Catégorie : Ecritures

  • « Voyant les foules, il eut pitié d’elles parce qu’elles étaient fatiguées et abattues. »

    Padre Pio

    L’espérance en la miséricorde inépuisable de Dieu nous soutient dans le tumulte des émotions et le flot des contrariétés ; c’est avec confiance que nous accourons au sacrement de pénitence où le Seigneur nous attend à tout moment comme un Père de miséricorde. Certes, devant lui nous sommes bien conscients de ne pas mériter son pardon ; mais nous ne doutons pas de sa miséricorde infinie. Oublions donc nos péchés, comme Dieu l’a fait avant nous.

    Il ne faut plus revenir, ni par la pensée ni en confession, sur les fautes déjà accusées lors de confessions précédentes. Grâce à notre repentir sincère, le Seigneur les a pardonnées une fois pour toutes. Vouloir revenir sur des fautes déjà pardonnées seulement pour en être encore une fois absous, ou seulement parce que nous doutons qu’elles aient été réellement et pleinement pardonnées, cela ne doit-il pas être vu comme un manque de confiance envers la bonté de Dieu ?

    Si cela peut t’apporter quelque réconfort, tu peux repenser aux offenses que tu as faites à la justice de Dieu, à sa sagesse, à sa miséricorde, mais uniquement pour pleurer des larmes salutaires de repentir et d’amour.

    Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968), capucin
    GF 171,169 (trad. Une pensée, Médiaspaul 1991, p. 46)

     

     

  • « Que tout se fasse pour vous selon votre foi. »

    foiLes foules suivent Jésus, les nations et les peuples croient en lui. Et voici deux aveugles qui sont assis au bord de la route (Mt 20,29s) : c’est l’image des fidèles qui s’attachent à lui en croyant aux mystères de son humanité. Ils désirent l’illumination d’en haut, ils demandent quelques rayons de lumière sur le Verbe éternel. L’humanité du Christ est la voie qui mène au salut. C’est au passage de Jésus, c’est par la foi à l’Incarnation et à la Passion du Fils de Dieu qu’ils s’efforcent d’obtenir ce qu’ils désirent. Jésus, en effet, passe, pour ainsi dire, dans le mystère de sa vie mortelle ; c’est l’œuvre qu’il réalise, qui mesure son passage dans le temps.

    Pour se faire entendre de lui, il faut élever la voix avec force, il faut dominer le bruit et le tumulte de la foule, il faut prier avec insistance et persévérance. Ce sont les impulsions de la chair qui en foule désordonnée assiègent l’âme quand elle désire contempler la lumière éternelle, qui s’opposent à ses efforts. C’est l’influence des remous de la société des hommes charnels qui vient gêner la méditation de l’esprit. Il faut une très grande vigueur spirituelle pour surmonter tous ces obstacles.

    Jésus a dit : « On donnera à celui qui demande, qui cherche trouve, on ouvrira à celui qui frappe » (Mt 7,8). Ainsi, quand il entend ceux qui, dans l’ardeur de leur désir, parviennent jusqu’à lui, Jésus s’arrête sur la route ; il touche ces aveugles qui demandent la lumière et il les illumine. Mystère admirable !

    C’est Jésus qui passe : son apparition dans l’infirmité de la chair est pour un moment. C’est Jésus qui s’arrête : l’éternité du Verbe est stable, et elle renouvelle tout, immuable en elle-même. La foi à l’Incarnation dans le temps nous prépare à l’intelligence du mystère éternel de Dieu.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

     

     

     

  • « Il ne suffit pas de me dire ‘ Seigneur, Seigneur ‘…; il faut faire la volonté de mon Père. »

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    Il semble très facile de dire qu’on livre sa volonté au pouvoir d’un autre. Mais quand on en vient à l’épreuve, on comprend qu’il n’y a rien de si difficile que de s’y conformer comme il faut… Le Seigneur sait ce que chacun peut supporter ; et quand il rencontre une âme forte, il ne s’arrête pas jusqu’à ce qu’il ait accompli en elle sa volonté.

    Je veux vous exposer ou vous rappeler ce qu’est sa volonté. Ne craignez pas qu’il veuille vous donner des richesses, des plaisirs, des honneurs, ni tous les autres biens de la terre. Il vous aime trop pour cela, et il estime trop le présent que vous lui offrez : voilà pourquoi il veut vous récompenser dignement et vous donne son Royaume, même dès cette vie.

    Voulez-vous savoir comment il se comporte envers ceux qui lui font sincèrement cette demande : « Que ta volonté soit faite » ?… Voyez ce que le Père a donné à son Fils qu’il aimait au-dessus de tout, par là vous connaîtrez quelle est sa volonté. Oui, tels sont les dons qu’il nous fait en ce monde. Il les mesure à son amour pour nous. Il en donne plus à ceux qu’il aime plus, et moins à ceux qu’il aime moins. Il se règle aussi d’après le courage qu’il découvre en chacun de nous et l’amour que nous avons pour lui. Il voit qu’on est capable de souffrir beaucoup pour lui quand on l’aime beaucoup, mais de souffrir peu quand on l’aime peu. Je suis persuadée que la mesure de notre force de supporter une grande croix ou une petite, c’est la mesure de notre l’amour. Voilà pourquoi, si cet amour est en vous, vous veillerez, en parlant à un si grand Seigneur, à ce que vos paroles ne soient pas de purs compliments… Si nous n’abandonnons pas complètement notre volonté au Seigneur, pour qu’il prenne lui-même soin de tous nos intérêts, il ne nous laissera jamais boire à sa fontaine d’eau vive.

    Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582), carmélite, docteur de l’Église
    Le Chemin de la perfection, ch. 32, 5-9 (trad. OC, Seuil 1949, p. 748s rev.)

     

     

     

  • Le pain de la vie éternelle

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    « Je suis le pain de vie, dit Jésus ; celui qui vient à moi n’aura jamais faim, celui qui croit en moi n’aura jamais soif » (Jn 6,35)… Il exprime ainsi par deux fois le rassasiement éternel où rien ne manque plus.

    La Sagesse dit pourtant : « Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif » (Si 24,21). Le Christ, qui est la Sagesse de Dieu, n’est pas mangé pour rassasier dès à présent notre désir, mais pour nous faire désirer ce rassasiement ; et plus nous goûtons sa douceur, plus notre désir en est stimulé. C’est pourquoi ceux qui le mangent auront encore faim, jusqu’à ce que vienne le rassasiement. Mais lorsque leur désir aura été comblé, ils n’auront plus faim ni soif.

    « Ceux qui me mangent auront encore faim. » Cette parole peut aussi s’entendre du monde futur, car il y a dans le rassasiement éternel comme une sorte de faim qui ne vient pas du besoin mais du bonheur. Le rassasiement n’y connaît pas de satiété ; le désir n’y connaît pas de gémissements. Le Christ, toujours admirable dans sa beauté est aussi toujours désirable, « lui que les anges désirent contempler » (1P 1,12). Ainsi, alors même qu’on le possède, on le désire ; alors même qu’on le tient, on le cherche, selon qu’il est écrit : « Sans relâche cherchez sa face » (Ps 104,4). Il est en effet toujours cherché, celui qui est aimé pour être possédé à jamais.

    Baudouin de Ford (?-v. 1190), abbé cistercien, puis évêque
    Le Sacrement de l’autel, PL 204, 690 (trad. Orval)

     

     

     

  • « Beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez. »

    Parousie« Seigneur, mon âme languit après ton salut » (Ps 118,81), c’est-à-dire dans son attente. Heureuse faiblesse, qui montre le désir d’un bien non encore obtenu, mais passionnément convoité. A qui donc reviennent ces paroles, sinon, depuis les origines de l’humanité, jusqu’à la fin des siècles, « à la race élue, au sacerdoce royal, au peuple acquis » (1P 2,9), à tout homme qui, chacun à son époque, vécu, vit ou vivra dans le désir du Christ ?

    Le témoin de cette attente, c’est le saint vieillard Syméon qui s’écrie, en recevant l’enfant dans ses bras : « Maintenant, ô Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s’en aller en paix, car mes yeux ont vu ton salut » (Lc 2,29-30). Car il avait reçu de Dieu la promesse qu’il ne goûterait pas la mort avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. Le désir de ce vieillard –- nous devons le croire -– est celui de tous les saints dans les temps qui ont précédé. C’est pourquoi le Seigneur disait à ses disciples : « Bien des prophètes et des rois ont désiré voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu ».

    Tous ces hommes doivent donc eux aussi être comptés parmi ceux qui chantent : « Mon âme a défailli en vue de ton salut ». Jamais en ce temps-là ne s’est apaisé ce désir des saints, et jamais désormais il ne s’apaise dans le Corps du Christ, dans son Eglise, jusqu’à la fin du monde, jusqu’à ce que vienne « le Désiré de tous les peuples » promis par le prophète (Ag 2,8 Vulg)… Le désir dont nous parlons vient de ce qu’on aime comme l’apôtre Paul « la manifestation du Christ ». C’est d’elle qu’il dit : « Quand le Christ apparaîtra, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous apparaîtrez avec lui dans la gloire » (Col 3,4). L’Eglise dans les premiers temps, avant l’enfantement de la Vierge, a compté des saints qui désiraient la venue du Christ dans la chair. Aujourd’hui elle compte d’autres saints qui désirent la manifestation du Christ dans sa gloire. Depuis le début du monde jusqu’à la fin des temps, ce désir de l’Eglise ne connaît pas de répit.

     

  • Le Christ viendra à toi

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    « Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous », dit le Seigneur (Lc 17,21). Tourne-toi de tout ton cœur vers le Seigneur, laisse ce monde misérable, et ton âme trouvera le repos. Apprends à mépriser les choses extérieures et à te donner aux choses intérieures, et tu verras le Royaume de Dieu venir en toi. Car « le Royaume de Dieu est paix et joie en l’Esprit Saint » (Rm 14,17), ce qui n’est pas donné aux pécheurs.

    Le Christ viendra à toi, te montrant sa consolation, si tu lui prépares au-dedans une demeure digne. « Toute sa gloire et sa beauté sont de l’intérieur » (Ps 44,14 Vulg), et c’est là qu’il se plaît. Fréquente est sa visite de l’homme intérieur et c’est un doux entretien, une consolation agréable, une paix abondante, une familiarité surprenante.

    Allons, âme fidèle, prépare ton cœur pour cet époux, afin qu’il daigne venir à toi et habiter en toi. Car il dit en effet : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure » (Jn 14,23)… L’homme intérieur se recueille facilement parce que jamais il ne se répand tout entier au dehors ; les travaux extérieurs, les occupations nécessaires en certains temps ne le troublent pas. Il se prête aux choses selon qu’elles arrivent… Celui qui possède un esprit recueilli et bien discipliné ne se préoccupe guère des faits sensationnels ni des scandales du jour… Si tu renonces à être consolé extérieurement, tu pourras contempler les choses du ciel et goûter souvent la joie intérieure.

    L’Imitation de Jésus Christ, traité spirituel du 15ème siècle
    Livre II, §1

     

     

     

  • Dieu dans le ciel de mon âme…

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    Tant de gens aujourd’hui cherchent Dieu au-dehors d’eux-mêmes.
    (…)
    Élisabeth de la Trinité parle avec enthousiasme de la présence des Trois dans le « Ciel de son âme ». « Faire l’unité en tout son être par le silence intérieur, c’est ramasser toutes ses puissances pour les occuper au seul exercice de l’amour, c’est avoir cet œil simple qui permet à la lumière de Dieu de nous irradier. Une âme qui discute avec son moi, qui s’occupe de ses sensibilités, qui poursuit une pensée inutile, un désir quelconque, cette âme disperse ses forces, elle n’est pas tout ordonnée à Dieu. » (…)
    Pour Élisabeth, la personne la plus libre est celle qui est la plus oublieuse d’elle-même. La prière l’aide à vivre cette liberté en communiant à la prière du Christ. « Il me semble que j’ai trouvé mon Ciel sur la terre puisque le Ciel, c’est Dieu, et Dieu, c’est mon âme. Le jour où j’ai compris cela, tout s’est illuminé en moi et je voudrais dire ce secret tout bas à ceux que j’aime afin qu’eux aussi, à travers tout, adhèrent toujours à Dieu, et que se réalise cette prière du Christ : “Père, qu’ils soient consommés en l’Un!” ».
    Ce Dieu d’amour, elle le trouve partout, « à la lessive comme à l’oraison! ». « Il est en moi, je suis en Lui, je n’ai qu’à l’aimer, qu’à me laisser aimer, et cela en tout temps, à travers toutes choses ». Ainsi est-elle toujours en prière puisqu’elle aime comme Dieu l’aime. « Quand je dis: la prière, ce n’est pas tant s’imposer quantité de prières vocales à réciter chaque jour, mais c’est cette élévation de l’âme vers Dieu à travers toutes choses qui nous établit avec la Sainte Trinité en une sorte de communion continuelle, tout simplement en faisant tout sous son regard ».
    Aujourd’hui, dans la nébuleuse aux contours flous de spiritualités à la carte, qu’on appelle « Nouvel Âge » ou autre, l’être humain est perçu comme une étincelle du divin. Ce dieu n’est pas une personne, c’est un Esprit universel, cosmique, qui s’identifie au moi. Élisabeth témoigne d’un Dieu personnel qui réside en elle et en chaque personne comme étant l’Amour.(…)
    Élisabeth revient toujours à cette simplicité de la prière de présence qui n’est que repos en Dieu qui aime. Il s’agit de se tenir près de lui, de laisser aller son cœur, d’être une louange de gloire. « C’est si simple, cette intimité avec Dieu; cela repose plutôt que de fatiguer — comme une enfant se repose sous le regard de sa mère ».
    (…)
     .
    Jacques Gauthier, théologien catholique canadien
    in Le blogue de Jacques Gauthier
    « Elisabeth de la Trinité » (extraits)
  • « De grands signes dans le ciel »

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    Le Seigneur viendra des cieux sur les nuées, lui qui est monté sur les nuées (Ac 1,9). En effet c’est lui qui a dit : « Et ils verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire » (Mt 24,30). Mais quel sera le signe véritable de son avènement, de crainte que les puissances ennemies n’osent nous égarer en le simulant ? « Et alors, dit-il paraîtra, le signe du Fils de l’homme dans le ciel » (Mt 24,30). Or le signe véridique et propre du Christ est la croix. Le signe d’une croix lumineuse précède le roi, désignant celui qui a d’abord été crucifié, afin qu’à cette vue ceux qui l’avaient d’abord percé de clous et entouré de pièges se frappent la poitrine (Za 12,10) en disant : « Voici celui qui a été souffleté, celui dont le visage a reçu les crachats, celui qu’on avait lié de chaînes, celui que jadis on avait humilié sur la croix. » « Où fuir le visage de ta colère ? », diront-ils (cf Ap 6,16). Et entourés des armées des anges, ils ne trouveront nulle part un refuge.

    Pour les ennemis de la croix, la crainte sera le signe. Mais ce sera la joie pour ses amis qui auront cru en la croix ou l’auront prêchée ou auront souffert pour elle. Qui donc aura alors le bonheur d’être trouvé l’ami du Christ ? Il ne dédaignera pas ses serviteurs, ce roi glorieux qu’entoure la garde des anges et qui siège sur le même trône que le Père (Ap 3,21). Car pour que les élus ne soient pas confondus avec les ennemis, « il enverra ses anges avec la grande trompette, et des quatre vents ils rassembleront les élus » (Mt 24,31). Il n’a pas oublié Lot dans son isolement (Gn 19,15; Lc 17,28) ; comment oublierait-il la foule des justes ? « Venez les bénis de mon Père » (Mt 25,34), dira-t-il à ceux qui seront transportés sur les chars des nuées et que les anges auront rassemblés.

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350), évêque de Jérusalem et docteur de l’Église
    Catéchèses en vue du baptême, n°15, (trad. Soleil levant 1962, p. 285s rev.)

     

  • Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 21,1-4.

    C-4omme Jésus enseignait dans le Temple, levant les yeux, il vit les gens riches qui mettaient leurs offrandes dans le tronc du trésor.
    Il vit aussi une veuve misérable y déposer deux piécettes.
    Alors il déclara : « En vérité, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis plus que tout le monde.
    Car tous ceux-là ont pris sur leur superflu pour faire leur offrande, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre. » 

    32et.o.b.xl

    Dieu n’a pas attaché le salut à la science, à l’intelligence, à la richesse, à une longue expérience, à des dons rares et que tous n’ont pas reçus, non. Il l’a attaché à ce qui est entre dans les mains de tous, d’absolument tous, des jeunes et des vieux, des humains de tout âge et de toute classe, de toute intelligence et de toute fortune. Il l’a attaché à ce que tous, tous absolument, peuvent lui donner, ce que chaque humain quel qu’il soit peut lui donner, moyennant un peu de bonne volonté : un peu de bonne volonté, c’est tout ce qu’il faut pour gagner ce ciel que Jésus attache à l’humilité, au fait de se faire petit, de prendre la dernière place, d’obéir, qu’il attache ailleurs encore à la pauvreté d’esprit, à la pureté de cœur, à l’amour de la justice, à l’esprit de paix, etc. (Mt 5,3s) Espérons, puisque par la miséricorde de Dieu le salut est si près de nous, entre nos mains, et qu’il nous suffit d’un peu de bonne volonté pour l’obtenir.

    Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara
    Méditations sur les passages des saints évangiles relatifs à quinze vertus, n°69, Nazareth 1897-98 (in Œuvres spirituelles, Seuil 1958, p. 183)

     

     

  • Solennité du Christ, Roi de l’Univers

    Christ Roi

    Chers frères et sœurs,

    En ce dernier dimanche de l’Année liturgique, nous célébrons la solennité de Jésus Christ Roi de l’Univers, une fête instituée de façon relativement récente, mais qui a des racines bibliques et théologique profondes. Le titre de roi, appliqué à Jésus, est très important dans les Évangiles et il permet de donner une lecture complète de sa figure et de sa mission de salut. On peut remarquer à ce propos une progression : on part de l’expression roi des Juifs et on arrive à celle de roi universel, Seigneur de l’univers et de l’histoire, donc très au-delà des attentes du peuple juif lui-même.

    Au centre de ce parcours de révélation de la royauté de Jésus Christ, il y a encore une fois le mystère de sa mort et de sa résurrection. Lorsque Jésus est mis en croix, les prêtres, les scribes et les anciens le tournent en dérision en disant : « Il est le roi d’Israël ; qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui » (Mt 27, 42).

    En réalité, c’est justement parce qu’il est le Fils de Dieu que Jésus s’est remis librement à sa passion, et la croix est le signe paradoxal de sa royauté qui consiste dans la volonté d’amour de Dieu le Père sur la désobéissance du péché. C’est justement en s’offrant lui-même en sacrifice d’expiation que Jésus devient le Roi universel, comme il le déclarera Lui-même en apparaissant aux apôtres après la résurrection : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 28, 18).

    Mais en quoi consiste le pouvoir de Jésus Christ Roi ? Ce n’est pas celui des rois et des grands de ce monde ; c’est le pouvoir divin de donner la vie éternelle, de libérer du mal, de vaincre le pouvoir de la mort. C’est le pouvoir de l’Amour, qui sait tirer le bien du mal, attendrir un cœur endurci, apporter la paix dans le conflit le plus âpre, allumer l’espérance dans les ténèbres les plus épaisses. Ce règne de la Grâce ne s’impose jamais, et respecte toujours notre liberté.

    Le Christ est venu « rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37) – comme il l’a dit devant Pilate -: qui accueille son témoignage se place sous son étendard, selon l’image chère à saint Ignace de Loyola. Un choix – ce oui – est donc nécessaire pour chaque conscience : qui est-ce que je veux suivre ? Dieu ou le malin ? La vérité ou le mensonge ? Choisir le Christ ne garantit pas le succès selon les critères du monde, mais assure cette paix et cette joie que lui seul peut donner. C’est ce que manifeste à chaque époque l’expérience de tant d’hommes et de femmes qui, au nom du Christ, au nom de la vérité et de la justice, ont su s’opposer aux flatteries des pouvoirs terrestres et de leurs différents masques, jusqu’à sceller cette fidélité par le martyre.

    Chers frères et sœurs, lorsque l’Ange Gabriel a apporté l’annonce à Marie, il lui a annoncé que son Fils aurait hérité du trône de David, et qu’il aurait régné à jamais (cf. Lc 1, 32-33). Et la Sainte Vierge a cru avant même de l’offrir au monde. Elle a ensuite dû certainement se demander quel nouveau genre de royauté serait celle de Jésus, et elle l’a compris en écoutant ses paroles et surtout en participant intimement au mystère de sa mort sur la croix et de sa résurrection. Demandons à Marie de nous aider nous aussi à suivre Jésus, notre Roi, comme elle l’a fait elle-même, et à lui rendre témoignage par toute notre existence.

    Je souhaite à tous un bon dimanche.

    Benoît XVI – Angelus du dimanche 22 novembre 2009

    © Copyright 2009 – Libreria Editrice Vaticana

    Source principale : vatican.va (« Rév. x gpm»).