Catégorie : Ecritures

  • « Voici la servante du Seigneur. »

    REGINA COELI

    « L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth. » Vous êtes surpris que Nazareth, cette petite cité, soit honorée du message d’un grand Roi, et de quel message ! Mais un grand trésor est caché dans cette bourgade : il est caché aux hommes, non à Dieu. Marie, n’est-elle pas le trésor de Dieu ? Partout où elle se trouve, le cœur de Dieu la suit. Ses yeux sont sur elle ; il ne quitte pas du regard son humble servante.

    Si le Fils unique de Dieu le Père connaît le ciel, il connaît aussi Nazareth. Comment ne connaîtrait-il pas sa patrie et son héritage ? Il tient le ciel de son Père, Nazareth de sa mère, puisqu’il se dit à la fois le Fils de David et le Seigneur (Mt 22,42s)…

    « Ne crains pas Marie : tu as trouvé grâce auprès de Dieu. » Et quelle grâce ! Une grâce pleine, unique, singulière…: d’autant plus singulière qu’elle est pour tous les hommes… Grâce unique, puisque seule, ô Marie, tu as la plénitude ; grâce universelle, puisque tout ce que Dieu a créé a sa part de cette plénitude : « Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni » (Lc 1,42). Il n’est que pour toi le fruit de tes entrailles, mais par ta médiation il parvient aux âmes de tous… En toi seule ce Roi si riche s’est anéanti, ce grand souverain s’est humilié, ce Dieu infini s’est fait petit. Il s’est mis au-dessous des anges (He 2,7) ; vrai Dieu et Fils de Dieu, il s’est incarné. Mais à quelle fin ? Pour nous enrichir tous de sa pauvreté, nous élever par son abaissement, nous grandir en se faisant petit, nous unir à Dieu en se faisant homme, afin que nous commencions à n’être avec lui qu’un même esprit (2Co 8,9; 1Co 6,17).

    Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église
    Sermon pour l’Annonciation, §7-8 (trad. Œuvres spirituelles, Seuil 1953, p. 968-970 rev.)

     

     

     

  • De la même pâte que nous

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    Nous avons appris que ce Verbe, la Parole de Dieu, a pris chair d’une vierge et qu’il a porté l’homme ancien en rénovant sa nature. Nous savons que l’humanité du Verbe est faite de la même pâte que nous. Car s’il n’était pas ainsi, c’est en vain qu’il nous aurait commandé de l’imiter comme notre maître. Si cet homme est d’une autre nature, comment peut-il me prescrire de faire comme lui, à moi qui suis faible par nature ? Et alors où est sa bonté, sa justice ?

    Pour bien faire comprendre qu’il n’est pas différent de nous, il a voulu supporter la fatigue et connaître la faim ; il n’a pas refusé d’avoir soif, il a trouvé son repos dans le sommeil, il n’a pas refusé la souffrance, il s’est soumis à la mort et il a rendu manifeste sa résurrection. En tout cela il a offert comme prémices sa propre humanité afin que toi, dans ta souffrance, tu ne perdes pas courage mais que, reconnaissant que tu es toi-même homme, tu attendes toi aussi ce que le Père a donné à cet homme-là.

    Saint Hippolyte de Rome (?-v. 235), prêtre et martyr
    Réfutation de toutes les hérésies, 10, 33-34 ; GCS 26, 289-293

     

     

  • Prochain

    amour du prochain
    (…) L’amour du prochain , tel que le définissent la Bible et surtout le Christ, est un « idéal » auquel il faut tendre, un idéal de sainteté qui guide et éclaire.
    Comme toute autre vertu, ce type d’amour peut donc s’acquérir. On n’aime pas son prochain (surtout quelqu’un qui nous est indifférent ou son ennemi) spontanément: on apprend à l’aimer comme on apprend à être juste ou tempérant. De même que la politesse est un semblant de morale, de même la morale est un semblant d’amour: « Agir moralement, c’est agir comme si l’on aimait. Comme la morale libère de la politesse en l’accomplissant (seul l’homme vertueux n’a plus à agir comme s’il l’était), l’amour, qui accomplit à son tour la morale, nous en libère: seul celui qui aime n’a plus à agir comme s’il aimait. C’est l’esprit des Évangiles par quoi le Christ nous libère de la Loi en l’accomplissant, c’est à dire en la confirmant et en l’inscrivant à jamais dans nos coeurs.
    […] Jésus est un éducateur de l’amour-agapè. Et pour cela, il commence par accomplir la Loi pour montrer que la Loi n’a de sens qu’en fonction de l’amour qui la motive et dont elle n’est qu’une pédagogie. L’amour du prochain est au-dessus des lois religieuses. […] L’amour du prochain est plus important que le culte.
    L’éducation à l’amour-agapè passe nécessairement par une phase d’apprentissage, de compréhension, d’effort, puisque non seulement il n’a rien de spontané, mais qu’il met à mal l’égoïsme naturel du coeur humain, cet amour est transmis à l’homme par Dieu, qui l’aide à aimer de la même manière que lui aime. L’agapè n’est pas une vertu morale, mais une vertu qui vient de Dieu et qui conduit à Dieu. Jésus se présente comme le grand médiateur. Il promet d’intercéder auprès de Dieu pour qu’il donne sa grâce et apprenne à aimer à tout être humain qui fera appel à lui:
    « Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai » (Jean 14,13).
     .
    Frédéric Lenoir, philosophe
    in « Socrate – Jésus – Bouddha », éd. fayard
  • « Venez à moi, vous tous qui peinez. »

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    Nous parcourions l’itinéraire de cette vie dans l’ignorance des bonnes actions et dans l’incertitude de l’épreuve qu’est la mort. Notre voyage à travers le monde nous avait chargés d’un gros fardeau de négligence pécheresse… Soudain, vers l’orient, nous avons aperçu une source d’eau vive que nous n’espérions pas. Tandis que nous nous hâtions vers elle, la voix de Dieu s’est fait entendre en nous criant : « Vous qui avez soif, venez à l’eau ! » (Is 55,1) Nous voyant approcher, chargés de lourds bagages, elle a repris : « Venez à moi, vous tous qui peinez et qui êtes chargés, et je vous soulagerai ». Et quand nous avons entendu cette voix pleine de bonté, nous avons jeté nos bagages a terre. Pressés par la soif, nous nous sommes étendus sur le sol pour puiser avidement à la source ; nous avons bu longuement, et nous nous sommes relevés renouvelés.

    Après nous être remis debout, nous sommes restés là, tout stupéfiés, dans l’excès de notre joie. Nous regardions le joug que nous avions péniblement porté en chemin, et ces bagages qui nous avaient fatigué jusqu’à en mourir, ignorants que nous étions. Tandis que nous étions absorbés dans nos considérations, de nouveau nous avons entendu la voix qui sortait de la source qui nous avait rendu la vie : « Chargez-vous de mon joug ; mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos pour vos âmes. Mon joug est aisé et mon fardeau léger ». A ces mots nous nous sommes dit l’un à l’autre : « Ne revenons pas en arrière après avoir trouvé la vie grâce à une telle source… Ne reprenons pas le bagage de nos péchés que nous avons jeté loin de nous en allant à la source baptismale… Maintenant nous avons reçu la sagesse de Dieu… Nous avons été invités au repos par la voix du Seigneur ».

    La Règle du Maître, règle monastique du 6ème siècle
    Invitatoire ; SC 105 (trad. SC p. 297s rev.)

     

     

     

  • « Votre Père ne veut pas qu’un seul de ces petits soit perdu. »

    brebis égaréeLe Seigneur aime le pécheur repentant ; il le serre avec tendresse sur son cœur : « Où étais-tu, mon enfant ? Je t’attends depuis longtemps ». Le Seigneur appelle ainsi à lui tous les hommes par son Évangile ; sa voix retentit dans le monde entier : « Venez à moi, vous tous qui peinez, et je vous donnerai le repos ; venez et buvez l’eau vive (Mt 11,28; Jn 4,10). Venez et apprenez que je vous aime… Je ne peux pas supporter que même une seule de mes brebis se perde. Même pour une seule, le pasteur va dans les montagnes et la cherche partout. Venez donc à moi, mes brebis. Je vous ai créées et je vous aime. Mon amour pour vous m’a fait venir sur la terre, et j’ai tout enduré pour votre salut. Je veux que vous connaissiez mon amour et que vous disiez comme les apôtres sur le Mont Thabor : ‘ Seigneur, il est bon pour nous d’être avec toi ‘ (Mt 17,4) ».

    Le Seigneur nous appelle sans cesse vers lui : « Venez à moi, et je vous donnerai le repos ». Il nous nourrit de son Corps très pur et de son Sang. Avec bonté, il nous éduque par sa parole et par le Saint Esprit ; il nous a révélé les mystères. Il vit en nous et dans les sacrements de l’Église, et il nous conduit là où nous verrons sa gloire. Mais chacun verra cette gloire dans la mesure de son amour…

    Tu as attiré à toi les âmes des saints, Seigneur, et elles coulent vers toi comme des rivières silencieuses. L’esprit des saints s’est attaché à toi, Seigneur, et il s’élance vers toi, notre lumière et notre joie. Le cœur des saints s’est affermi dans ton amour, Seigneur, et il ne peut pas t’oublier ne serait-ce qu’un instant, même dans le sommeil, car douce est la grâce du Saint Esprit.

    Silouane (1866-1938), moine russe, saint des Églises orthodoxes
    Ecrits (trad. Sophrony, Starets, Eds. Présence 1975, p. 389)

     

     

     

     

  • Solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie

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    1. « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi ! » (Lc 1, 28).

     

    À travers ces paroles de l’Archange Gabriel, nous nous adressons à la Vierge Marie plusieurs fois par jour. Nous les répétons aujourd’hui avec une joie fervente, en la solennité de l’Immaculée Conception, en rappelant la date du 8 décembre 1854, lorsque le bx Pie IX (Giovanni Maria Mastai Ferretti, 1846-1878)proclama cet admirable dogme de la foi catholique précisément dans cette Basilique vaticane […]

     

    2. Combien est grand le mystère de l’Immaculée Conception, que nous présente la liturgie d’aujourd’hui ! Un mystère qui ne cesse d’attirer la contemplation des croyants et qui inspire la réflexion des théologiens. Le thème du Congrès qui vient d’être rappelé -« Marie de Nazareth accueille le Fils de Dieu dans l’histoire »- a permis un approfondissement de la doctrine de la conception immaculée de Marie comme présupposé pour l’accueil en son sein virginal du Verbe de Dieu incarné, Sauveur du genre humain.

    « Pleine de grâce », «????????????» : c’est à travers cette appellation, selon l’original en grec de l’Évangile de Luc, que l’Ange s’adresse à Marie. Tel est le nom avec lequel Dieu, à travers son messager, a voulu qualifier la Vierge. C’est de cette façon qu’Il l’a pensée et vue depuis toujours, ab aeterno.

     

    3. Dans l’hymne de la Lettre aux Éphésiens, qui vient d’être proclamé, l’Apôtre loue Dieu le Père car il « nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles aux cieux, dans le Christ » (1, 3). Avec quelle bénédiction très spéciale Dieu s’est-il adressé à Marie depuis le début des temps ! Marie est véritablement bénie entre toutes les femmes (cf. Lc 1, 42)!

    Le Père l’a choisie dans le Christ avant la création du monde, afin qu’elle soit sainte et immaculée en sa présence dans l’amour, la prédestinant d’avance à l’adoption filiale par Jésus Christ (cf. Ep 1, 4-5).

     

    4. La prédestination de Marie, comme celle de chacun de nous, est relative à la prédestination du Fils. Le Christ est la souche qui devait  écraser la tête de l’antique serpent, selon le Livre de la Genèse (cf. Gn 3, 15) ; c’est l’Agneau sans tache (cf. Ex 12, 5; 1 P 1, 19), immolé pour racheter l’humanité du péché.

    En prévision de sa mort salvifique, Marie, sa Mère, a été préservée du péché originel et de tout autre péché. Dans la victoire du nouvel Adam, il y a également celle de la nouvelle Ève, mère des rachetés. L’Immaculée est ainsi un signe d’espérance pour tous les vivants, qui ont vaincu Satan par le sang de l’Agneau (cf. Ap 12, 11).

     

    5. Nous contemplons aujourd’hui l’humble jeune fille de Nazareth sainte et immaculée en présence de Dieu dans la charité (cf. Ep 1, 4), cette charité qui, dans sa source originelle, est Dieu lui-même, un et trine.

    Œuvre sublime de la Très Sainte Trinité que l’Immaculée Conception de la Mère du Rédempteur! Pie IX, dans la Bulle Ineffabilis Deus, rappelle que le Tout-Puissant a établi « par un seul et même décret l’origine de Marie et l’incarnation de la Sagesse divine » (Pie IX Pontificis Maximi Acta, Pars prima, p. 559).

    Le oui de la Vierge à l’annonce de l’Ange prend place dans la situation concrète de notre condition terrestre, en humble obéissance à la volonté divine de sauver l’humanité non pas de l’histoire, mais dans l’histoire. En effet, préservée de toute tache de péché originel, la « nouvelle Ève » a bénéficié de façon particulière de l’œuvre du Christ comme Médiateur et Rédempteur très parfait. Rachetée la première par son Fils, participant en plénitude à sa sainteté, Elle est déjà ce que toute l’Église désire et espère être. Elle est l’icône eschatologique de l’Église.

     

    6. C’est pourquoi l’Immaculée, qui marque « le début de l’Église, épouse du Christ sans tache et sans ride, resplendissante de beauté » (Préface), précède toujours le Peuple de Dieu, dans le pèlerinage de la foi vers le Royaume des cieux (cf. Lumen gentium, n. 58 ; Enc. Redemptoris Mater, n. 2).

    Dans la Conception immaculée de Marie, l’Église voit se projeter, anticipée à travers son membre le plus noble, la grâce salvifique de Pâques.

    Dans l’événement de l’Incarnation, elle trouve le Fils et la Mère indissolublement associés: « Celui qui est son Seigneur et sa Tête et celle qui, en prononçant le premier fiat de la Nouvelle Alliance, préfigure sa condition d’épouse et de Mère » (Redemptoris Mater, n. 1).

     

    7. À Toi, Vierge immaculée, prédestinée par Dieu par-dessus toute autre créature comme avocate de grâce et modèle de sainteté pour son peuple, je renouvelle aujourd’hui de façon particulière l’acte de consécration de toute l’Église.

    Puisses-tu guider ses fils dans leur pèlerinage de foi, les faisant devenir toujours plus obéissants et fidèles à la Parole de Dieu.

    Puisses-tu accompagner chaque chrétien sur le chemin de la conversion et de la sainteté, dans la lutte contre le péché et dans la recherche de la beauté véritable, qui constitue toujours la marque et le reflet de la Beauté divine.

    Puisses-tu encore obtenir la paix et le salut pour tous les peuples. Que le Père éternel, qui t’a voulue Mère immaculée du Rédempteur, renouvelle également dans notre temps, à travers toi, les prodiges de son amour miséricordieux. Amen !

     

    Homélie de Saint Jean-Paul II

    (Mercredi 8 décembre 2004)

    Source principale : vatican.va (« Rév. x gpm»).

  • « Voyant les foules, il eut pitié d’elles parce qu’elles étaient fatiguées et abattues. »

    Padre Pio

    L’espérance en la miséricorde inépuisable de Dieu nous soutient dans le tumulte des émotions et le flot des contrariétés ; c’est avec confiance que nous accourons au sacrement de pénitence où le Seigneur nous attend à tout moment comme un Père de miséricorde. Certes, devant lui nous sommes bien conscients de ne pas mériter son pardon ; mais nous ne doutons pas de sa miséricorde infinie. Oublions donc nos péchés, comme Dieu l’a fait avant nous.

    Il ne faut plus revenir, ni par la pensée ni en confession, sur les fautes déjà accusées lors de confessions précédentes. Grâce à notre repentir sincère, le Seigneur les a pardonnées une fois pour toutes. Vouloir revenir sur des fautes déjà pardonnées seulement pour en être encore une fois absous, ou seulement parce que nous doutons qu’elles aient été réellement et pleinement pardonnées, cela ne doit-il pas être vu comme un manque de confiance envers la bonté de Dieu ?

    Si cela peut t’apporter quelque réconfort, tu peux repenser aux offenses que tu as faites à la justice de Dieu, à sa sagesse, à sa miséricorde, mais uniquement pour pleurer des larmes salutaires de repentir et d’amour.

    Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968), capucin
    GF 171,169 (trad. Une pensée, Médiaspaul 1991, p. 46)

     

     

  • « Que tout se fasse pour vous selon votre foi. »

    foiLes foules suivent Jésus, les nations et les peuples croient en lui. Et voici deux aveugles qui sont assis au bord de la route (Mt 20,29s) : c’est l’image des fidèles qui s’attachent à lui en croyant aux mystères de son humanité. Ils désirent l’illumination d’en haut, ils demandent quelques rayons de lumière sur le Verbe éternel. L’humanité du Christ est la voie qui mène au salut. C’est au passage de Jésus, c’est par la foi à l’Incarnation et à la Passion du Fils de Dieu qu’ils s’efforcent d’obtenir ce qu’ils désirent. Jésus, en effet, passe, pour ainsi dire, dans le mystère de sa vie mortelle ; c’est l’œuvre qu’il réalise, qui mesure son passage dans le temps.

    Pour se faire entendre de lui, il faut élever la voix avec force, il faut dominer le bruit et le tumulte de la foule, il faut prier avec insistance et persévérance. Ce sont les impulsions de la chair qui en foule désordonnée assiègent l’âme quand elle désire contempler la lumière éternelle, qui s’opposent à ses efforts. C’est l’influence des remous de la société des hommes charnels qui vient gêner la méditation de l’esprit. Il faut une très grande vigueur spirituelle pour surmonter tous ces obstacles.

    Jésus a dit : « On donnera à celui qui demande, qui cherche trouve, on ouvrira à celui qui frappe » (Mt 7,8). Ainsi, quand il entend ceux qui, dans l’ardeur de leur désir, parviennent jusqu’à lui, Jésus s’arrête sur la route ; il touche ces aveugles qui demandent la lumière et il les illumine. Mystère admirable !

    C’est Jésus qui passe : son apparition dans l’infirmité de la chair est pour un moment. C’est Jésus qui s’arrête : l’éternité du Verbe est stable, et elle renouvelle tout, immuable en elle-même. La foi à l’Incarnation dans le temps nous prépare à l’intelligence du mystère éternel de Dieu.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

     

     

     

  • « Il ne suffit pas de me dire ‘ Seigneur, Seigneur ‘…; il faut faire la volonté de mon Père. »

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    Il semble très facile de dire qu’on livre sa volonté au pouvoir d’un autre. Mais quand on en vient à l’épreuve, on comprend qu’il n’y a rien de si difficile que de s’y conformer comme il faut… Le Seigneur sait ce que chacun peut supporter ; et quand il rencontre une âme forte, il ne s’arrête pas jusqu’à ce qu’il ait accompli en elle sa volonté.

    Je veux vous exposer ou vous rappeler ce qu’est sa volonté. Ne craignez pas qu’il veuille vous donner des richesses, des plaisirs, des honneurs, ni tous les autres biens de la terre. Il vous aime trop pour cela, et il estime trop le présent que vous lui offrez : voilà pourquoi il veut vous récompenser dignement et vous donne son Royaume, même dès cette vie.

    Voulez-vous savoir comment il se comporte envers ceux qui lui font sincèrement cette demande : « Que ta volonté soit faite » ?… Voyez ce que le Père a donné à son Fils qu’il aimait au-dessus de tout, par là vous connaîtrez quelle est sa volonté. Oui, tels sont les dons qu’il nous fait en ce monde. Il les mesure à son amour pour nous. Il en donne plus à ceux qu’il aime plus, et moins à ceux qu’il aime moins. Il se règle aussi d’après le courage qu’il découvre en chacun de nous et l’amour que nous avons pour lui. Il voit qu’on est capable de souffrir beaucoup pour lui quand on l’aime beaucoup, mais de souffrir peu quand on l’aime peu. Je suis persuadée que la mesure de notre force de supporter une grande croix ou une petite, c’est la mesure de notre l’amour. Voilà pourquoi, si cet amour est en vous, vous veillerez, en parlant à un si grand Seigneur, à ce que vos paroles ne soient pas de purs compliments… Si nous n’abandonnons pas complètement notre volonté au Seigneur, pour qu’il prenne lui-même soin de tous nos intérêts, il ne nous laissera jamais boire à sa fontaine d’eau vive.

    Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582), carmélite, docteur de l’Église
    Le Chemin de la perfection, ch. 32, 5-9 (trad. OC, Seuil 1949, p. 748s rev.)

     

     

     

  • Le pain de la vie éternelle

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    « Je suis le pain de vie, dit Jésus ; celui qui vient à moi n’aura jamais faim, celui qui croit en moi n’aura jamais soif » (Jn 6,35)… Il exprime ainsi par deux fois le rassasiement éternel où rien ne manque plus.

    La Sagesse dit pourtant : « Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif » (Si 24,21). Le Christ, qui est la Sagesse de Dieu, n’est pas mangé pour rassasier dès à présent notre désir, mais pour nous faire désirer ce rassasiement ; et plus nous goûtons sa douceur, plus notre désir en est stimulé. C’est pourquoi ceux qui le mangent auront encore faim, jusqu’à ce que vienne le rassasiement. Mais lorsque leur désir aura été comblé, ils n’auront plus faim ni soif.

    « Ceux qui me mangent auront encore faim. » Cette parole peut aussi s’entendre du monde futur, car il y a dans le rassasiement éternel comme une sorte de faim qui ne vient pas du besoin mais du bonheur. Le rassasiement n’y connaît pas de satiété ; le désir n’y connaît pas de gémissements. Le Christ, toujours admirable dans sa beauté est aussi toujours désirable, « lui que les anges désirent contempler » (1P 1,12). Ainsi, alors même qu’on le possède, on le désire ; alors même qu’on le tient, on le cherche, selon qu’il est écrit : « Sans relâche cherchez sa face » (Ps 104,4). Il est en effet toujours cherché, celui qui est aimé pour être possédé à jamais.

    Baudouin de Ford (?-v. 1190), abbé cistercien, puis évêque
    Le Sacrement de l’autel, PL 204, 690 (trad. Orval)