « par la pureté du cœur » [comme le dit saint Benoît], pour penser à Dieu seul et n’aimer que lui.

    Baudouin de Ford (?-v. 1190)