Catégorie : Ecritures

  • « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. »

    La simplicité est si agréable à Dieu ! Vous savez que l’Écriture dit que son plaisir est de s’entretenir avec les simples, avec les simples de cœur, qui vont bonnement et simplement : « Il fait des hommes droits ses familiers » (Pr 3,32). Voulez-vous trouver Dieu ? Il parle avec les simples. Ô mon Sauveur ! Ô mes frères qui sentez le désir d’être simples, quel bonheur ! quel bonheur ! Courage, puisque vous avez cette promesse que le plaisir de Dieu est d’être avec les hommes simples.

    Une autre chose qui nous recommande merveilleusement la simplicité, ce sont ces paroles de notre Seigneur : « Je te bénis, Père, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits ». Je reconnais, mon Père, et je vous en remercie, que la doctrine que j’ai apprise de votre divine Majesté et que je répands parmi les hommes, n’est connue que des simples, et que vous permettez que les prudents du monde ne l’entendent pas ; vous leur en avez caché, sinon les paroles, au moins l’esprit.

    Ô Sauveur ! Ô mon Dieu ! Cela nous doit épouvanter. Nous courons après la science comme si tout notre bonheur en dépendait. Malheur à nous si nous n’en avons ! Il en faut avoir, mais en suffisance ; il faut étudier, mais sobrement. D’autres affectent l’intelligence des affaires, de passer pour gens de mise et de négociation au dehors. C’est à ceux-là que Dieu ôte la pénétration des vérités chrétiennes : aux savants et aux entendus du monde. À qui la donne-t-il donc ? Au simple peuple, aux bonnes gens… Messieurs, la vraie religion est parmi les pauvres. Dieu les enrichit d’une foi vive ; ils croient, ils touchent, ils goûtent les paroles de vie… Pour l’ordinaire, ils conservent la paix parmi les troubles et les peines. Qui est cause de cela ? La foi. Pourquoi ? Parce qu’ils sont simples, Dieu fait abonder en eux les grâces qu’il refuse aux riches et sages du monde.

    Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses
    Entretiens spirituels, conférence du 21/03/1659 (Seuil, 1960, p. 587)

     

     

     

  • Se convertir et revenir au Seigneur

    Je reviendrai à la maison de mon Père comme le prodigue (Lc 15,18), et je serai accueilli. Comme il a fait, lui, ainsi ferai-je : ne m’exaucera-t-il pas ?… Car je suis mort par le péché, comme d’une maladie ; relève-moi de ma ruine, que je loue ton nom ! Je t’en prie, Maître de la terre et du ciel, viens à mon aide et montre-moi ton chemin, que j’aille vers toi. Amène-moi vers toi, Fils du Très-Bon, et mets le comble à ta miséricorde. J’irai vers toi et là je me rassasierai, dans l’allégresse. Le froment de vie, mouds-le pour moi en cette heure où je suis épuisé.

    Je suis parti à ta recherche et le Mauvais m’a épié comme un voleur (cf Lc 10,30). Il m’a lié et enchaîné dans les plaisirs du monde mauvais ; il m’a incarcéré dans ses plaisirs et m’a fermé la porte au nez ; et personne qui me libère pour que je parte à ta recherche, ô bon Seigneur !… Je désire, Seigneur, être à toi et marcher avec toi. Voici que je médite sur tes commandements, nuit et jour (Ps 1,2). Donne-moi ce que je demande et accueille mes prières, ô miséricordieux ! Ne tranche pas, Seigneur, l’espoir de ton serviteur, car il t’attend.

    Saint Jacques de Saroug (v. 449-521), moine et évêque syrien
    Poème (trad. P. Grelot ; cf Orval)

     

     

  • Dieu prend soin de ceux qui prennent soin des pauvres

    Un autre moyen de rester fidèle, mes filles, c’est un détachement parfait de père, de mère, des parents et des amis, de sorte que vous ne soyez qu’à Dieu seul. Et pour avoir ce grand bien, il faut se dépouiller de tout et n’avoir rien en propre. Les apôtres avaient ce détachement. Pour un écu, vous en aurez cent ; autant de dames, autant de mères ; de sorte, mes filles, que la Providence jamais ne vous manquera. N’auriez-vous point le courage de vous donner à Dieu, qui pense tant à vous ? Ne prétendez point vous réserver quelque chose pour votre subsistance ; fiez-vous toujours en la Providence. Les riches peuvent tomber en nécessité par les accidents qui arrivent souvent, mais jamais ceux qui veulent dépendre entièrement de Dieu ne seront en pauvreté.

    N’est-il pas bon de vivre ainsi, mes filles ? Qu’y a-t-il à craindre ? Car Dieu a promis que les personnes qui auront soin des pauvres ne manqueront jamais de rien. Mes filles, n’aimeriez-vous pas mieux les promesses de Dieu que les tromperies du monde ? Dieu s’est obligé à pourvoir à tous nos besoins.

    Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses
    Entretien aux Filles de la Charité, 31/7/1934 (Tome IX, Éd. Gabalda, 1923. Conférence du 31 juillet 1634, pp.11-12)

     

     

     

  • « Pour la première fois, il les envoie. »

    Notre Seigneur Jésus Christ a institué des guides et des enseignants pour le monde entier, et des «  intendants de ses mystères de Dieu » (1Co 4,1). Il leur a prescrit de briller et d’éclairer comme des flambeaux non seulement dans le pays des juifs…, mais partout sous le soleil, pour les hommes habitant sur toute la surface de la terre (Mt 5,14)…

    Il voulait envoyer ses disciples comme le Père l’avait envoyé lui-même (Jn 20,21) ; ceux qui étaient destinés à être ses imitateurs devaient donc découvrir pour quelle tâche le Père avait envoyé son Fils. Et lui-même nous a expliqué de diverses manières le caractère de sa mission. Il a dit un jour : «  Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs pour qu’ils se convertissent » (Lc 5,32). Et encore : «  Je suis descendu du ciel non pas pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jn 6,38). Et une autre fois : «  Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3,17).

    En disant qu’il les envoie comme le Père l’avait envoyé lui-même, il résumait donc en quelques paroles le rôle des apôtres. Ils sauraient ainsi qu’ils doivent appeler les pécheurs à se convertir, soigner les malades, corporellement et spirituellement ; dans leurs fonctions d’intendants, ne chercher aucunement à faire leur propre volonté, mais la volonté de celui qui les a envoyés ; et enfin, sauver le monde dans la mesure où il recevra les enseignements du Seigneur.

    Saint Cyrille d’Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l’Église
    Commentaire évangile de Jean 12,1

     

     

  • « Soyez prudents comme les serpents et candides comme les colombes. »

    Il faut traiter tout le monde avec respect, avec prudence et avec une simplicité évangélique… Il est conforme à l’exemple de Jésus de faire preuve de la simplicité la plus attirante, sans se départir d’ailleurs de la prudence des sages et des saints que Dieu aide. La simplicité peut susciter, je ne dis pas du mépris, mais une moindre considération de la part des malins. Peu importe si les malins, dont on ne doit tenir aucun compte, peuvent infliger quelque humiliation par leurs jugements et leurs mots d’esprit ; tout tourne à leur dommage et confusion. Celui qui est « simple, droit et craignant Dieu »est toujours le plus digne et le plus fort. À condition, naturellement, qu’il soit toujours soutenu par une prudence sage et avenante.

    Celui-là est simple qui n’a pas honte de confesser l’Évangile, même en face des hommes qui n’y voient qu’une faiblesse et un enfantillage, et de le confesser en toutes ses parties et en toutes les occasions et en présence de n’importe qui ; il ne se laisse pas tromper ou entraîner dans son jugement par le prochain, et il ne perd pas la sérénité de son âme, quelle que soit l’attitude que les autres prennent avec lui.

    Le prudent est celui qui sait taire une partie de la vérité qu’il serait inopportun de manifester, et qui peut se taire sans que son silence altère et falsifie la partie de vérité qu’il dit ; c’est celui qui sait atteindre les fins bonnes qu’il se propose, en choisissant les moyens les plus efficaces… ; c’est celui qui, en toute circonstance, distingue l’essentiel et ne se laisse pas embarrasser par l’accessoire… ; c’est celui qui, au départ de tout cela espère la réussite en Dieu seul…

    La simplicité n’a rien qui contredise à la prudence, ni inversement. La simplicité est amour ; la prudence est pensée. L’amour prie, l’intelligence veille. « Veillez et priez »(Mt 26,41). Dans une conciliation parfaite. L’amour est comme la colombe qui gémit ; l’intelligence, tournée vers l’action, est comme le serpent qui ne tombe jamais à terre ni ne se heurte, parce qu’il avance en tâtant de la tête toutes les inégalités de son chemin.

    Saint Jean XXIII (1881-1963), pape
    Journal de l’âme, dimanche 13 août 1961 (trad. Le Cerf 1964, p. 475-477)

     

     

     

     

  • Tout quitter pour tout recevoir

    Nous avons reçu plus que nous n’avons donné ; nous quittons de petites choses et nous trouvons des biens immenses. Le Christ rend au centuple ce qu’on fait pour lui : « Si tu veux être parfait, va, vends tout et donnes-en le prix aux pauvres. Puis, viens et suis-moi ». « Si tu veux être parfait » — les grandes choses sont toujours laissées à notre libre choix. De même l’apôtre Paul ne fait pas un commandement de la virginité (1Co 7), car Jésus a dit : « L’observe qui pourra ! Ce don vient de la miséricorde de Dieu » (cf Mt 19,12). « Si tu veux être parfait » ; on ne vous l’impose pas, afin que le sacrifice étant volontaire, le mérite en devienne plus grand. Et cependant, pour arriver à la perfection, il ne suffit pas simplement de mépriser les richesses et de donner ses biens, de se libérer de ce qu’on peut perdre et acquérir en un moment. Cela, les philosophes l’ont fait ; un chrétien doit faire plus qu’eux.

    Il ne suffit pas de quitter les biens terrestres, il faut suivre le Christ. Mais suivre le Christ, qu’est-ce que c’est ? C’est renoncer à tout péché, et adhérer à toute vertu. Le Christ, c’est la Sagesse éternelle, ce trésor qu’on trouve en un champ (Mt 13,44), dans le champ des Saintes Écritures. C’est la perle précieuse pour laquelle il en faut sacrifier beaucoup d’autres (Mt 13,46). Le Christ, c’est encore la sainteté, la sainteté sans laquelle personne ne verra la face de Dieu. Le Christ est notre rédemption, notre rédempteur ; il est notre rançon (1 Tm 2,6). Le Christ est tout : celui donc qui acceptera de tout quitter pour lui retrouvera tout en lui. Celui-là pourra dire : « Ma part d’héritage, c’est le Seigneur » (Ps 15,5)… Ne donnez pas seulement votre argent, si vous voulez suivre Jésus Christ. Donnez-vous vous-même à lui ; imitez le Fils de l’Homme qui n’est pas venu pour être servi, mais pour servir (Mc 10,45).

    Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l’Église
    Lettre (trad. rev. Tournay)

     

  • « Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

    Tous les travaux de l’agriculteur aboutissent naturellement à la moisson. Comment donc le Christ a-t-il appelé moisson une œuvre qui en était encore à ses débuts ? L’idolâtrie régnait sur toute la terre… Partout la fornication, l’adultère, la débauche, la cupidité, le vol, les guerres… La terre était emplie de tant de maux ! Aucune semence n’y avait encore été jetée. Les épines, les chardons et les mauvaises herbes qui recouvraient le sol n’avaient pas encore été arrachés. Aucune charrue n’avait encore été tirée, aucun sillon tracé.

    Comment donc Jésus peut-il dire que la moisson est abondante ? … Les apôtres sont probablement bouleversés et déconcertés : « Comment pourrons-nous même ouvrir la bouche, nous tenir debout, devant tant d’hommes ? Nous, les Onze, comment corrigerons-nous tous les habitants de la terre ? Saurons-nous, si ignorants, aborder des savants ; nous si dépouillés, des hommes armés ; nous, des subordonnés, des autorités ? Nous ne connaissons qu’une langue, arriverons-nous à discuter avec les peuples barbares qui parlent des langues étrangères ? Qui nous supportera sans même comprendre notre langue ? »

    Jésus ne veut pas que de pareils raisonnements les plongent dans le désarroi. Aussi appelle-t-il l’Évangile une moisson. C’est comme s’il leur disait : « Tout est préparé, toutes les dispositions ont été prises. Je vous envoie récolter le grain mûr ; vous pourrez semer et moissonner le même jour. » Quand l’agriculteur sort de chez lui pour aller faire la moisson, il déborde de joie et resplendit de bonheur. Il n’envisage ni les peines ni les difficultés qu’il pourra rencontrer… Prêtez-moi votre langue, dit le Christ, et vous verrez le grain mûr entrer dans les greniers du roi. Aussi les envoie-t-il ensuite en leur disant : « Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20).

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église
    Homélie sur la moisson abondante, 10, 2-3; PG 63, 519-521 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 107)

     

     

  • « Il entra et saisit la main de la jeune fille, qui se leva. »

    Le Verbe, la Parole de Dieu, incorporel, incorruptible et immatériel, est arrivé dans notre région, bien qu’il n’en ait pas été loin auparavant. En effet, il n’avait laissé aucune partie de la création privée de sa présence, car il remplissait tout, lui qui demeure auprès de son Père. Mais il s’est rendu présent en s’abaissant à cause de son amour pour nous, et il s’est manifesté à nous… Il a eu pitié de notre race, il a eu compassion de notre faiblesse, il a condescendu à notre condition périssable. Il n’a pas accepté que la mort domine sur nous ; il n’a pas voulu voir périr ce qui avait commencé, ni échouer ce que son Père avait accompli en créant les hommes. Il a donc pris un corps, et un corps qui n’est pas différent du nôtre. Car il ne voulait pas seulement être dans un corps ou seulement se manifester. S’il avait voulu seulement se manifester, il aurait pu réaliser cette théophanie avec plus de puissance. Mais non : c’est bien notre corps qu’il a pris…

    Le Verbe a pris un corps capable de mourir afin que ce corps, en participant au Verbe qui est au-dessus de tout…, reste impérissable grâce au Verbe qui y demeure, et afin de délivrer de la dégradation définitive tous les hommes par la grâce de la résurrection. Le Verbe a offert donc à la mort le corps qu’il avait pris, comme un sacrifice et une victime sans aucune tache ; et aussitôt il a anéanti la mort en délivrant de la mort tous les hommes ses semblables par l’offrande de ce corps qui leur ressemble.

    Il est juste que le Verbe de Dieu, supérieur à tous, qui offrait son propre temple, son corps, en rançon pour tous, ait payé notre dette par sa mort. Uni à tous les hommes par un corps semblable, il est juste que le Fils incorruptible de Dieu revête tous les hommes d’incorruptibilité, selon la promesse apportée par sa résurrection. Car la corruption elle-même, impliquée dans la mort, n’a plus aucun pouvoir sur les hommes à cause du Verbe qui demeure parmi eux dans un corps unique.

    Saint Athanase (295-373), évêque d’Alexandrie, docteur de l’Église
    Sur l’Incarnation du Verbe, 8-9 (trad. bréviaire, 2 mai ; cf SC 190, p. 288s)

     

     

  • « Il ne fit pas beaucoup de miracles à cet endroit-là à cause de leur manque de foi. »

    Je t’en prie, Père Saint, Dieu tout-puissant, conserve intacte la ferveur de ma foi et, jusqu’à mon dernier souffle, donne-moi de conformer ma voix à ma conviction profonde. Oui, que je garde toujours ce que j’ai affirmé dans le credo proclamé lors de ma nouvelle naissance, lorsque j’ai été baptisé dans le Père, le Fils, et l’Esprit Saint. Accorde-moi de t’adorer, toi notre Père, et ton Fils qui avec toi est un seul Dieu ; fais que j’obtienne ton Esprit Saint qui procède de toi, par ton Fils unique.

    Ma foi a pour elle un excellent témoin : celui qui déclare : « Père, tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi » (Jn 17,10). Ce témoin, c’est mon Seigneur Jésus Christ, lui qui est toujours Dieu, en toi, de toi et avec toi, lui qui est béni dans les siècles des siècles. Amen.

    Saint Hilaire (v. 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l’Église
    La Trinité, 12, prière finale (trad. DDB 1981, p. 154)

     

     

     

  • « Alors ils jeûneront… »

    « Des jours viendront où l’Epoux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront. » Puisque l’Epoux nous a été enlevé, c’est pour nous le temps de la tristesse et des pleurs. Cet Epoux « est plus beau que tous les enfants des hommes ; la grâce est répandue sur ses lèvres » (Ps 44,3) et pourtant, sous la main de ses bourreaux, il a perdu tout éclat, toute beauté, et il a été retranché de la terre des vivants (Is 53,2.8). Or notre deuil est juste si nous brûlons du désir de le voir. Heureux ceux qui, avant sa Passion, ont pu jouir de sa présence, l’interroger comme ils le voulaient et l’écouter comme il se devait… Quant à nous, nous voyons maintenant l’accomplissement de ce qu’il a dit : « Le temps viendra où vous désirerez voir un des jours du Fils de l’homme, et vous ne le verrez pas » (Lc 17,22)…

    Qui ne dirait pas avec le roi prophète : « Mes larmes sont devenues ma nourriture jour et nuit, pendant qu’on me dit sans cesse : ‘ Où est ton Dieu ? ‘ » (Ps 41,4) Nous croyons en lui sans doute, assis déjà à la droite du Père, mais tant que nous sommes dans ce corps, nous voyageons loin de lui (2Co 5,6), et nous ne pouvons pas le montrer à ceux qui doutent de son existence, et même qui la nient en disant : « Où est ton Dieu ? »…

    « Encore un peu de temps, disait le Seigneur à ses disciples, et vous ne me verrez plus, et encore un peu de temps et vous me verrez » (Jn 16,19). Maintenant, c’est l’heure dont il a dit : « Vous serez dans la tristesse, mais le monde sera dans la joie… Mais, ajoute-t-il, je vous verrai de nouveau et votre cœur se réjouira, et nul ne vous enlèvera votre joie » (v. 20). L’espérance que nous donne ainsi celui qui est fidèle dans ses promesses ne nous laisse pas, dès maintenant, sans quelque joie — jusqu’à ce que vienne la joie surabondante du jour où nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est (1Jn 3,2)… « Une femme qui enfante, dit notre Seigneur, est dans la peine, parce que son heure est venue. Mais, quand l’enfant est né, elle éprouve une grande joie, parce qu’un être humain est venu dans le monde » (Jn 16,21). C’est cette joie que personne ne pourra nous enlever, et dont nous serons comblés lorsque nous passerons de la conception présente de la foi à la lumière éternelle. Jeûnons donc maintenant, et prions, puisque nous sommes encore au jour de l’enfantement.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
    Sermon 210 (trad. En Calcat rev.)