Catégorie : Ecritures

  • « Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. »

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    La chair est précieuse aux yeux de Dieu, il la préfère entre toutes ses œuvres, donc ce serait normal qu’il la sauve… Ne serait-ce pas absurde que ce qui a été créé avec tant de soin, ce que le Créateur considère comme plus précieux que tout le reste, cela retourne au néant ?

    Quand un sculpteur ou un peintre veulent que les images qu’ils ont créées demeurent afin de servir leur gloire, ils les restaurent lorsqu’elles sont abîmées. Et Dieu verrait son bien, son œuvre, retourner au néant, ne plus exister ? Nous appellerions « ouvrier de l’inutile » celui qui bâtirait une maison pour la détruire ensuite ou qui la laisserait s’abîmer quand il peut la remettre debout. De la même façon, n’accuserions-nous pas Dieu de créer la chair inutilement ? Mais non, l’Immortel n’est pas ainsi ; celui qui par nature est l’Esprit de l’univers ne saurait être insensé !… En vérité, Dieu a appelé la chair à renaître et il lui a promis la vie éternelle.

    Car là où on annonce la Bonne Nouvelle du salut de l’homme, on l’annonce aussi pour la chair. Qu’est-ce que l’homme en effet, sinon un être vivant doué d’intelligence, composé d’une âme et d’un corps ? L’âme toute seule fait-elle l’homme ? Non, c’est l’âme d’un homme. Appellera-t-on « homme » le corps ? Non, on dit que c’est un corps d’homme. Si donc aucun de ces deux éléments n’est à lui seul l’homme, c’est l’union des deux qu’on appelle « l’homme ». Or c’est l’homme que Dieu a appelé à la vie et à la résurrection : non pas une partie de lui, mais l’homme tout entier, c’est-à-dire l’âme et le corps. Ne serait-ce donc pas absurde, alors que tous deux existent selon et dans la même réalité, que l’un soit sauvé et pas l’autre ?

    Saint Justin (v. 100-160), philosophe, martyr
    Traité sur la Résurrection, 8 (trad. OC, Migne 1994, p. 354 rev.)

     

     

  • « Si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui peut te donner la paix. »

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    Je me suis penché à la fenêtre… Le soleil commençait à se lever. Une paix très grande régnait sur la nature. Tout commençait à s’éveiller, la terre, le ciel, les oiseaux. Tout, petit à petit, commençait à s’éveiller sous l’ordre de Dieu. Tout obéissait à ses divines lois, sans plaintes ni sursauts, doucement, avec mansuétude, aussi bien la lumière que les ténèbres, aussi bien le ciel bleu que la terre dure couverte de la rosée de l’aube. Que Dieu est bon ! pensais-je. Il y a la paix partout, sauf dans le cœur humain.

    Et délicatement, doucement, Dieu m’enseigna aussi, par cette aube douce et tranquille, à obéir ; une très grande paix remplit mon âme. J’ai pensé que Dieu seul est bon, que tout est ordonné par lui, que rien n’a de l’importance dans ce que les hommes font ou disent, et que, pour moi, il ne doit y avoir dans le monde qu’une chose : Dieu. Dieu, qui va tout ordonner pour mon bien. Dieu, qui fait se lever chaque matin le soleil, qui fait fondre le givre, qui fait chanter les oiseaux, et change en mille douces couleurs les nuages du ciel. Dieu, qui m’offre un petit coin sur cette terre pour prier, qui me donne un petit coin où pouvoir attendre ce que j’espère.

    Dieu, si bon avec moi que, dans le silence, il me parle au cœur, et m’apprend peu à peu, peut-être dans les larmes, toujours avec la croix, à me détacher des créatures ; à ne chercher la perfection qu’en lui ; qui me montre Marie et me dit : « Voici l’unique créature parfaite ; en elle tu trouveras l’amour et la charité que tu ne trouves pas chez les hommes. De quoi te plains-tu, Frère Raphaël ? Aime-moi, souffre avec moi ; c’est moi, Jésus ! »

    Saint Raphaël Arnáiz Barón (1911-1938), moine trappiste espagnol
    Écrits spirituels, 23/02/1938 (trad. Cerf 2008, p. 1364)

     

     

     

  • « Faites-les fructifier. »

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    L’environnement naturel a été donné à tous par Dieu et son usage représente pour nous une responsabilité à l’égard des pauvres, des générations à venir et de l’humanité tout entière… Dans la nature, le croyant reconnaît le merveilleux résultat de l’intervention créatrice de Dieu, dont l’homme peut user pour satisfaire ses besoins légitimes — matériels et immatériels — dans le respect des équilibres propres à la réalité créée. Si cette vision se perd, l’homme finit soit par considérer la nature comme une réalité intouchable, soit, au contraire, par en abuser. Ces deux attitudes ne sont pas conformes à la vision chrétienne de la nature, fruit de la création de Dieu.

    La nature est l’expression d’un dessein d’amour et de vérité. Elle nous précède et Dieu nous l’a donnée comme milieu de vie. Elle nous parle du Créateur (Rm 1,20) et de son amour pour l’humanité. Elle est destinée à être « réunie sous un seul chef » dans le Christ à la fin des temps (Ep 1,10; Col 1,19) ; elle a donc elle aussi une « vocation ». La nature est à notre disposition non pas comme un tas de choses répandues au hasard, mais au contraire comme un don du Créateur qui en a indiqué les lois intrinsèques afin que l’homme en tire les orientations nécessaires pour « la garder et la cultiver » (Gn 2,15)…

    Il est juste que l’homme puisse exercer une maîtrise responsable sur la nature pour la protéger, la mettre en valeur et la cultiver selon des formes nouvelles et avec des technologies avancées, afin que la terre puisse accueillir dignement et nourrir la population qui l’habite. Il y a de la place pour tous sur la terre : la famille humaine tout entière doit y trouver les ressources nécessaires pour vivre correctement… Nous devons cependant avoir conscience du grave devoir que nous avons de laisser la terre aux nouvelles générations dans un état tel qu’elles puissent elles aussi l’habiter décemment et continuer à la cultiver.

    Benoît XVI, pape de 2005 à 2013
    Encyclique « Caritas in veritate / L’amour dans la vérité », § 48, 50 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana

     

     

     

  • « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

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    Non content de nous appeler à lui par sa grâce, et de nous fournir tous les moyens pour nous sanctifier, voyez comment Jésus Christ court après ses brebis égarées ; voyez comment il parcourt les villes et les campagnes pour les chercher, et les ramener dans le lieu de sa miséricorde. Voyez comment il quitte ses apôtres pour aller attendre la Samaritaine auprès du puits de Jacob, où il savait qu’elle viendrait (Jn 4,6s)… Voyez-le dans la maison de Simon le lépreux : ce n’est pas pour y manger qu’il y va ; mais il savait qu’il y viendrait une Madeleine pécheresse (Mc 14,3s)… Voyez-le prendre la route de Capharnaüm pour aller trouver un autre pécheur dans son bureau : c’était saint Matthieu ; c’est pour en faire un zélé apôtre (Mt 9,9).

    Demandez-lui pourquoi il prend la route de Jéricho : il vous dira qu’il y a un homme nommé Zachée, qui passe pour un pécheur public, et qu’il veut aller voir s’il pourra le sauver. Afin d’en faire un parfait pénitent, il fait comme un bon père qui a perdu son enfant, il l’appelle : « Zachée, lui crie-t-il, descendez ; car c’est chez vous que je veux aller loger aujourd’hui. Je viens vous accorder votre grâce. » C’est comme s’il lui disait : « Zachée, quittez cet orgueil et cet attachement aux biens de ce monde ; descendez, c’est-à-dire, choisissez l’humilité et la pauvreté. » Pour bien le faire comprendre, il dit à tous ceux qui étaient avec lui : « Cette maison reçoit aujourd’hui le salut. » Ô mon Dieu ! que votre miséricorde est grande pour les pécheurs !…

    D’après tout ce que nous voyons que Jésus Christ a fait pour nous sauver, comment pourrions-nous désespérer de sa miséricorde, puisque son plus grand plaisir est de nous pardonner ? De sorte que, quelque multipliés que soient nos péchés, si nous voulons les quitter et nous en repentir, nous sommes sûrs de notre pardon.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), prêtre, curé d’Ars
    Sermon pour le 3e dimanche après la Pentecôte

     

  • « L’homme se mit à voir, et il suivait Jésus en rendant gloire à Dieu. »

     

    Je possède un si grand trésor. Je voudrais crier de joie et le proclamer à toute la création : louez le Seigneur, aimez le Seigneur qui est si grand, qui est Dieu… Le monde ne voit pas ; le monde est aveugle et Dieu a besoin d’amour. Dieu a besoin de beaucoup d’amour. Je ne peux pas lui donner tout ce qu’il demande, je suis petit, je deviens fou, je voudrais que le monde l’aime, mais le monde est son ennemi. Seigneur, quel supplice si grand ! Je le vois et je ne peux pas y apporter le remède. Je suis trop petit, insignifiant. L’amour que j’ai pour toi m’écrase, je voudrais que mes frères, tous mes amis, tout le monde, t’aime beaucoup…

    Quelle pitié me font les hommes qui, voyant le cortège de Jésus et de ses disciples, demeurent insensibles. Quelle joie devaient ressentir les apôtres et les amis de Jésus chaque fois qu’une âme ouvrait les yeux, se détachait de tout et les rejoignait à la suite du Nazaréen, lui qui ne demandait rien d’autre qu’un peu d’amour. Allons-nous le suivre, ma chère sœur? Il voit notre intention et nous regarde, sourit et nous aide. Il n’y a rien à craindre ; nous irons pour être les derniers dans le cortège qui parcourt les terres de Judée, en silence, mais nourris d’un amour énorme, immense. Il n’a pas besoin de paroles. Nous n’avons pas à nous mettre à sa portée pour qu’il nous voie. Nous n’avons pas besoin de grandes œuvres, ni de rien qui attire l’attention : nous serons les derniers amis de Jésus, mais ceux qui l’aiment le plus.

    Saint Raphaël Arnáiz Barón (1911-1938), moine trappiste espagnol
    Écrits spirituels, lettre à sa tante, 16/11/1935 (trad. Cerf 2008, p. 156)

     

     

     

  • Mt 25, 14-30 Parabole des talents ou parabole des 3 serviteurs

    Jésus parlait à ses disciples de sa venue ; il disait cette parabole : « Un homme, qui partait en voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens.

    A l’un il donna une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul, à chacun selon ses capacités. Puis il partit.

    Aussitôt, celui qui avait reçu cinq talents s’occupa de les faire valoir et en gagna cinq autres.

    De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres.

    Mais celui qui n’en avait reçu qu’un creusa la terre et enfouit l’argent de son maître.

    Longtemps après, leur maître revient et il leur demande des comptes.

    Celui qui avait reçu les cinq talents s’avança en apportant cinq autres talents et dit : ‘Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres. –

    Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître. ‘

    Celui qui avait reçu deux talents s’avança ensuite et dit : ‘Seigneur, tu m’as confié deux talents ; voilà, j’en ai gagné deux autres. –

    Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître. ‘

    Celui qui avait reçu un seul talent s’avança ensuite et dit : ‘Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain.

    J’ai eu peur, et je suis allé enfouir ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient. ‘

    Son maître lui répliqua : ‘Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu.

    Alors, il fallait placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts.

    Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix.

    Car celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a.

    Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dehors dans les ténèbres ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents !

    Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

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    Le passage de l’Evangile raconte la célèbre parabole des talents, rapportée par saint Matthieu (25, 14-30). Le « talent » était une ancienne monnaie romaine, de grande valeur, et c’est justement à cause de la popularité de cette parabole que celle-ci est devenue synonyme de talents personnels, que chacun est appelé à faire fructifier. En réalité, le texte parle d’un « homme, qui partait en voyage » et qui « appela ses serviteurs et leur confia ses biens » (Mt 25, 14). L’homme de la parabole représente le Christ lui-même, les serviteurs sont les disciples et les talents sont les dons que Jésus leur confie. Par conséquent, ces talents ne représentent pas seulement les qualités naturelles mais aussi les richesses que le Seigneur Jésus nous a laissées en héritage, afin que nous les fassions fructifier : sa Parole, déposée dans le saint Evangile ; le Baptême, qui nous renouvelle dans l’Esprit Saint; la prière – le « Notre Père » – que nous élevons à Dieu en tant que fils unis dans le Fils; son pardon, qu’il a commandé de porter à tous; le sacrement de son Corps immolé et de son Sang versé. En un mot : le Royaume de Dieu, qu’Il est Lui-même, présent et vivant au milieu de nous.

    C’est le trésor que Jésus a confié à ses amis, au terme de sa brève existence terrestre. La parabole de ce jour insiste sur l’attitude intérieure avec laquelle il faut accueillir et valoriser ce don. L’attitude qu’il ne faut pas avoir est celle de la peur : le serviteur qui a peur de son patron et craint son retour cache la pièce de monnaie sous terre et celle-ci ne produit aucun fruit. Cela arrive par exemple à celui qui a reçu le Baptême, la Communion, la Confirmation, mais ensevelit ensuite ces dons sous une couche de préjugés, sous une fausse image de Dieu qui paralyse la foi et les œuvres. Ceci fait qu’il trahit les attentes du Seigneur. Mais la parabole souligne davantage les bons fruits portés par les disciples qui, heureux du don reçu, ne l’ont pas tenu caché jalousement et par peur, mais l’ont fait fructifier en le partageant. Oui, ce que le Christ nous a donné se multiplie en le donnant! C’est un trésor fait pour être dépensé, investi, partagé avec tous, comme nous l’enseigne ce grand administrateur des talents de Jésus qu’est l’apôtre Paul.

    L’enseignement évangélique que nous offre aujourd’hui la liturgie a également eu une influence au niveau historique et social en encourageant parmi les populations chrétiennes une mentalité active et entreprenante. Mais le message central porte sur l’esprit de responsabilité avec lequel il faut accueillir le Royaume de Dieu : une responsabilité envers Dieu et envers l’humanité. Il incarne parfaitement l’attitude du cœur de la Vierge Marie qui, en recevant le don le plus précieux de tous, Jésus lui-même, l’a offert au monde avec un immense amour. Nous Lui demandons de nous aider à être des « serviteurs bons et fidèles », afin de pouvoir prendre un jour part « à la joie de notre Seigneur ».

    Benoit XVI

  • « Il faut toujours prier sans se décourager. »

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    Toute la fin du moine et la perfection du cœur consistent en une persévérance ininterrompue dans la prière. Autant qu’il est donné à la fragilité humaine, il s’agit d’un effort vers une tranquillité d’âme absolue, et vers une pureté de cœur parfaite. Telle est la raison qui nous fait affronter le labeur corporel et rechercher par tous les moyens la vraie contrition du cœur, avec une constance que rien ne lasse.

    Pour avoir la ferveur et la pureté qu’elle doit, la prière réclame une fidélité entière sur les points suivants. Tout d’abord, une libération complète de toute inquiétude vis-à-vis de ce monde. Il n’y a nulle affaire, nul intérêt dont le souci ne doive être absolument exclu. Renoncer pareillement à la médisance, aux bavardages, à toute parole vaine et à toute bouffonnerie. Avant tout, supprimer à fond le trouble de la colère et de la tristesse. Faire mourir en soi le foyer de tout désir charnel et de l’attachement à l’argent… Après cette purification qui assure la pureté et la simplicité, il faut jeter le fondement inébranlable d’une humilité profonde, capable de soutenir la tour spirituelle qui doit rejoindre le ciel. Enfin, pour que repose là-dessus l’édifice spirituel des vertus, il faut interdire à son âme toute dispersion en divagations et en pensées futiles. Alors, commence à s’élever peu à peu un cœur purifié et libre, jusqu’à la contemplation de Dieu et l’intuition des réalités spirituelles.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435), fondateur de monastère à Marseille
    Conférences, n°9 ; SC 34 (trad. SC  p. 40s rev.)

     

     

     

  • « On mangeait, on buvait, on achetait, on vendait. »

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    .Le Seigneur a fait à ses disciples de grandes recommandations pour que leur esprit secoue comme une poussière tout ce qui est terrestre dans la nature et s’élève au désir des réalités surnaturelles. C’est qu’il faut, quand on se tourne vers la vie d’en haut, être plus forts que le sommeil et garder toujours l’esprit vigilant… Je parle de cet assoupissement de ceux qui sont enfoncés dans le mensonge de la vie par ces rêves illusoires que sont les honneurs, les richesses, le pouvoir, le faste, la fascination des plaisirs, l’ambition, la soif de jouissance, la vanité et tout ce que l’imagination entraîne les hommes superficiels à poursuivre follement. Toutes ces choses s’écoulent avec la nature éphémère du temps ; elles sont du domaine du paraître…; à peine ont-elles paru exister, elles disparaissent comme les vagues sur la mer…

    C’est pour que notre esprit soit dégagé de ces illusions que le Verbe, la Parole de Dieu, nous invite à secouer des yeux de l’âme ce sommeil profond, afin que nous ne glissions pas loin des réalités véritables en nous attachant à ce qui n’a pas de consistance. C’est pourquoi il nous propose la vigilance, en nous disant : « Restez en tenue de service et gardez vos lampes allumées » (Lc 12,35). Car la lumière, en brillant devant les yeux, chasse le sommeil, et les reins serrés par la ceinture empêchent le corps d’y succomber… Celui qui est ceint par la tempérance vit dans la lumière d’une conscience pure ; la confiance filiale illumine sa vie comme une lampe… Si nous vivons comme cela, nous entrerons dans une vie semblable à celle des anges.

    Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
    Sermons sur le Cantique des Cantiques, n°11, 1 (trad. Canevet, Cerf 1992, p.141 rev.)

     

     

     

  • « Le Royaume de Dieu est au milieu de vous et au dedans de vous. »

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    L’action de grâce, la gratitude de celui qui reçoit incite celui qui donne à donner toujours davantage. Mais celui qui ne rend pas grâce pour les plus petites choses ne peut être que menteur et injuste dans les grandes. Celui qui est malade et qui connaît sa maladie peut demander la guérison ; celui qui reconnaît sa souffrance est proche de sa guérison, et il la trouvera facilement…

    Souviens-toi de la chute de ceux qui se croyaient forts, et sois humble en tes vertus… Chasse-toi toi-même, et ton ennemi sera chassé loin de toi. Apaise-toi toi-même, et le ciel et la terre te combleront de paix. Efforce-toi d’entrer dans le trésor de ton cœur, et tu verras le trésor du ciel. Car l’un et l’autre sont le même. Entrant dans l’un, tu contemples les deux. L’échelle de ce Royaume est en toi, cachée dans ton âme. Plonge en toi-même pour y découvrir ton péché : c’est là que tu trouveras les degrés par lesquels tu pourras t’élever… : « Le Royaume des cieux est en vous. »

    Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul
    Discours, 1ère série, n°30 (trad. Touraille, DDB 1981, p. 188 rev.)

     

     

     

  • « Dites-vous : ‘ Nous sommes des serviteurs quelconques ’ »

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    Les yeux du Seigneur regardent les humbles, pour qu’ils se réjouissent. Mais la face du Seigneur se détourne des orgueilleux, pour les humilier. L’humble reçoit toujours de Dieu la compassion… Fais-toi petit en tout devant tous les hommes, et tu seras élevé plus haut que les princes de ce monde. Devance tous les êtres, embrasse-les, abaisse-toi devant eux, et tu seras honoré plus que ceux qui offrent de l’or. Descends plus bas que toi-même, et tu verras la gloire de Dieu en toi. Car là où germe l’humilité, là se répand la gloire de Dieu… Si tu as l’humilité dans ton cœur, Dieu t’y révélera sa gloire…

    N’aime pas l’honneur, et tu ne seras pas déshonoré. L’honneur fuit devant celui qui court après lui. Mais l’honneur poursuit celui qui le fuit, et il proclame à tous les hommes son humilité. Si tu te méprises toi-même, afin de ne pas être honoré, c’est Dieu qui te manifestera. Si tu te blâmes toi-même par amour de la vérité, Dieu permettra que tu sois loué devant toutes ses créatures. Elles ouvriront devant toi la porte de la gloire de ton Créateur, et elles te loueront. Car tu es en vérité à son image et à sa ressemblance (Gn 1,26).

    Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul
    Discours, 1ère série, n°5 (trad. Touraille, DDB 1981, p. 87 rev.)