Catégorie : Ecritures

  • « Moi, je vous dis » : La Loi ancienne accomplie par celui qui donne la Loi nouvelle

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    La Loi donnée à Moïse est un recueil d’enseignements variés et impératifs, une collection utile à tous de ce qu’il est bon de faire en cette vie, et un reflet mystique des coutumes de la vie céleste : un flambeau et une lampe, un feu et une lumière, répliques des luminaires d’en haut. La Loi de Moïse était l’itinéraire de la piété, la règle des mœurs honnêtes, le frein du premier péché, l’esquisse de la vérité à venir (Col 2,17)… La Loi de Moïse était pour la piété un maître et pour la justice un guide, pour les aveugles une lumière et pour les insensés une preuve, pour les enfants un pédagogue et pour les imprudents une amarre, pour les nuques raides une bride et pour les impatients un joug contraignant.

    La Loi de Moïse était le messager du Christ, le précurseur de Jésus, le héraut et le prophète du grand Roi, une école de sagesse, une préparation nécessaire et un enseignement universel, une doctrine venue à son heure et un mystère temporaire. La Loi de Moïse était un résumé symbolique et énigmatique de la grâce future, annonçant en images la perfection de la vérité à venir. Par les sacrifices, elle annonçait la Victime, par le sang, le Sang, par l’agneau, l’Agneau, par la colombe, la Colombe, par l’autel le Grand Prêtre, par le Temple le séjour de la divinité, par le feu de l’autel la pleine « Lumière du monde » (Jn 8,12) qui descend d’en haut.

    Une homélie grecque du 4e siècle
    Sur la Sainte Pâque, 9 ; PG 59, 743 ; SC 27 (inspiré d’une homélie perdue d’Hippolyte ; trad. Solms, Bible chrétienne)

     

     

     

     

  • Les exigences du Christ et la joie du cœur

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    Chers jeunes, vous m’avez fait savoir que vous considérez souvent l’Église comme une institution qui ne fait que promulguer des règlements et des lois… Et vous en concluez qu’il y a un profond hiatus entre la joie qui émane de la parole du Christ et le sens d’oppression que suscite en vous la rigidité de l’Église… Mais l’Évangile nous présente un Christ très exigeant qui invite à une radicale conversion du cœur, au détachement des biens de la terre, au pardon des offenses, à l’amour envers l’ennemi, à la patiente acceptation des persécutions et même au sacrifice de sa propre vie par amour du prochain. En ce qui concerne le domaine particulier de la sexualité, on connaît la ferme position qu’il a prise en défense de l’indissolubilité du mariage et à la condamnation prononcée même à l’égard du simple adultère commis dans le cœur. Et pourrait-on ne pas être impressionné face au précepte de « s’arracher l’œil » ou de « se tailler la main » si ces membres sont une occasion de « scandale » ? …

    La licence morale ne rend pas les hommes heureux. De même la société de consommation n’apporte pas la joie du cœur. L’être humain ne se réalise que dans la mesure où il sait accepter les exigences qui proviennent de sa dignité d’être créé « à l’image et à la ressemblance de Dieu » (Gn 1,27). C’est pourquoi, si aujourd’hui l’Église dit des choses qui ne plaisent pas, c’est qu’elle se sent obligée de le faire. Elle le fait par devoir de loyauté…

    Ne serait-ce donc pas vrai que le message évangélique est un message de joie ? Au contraire, c’est absolument vrai ! Et comment est-ce possible ? La réponse se trouve dans un mot, un seul mot, un mot bref, mais au contenu vaste comme la mer. Et ce mot est : amour. La rigueur du précepte et la joie du cœur peuvent parfaitement se concilier. Qui aime ne craint pas le sacrifice. Et même, il cherche dans le sacrifice la preuve plus convaincante de l’authenticité de son amour.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
    Discours aux jeunes du Pays-Bas, 14 mai 1985 (trad. ORf 21)

     

     

     

  • « La colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu. » (Jc 1,20)

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    Le saint et illustre patriarche Joseph, renvoyant ses frères d’Égypte en la maison de son père, leur donna ce seul avis : « Ne vous courroucez point en chemin » (Gn 45,24). Je vous en dis de même : cette misérable vie n’est qu’un acheminement à la vie bienheureuse ; ne nous courrouçons donc point en chemin les uns avec les autres, marchons avec la troupe de nos frères et compagnons doucement et paisiblement. Mais je vous dis nettement et sans exception, ne vous courroucez point du tout, s’il est possible, et ne recevez aucun prétexte quel qu’il soit pour ouvrir la porte de votre cœur au courroux. Car saint Jacques dit tout court et sans réserve que « la colère de l’homme n’opère point la justice de Dieu » (1,20).

    Il faut vraiment résister au mal et réprimer les vices de ceux que nous avons en charge, constamment et vaillamment, mais doucement et paisiblement… On ne prise pas tant la correction qui sort de la passion, quoique accompagnée de raison, que celle qui n’a aucune autre origine que la raison seule. Que si la colère gagne la nuit et que « le soleil se couche sur notre ressentiment » (Ep 4,26), se convertissant en haine, il n’y a quasi plus moyen de s’en défaire. Car elle se nourrit de mille fausses persuasions, puisque jamais nul homme courroucé ne pensa son courroux être injuste.

    Il est donc mieux d’entreprendre de savoir vivre sans colère que de vouloir user modérément et sagement de la colère, et quand par imperfection et faiblesse nous nous trouvons surpris par elle, il est mieux de la repousser promptement que de vouloir marchander avec elle.

    Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l’Église
    Introduction à la vie dévote, III, 8

     

     

     

  • « Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi… : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » (Mt 5,17)

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    Je veux rappeler aux disciples du Christ la bonté de Dieu : que personne d’entre vous ne se laisse ébranler par les hérétiques si, dans la controverse, ils disent que le Dieu de la Loi n’est pas bon mais juste, et que la Loi de Moïse n’enseigne pas la bonté mais la justice. Qu’ils voient, ces détracteurs de Dieu en même temps que de la Loi, comment Moïse lui-même et Aaron ont accompli en devanciers ce que l’Évangile a enseigné plus tard. Considérez comment Moïse « aime ses ennemis et prie pour ceux qui le persécutent » (Mt 5,44)… ; voyez comment, « tombant la face contre terre », tous deux prient pour ceux qui s’étaient rebellés et voulaient les tuer (Nb 17,10s). Ainsi trouve-t-on l’Évangile en puissance dans la Loi et doit-on comprendre que les Évangiles sont appuyés sur le fondement de la Loi.

    Pour moi, je ne donne pas le nom d’Ancien Testament à la Loi, quand je la considère spirituellement ; la Loi ne devient « Ancien Testament » que pour ceux qui ne veulent pas la comprendre selon l’esprit. Pour eux, elle est obligatoirement devenue « ancienne » et elle a vieilli, parce qu’elle ne peut pas conserver sa force. Mais pour nous, qui la comprenons et l’expliquons en esprit et dans la ligne de l’Évangile, elle est toujours nouvelle ; les deux Testaments sont pour nous un nouveau Testament, non par la date, mais par la nouveauté du sens.

    L’apôtre Jean ne pense-t-il pas aussi la même chose quand il dit dans son épître : « Petits enfants, je vous donne un commandement nouveau, c’est de vous aimer les uns les autres » ? (4,7 ; Jn 13,34) Il savait que le précepte de l’amour avait été donné depuis longtemps dans la Loi (1Jn 2,7s ; Lv 19,18). Mais comme « la charité ne disparaît jamais » (1Co 13,8)…, il affirme l’éternelle nouveauté de ce précepte qui ne vieillit pas… Pour le pécheur et pour ceux qui n’observent pas le pacte de la charité, même les Évangiles vieillissent ; il ne peut pas y avoir de Testament Nouveau pour celui qui « ne dépouille pas le vieil homme et ne revêt pas l’homme nouveau et créé selon Dieu » (Ep 4,22.24).

    Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
    Homélies sur les Nombres, n° 9,4 (trad. SC 415, p. 239 rev.)

     

    Psaume99

     

     

     

     

     

  • « Réjouissez-vous ; soyez dans l’allégresse car votre récompense sera grande. »

    Mt 5 : Les béatitudes.

    Seuls les chrétiens estiment les choses à leur vraie valeur, et ils n’ont pas les mêmes motifs de se réjouir et de s’attrister que le reste des hommes. À la vue d’un athlète blessé, portant sur la tête la couronne du vainqueur, celui qui n’a jamais pratiqué aucun sport considère seulement les blessures qui font souffrir cet homme ; il n’imagine pas le bonheur que lui procure sa récompense. Ainsi font les gens dont nous parlons. Ils savent que nous subissons des épreuves, mais ignorent pourquoi nous les supportons. Ils ne considèrent que nos souffrances. Ils voient les luttes dans lesquelles nous sommes engagés et les dangers qui nous menacent. Mais les récompenses et les couronnes leur restent cachées, non moins que la raison de nos combats. Comme l’affirme saint Paul : « On nous croit démunis de tout, et nous possédons tout » (2Co 6,10)…

    Pour ce qui nous regarde, quand nous sommes soumis à l’épreuve à cause du Christ, supportons-la vaillamment, bien plus, avec joie. Si nous jeûnons, bondissons de joie comme si nous étions dans les délices. Si l’on nous outrage, dansons allègrement comme si nous étions comblés d’éloges. Si nous subissons un dommage, considérons-le comme un gain. Si nous donnons au pauvre, persuadons-nous que nous recevons… Avant tout, rappelle-toi que tu combats pour le Seigneur Jésus. Alors tu entreras de bon cœur dans la lutte et tu vivras toujours dans la joie, car rien ne nous rend si heureux qu’une bonne conscience.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église
    Homélie sur la Deuxième lettre aux Corinthiens, 12, 4 ; PG 61, 486 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p.398)

     

     

     

  • Sainte Trinité, solennité

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    Refrain : Que soit béni celui qui t’envoie !

    Prends donc comme symboles le soleil pour le Père
    pour le Fils, la lumière,
    et pour le Saint Esprit, la chaleur.

    Bien qu’il soit un seul être, c’est une trinité
    que l’on perçoit en lui.
    Saisir l’inexplicable, qui le peut ?

    Cet unique est multiple : un est formé de trois,
    et trois ne forment qu’un,
    grand mystère et merveille manifeste !

    Le soleil est distinct de son rayonnement
    bien qu’il lui soit uni ;
    son rayon est aussi le soleil.

    Mais personne ne parle pourtant de deux soleils,
    même si le rayon
    est aussi le soleil ici-bas.

    Pas plus nous ne disons qu’il y aurait deux Dieux.
    Dieu, Notre Seigneur l’est ;
    au-dessus du créé, lui aussi.

    Qui peut montrer comment et où est attaché
    le rayon du soleil,
    ainsi que sa chaleur, bien que libres ?

    Ils sont ni séparés ni confondus,
    unis, quoique distincts,
    libres, mais attachés, ô merveille !

    Qui peut, en les scrutant, avoir prise sur eux ?
    Pourtant ne sont-ils pas
    apparemment si simples, si faciles ? …

    Tandis que le soleil demeure tout là-haut,
    sa clarté, son ardeur
    sont, pour ceux d’ici-bas, un clair symbole.

    Oui, son rayonnement est descendu sur terre
    et demeure en nos yeux
    comme s’il revêtait notre chair.

    Quand se ferment les yeux à l’instant du sommeil,
    tel des morts, il les quitte,
    eux qui seront ensuite réveillés.

    Et comment la lumière entre-t-elle dans l’œil,
    nul ne peut le comprendre.
    Ainsi, Notre Seigneur dans le sein…

    Ainsi, notre Sauveur a revêtu un corps
    dans toute sa faiblesse,
    pour venir sanctifier l’univers.

    Mais, lorsque le rayon remonte vers sa source,
    il n’a jamais été
    séparé de celui qui l’engendre.

    Il laisse sa chaleur pour ceux qui sont en bas,
    comme Notre Seigneur
    a laissé l’Esprit Saint aux disciples.

    Regarde ces images dans le monde créé,
    et ne vas pas douter
    quant aux Trois, car sinon tu te perds !

    Ce qui était obscur, je te l’ai rendu clair :
    comment les trois font un,
    trinité qui ne forme qu’une essence !

    Refrain : Que soit béni celui qui t’envoie !

     

    Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l’Église
    Hymne sur la Trinité (trad. Bellefontaine 1991, coll. SO 50, p.334)

     

     

     

  • « Elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

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    Combien significatif est l’épisode évangélique de la veuve qui, dans sa misère, jette dans le trésor du Temple « tout ce qu’elle avait pour vivre ». Sa petite monnaie, insignifiante, est devenue un symbole éloquent : cette veuve a donné à Dieu non de son superflu, et non pas ce qu’elle avait, mais ce qu’elle est ; elle-même, tout entière.

    Cet épisode émouvant s’insère dans la description des jours qui précèdent immédiatement la Passion et la mort de Jésus, « lui qui, comme le note saint Paul, s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté » (2Co 8,9). Il s’est donné tout entier pour nous… À son école, nous pouvons apprendre à faire de notre vie un don total. En l’imitant, nous réussissons à devenir disposés, non pas tant à donner quelque chose de ce que nous possédons, qu’à nous donner nous-mêmes. L’Évangile tout entier ne se résume-t-il pas dans l’unique commandement de la charité ? La pratique … de l’aumône devient donc un moyen pour approfondir notre vocation chrétienne. Quand il s’offre gratuitement lui-même, le chrétien témoigne que c’est l’amour et non la richesse matérielle qui dicte les lois de l’existence. C’est donc l’amour qui donne sa valeur à l’aumône, lui qui inspire les diverses formes de don, selon les possibilités et les conditions de chacun.

    Benoît XVI, pape de 2005 à 2013
    Message pour le Carême 2008 (trad. Libreria Editrice Vaticana)

     

     

     

  • Fils de David et Seigneur des seigneurs

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    Une vierge est choisie de la maison royale de David pour porter en elle un enfant saint, fils à la fois divin et humain… Le Verbe, la Parole de Dieu, qui est Dieu lui-même, le Fils de Dieu qui « au commencement était auprès de Dieu, par qui tout a été fait et sans qui rien ne s’est fait » (Jn 1,1-3), s’est fait homme pour délivrer l’homme de la mort éternelle. Il s’est abaissé jusqu’à prendre l’humilité de notre condition sans que sa majesté en soit diminuée. Demeurant ce qu’il était et assumant ce qu’il n’était pas, il a uni une vraie nature de serviteur à la nature selon laquelle il est égal au Père. Il a joint si étroitement ces deux natures que sa gloire ne peut pas anéantir la nature inférieure, ni l’union avec celle-ci avilir la nature supérieure.

    Ce qui est propre à chaque nature demeure intégralement, et se rejoint en une seule personne : l’humilité est accueillie par la majesté, la faiblesse par la force, la mortalité par l’éternité. Pour payer la dette de notre condition, la nature au-dessus de toute atteinte est unie à la nature capable de souffrir ; vrai Dieu et vrai homme s’associent dans l’unité d’un seul Seigneur Jésus. Ainsi, comme il le fallait pour nous guérir, le seul et « unique médiateur entre Dieu et les hommes » (1Tm 2,5) pouvait mourir par l’action des hommes et ressusciter par l’action de Dieu…

    Telle est, mes bien-aimés, la naissance qui convenait au Christ, « puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1Co 1,24). Par elle, il s’accordait à notre humanité tout en gardant la prééminence de sa divinité. S’il n’était pas vrai Dieu, il ne nous apportait pas le remède. S’il n’était pas vrai homme, il ne nous montrait pas l’exemple.

    Saint Léon le Grand (?-v. 461), pape et docteur de l’Église
    1er sermon pour la Nativité du Seigneur (trad. bréviaire)

     

     

     

     

  • « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur…, de toute ta force. »

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    La force de l’âme est dans ses puissances, ses passions et ses facultés. Si la volonté les tourne vers Dieu et les tient à l’écart de tout ce qui n’est pas Dieu, l’âme garde pour Dieu toute sa force ; elle l’aime vraiment de tout son pouvoir, comme le Seigneur lui-même le commande.
    Se rechercher soi-même en Dieu, c’est rechercher les douceurs et les consolations de Dieu, et cela est contraire au pur amour de Dieu.
    C’est un grand mal d’avoir en vue les biens de Dieu plutôt que Dieu lui-même, l’oraison et le détachement.

    Il y en a beaucoup qui cherchent en Dieu leurs consolations et leurs goûts, et désirent que sa Majesté les comble de ses faveurs et de ses dons ; mais le nombre de ceux qui prétendent lui plaire et lui donner quelque chose à leurs dépens, en méprisant leur propre intérêt, est très petit.
    Il y a peu d’hommes spirituels, même parmi ceux que l’on regarde comme très avancés dans la vertu, qui acquièrent une parfaite détermination pour le bien. Ils n’arrivent jamais à se renoncer entièrement sur quelque point de l’esprit du monde ou de la nature, ni à mépriser ce qu’on dira ou ce qu’on pensera d’eux, quand il s’agit d’accomplir par amour pour Jésus Christ des œuvres de perfection et de détachement…

    Celui qui ne veut que Dieu seul ne marche pas dans les ténèbres, quelque pauvre et privé de lumière qu’il puisse être à ses propres yeux…
    L’âme qui, au milieu des sécheresses et des délaissements, conserve toujours son attention et sa sollicitude pour servir Dieu, pourra avoir de la peine et craindre de ne pas réussir ; mais, en réalité, elle offrira à Dieu un sacrifice de très agréable odeur (Gn 8,21).

    Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l’Église
    Avis et maximes (121-143 in trad. Seuil 1945, p. 1199)

     

     

     

     

  • La résurrection : plénitude de vie

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    Pourquoi t’égarer si loin à la recherche des biens de ton âme et de ton corps ? Aime l’unique Bien dans lequel sont tous les biens ; cela suffit… C’est là-haut que se trouve tout ce que l’on peut aimer et désirer.

    Est-ce la beauté que tu aimes ? « Les justes resplendiront comme le soleil » (Mt 13,43). Est-ce l’agilité ou la force d’un corps libre et dégagé de tout obstacle ? « Ils seront comme les anges de Dieu »… Est-ce une vie longue et saine ? Là-haut t’attend la santé éternelle, car « les justes vivront éternellement » (Sg 5,16)… Désires-tu être rassasié ? Tu le seras quand Dieu te montrera son visage dans sa gloire (Ps 16,15). Être enivré ? « Ils s’enivreront de l’abondance de la maison de Dieu » (Ps 35,9). Est-ce un chant mélodieux que tu aimes ? Là-haut, les chœurs angéliques chantent sans fin la louange de Dieu. Cherches-tu de très pures délices ? Dieu t’abreuvera au torrent de ses délices (Ps 35,9). Aimes-tu la sagesse ? La sagesse de Dieu se manifestera en personne. L’amitié ? Ils aimeront Dieu plus qu’eux-mêmes, ils s’aimeront les uns les autres autant qu’eux-mêmes, et Dieu les aimera plus qu’ils pourront jamais aimer… Aimes-tu la concorde ? Ils auront tous une seule volonté, car ils n’auront d’autre volonté que celle de Dieu… Les honneurs et les richesses ? Dieu établira sur beaucoup de biens ses serviteurs bons et fidèles (Mt 25,21) ; bien plus, « ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5,9) et ils le seront réellement, car là où est le Fils, là aussi seront « les héritiers de Dieu et les cohéritiers du Christ » (Rm 8,17).

    Saint Anselme (1033-1109), moine, évêque, docteur de l’Église
    Proslogion, 25-26 (trad. Orval)