Catégorie : Ecritures

  • Fête des Sts Michel, Gabriel et Raphaël, archanges

    saints archanges

    « Vous verrez les anges monter et descendre sur le Fils de l’Homme. » Ils montent pour eux, ils descendent pour nous, ou plutôt ils descendent avec nous. Ces bienheureux esprits montent par la contemplation de Dieu, et ils descendent pour avoir soin de nous et pour nous garder dans tous nos chemins (Ps 90,11). Ils montent vers Dieu pour jouir de sa présence ; ils descendent vers nous pour obéir à ses ordres, car il leur a commandé de prendre soin de nous. Toutefois, en descendant vers nous, ils ne sont pas privés de la gloire qui les rend heureux, ils voient toujours le visage du Père…

    Lorsqu’ils montent à la contemplation de Dieu, ils cherchent la vérité dont ils sont comblés sans interruption en la désirant, et qu’ils désirent toujours en la possédant. Lorsqu’ils descendent, ils exercent envers nous la miséricorde, puisqu’ils nous gardent dans toutes nos voies. Car ces esprits bienheureux sont les ministres de Dieu qui nous sont envoyés pour nous venir en aide (He 1,14) ; et dans cette mission ce n’est pas à Dieu qu’ils rendent service, mais à nous. Ils imitent en cela l’humilité du Fils de Dieu qui n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et qui a vécu parmi ses disciples, comme s’il avait été leur serviteur (Mt 20,28)…

    Dieu a donné ordre à ses anges, non pas de te retirer de tes chemins, mais de t’y garder soigneusement, et de te conduire dans les chemins de Dieu par ceux qu’ils suivent eux-mêmes. Comment cela, me diras-tu ? Les anges, bien sûr, agissent en toute pureté et par seule charité ; mais toi, du moins, contraint et averti par la nécessité de ta condition, descends, condescends à ton prochain en faisant preuve de miséricorde envers lui ; puis, toujours à l’imitation des anges, élève ton désir et, de toute l’ardeur de ton cœur, efforce-toi de monter jusqu’à la vérité éternelle.

    Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église
    11ème Sermon sur le Psaume 90 « Qui habitat » 6, 10-11 (trad. En Calcat)

     

     

  • « Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu. »

    citation

    Les portes sont ouvertes à chaque personne qui se tourne sincèrement vers Dieu, de tout son cœur, et le Père reçoit avec joie un enfant qui se repent vraiment. Quel est le signe du vrai repentir ? Ne plus retomber dans les vieilles fautes et arracher de ton cœur, par leurs racines, les péchés qui te mettaient en danger de mort. Une fois qu’ils auront été effacés, Dieu reviendra habiter en toi. Car, comme dit l’Écriture, un pécheur qui se convertit et se repent procurera au Père et aux anges du ciel une joie immense et incomparable (Lc 15,10). Voilà pourquoi le Seigneur s’est écrié : « C’est la miséricorde que je désire, et non le sacrifice » (Os 6,6; Mt 9,13). « Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse » (Ez 33,11) ; « Si vos péchés sont comme la laine écarlate, ils deviendront blancs comme la neige ; s’ils sont plus noirs que la nuit, je les laverai, si bien qu’ils deviendront comme la laine blanche » (Is 1,18).

    Dieu seul, en effet, peut remettre les péchés et ne pas imputer les fautes, alors que le Seigneur Jésus nous exhorte à pardonner chaque jour à nos frères qui se repentent. Et si nous, qui sommes mauvais, nous savons donner de bonnes choses aux autres (Mt 7,11), combien plus « le Père plein de tendresse » (2Co 1,3) le fera-t-il ! Le Père de toute consolation, qui est bon, plein de compassion, de miséricorde et de patience par nature, attend ceux qui se convertissent. Et la conversion véritable suppose que l’on cesse de pécher et que l’on ne regarde plus en arrière… Regrettons amèrement donc nos fautes passées et prions le Père pour qu’il les oublie. Il peut, dans sa miséricorde, défaire ce qui a été fait et, par la rosée de l’Esprit, effacer nos méfaits passés.

    Saint Clément d’Alexandrie (150-v. 215), théologien
    Homélie « Quel riche sera sauvé ? », 39-40 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 141 rev.)

     

     

     

     

  • Livre de l’Ecclésiaste 11,9-10.12,1-8.

    Création

    Réjouis-toi, jeune homme, dans ton adolescence, et sois heureux aux jours de ta jeunesse. Suis les sentiers de ton cœur et les désirs de tes yeux ! Mais sache que pour tout cela Dieu t’appellera au jugement.
    Éloigne de ton cœur le chagrin, écarte de ta chair la souffrance ! Car l’adolescence et le printemps de la vie sont vanité.
    Souviens-toi de ton Créateur, aux jours de ta jeunesse, avant que viennent les jours mauvais, et qu’approchent les années dont tu diras : « Je ne les aime pas » ;
    avant que s’obscurcissent le soleil et la lumière, la lune et les étoiles, et que les nuages reviennent encore après la pluie ;
    au jour où tremblent les gardiens de la maison, où se courbent les hommes vigoureux ; où les femmes, l’une après l’autre, cessent de moudre, où le jour baisse aux fenêtres ;
    quand la porte est fermée sur la rue, quand s’éteint la voix de la meule, quand s’arrête le chant de l’oiseau, et quand se taisent les chansons ;
    lorsqu’on redoute la montée et qu’on a des frayeurs en chemin ; lorsque l’amandier s’épanouit, que la sauterelle s’alourdit, et que le câprier laisse échapper son fruit ; lorsque l’homme s’en va vers sa maison d’éternité, et que les pleureurs sont déjà au coin de la rue ;
    avant que le fil d’argent se détache, que la lampe d’or se brise, que la cruche se casse à la fontaine, que la poulie se fende sur le puits ;
    et que la poussière retourne à la terre comme elle en vint, et le souffle à Dieu qui l’a donné.
    Vanité des vanités, disait l’Ecclésiaste, tout est vanité !

     

     

     

     

  • « Les souffrances du Messie et la gloire qui suivrait sa Passion. » (1P 1,11)

    croix2À l’approche de sa mort, le Sauveur s’écriait : « Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils » (Jn 17,1). Or, sa gloire, c’est la croix. Comment donc pourrait-il avoir cherché à éviter ce qu’il avait demandé à un autre moment ? Que sa gloire soit la croix, l’Évangile nous l’enseigne en disant : « L’Esprit Saint n’avait pas encore été donné, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié » (Jn 7,39). Voici le sens de cette parole : la grâce n’avait pas encore été donnée, parce que le Christ n’était pas encore monté sur la croix pour réconcilier Dieu et les hommes. En effet, c’est la croix qui a réconcilié les hommes avec Dieu, qui a fait de la terre un ciel, qui a réuni les hommes aux anges. Elle a renversé la citadelle de la mort, détruit la puissance du démon, délivré la terre de l’erreur, posé les fondements de l’Église. La croix, c’est la volonté du Père, la gloire du Fils, la jubilation de l’Esprit Saint. Elle est l’orgueil de saint Paul : « Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste mon seul orgueil » (Ga 6,14).

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église
    Homélie sur « Père, si c’est possible » ; PG 51, 34-35 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 72)

     

     

     

  • Comme Hérode, nous voulons voir Jésus

    Turin

    L’amour n’admet pas ne pas voir ce qu’il aime. Tous les saints n’ont-ils pas considéré comme peu de chose tout ce qu’ils obtenaient tant qu’ils ne voyaient pas Dieu ?… C’est ainsi que Moïse ose dire : « Si j’ai trouvé grâce devant toi, montre-moi ton visage » (Ex 33,13). Et le psalmiste : « Montre-nous ton visage » (Ps 79,4). N’est-ce pas pour cela que les païens se sont fait des idoles ? Au sein même de l’erreur, ils voyaient de leurs yeux ce qu’ils adoraient.

    Dieu savait donc les mortels tourmentés du désir de le voir. Ce qu’il a choisi pour se montrer était grand sur la terre et non le moindre dans le ciel. Car ce que, sur terre, Dieu a fait semblable à lui ne pouvait pas rester sans honneur dans le ciel : « Faisons, dit-il, l’homme à notre image et à notre ressemblance » (Gn 1,26)… Que personne donc ne pense que Dieu a eu tort de venir aux hommes par un homme. Il a pris chair parmi nous pour être vu de nous.

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l’Église
    Sermon 147 ; PL 52, 594-596 (trad. Orval)

     

     

     

     

  • « Parcourant du regard ceux qui étaient assis autour de lui, Jésus dit : ‘ Voici ma mère et mes frères ‘ » (Mc 3,34)

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    La Vierge Marie occupe à bon droit la première place dans l’assemblée des justes, elle qui a engendré véritablement le premier d’entre eux tous. Le Christ en effet est « le premier-né d’un grand nombre de frères » (Rm 8,29)… C’est à juste titre que, dans les Écritures divinement inspirées, ce qui est dit en général de cette vierge mère qu’est l’Église s’applique en particulier à la Vierge Marie ; et ce qui est dit en particulier de la vierge mère qu’est Marie se comprend en général de l’Église vierge mère. Lorsqu’un texte parle de l’une ou de l’autre, il peut être appliqué presque sans distinction à l’une et à l’autre.

    Chaque âme croyante est également, à sa manière, épouse du Verbe de Dieu, mère, fille et sœur du Christ, à la fois vierge et féconde. La Sagesse même de Dieu, le Verbe du Père, désigne à la fois l’Église au sens universel, Marie dans un sens très spécial et chaque âme croyante en particulier… L’Écriture dit : « Je demeurerai dans l’héritage du Seigneur » (Si 24,12). L’héritage du Seigneur, au sens universel, c’est l’Église, plus spécialement c’est Marie, et c’est l’âme de chaque croyant en particulier. En la demeure du sein de Marie, le Christ est resté neuf mois, en la demeure de la foi de l’Église, il restera jusqu’à la fin de ce monde, et dans la connaissance et l’amour de l’âme du croyant, pour les siècles des siècles.

    Isaac de l’Étoile (?-v. 1171), moine cistercien
    Sermon 51 ; PL 194, 1862 (trad. Orval rev. ; cf SC 339 et bréviaire 2e sam. Avent)

     

     

     

     

  • La lampe sur le lampadaire

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    « On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau. » Par ces paroles, Jésus incite ses disciples à mener une vie irréprochable, en leur conseillant de veiller constamment sur eux-mêmes, puisqu’ils sont placés sous les yeux de tous les hommes, comme des athlètes dans un stade vus de tout l’univers (1Co 4,9).

    Il leur déclare : « Ne vous dites pas : ‘ Nous pouvons maintenant rester assis tranquilles, nous sommes cachés dans un petit coin du monde ’, car vous serez visibles à tous les hommes, comme une ville située au sommet d’une montagne (Mt 5,14), comme dans la maison une lumière qu’on a mise sur le lampadaire… Moi, j’ai allumé la lumière de votre flambeau mais c’est à vous de l’entretenir, non seulement pour votre avantage personnel, mais encore dans l’intérêt de tous ceux qui l’apercevront et seront, par elle, conduits à la vérité. Les pires méchancetés ne pourront pas jeter une ombre sur votre lumière, si vous vivez dans la vigilance de ceux qui sont appelés à amener au bien le monde entier. Que votre vie donc réponde à la sainteté de votre ministère, pour que la grâce de Dieu soit partout annoncée. »

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église
    Homélies sur l’évangile de Matthieu, n°15 (trad. Véricel, L’Évangile commenté, p. 113)

     

     

     

  • Les ouvriers de la onzième heure

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    omme dans beaucoup de paraboles le Christ veut volontairement choquer ses auditeurs afin d’attirer leur attention et de leur faire comprendre la leçon qui s’y trouve cachée. Ici, bien entendu, le Christ ne veut pas nous dire qu’il faut être injuste comme semble l’être le maître de cette vigne en payant les ouvriers qui ne travaillent pas avec le même salaire que ceux qui ont travaillé longuement. De même que dans la parabole de l’intendant infidèle Jésus fait exprès de louer le malhonnête intendant pour induire une leçon, de la même manière il nous présente ici un propriétaire qui se conduit de manière injuste. Non pas que Jésus prêche l’injustice, ni qu’Il prétende que Dieu est injuste à notre égard, mais Il veut montrer que le royaume des cieux n’est pas une affaire de salaire, n’est pas une affaire de justice au sens de distribution exacte à chacun selon ses mérites, selon son travail.

    Si nous essayons de lire de plus près cette parabole, nous comprendrons que les auditeurs de Jésus,« les ouvriers de la première heure », ceux qui sont allés à la vigne dès le point du jour, c’est d’abord le peuple d’Israël, le peuple élu, celui qui, dès l’origine de l’histoire, tout au moins de l’histoire connue, a été appelé par Dieu, a reçu la loi, la promesse, a pratiqué la loi, a donc travaillé dans le champ du Maître tout au long des siècles, des générations, supportant ainsi le poids des commandements de la Loi et la chaleur du jour. Tandis que les ouvriers de la onzième heure, pour Jésus et ses auditeurs, ce sont les païens, ceux qui n’ont jamais supporté la Loi, qui n’ont jamais travaillé pour l’avènement du royaume de Dieu, ceux qui ont vécu sans loi, sans commandement et qui, à la dernière heure, c’est-à-dire au moment où Jésus vient, sont appelés « in extremis » et qui recevront cependant la même récompense que le peuple, la même récompense que le peuple juif. Et il y a là, aux yeux des concitoyens de Jésus, une sorte d’injustice, il peut y avoir une apparence d’injustice si ceux qui n’ont pas été choisis, qui n’ont pas été élus, ceux qui n’ont pas pratiqué la loi, reçoivent le même royaume, la même admission dans la filiation divine, la même entrée dans l’Église, la même grâce que ceux qui ont longuement supporté le poids des commandements de la vie morale de l’observance de la Loi.

    Jésus veut donc montrer que le royaume, l’entrée dans l’intimité de Dieu, le don de l’amour et de la tendresse de Dieu ne sont pas un salaire, ne sont pas une récompense. Et c’est pour cela que cette récompense ne peut pas être réservée à ceux qui, comme les juifs, ont pratiqué longuement les commandements de la loi, comme si Dieu leur disait : Puisque vous avez agi conformément à la loi, en récompense, je vous donne le royaume ; alors que, à tous ceux qui n’ont pas pratiqué la loi, commepunition, ils seront chassés du royaume. Telle n’est pas la logique de Dieu. La logique de Dieu n’est pas la logique d’un mérite qui nous acquerrait une récompense.

    Du temps même de Jésus, une autre application voisine de ce texte, à l’intérieur du peuple juif, permettait de distinguer, d’une part les pharisiens, ceux qui faisaient attention à ces moindres observances de la loi, et d’un autre côté, « le reste du peuple » que les pharisiens traitaient avec mépris en disant « ce sont des maudits, une racaille, car ils n’observent pas la Loi. » Donc à l’intérieur du peuple juif, il y avait une différence entre les « personnes pieuses et bien-pensantes » d’une part et « les pécheurs » d’autre part. Et là aussi, il semblait aux interlocuteurs de Jésus que, en justice, il convenait que les observateurs de la loi, les pharisiens, soient récompensés davantage que ces pécheurs, ces publicains, ces prostituées. Or constamment Jésus préfère fréquenter les prostituées et les publicains : Il va loger chez Zachée, Il accepte que la pécheresse lui pleure sur les pieds et les oigne de parfum, Il admettra comme premier compagnon dans son royaume ce larron qui meurt sur la croix auprès de Lui, etc … Et Il dira tout simplement : « Les publicains et les prostituées vous précèdent au royaume des cieux. » 

    Alors ceci peut s’appliquer immédiatement à nos jours. Nous aussi, nous avons cette tentation de penser que ceux qui sont chrétiens depuis toujours, ceux qui vivent et s’efforcent de vivre conformément à la loi du Christ mériteraient une récompense, le royaume de Dieu, en tout cas une place plus élevée dans l’Église et dans la béatitude, que tous ceux qui, ou bien sont pécheurs, ou bien ne croient pas, ou bien sont en dehors de l’Église, ou quoi qu’il en soit, tous ceux qui ne sont pas, qui ne conforment pas de façon scrupuleuse leur vie à l’observance des lois de l’Église ou des commandements de Dieu. Et bien, Jésus nous adresse cette parabole.

    Ce n’est pas parce que nous avons observé les commandements, ce n’est pas parce que nous avons mené une vie droite et morale que nous aurons « droit » comme à une récompense dans le royaume des cieux. Le royaume des cieux n’est pas affaire de récompense, il n’est pas affaire de mérite ; le royaume des cieux est un don gratuit de l’amour de Dieu. C’est ce que le maître dit aux ouvriers de la première heure : « N’ai-je pas le droit de disposer de mes biens comme il me plaît ? » « Comme il me plaît ! » non pas par fantaisie ou d’une manière arbitraire, mais par amour, gratuitement. Non pas parce que tu y aurais droit, mais parce que je veux te le donner. Et je veux te le donner parce que je t’aime. Et parce que j’aime aussi ton frère qui, peut-être n’a pas vécu de façon droite, je veux aussi lui donner à lui ce royaume. Et s’il accepte d’ouvrir son cœur, s’il vient, fût-ce très tard, travailler à ma vigne, si même sur son lit de mort, même dans ses derniers jours, il tourne son cœur vers Moi, Il crie vers Moi, alors je suis trop heureux de lui donner ce royaume. Parce que je n’ai qu’un seul désir, pour lui comme pour toi, c’est de faire votre bonheur en vous donnant mon amour pour qu’il remplisse votre cœur et qu’il soit votre joie.

    vigne Telle est la logique de Dieu. Dieu n’est pas là pour compter les mérites des uns et des autres, pour récompenser plus ou moins celui-ci ou celui-là, pour punir plus ou moins celui-ci ou celui-là. Dieu est là pour que son amour se répande en nous, parce que le désir de son amour comme le désir de quiconque aime est de rendre heureux celui qui est aimé. Et Dieu n’a pas d’autre objectif que celui-là : faire notre bonheur. Alors il s’agit non pas d’accumuler des droits à la récompense, mais de nous ouvrir à ce torrent d’amour qui vient du cœur de Dieu. Et de nous ouvrir à ce torrent d’amour qui s’adresse à nous, et pour cela, de laisser tomber tous nos droits, toutes nos vertus, tous nos efforts pour, simplement, fixer notre regard sur la miséricorde de Dieu. Ouvrir notre cœur à ce torrent d’amour qui s’adresse à nous, mais aussi à nos frères, nos frères que, peut-être, dans une certaine logique trop humaine, nous pourrions mépriser ou regarder de haut, mais que, avec la logique du cœur de Dieu, nous regardons avec amour, avec le même désir que Dieu de leur salut, le même désir que Dieu de leur bonheur. Et plus ils sont malheureux, plus ils sont pécheurs, plus ils sont loin de Dieu, plus nous devons désirer qu’ils soient rencontrés par cet amour qui les transformera. Et le plus grand bonheur, pour nous comme pour Dieu est de voir nos frères, même si c’est après une longue vie de péché, se tourner vers Dieu et l’appeler au secours.

    Et si nous sommes un peu lucides, nous verrons à ce moment-là, que nous avons bien tort de nous considérer comme des gens vertueux ; nous nous faisons bien des illusions si nous croyons que nous sommes meilleurs que les autres. En réalité, ces pécheurs, ces pécheurs de la onzième heure, n’est-ce pas nous aussi, nous qui peut-être avons l’impression d’avoir depuis longtemps fréquenté l’Église, depuis longtemps essayé d’observer la loi de Dieu et qui, peut-être, ne comprenons qu’aujourd’hui seulement ce qui est le cœur de cette loi, c’est-à-dire précisément cet amour de Dieu. Si nous avons vécu longtemps dans une autre optique, dans une autre perspective, en croyant que c’était la morale qui nous donnait des droits à l’amour de Dieu, alors maintenant peut-être nous sommes en train de venir aujourd’hui devant le Seigneur, humbles, pauvres, n’ayant rien entre les mains. C’est maintenant seulement que nous comprenons qu’il s’agit d’aimer et que nous allons apprendre à ouvrir notre cœur à cet amour triomphant qui vaincra toutes nos résistances, toutes nos pauvretés, toutes nos étroitesses de cœur et d’esprit, comme il est capable de vaincre n’importe quel péché, quel qu’il soit.

    Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

     

     

  • « Il a porté du fruit au centuple. »

    Chasuble-brodée-Prieuré-Saint-Dominique-Newcastle

    Tu es le serviteur du Dieu saint, un gérant en faveur de tes compagnons de service. Ne crois pas que tous les biens que tu possèdes sont destinés à ta propre consommation… Imite la terre, homme ; porte des fruits comme elle ; ne te montre pas plus dur qu’une matière inanimée. La terre ne mûrit pas ses fruits pour en jouir elle-même, mais pour être utile à ton service. Et toi, c’est toi en fait qui recueilles les fruits de ta générosité, puisque la récompense des bonnes actions retombe sur ceux qui les accomplissent. Tu as donné à manger à l’affamé ; ce que tu as donné revient vers toi, avec des intérêts.

    Comme le grain jeté dans le sillon profite au semeur, de même le pain tendu à l’affamé te rapporte un gain immense, plus tard. Quand donc le temps des moissons arrive sur la terre, c’est le moment pour toi de semer là-haut dans le ciel : « Faites-vous des semailles selon la justice » (Os 10,12). Pourquoi tant d’inquiétude  ? Pourquoi ces soucis et cet empressement à enfermer ton trésor derrière le mortier et les briques ? « Le bon renom est plus désirable que de grandes richesses » (Pr 22,1).

    Saint Basile (v. 330-379), moine et évêque de Césarée en Cappadoce, docteur de l’Église
    Homélie 6, sur la richesse ; PG 31, 262s (trad. coll. Icthus, t. 6, p. 70 rev.)

     

     

     

  • Marie

    ;Marie Mère des hommes
    .
    (…)
    Marie meurt, Marie passe de la vie avec un petit v à la Vie avec un grand V. Et si Marie n’est pas morte comme son fils Yeshoua sur une croix, elle, elle est morte sous une croix, sous la croix de son fils, de celui qui est son enfant et qui est son Dieu.
    C‘est là, après une vie tout entière sous le signe du « oui », qu‘elle s‘est donnée une fois de plus, totalement, sans rien garder, c’est ce qu’on appelle une vie sans péché.
    Oh, combien a dû être douloureux ce « oui » sous la croix !
    (…)
    Mais qui est Marie ? Qui est cette femme capable de dire « oui » d’un bout à l’autre de sa vie sans faillir ? Quelle est son secret ? C’est d’abord une grande oreille, c’est l’oreille d’Israël, de tout un peuple qui vit dans l’écoute, depuis Abraham, Moïse, et les prophètes.
    Elle n’est pas advenue spontanément ou par décret divin. Elle est cette fleur d’Israël, celle qui récapitule le meilleur d’Israël dans l’écoute, dans la bénédiction, dans le « oui » total. Mais c’est aussi la gardienne de la Parole, la gardienne de cette Parole donnée à Israël sur le Sinaï, puis donnée dans les entrailles de Marie et enfin gardée dans son cœur.
    Dans l’Evangile, Yeshoua lui-même nous dit qui est Marie.
    A l‘interpellation d‘une femme qui réagissait à Sa Parole avec enthousiasme, en Lui disant : « Heureux le ventre qui t’a porté et les mamelles qui t’ont allaitées », Il répond par cette flèche spirituelle : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la garde. »
    Effectivement, Marie a écouté la Parole de Dieu, et elle l’a si bien gardée qu’elle l’a enfantée. Elle ne l’a plus jamais quitté, non pas comme une mère possessive, mais comme la Bien-aimée du cantique des cantiques qui ne pense qu’à son Bien-Aimé, qui brûle d’amour pour Lui, et qui, totalement unie à Lui, peut dire : «son bras gauche est sous ma tête et sa droite m’étreint.»
    Marie, depuis le début de sa vie jusqu’à la fin, n’a eu qu’une seule visée, une seule pensée, un seul regard, un seul amour, et c’est en cela qu’elle est vierge, avant, pendant et après son enfantement.
    C’est parce qu’elle n’a eu qu’une direction, qu’un unique amour et que cette direction, cet amour c‘était le Christ, la Parole de Dieu, Yeshoua.
     .
    La Lettre de Béthanie,  août 2014, centre chrétien orthodoxe -F
    extraits
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