Catégorie : Ecritures

  • « Venez à l’écart et reposez-vous un peu. »

    Si tout ce qui fait ta vie et sagesse, tu les donnes à l’action, sans rien réserver pour la réflexion et la méditation, vais-je te louer ? Non, en cela je ne te louerai pas. Et il ne se trouvera personne, je pense, pour le faire, s’il a entendu cette parole de Salomon : « Qui limite son action acquerra la sagesse » (Eccli. 38,25 Vg). Et assurément, l’action elle-même a besoin d’être précédée par la réflexion.

    Par ailleurs, si tu veux être tout entier à tous, à l’exemple de celui qui s’est fait tout à tous je loue ton humanité, mais à condition qu’elle soit pleine et totale. Or, comment le serait-elle, si tu t’en exclue ? Toi aussi tu es homme. Donc, pour que ton humanité soit pleine et entière il faut qu’elle t’inclue, toi aussi, dans cette ouverture du cœur que tu réserves à tous. Autrement, que te sert-il, comme disait le Seigneur, de gagner l’ensemble des hommes, si toi, tu te perds ? Ainsi, puisque tu es le bien de tous, sois toi-même l’un de ceux qui le possèdent. Pourquoi serais-tu le seul à être privé de cette faveur ? Jusqu’à quand ton esprit va-t-il s’éloigner sans revenir à toi ? Jusqu’à quand vas-tu négliger de te recevoir toi-même, à ton tour, parmi tous ceux qui se présentent ? Tu te dois aux sages et aux ignorants, et à toi seul tu te refuserais ? (…)

    Oui, que tes eaux se répandent sur les places, que les hommes et le bétail s’y désaltèrent ; verse à boire même aux chameaux du serviteur d’Abraham. Mais, parmi eux tous, bois, toi aussi, à l’eau jaillissante de ton puits. (…) Souviens-toi donc, je ne dis pas toujours, je ne dis pas même souvent, mais au moins de temps, de te rendre toi-même à toi. Parmi beaucoup d’autres, ou même après beaucoup d’autres, recours à tes services.

    Saint Bernard (1091-1153)

     

     

  • Offrons ce que nous avons de meilleur !

    Offrez votre fils, vierge consacrée, et présentez au Seigneur le fruit béni de vos entrailles. Offrez pour notre réconciliation à tous, la victime sainte, qui plaît à Dieu. (…)

    Mais cette offrande-ci, mes frères, semble assez douce ; elle est seulement présentée au Seigneur, rachetée par des oiseaux et remportée aussitôt. Viendra le jour où ce fils ne sera plus offert dans le Temple, ni dans les bras de Siméon, mais hors de la cité, dans les bras de la croix. Viendra le jour où il ne sera plus racheté par le sang d’une victime, mais rachètera les autres par son sang, parce que Dieu l’a envoyé comme rédemption pour son peuple. Ce sera le sacrifice du soir ; celui-ci est le sacrifice du matin ; celui-ci est plus joyeux, mais celui-là sera plus plénier ; car celui-ci est offert au temps de la naissance, et celui-là sera offert à la plénitude de l’âge. (…)

    Mais qu’offrons-nous, mes frères, que lui rendons-nous pour tous les biens qu’il nous a donnés ? Lui, il a offert pour nous la victime la plus précieuse qu’il avait ; en réalité il ne pouvait y en avoir de plus précieuse. Nous aussi, donc, faisons ce que nous pouvons, offrons-lui ce que nous avons de meilleur, c’est-à-dire ce que nous sommes, nous-mêmes. Lui, il s’est offert lui-même : et toi, qui es-tu pour hésiter à t’offrir toi-même ?

    Qui pourrait m’accorder qu’une si grande majesté daigne recevoir mon offrande ? Je n’ai que deux petites choses à offrir, Seigneur, mon corps et mon âme : puissé-je vous les offrir parfaitement en sacrifice de louange ! C’est un bien pour moi et c’est beaucoup plus glorieux et plus utile d’être offert à vous, que d’être laissé à moi-même. Car en moi-même, mon âme est troublée, mais en vous, mon esprit tressaillira de joie, s’il vous est véritablement offert.

    Saint Bernard (1091-1153)

     

     

     

  • Qu’est-ce que la contemplation ?

    Nous sommes appelés à aimer le monde. Et Dieu a tellement aimé le monde qu’il lui a donné Jésus (Jn 3,16). Aujourd’hui, il aime tellement le monde qu’il nous donne au monde, toi et moi, pour que nous soyons son amour, sa compassion et sa présence par une vie de prière, de sacrifices, d’abandon. La réponse que Dieu attend de toi est que tu deviennes contemplatif, que tu sois contemplatif.

    Prenons Jésus au mot, et soyons des contemplatifs au cœur du monde car, si nous avons la foi, nous sommes en sa présence perpétuelle. Par la contemplation, l’âme puise directement dans le cœur de Dieu les grâces que la vie active a la charge de distribuer. Nos existences doivent être liées au Christ vivant qui est en nous. Si nous ne vivons pas en présence de Dieu, nous ne pouvons pas persévérer.

    Qu’est-ce que la contemplation ? Vivre la vie de Jésus. C’est ainsi que je la comprends. Aimer Jésus, vivre sa vie au sein de la nôtre, vivre la nôtre au sein de la sienne… La contemplation ne revient pas à s’enfermer dans un cabinet obscur, mais à permettre à Jésus de vivre sa Passion, son amour, son humilité en nous, de prier avec nous, d’être avec nous, et de sanctifier à travers nous. Notre vie et notre contemplation sont une. Ce n’est pas là une question de faire mais d’être. Il s’agit en fait de la pleine jouissance de notre esprit par l’Esprit Saint qui insuffle en nous la plénitude de Dieu et nous envoie dans toute la création comme son message personnel d’amour (Mc 16,15).

    Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997)

     

     

  • « Le possédé suppliait Jésus de pouvoir être avec lui… Mais il lui dit : ‘Rentre auprès des tiens, annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi’ »

    Nous sommes appelés à aimer le monde. Et Dieu a tellement aimé le monde qu’il lui a donné Jésus (Jn 3,16). Aujourd’hui, il aime tellement le monde qu’il nous donne au monde, toi et moi, pour que nous soyons son amour, sa compassion et sa présence par une vie de prière, de sacrifices, d’abandon. La réponse que Dieu attend de toi est que tu deviennes contemplatif, que tu sois contemplatif.

    Prenons Jésus au mot, et soyons des contemplatifs au cœur du monde car, si nous avons la foi, nous sommes en sa présence perpétuelle. Par la contemplation, l’âme puise directement dans le cœur de Dieu les grâces que la vie active a la charge de distribuer. Nos existences doivent être liées au Christ vivant qui est en nous. Si nous ne vivons pas en présence de Dieu, nous ne pouvons pas persévérer.

    Qu’est-ce que la contemplation ? Vivre la vie de Jésus. C’est ainsi que je la comprends. Aimer Jésus, vivre sa vie au sein de la nôtre, vivre la nôtre au sein de la sienne… La contemplation ne revient pas à s’enfermer dans un cabinet obscur, mais à permettre à Jésus de vivre sa Passion, son amour, son humilité en nous, de prier avec nous, d’être avec nous, et de sanctifier à travers nous. Notre vie et notre contemplation sont une. Ce n’est pas là une question de faire mais d’être. Il s’agit en fait de la pleine jouissance de notre esprit par l’Esprit Saint qui insuffle en nous la plénitude de Dieu et nous envoie dans toute la création comme son message personnel d’amour (Mc 16,15).

    Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997)

     

     

  • Pour « renouveler la face de la terre » (Ps 103,30)

    Le Christ a voulu amener à lui le monde entier et conduire à Dieu le Père tous les habitants de la terre. Il a voulu rétablir toutes choses dans un état meilleur et renouveler, pour ainsi dire, la face de la terre. Voilà pourquoi, bien qu’il soit le Seigneur de l’univers, « il a pris la condition de serviteur » (Ph 2,7). Il a donc annoncé la bonne nouvelle aux pauvres, affirmant qu’il avait été envoyé dans ce but (Lc 4,18).

    Les pauvres, ou plutôt les gens que nous pouvons considérer comme pauvres, sont ceux qui souffrent d’être privés de tout bien, ceux qui « n’ont pas d’espérance et sont sans Dieu dans le monde » (Ep 2,12), comme dit l’Écriture. Ce sont, nous semble-t-il, les gens venus du paganisme et qui, enrichis de la foi dans le Christ, ont bénéficié de ce divin trésor : la proclamation qui apporte le salut. Par elle, ils sont devenus participants du Royaume des cieux et compagnons des saints, héritiers des réalités que l’homme ne peut comprendre ni exprimer — « ce que, d’après l’apôtre Paul, l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1Co 2,9). (…)

    Et les descendants d’Israël eux aussi avaient le cœur brisé, ils étaient pauvres et comme prisonniers, et remplis de ténèbres. (…) Le Christ est venu annoncer les bienfaits de son avènement précisément aux descendants d’Israël avant les autres, et proclamer en même temps l’année de grâce du Seigneur (Lc 4,19) et le jour de la récompense.

    Saint Cyrille d’Alexandrie (380-444)

     

     

  • « Quel est donc celui-ci, pour que même les vents et la mer lui obéissent ? »

    « Voici que l’hiver est passé, dit [l’Époux], la pluie s’en est allée, elle a disparu d’elle-même » (Ct 2,11). Le mal porte plusieurs noms selon la diversité de ses effets. Il est hiver, pluie et averse, et chacun de ces noms symbolise respectivement une tentation différente. On l’appelle hiver pour symboliser la multitude des formes du mal. (…) Que dire des tempêtes qui surviennent en mer en hiver ? Soulevée des abîmes, la mer se gonfle et imite les rochers et les montagnes en dressant au-dessus de l’eau ses sommets. Elle s’élance contre la terre comme une ennemie, se précipitant sur les côtes et les ébranlant des coups successifs de ses flots, comme d’autant d’attaques de machines de guerre.

    Mais interprétons ces maux de l’hiver et tous ceux qu’on pourrait y ajouter, en les transposant dans leur sens symbolique. (…) Qu’est-ce que cette mer aux flots grondeurs ? Qu’est-ce encore que cette pluie, et que sont ces averses de pluie ? Et comment la pluie cesse-t-elle d’elle-même ? Le sens profond de toutes ces énigmes de l’hiver est en rapport avec quelque chose d’humain et qui concerne la liberté de notre volonté. (…) La nature humaine au commencement fleurissait (…) mais l’hiver de la désobéissance ayant desséché la racine, la fleur tomba et fut dissoute dans la terre ; l’homme fut dépouillé de la beauté immortelle et l’herbe des vertus fut desséchée, l’amour de Dieu s’étant refroidi, tandis que l’iniquité croissait ; des passions sans nombre furent soulevées en nous par les souffles hostiles et entraînèrent les naufragés funestes des âmes.

    Mais lorsque vient celui qui apporte le printemps à nos âmes, lui qui, lorsqu’un vent mauvais réveille la mer, menace le vent et dit à la mer : « Silence ! Calme-toi ! » (Mc 4,39), aussitôt tout revient au calme et à la sérénité, et notre nature se remet à verdir et à se parer de ses propres fleurs. Les fleurs de notre vie sont les vertus, qui maintenant fleurissent et produisent leurs fruits « en leur saison » (Ps 1,3). C’est pourquoi le Verbe dit : « Voici que l’hiver est passé ».

    Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395)

     

     

  • Le règne de Dieu est comme la semence qui germe et grandit

    Nous ne pouvons pas demander à la grâce divine de révéler toutes ses virtualités pendant la période de croissance. La semence qui meurt, la tige délicate qui monte, ne disent pas exactement ce qu’elles portent en elles. Toute germination et toute croissance se font dans le chaos, ou du moins dans le mystère. Le plein épanouissement seul étale les propriétés de la vie et la qualité du fruit.

    Après les périodes obscures qui nous ont dissimulé quelques-unes de ses propriétés, la grâce, dans l’union transformante, doit découvrir ses richesses essentielles, et nous montrer qu’elle réalise une transformation par ressemblance d’amour au Christ Jésus. L’épanouissement extérieur du Christ Jésus dans les âmes prendra des formes diverses, car cette grâce du Christ est, en effet, multiforme et brille en des reflets différents, mais la transformation dans le Christ doit être réelle et profonde et doit s’affirmer par la ressemblance que crée l’amour dans la volonté, les pensées, les sentiments et dans l’activité extérieure. (…)

    Divinisation de la nature humaine pour que nous soyons des enfants de Dieu, incarnation de la vie divine pour que nous soyons des chrétiens, tel est le double réalisme que nous devons exiger de l’union transformante pour la reconnaître vraie et authentiquement chrétienne.

    Bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus (1894-1967)

     

     

  • « Faites attention à ce que vous entendez ! »

    Le livre des Proverbes demande au disciple de la Sagesse de se mettre à l’école de l’abeille, en disant aux amants de la Sagesse : Va vers l’abeille et vois comme elle est laborieuse et quel respect elle apporte à son travail ; rois et sujets pour leur santé usent de ses produits. Il ajoute qu’elle est recherchée et estimée de tous, qu’elle est démunie de force mais a aimé la sagesse, et qu’à cause de cela elle est proposée en exemple de vie aux gens vertueux. « Elle a été respectée, dit en effet le texte, parce qu’elle a aimé la Sagesse » (Pr 6,8 LXX).

    Ce texte conseille donc de ne négliger aucun des enseignements divins, mais de survoler la prairie des paroles inspirées, butinant quelque chose dans chacune en vue de l’acquisition de la Sagesse, et de modeler en soi-même des cellules de cire, afin de déposer dans son cœur comme une ruche le produit du travail, ayant construit dans la mémoire, comme des alvéoles dans la cire, des coffrets étanches pour amasser les diverses sortes d’enseignements. Ainsi, à l’imitation de la sage abeille dont la cire est douce et dont le nard ne blesse pas, nous nous appliquerons sans relâche au travail auguste des vertus. Car c’est bien un travail que de gagner par les peines d’ici-bas les biens éternels et de dépenser ses propres peines pour les rois et les sujets en vue de la santé de leur âme. Une telle âme est recherchée par son Époux et estimée par les anges ; elle réalise la force dans la faiblesse, en aimant la Sagesse.

    Ce sont donc des exemples de science et d’amour du travail que nous apporte ce qu’on dit de l’industrieuse abeille. Par ailleurs la répartition des divins charismes spirituels se fait en proportion du zèle apporté au travail.

    Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395)

     

  • Mémoire des saints Timothée et Tite, évêques, compagnons de saint Paul

    L’évangile qui vient d’être lu nous invite a chercher quelle est cette moisson dont le Seigneur nous dit : « La moisson est abondante, les ouvriers peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson ». C’est alors qu’il a envoyé, en plus des douze disciples qu’il a appelé apôtres (« envoyés »), soixante-douze autres personnes. Tous, comme on le voit d’après ses propres paroles, il les a envoyés travailler à une moisson déjà préparée. À quelle moisson ? Ils n’allaient pas moissonner chez les païens, où rien n’avait été semé. Il faut donc penser que la moisson avait lieu au milieu des juifs ; c’est pour moissonner là qu’est venu le maître de la moisson. Aux autres peuples il envoie non des moissonneurs, mais des semeurs. Chez les juifs, donc, la moisson ; ailleurs les semailles. Et c’est bien en moissonnant chez les juifs qu’il a choisi les apôtres ; c’était le temps de la moisson, elle était mûre, car les prophètes avaient semé parmi eux. (…)

    Le Seigneur n’a-t-il pas déclaré à ses disciples : « Vous dites que l’été est encore loin. Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson » (Jn 4,35). Il a dit encore : « D’autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux » (v. 38). Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et les prophètes ont pris de la peine ; ils ont peiné pour semer le grain. À son avènement, le Seigneur a trouvé la moisson mûre, et il a envoyé les moissonneurs avec la faux de l’Évangile.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • Toutes choses seront soumises au Christ

    Il existe une raison au nom de principautés et de puissances [des esprits mauvais], dans le fait qu’elles exercent sur des peuples divers la domination et l’empire, ou qu’elles ont sous elles des esprits et des démons de rang inférieur, dont nous apprenons par l’Évangile et de leur propre aveu qu’ils sont légion.

    Elles ne peuvent, en effet, être appelés dominations, à moins d’avoir sur qui exercer leur pouvoir, ni davantage puissances ou principautés, s’il n’y a personne sur qui elles puissent revendiquer la prééminence. Le blasphème que l’Évangile nous rapporte des Pharisiens, met bien en lumière cette vérité : « C’est par Béelzébub, prince des démons, disent-ils, qu’il chasse les démons. » (Mt 12, 24) Ailleurs, nous lisons l’appellation de « chef des ténèbres » (Ep 6,12) ; un autre démon est désigné comme « le prince de ce monde » (Jn 14,30).

    Cependant, c’est le bienheureux Apôtre qui l’affirme, ces dignités s’évanouiront un jour, lorsque toutes choses seront soumises au Christ, « qu’il remettra le royaume à Dieu son Père, après avoir anéanti toute principauté, toute puissance et toute domination » (1 Cor 15, 24). Ce qui ne peut se faire que si les démons voient soustraire à leur empire ceux sur qui ils exercent en ce siècle leur puissance, leur domination ou principauté.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)